Le choix en fonction du temps
Celui qui veut s'engager dans la voie bouddhique doit, avant tout, tenir compte du temps. Par le passé, lorsque apparut le bouddha Daitsûchishô, il resta pendant une période de dix petits kalpa sans enseigner un seul sûtra. A son propos, il est dit dans le Sûtra du Lotus : “ Il demeura en méditation, immobile, pendant plus de dix petits kalpa [265] ” Et on lit encore : “ Le Bouddha, sachant que le temps n'était pas encore venu, bien qu'on lui demandât d'enseigner, resta assis en silence. [266] ”
[ De même, en ce monde ] le bouddha Shakyamuni n'exposa pas le Sûtra du Lotus pendant plus de quarante ans [ et cela, comme il est dit aussi dans le Sûtra ] “ Parce que le temps n'était pas encore venu. [267] ” Lao Tseu demeura pendant quatre-vingts ans dans le ventre de sa mère [268] [ avant de naître ].et le bodhisattva Miroku doit résider dans la cour intérieure du ciel Tushita [269] pendant 5.670 millions d'années [ en attendant le moment de sa venue en ce monde ]. Le coucou attend la fin du printemps [ avant de chanter ] et le coq attend l'aube. Si même des créatures animales sont ainsi [ conscientes du temps ], comment peut-on vouloir pratiquer le bouddhisme sans s'efforcer de comprendre le temps ?
Au moment où Shakyamuni s'apprêtait à enseigner le sûtra Kegon,[ sur le lieu où il était parvenu à l'illumination ] les divers bouddhas des Dix Directions apparurent et tous les grands bodhisattvas s'assemblèrent. Bonten, Taishaku, les Quatre Rois du ciel arrivèrent, leur robe flottant au vent. Les Dieux Dragons et les Huit Sortes d'êtres non-humains [270] marquèrent leur respect en joignant les mains, les mortels de capacité supérieure tendirent l'oreille ; les bodhisattvas parvenus au stade où l'on perçoit que rien ne naît ni ne meurt [ musho oû nin ] et le bodhisattva Gedatsugatsu, tous supplièrent [ le Bouddha ] d'enseigner. Mais l'Honoré du monde ne dit pas un mot du principe de l'atteinte de la boddhéité par les personnes des Deux Véhicules, ni du fait qu'il avait lui-même atteint la boddhéité dans un passé lointain. Il n'exposa pas non plus les principes, les plus vitaux de tous, de l'atteinte de la boddhéité sans changer d'apparence et d'ichinen sanzen. Et cela pour une unique raison : ils avaient la capacité [ de comprendre ] mais parce que le temps n'était pas encore venu, il n'a rien expliqué. Comme il est dit dans le Sûtra [ du Lotus ] : “ Parce que le temps d'enseigner n'était pas encore venu. ”
Mais lorsque Shakyamuni enseigna [ le Sûtra du Lotus ] à l'assemblée réunie au Pic du Vautour, le roi Ajatashatru, le plus mauvais fils du monde, était présent [ invité à s'asseoir parmi les auditeurs ]. À Devadatta, qui toute sa vie s'était opposé à la Loi, il fut prédit qu'il deviendrait [ à l'avenir ] le Tathagata Roi du ciel, et à la fille du Roi Dragon, [ le Bouddha promit ] que, malgré les Cinq Obstacles [271], elle deviendrait bouddha, sans changer d'apparence.
Aux personnes [ des Deux Véhicules ] à qui [ pensait-on jusqu'alors ] la boddhéité était inaccessible, il fut prédit qu'elles deviendraient en fait bouddha. C'était aussi surprenant que d'entendre affirmer que des graines brûlées produiraient fleurs et fruits [272]. Et la révélation, par Shakyamuni, qu'il avait atteint l'illumination dans un passé très lointain était aussi stupéfiante [ pour ses auditeurs ] que s'il avait prétendu qu'un vieillard de cent ans était le fils d'un jeune homme de vingt-cinq ans [273]. Il révéla aussi le principe d'ichinen sanzen qui indique que les Neuf états [ autres que l'état de Bouddha ] incluent l'état de Bouddha et que l'état de Bouddha inclut les autres états.
Par conséquent un seul mot de ce Sûtra est aussi précieux que le joyau qui exauce tous les vœux [274], et un seul passage de ce Sûtra est la graine de tous les bouddhas. Il importe peu de savoir si les personnes [ à qui Shakyamuni exposa cet enseignement ] avaient ou non la capacité de le comprendre. Le fait est que le temps était venu [ pour lui d'enseigner ]. Comme il est dit dans le Sûtra [ du Lotus ] : “ Le temps est maintenant venu pour moi d'exposer définitivement l'enseignement du Grand Véhicule.” [275]
Question : Si la Grande Loi est enseignée à des personnes qui n'ont pas la capacité [ de la comprendre ], les insensés s'y opposeront certainement et tomberont ainsi dans les Mauvaises Voies. Ne devrait-on pas le reprocher à celui qui l'aura enseignée ?
Réponse : Quelqu'un construit [ pour les autres ] une route. Si certains s'y perdent, est-ce la faute du constructeur de la route ? Un bon médecin donne un médicament à un malade. Si le malade refuse de le prendre et meurt, est-ce la faute du médecin ?
Question : Il est dit, dans le deuxième volume du Sûtra du Lotus : “ N'enseignez pas ce sûtra lorsque vous vous trouvez parmi des ignorants [276] ”. Dans le quatrième volume, on lit : “ Il ne faut pas donner cet écrit ou le transmettre à la légère [277] ”. Et plus loin, dans le cinquième volume : “ Ce Sûtra du Lotus est la resserre secrète de tous les bouddhas. Parmi tous les sûtras, il occupe la place la plus élevée. Il faut le conserver pendant la longue nuit, et ne jamais l'enseigner à la légère. [278] ” Tous ces passages du Sûtra n'indiquent-ils pas qu'il ne faut pas l'enseigner à ceux qui n'ont pas la capacité [ de le comprendre ] ?
Réponse : On lit dans le chapitre Fukyô [ du Sûtra du Lotus ] : “ Il disait : “ Je vous respecte profondément ” ”. Et plus loin : “ Mais parmi les Quatre Sortes de croyants [279] certains, dont le cœur était empli de mauvaises pensées, ressentaient à son égard de la colère et de la haine, et l'insultaient en le traitant de “ moine stupide ! ” ” On lit encore : “ Beaucoup lui donnèrent des coups de cannes et de bâtons, et lui jetèrent des tuiles et des pierres. ” Et dans le chapitre Kanji * : “ De nombreux ignorants nous insulteront et nous calomnieront ; d'autres encore nous frapperont à coups de sabres et de bâtons. ” Ces passages du Sûtra indiquent qu'il faut enseigner la Loi même si cela nous vaut d'être insulté, calomnié et battu. Puisque c'est là ce qui est écrit dans le Sûtra, est-ce la personne qui l'enseigne qui est à blâmer ?
Question : Ces deux points de vue sont aussi incompatibles que l'eau et le feu. Comment peut-on les concilier ?
Réponse : Tien-t'ai dit [ qu'il faut utiliser l'une ou l'autre méthode ] “ en fonction du temps [280] ”. Et Tchang ngan dit : “ Il faut savoir choisir [ entre les méthodes de shôju et de shakubuku ] et ne pas utiliser exclusivement l'une ou l'autre [281] ” Ces commentaires indiquent que, à certains moments, si l'on suscite l'opposition [ en exposant l'enseignement du Bouddha ], il faut s'abstenir de propager pendant un certain temps. A d'autres moments, même si les gens s'opposent, il faut enseigner quand même. A certaines époques, même si quelques personnes ont la capacité de croire [ en la Loi du Bouddha ], comme [ il est probable que ] dix mille autres s'y opposeront, il est préférable de ne pas l'enseigner. A d'autres époques, même si dix mille personnes s'y opposent ensemble, il faut l'enseigner quand même.
Lorsque, après avoir obtenu l'illumination, Shakyamuni se prépara à prononcer sa première prédication, les grands bodhisattvas, tels Hôe, Kudokurin, Kongôdô, Kongôzô, Monju, Fugen, Miroku et Gedatsugatsu * ainsi que Bonten, Taishaku, les Quatre rois du ciel et d'innombrables simples mortels de capacité supérieure se rassemblèrent [ pour l'entendre ] [282]. Au Parc des Gazelles [283], Ajnata Kaundinya et ses compagnons, que l'on appelle les Cinq Ascètes [284], Mahakashyapa et les deux cent cinquante personnes de sa suite, Shariputra suivi de deux cent cinquante disciples, et quatre-vingt mille êtres célestes vinrent l'écouter.
A la cérémonie de la grande assemblée au cours de laquelle les sûtras Hôdô [285]furent exposés, le père de Shakyamuni, le roi Sudhodhana, manifesta [ pour le bouddhisme ] un intérêt sincère. C'est pourquoi le Bouddha retourna au palais et lui enseigna le sûtra Kambutsu Zammai * Et pour sa mère défunte, [ la reine Maya ] Shakyamuni séjourna pendant quatre-vingt dix jours dans le ciel Trayastrimsha [286], pour lui enseigner le sûtra Maya. [ On pourrait croire qu' ] il ne voulait dissimuler aucun enseignement ésotérique à son père bienveillant et à sa mère compatissante. Pourtant, il ne leur enseigna pas le Sûtra du Lotus. En définitive, ce n'est pas en fonction des capacités [ de ceux qui l'écoutaient que le Bouddha enseigna ce Sûtra ] Mais tant que le moment propice ne fut pas venu, il ne voulut absolument pas l'enseigner.
Question : A quel moment convient-il d'enseigner les sûtras du Hinayana et les sûtras provisoires, et à quel moment faut-il enseigner le Sûtra du Lotus ?
Réponse : Même les bodhisattvas (depuis ceux qui sont parvenus au Dix Etapes de la Foi [287] jusqu'aux grands bodhisattvas parvenus au stade de togaku [288]) ont du mal à évaluer des facteurs comme le temps et les capacités. Comment nous, simples mortels, pourrions-nous y arriver ?
Question : N'y a-t-il donc aucun moyen de le déterminer ?
Réponse : Il faut avoir l'œil du Bouddha [289]. pour distinguer le temps et les capacités. Il faut que brille le soleil du Bouddha [290] pour que le pays s'illumine.
Question : Que voulez-vous dire par là ?
Réponse : Dans le sûtra Daijuku , le bouddha Shakyamuni, l'Honoré du monde, s'adresse au bodhisattva Gatsuzô et lui prédit ce qui se passera à l'avenir. Ainsi, il déclare que la première période de cinq cents ans après sa disparition sera celle de [ la pratique qui permet de parvenir à ] l'illumination [291].. La deuxième période de cinq cents ans sera celle de la pratique de la méditation [292], — ce qui fait mille ans. La troisième période de cinq cents ans sera celle de la lecture, de la récitation et de l'écoute [293]. et la quatrième période de cinq cents ans, celle de la construction des temples et des stupas [294].— ce qui fait deux mille ans. A propos de la cinquième période de cinq cents ans [295], il dit : “ Des querelles et des conflits s'élèveront parmi les adeptes de mes enseignements et la Loi pure sera obscurcie et perdue. ”
Ces cinq périodes de cinq cents ans, autrement dit ces 2500 années [ après la disparition du bouddha Shakyamuni ] sont définies de diverses manières par des maîtres différents. En Chine, le maître de méditation Tao-tch'ao déclara qu'aux époques de la Loi correcte et de la Loi formelle, pendant les deux mille ans que constituent les quatre premières périodes de cinq cents ans, la Loi pure du Hinayana et du Mahayana prospérerait, mais qu'au début de l'époque des Derniers Jours de la Loi, cette Loi pure disparaîtrait totalement. Alors, seuls les pratiquants de l'enseignement de la Terre pure, de la Loi pure du Nembutsu, échapperaient aux souffrances de la vie et de la mort. [296]
[ Le moine ] Hônen, au Japon, donne l'interprétation suivante [297] Selon lui, le Sûtra du Lotus, le sûtra Kegon, le sûtra Dainichi et divers autres sûtras du Hinayana, ainsi que les enseignements des écoles Tendai, Shingon et Ritsu qui se sont répandus au Japon aujourd'hui, représentent la Loi pure des deux mille ans des périodes de la Loi correcte et de la Loi formelle mentionnés dans le [ passage du ] sûtra Daijuku. [ mentionné plus haut ]. Mais dès que le monde sera entré dans l'époque des Derniers Jours de la Loi, ces enseignements perdront toute validité. Même si certains continuent à les pratiquer, aucun d'eux ne parviendra à échapper aux souffrances de la vie et de la mort. [ C'est pourquoi Nagarjuna, dans ] le Jûjubibasha Ron et le moine T'an-louan appellent ces enseignements : “ la voie de la pratique difficile ” [298] ; Tao-tch'ao déclare que pas une seule personne ne peut parvenir à l'Eveil [299] grâce à eux et Chan-tao dit de même : “ Pas une seule personne sur mille ” [300] Il affirme que lorsque la Loi pure aura disparu, la Grande Loi pure — constituée par les trois sûtras de la Terre pure [301] et la récitation exclusive du nom d'Amida — apparaîtra, et que parmi ceux qui la pratiqueront, même s'ils sont mauvais et ignorants, “ dix sur dix, cent sur cent [302] renaîtront sur la Terre pure ”. C'est le sens de la phrase : “ la doctrine de la Terre pure est la seule voie qui mène au salut [303] ”.
Par conséquent, [ Hônen déclara que ] ceux qui se préoccupent de leur bonheur dans la vie prochaine devraient retirer leur soutien aux temples du mont Hiei, aux temples Tô-ji et Honjô-ji ainsi qu'aux sept grands temples [ principaux de Nara [304] ], à tous les temples et monastères de l'archipel du Japon, et qu'ils devraient s'emparer des rizières et des champs appartenant à ces temples afin de les offrir aux temples où se pratique le Nembutsu. [ Il affirmait que ] ceux qui le feraient pourraient immanquablement atteindre l' éveil. C'est ainsi qu'il exhortait chacun à réciter Namu Amida Butsu.
Depuis plus de cinquante ans, ces enseignements se sont répandus dans le pays entier. Nichiren réfute Depuis déjà longtemps ces principes nuisibles. Il ne fait aucun doute que l'époque actuelle correspond bien à la cinquième période de cinq cents ans décrite dans le sûtra Daijuku , celle où “ la Loi pure sera obscurcie et perdue ”. Mais la loi qui doit apparaître après la disparition de la Loi pure est la Grande Loi pure de Nam Myoho Renge Kyo, cœur même du Sûtra du Lotus. C'est elle qui se propagera sur tout le continent du Jambudvipa, dans ses quatre-vingt mille pays, parmi ses quatre-vingt mille rois, leurs ministres et leurs sujets [ et chacun pourra l'invoquer ] de la même manière que de nos jours, les Quatre Sortes de croyants [ hommes et femmes laïques, moines et nonnes ], partout au Japon, psalmodient le nom du bouddha Amida.
Question : Dans quels textes trouvez-vous les preuves de ce que vous avancez ?
Réponse : Il est dit dans le septième volume du Sûtra du Lotus : “ Dans la cinquième période de cinq cents ans après ma mort, accomplissez kôsen-rufu dans le monde entier et ne laissez jamais son flot tarir. [305] ” Ce passage du Sûtra indique que le moment d'accomplir kôsen-rufu. [ dans le monde entier ] est celui où “ la Loi pure sera obscurcie et perdue ”, comme il est dit dans le sûtra Daijuku.
[ A nouveau ] dans le sixième volume du Sûtra, il est fait mention de “ ceux qui croiront en ce Sûtra, à l'époque mauvaise des Derniers Jours de la Loi ” [306]. On lit aussi, dans le cinquième volume : “ Les Derniers Jours de la Loi, lorsque la Loi est sur le point de disparaître [307] ”. Et dans le quatrième volume : “ Puisque haine et jalousie abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire encore en ce monde après son trépas ? [308] ” Dans le cinquième volume, il est dit : “ Les gens seront emplis d'hostilité et il sera extrêmement difficile de croire [309] ”. Et dans le septième volume, à propos de la cinquième période de cinq cents ans, l'ère des conflits, on lit : “ Lorsque apparaîtront le démon, les serviteurs du démon, les dragons du ciel, les yaksha et les kumbhanda [310] [ ne les laissez pas prendre l'avantage [311] ] ” Il est dit dans le sûtra Daijuku : “ Des querelles et des disputes s'élèveront parmi les adeptes de mon enseignement. ”.Et dans le cinquième volume du Sûtra du Lotus : “ Les moines de ces époques mauvaises… ”. On lit : “ [ Il y aura ] des moines retirés dans la forêt… ” Et encore : “ Des démons prendront possession des autres [312] ”
Le sens de ces passages est le suivant. Dans la cinquième période de cinq cents ans, des moines éminents, possédés par les démons, seront partout dans le pays. A cette époque, un seul homme sage apparaîtra [313]. Les moines éminents possédés par les démons [314], persuaderont les rois, leurs ministres et le peuple tout entier d'insulter et de calomnier cet homme, de l'attaquer à coups de cannes et de bâton, de tuiles et de pierres, et de le condamner à l'exil ou à la mort. Alors, Shakyamuni, Tahô et les bouddhas des Dix Directions le diront aux grands bodhisattvas de sortir de la Terre et ces grands bodhisattvas [ à leur tour ] en informeront Bonten, Taishaku, les divinités du soleil et de la lune et les Quatre Rois du ciel. Cela entraînera l'apparition de [ nombreux ] phénomènes étranges [ et de présages ] dans le ciel et sur la terre.
Si les souverains de certains pays ne tiennent pas compte de ces avertissements, les bouddhas et les grands bodhisattvas demanderont aux pays voisins de punir les mauvais rois et les mauvais moines de ces pays, si bien que des conflits d'une ampleur sans précédent éclateront dans le monde entier.
A ce moment là, tous les habitants des quatre continents sous le soleil et la lune, redoutant la destruction du pays, ou craignant pour leur propre vie, adresseront des prières aux bouddhas et aux bodhisattvas [ pour qu'ils leur viennent en aide ]. Mais parce que cela restera sans effet, ils commenceront à faire confiance à ce simple moine qu'ils avaient d'abord méprisé. Alors, les innombrables moines éminents, les grands rois des quatre-vingt mille pays et la multitude de leurs sujets, inclinant le front vers la terre et joignant les mains, réciteront ensemble Nam Myoho Renge Kyo. Cela sera comme [ en cette occasion où le Bouddha manifesta ] les Dix Pouvoirs surnaturels [315] décrits dans le chapitre Jinriki [ du Sûtra du Lotus ] lorsque tous les êtres humains [ de tous les mondes ] des Dix Directions s'écrièrent ensemble d'une voix sonore en direction du monde saha : “ Namu Shakamuni Butsu, Namu Shakamuni Butsu, Nam Myoho Renge Kyo, Nam Myoho Renge Kyo ! [316]”
Question : Les passages de sûtras [ que vous avez cités ] sont clairs. Y a-t-il des prédictions de T'ien-t'ai, Miao-lo et de Dengyô appuyant également votre point de vue ?
Réponse : Vous posez la question à l'envers ! Quand on vous cite des commentaires, vous pouvez demander s'il y a des sûtras pour les appuyer. Mais si les passages des sûtras sont clairs, il n'y à rien à rechercher dans les commentaires. Si vous trouviez des contradictions entre les sûtras et les commentaires, suivriez-vous les commentaires en abandonnant les sûtras ?
Question : Vous avez entièrement raison. Mais pour des personnes ordinaires les sûtras sont difficiles à comprendre. Les commentaires sont plus accessibles. S'il y a aussi des passages probants et clairs dans les commentaires, ils renforceront d'autant plus notre croyance [ dans la thèse que vous soutenez ].
Réponse : Parce que [ je sens que ] votre question est sincère, je vais vous citer les quelques passages de commentaires.
T'ien-t'ai a déclaré : “ Dans la cinquième période de cinq cents ans, la Voie mystique se propagera [ et contribuera au bien-être de l'humanité ] pour longtemps dans l'avenir [317]. ”. Miao-lo a dit : “ Le début des Derniers jours de la Loi ne sera pas sans bienfaits inapparents [318]. ”
Le Grand Maître Dengyô a dit : “ Les époques des Jours de la Loi correcte et des Jours de la Loi formelle sont presque terminées et l'époque des Derniers Jours de la Loi est proche. C'est maintenant le temps où le Véhicule Unique du Sûtra du Lotus se révélera totalement adapté aux capacités des hommes. Comment le savons-nous ? Parce qu'il est dit dans le chapitre Anrakugyô [ du Sûtra du Lotus ] : “ A l'époque des Derniers Jours de la Loi, quand la Loi est sur le point de disparaître [ le Sûtra du Lotus sera largement répandu ]… [319]. ” ” [ Dengyô dit ] encore : “ [ La propagation de la Grande Loi commencera ] à la fin de l'époque de la Loi formelle et au début des Derniers Jours de la Loi dans un pays à l'Est de Tang et à l'Ouest de Katsu [320], parmi des gens imprégnés des Cinq Impuretés [321] qui vivront à une époque de conflits. Il est dit dans le Sûtra : “ Puisque haine et jalousie abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire encore en ce monde après son trépas ? ”. Ces paroles ont un sens profond [322]. ”
Shakyamuni apparut en ce monde dans le Kalpa de Continuité [323], dans le neuvième Kalpa de décroissance, à une époque où la longévité moyenne des hommes était de cent ans. L'époque où la durée de vie humaine diminue de cent ans à dix ans se divise elle-même en trois périodes : les cinquante ans du vivant de Shakyamuni [ pendant lesquels il enseigna ], les deux mille ans [ des périodes de la Loi correcte et de la Loi formelle ] qui suivirent sa disparition, et enfin les dix mille ans [ de l'époque des Derniers Jours de la Loi ]. Au cours de ces périodes, le Sûtra du Lotus se propagera à deux reprises : pendant les huit [ dernières ] années de la vie de Shakyamuni [ lorsqu'il enseigna le Sûtra du Lotus ] et, après sa disparition, dans les premiers cinq cents ans des Derniers Jours de la Loi.
T'ien-t'ai, Miao-lo et Dengyô n'ont pas vécu en ce monde au temps de Shakyamuni, lorsqu'il enseigna le Sûtra du Lotus ; et ils ne naquirent pas non plus assez longtemps après sa disparition pour vivre à l'époque des Derniers Jours de la Loi. Ils regrettèrent d'être nés dans la période intermédiaire entre ces deux époques et leurs écrits montrent qu'ils auraient aimé connaître les Derniers Jours de la Loi.
Leur regret fut comparable à celui de l'ascète Asita, qui, en voyant peu après sa naissance le prince Siddharta [ qui deviendrait plus tard le bouddha Shakyamuni ] déclara tristement : “ J'ai déjà plus de quatre-vingt-dix ans, je ne pourrai donc pas [ vivre assez longtemps pour ] assister à l' éveil du prince. Dans ma prochaine vie, je renaîtrai dans le monde de l'absence de forme [324] et je ne pourrai pas entendre sa prédication qui durera cinquante ans. Et je ne pourrai pas non plus renaître aux époques de la Loi correcte, de la Loi formelle ni dans celle des Derniers Jours de la Loi ! ” C'est ainsi qu'il exprimait ses regrets.
Ceux qui sont décidés à trouver la Voie devraient se souvenir de ces exemples et s'en réjouir. Lorsqu'on se préoccupe de sa vie prochaine, il vaut mieux être une personne ordinaire à l'époque des Derniers Jours de la Loi que grand roi au cours des deux mille ans des époques de la Loi correcte et de la Loi formelle. Pourquoi les gens n'en sont-ils pas convaincus ? Il vaut mieux être un lépreux qui récite Nam Myoho Renge Kyo que le grand patriarche de l'école Tendai ! Comme l'empereur Wou [325] de la dynastie Leang en prit l'engagement solennel [326] : “ Je préférerais être Devadatta et tomber dans l'enfer des souffrances incessantes que [ le sage non bouddhiste ] Udraka Ramaputra [327]. ”
Question : Les maîtres Nagarjuna et Vasubandhu ont-ils fait allusion à cela [ la Grande Loi pure de Nam Myoho Renge Kyo ] ?
Réponse : Nagarjuna et Vasubandhu savaient cela dans leur cœur mais ils ne l'ont pas exprimé par les mots.
Question : Pourquoi ne l'ont-ils pas fait ?
Réponse : Pour de nombreuses raisons. D'une part, les gens à leur époque n'avaient pas la capacité [ de le comprendre ]. D'autre part, le temps n'était pas propice. En troisième lieu, ils étaient des bodhisattvas des enseignements théoriques [328], et par conséquent [ la tâche d'assurer ] la transmission ne leur avait pas été confiée.
Question : Pourriez-vous expliquer plus en détail.
Réponse : L'époque de la Loi correcte commença le seizième jour du second mois [ 16 février ], le lendemain de la disparition du Bouddha. Le vénérable Mahakashyapa reçut la transmission [ des enseignements du Bouddha et les propagea ] pendant [ les premiers ] vingt ans ; [ cette tâche échut à ] Ananda, pendant les vingt ans suivants, puis à Shanavasa, à Upagupta et à Dhritaka pendant vingt ans chacun. Pendant ces cent ans, ne furent propagés [ hors de l'Inde ] que les enseignements du Hinayana exclusivement. Même le titre des sûtras du Mahayana ne fut pas mentionné. Comment, par conséquent, le Sûtra du Lotus aurait-il pu être propagé ?
Avec quatre ou cinq personnes — Mikkaka, Buddhananda, Buddhamitra, Parshva et Punyayashas [ qui héritèrent de l'enseignement ] — jusqu'à la fin de la première période de cinq cents ans [ après la disparition du Bouddha ] les enseignements du Mahayana apparurent peu à peu mais ils ne furent pas propagés. Toute l'attention se portait sur les sûtras du Hinayana. Voilà ce qui se produisit au cours de la première période de cinq cents que le sûtra Daijuku. appelle l'ère de l' éveil.
Dans la deuxième partie de l'époque la Loi correcte, de six cents ans jusqu'à mille ans après la disparition [ de Shakyamuni ], apparurent des personnes telles qu'Ashvagosha, Kapimala, Nagarjuna, Aryadeva, Rahulata, Samghanandi, Samghayashas, Kumarata, Jayata, Vasubandhu, Manorhita, Haklena et Aryashimha. Il y eut là plus de dix maîtres qui commencèrent par étudier les enseignements non bouddhiques, étudièrent ensuite en profondeur les sûtras du Hinayana, et, pour finir, se tournèrent vers les sûtras du Mahayana et les utilisèrent pour réfuter et détruire les [ principes des ] sûtras du Hinayana. Mais bien que ces grands bodhisattvas aient utilisé les sûtras du Mahayana pour réfuter les sûtras du Hinayana, ils n'ont pas clairement établi la supériorité du Sûtra du Lotus sur les autres sûtras du Mahayana. Et lorsqu'ils y firent parfois allusion, ils ne définirent pas de manière claire les Dix Principes mystiques [329] de l'enseignement essentiel et de l'enseignement théorique, ni la possibilité d'atteindre la boddhéité pour les personnes des Deux Véhicules, ni le fait que le Bouddha parvint à l'illumination dans un passé infiniment lointain, ni le fait que le Sûtra du Lotus soit le plus difficile [ à comprendre ] de tous les sûtras qui précèdent [ sûtra Muryôgi ] ou qui suivent [ Sûtra du Nirvana ], ni les principes des cent mondes et des mille modalités de la vie qui sous-tendent le principe d'ichinen sanzen. Ils n'ont fait, pour ainsi dire, que montrer la lune du doigt ou aborder brièvement dans certains passages des points du Sûtra du Lotus. Mais ils n'ont pas dit un seul mot concernant la cohérence du processus d'instruction du début jusqu'à la fin, la relation originelle entre maître et disciple, ou la possibilité de parvenir à l'Eveil [330]. Tout cela correspond à la deuxième période de cinq cents ans [ après la disparition du Bouddha ] à [ la fin de ] l'époque de la Loi correcte que le sûtra Daijuku appelle l'ère de la méditation.
Après les mille ans de l'époque de la Loi correcte, le bouddhisme se répandit partout en Inde. Mais [ la plupart du temps ] le Hinayana fut préféré au Mahayana, les sûtras provisoires obscurcirent et firent disparaître le Sûtra [ de l'enseignement ] définitif. Une grande confusion régnait au sein du bouddhisme. Par conséquent, le nombre de personnes qui parvinrent à l'éveil diminua considérablement tandis que d'innombrables autres, bien que pratiquant le bouddhisme, tombèrent dans les Voies mauvaises.
Quinze ans après les mille ans de l'époque de la Loi correcte, au début de l'époque de la Loi formelle [331], le bouddhisme se propagea vers l'Est et fut introduit en Chine. Pendant cent ans et plus, au cours de la première période de cinq cents ans de l'époque de la Loi formelle, les enseignements bouddhiques venus d'Inde furent vigoureusement contestés par les maîtres taoïstes de Chine, sans qu'aucune vérité incontestable permette de les départager. Bien que parfois la question paraisse tranchée, la croyance de ceux qui adhéraient au bouddhisme n'était pas encore très profonde. S'il était apparu trop clairement que les enseignements sacrés du bouddhisme ne constituaient pas une doctrine unique mais qu'il fallait distinguer entre Mahayana et Hinayana, sûtras provisoires et sûtras définitifs, enseignements exotériques et ésotériques [332], cela aurait peut-être suscité des doutes et poussé certains à se tourner vers les enseignements non bouddhiques. C'est parce qu'ils redoutaient cela, peut-être, que [ les moines bouddhistes ] Kashyapa Matanga et Chu Fa-lan [333], bien que conscients de ces différences eux-mêmes, n'ont pas établi de distinction entre Hinayana et Mahayana ni entre sûtras définitifs et sûtras provisoires [ lorsqu'ils introduisirent le bouddhisme en Chine ].
Au cours des cinq dynasties qui suivirent, Wei, Tsin, Ts'i, Song et Leang, des polémiques s'élevèrent, au sein du bouddhisme, entre les écoles du Mahayana et celles du Hinayana, selon qu'elles s'appuyaient sur les sûtras provisoires ou sur les sûtras définitifs, sur les enseignements exotériques ou sur l'enseignement ésotérique, et il devint impossible de déterminer ce qui était correct. Par conséquent, nombreux furent ceux qui nourrirent des doutes — depuis l'empereur et les personnes de haut rang jusqu'aux gens de condition modeste.
Le bouddhisme se scinda ainsi en dix branches [ distinctes ].que l'on appelle les Trois écoles [ de la Chine ] du Sud et les Sept écoles [ de la Chine ] du Nord. Les écoles du Sud divisaient respectivement les enseignements [ du Bouddha ] en trois périodes, quatre périodes et cinq périodes ; tandis qu'au Nord on trouvait l'école des cinq périodes ; l'école des deux enseignements [ qui distingue entre formulation complète et formulation incomplète ] ; l'école des quatre enseignements ; l'école des cinq enseignements ; l'école des six enseignements ; l'école qui divise le Mahayana en deux catégories ; et enfin, l'école de “ la voix unique ”.
Ainsi, chacune de ces écoles défendit ses propres principes et développa des notions en apparence aussi différentes que l'eau du feu. Pourtant, essentiellement, leur perspective était la même. Parmi les enseignements sacrés exposés par Shakyamuni de son vivant, elles plaçaient le sûtra Kegon au premier rang, le Sûtra du Nirvana, au deuxième, et au troisième, le Sûtra du Lotus. [ Toutes ces écoles admettaient que ] par rapport au sûtras Agon, Hannya, Vimalakirti et Shiyaku , le Sûtra du Lotus était l'expression de la vérité, un “ enseignement complet ” énonçant des principes corrects. Mais [ elles maintenaient que ] comparé au Sûtra du Nirvana, il représentait un enseignement dont la vérité n'est pas éternelle, un sûtra incomplet contenant certains principes erronés.
Entre la fin du quatrième centenaire et le début du cinquième centenaire après l'introduction, sous la dynastie des Han postérieurs [334] du bouddhisme [ en Chine ], sous les dynasties Tch'en et Souei, vécut un jeune moine modeste du nom de Tche-yi.qui fut connu par la suite sous le nom de Grand Maître T'ien-t'ai Tchi-tche [335].. Il réfuta les enseignements erronés des écoles du Sud et du Nord, et établit clairement que, parmi les enseignements sacrés exposés par Shakyamuni de son vivant, le Sûtra du Lotus est le plus élevé, que le sûtra du Nirvana occupe la deuxième place et le sûtra Kegon , la troisième. Voilà ce qui se produisit au cours de la première période de cinq cents ans de l'époque de la Loi formelle, celle que le sûtra Daijuku appelle l'ère de la lecture, de la récitation et de l'écoute.
Dans la deuxième période de cinq cents ans de l'époque de la Loi formelle, sous le règne de l'empereur T'ai-tsong [336], au commencement de la dynastie T'ang, le savant maître Siuan-tsang se rendit en Inde et pendant dix-neuf ans visita les temples et alla voir les stupas de près de cent trente royaumes. Il rencontra de nombreux maîtres de la doctrine et étudia tous les profonds principes contenus dans les douze catégories de sûtras [337] et les quatre-vingt mille enseignements sacrés. Il rencontra ainsi deux écoles, Hossô et Sanron.
L'une d'elles, Hossô, disait que sa doctrine, du Mahayana, avait été enseignée, longtemps auparavant, par le bodhisattva Miroku et par Asanga, et, à une époque plus récente, par le maître de doctrine Shilabadra. Ce dernier l'avait transmise à Siuan-tsang qui l'introduisit en Chine et la transmit ensuite à l'empereur Tai-tsong.
Le cœur de cet enseignement [ de l'école Hossô ] réside dans l'affirmation que le bouddhisme doit tenir compte des capacités [ de ceux à qui il s'adresse ]. Si les gens ont la capacité de comprendre la doctrine du Véhicule unique, la doctrine des Trois Véhicules ne doit être qu'un moyen [ de les instruire ] et la doctrine du Véhicule unique est la seule voie véritable [ qui puisse les conduire à l'illumination ]. Autrement dit, [ à ce genre de personnes ] le Sûtra du Lotus [ doit être enseigné ]. Mais s'ils ont la capacité de comprendre la doctrine des Trois Véhicules, celle du Véhicule unique n'est qu'un moyen [ de les instruire ] et la doctrine des Trois Véhicules est la seule voie véritable [ qui puisse les conduire à l'illumination. ] A ce genre de personnes, les sûtras Jimmitsu et Shôman devraient être enseignés . Selon les tenants de l'école Hossô, c'est là un principe que le sage T'ien-t'ai n'a pas compris.
L'empereur Tai-tsong fut un roi d'une grande sagesse dont le nom fut connu dans le monde entier et dont la vertu dépassait, disait-on, celle des Trois Souverains [338] et des Cinq Empereurs [339] [ de l'antiquité ]. Il régna non seulement sur toute la Chine, mais étendit son influence sur plus de mille huit cents royaumes [ étrangers ] depuis Kao-ch'ang [340] [ à l'ouest ] jusqu'à Koguryô [341] [ à l'est. ]. Il avait la réputation d'avoir maîtrisé les enseignements bouddhiques comme non bouddhiques. Et puisque ce moine [ Siuan-tsang ] était celui qui avait converti ce roi sage et parce qu'il bénéficiait plus que quiconque de sa confiance et de ses faveurs, aucun des maîtres de l'école Tendai n'aurait osé risquer sa tête [ en le contredisant ]. Si bien que les principes véridiques du Sûtra du Lotus furent négligés et oubliés dans le pays entier.
Sous les règnes du fils héritier de Tai-tsong, l'empereur Kao-tsong, et de sa belle mère, l'impératrice Wou, vécut un moine du nom de Fa-tsang [342]. Voyant l'école T'ien-t'ai attaquée par l'école Hossô, il se fit le champion du sûtra Kegon que T'ien-t'ai avait précédemment réfuté et relégué à une place inférieure, et déclara que, parmi les enseignements exposés par Shakyamuni de son vivant, la première place revenait au sûtra Kegon, la deuxième, au Sûtra du Lotus, et la troisième au Sûtra du Nirvana.
Sous le règne de Siuan-tsong, le quatrième successeur de Tai-tsong, dans la quatrième année de l'ère K'ai-yuan [ 716 ], le savant maître Chan-wou-wei arriva [ en Chine ] venant d'un pays de l'ouest, l'Inde, et dans la huitième année de la même ère [ 720 ], les savants maîtres Tsin-kang-tche et Pou-k'ong, vinrent eux aussi d'Inde en Chine. Ils apportèrent avec eux les sûtras Dainichi, Kongôchô et Sochitsuji, et fondèrent l'école Shingon. Cette école divise les enseignements bouddhiques en deux catégories : les enseignements exotériques de Shakyamuni, exposés dans les sûtras Kegon, dans le Sûtra du Lotus et dans divers autres sûtras et les enseignements ésotériques de Dainichi [ le bouddha Mahavairochana ], exposés dans le sûtra Dainichi. et divers autres sûtras. Le Sûtra du Lotus est le plus élevé des enseignements exotériques. Mais, même si ses principes essentiels, selon l'école Shingon, ressemblent à ceux de l'enseignement ésotérique du sûtra Dainichi, parce que l'on n'y trouve pas la moindre allusion à la pratique des mudras et des mantras [343], ni aux Trois Mystères [344] [ du corps, de la bouche et de l'esprit ], il est considéré comme “ un enseignement incomplet ”.
Ainsi, toutes ces écoles citées plus haut, Hossô, Kegon et Shingon, se sont attaquées à l'école Tendai et aux enseignements du Sûtra du Lotus. Mais, peut-être parce les adeptes de l'école Tendai n'avaient pas la sagesse de leur maître, tout en sachant que ces autres doctrines n'étaient pas fondées, aucun d'eux ne proposa de les réfuter dans un débat public, comme T'ien-t'ai l'avait fait. Par conséquent, tous, dans le pays, du souverain et ses ministres jusqu'aux plus petit peuple, se sont écartés du véritable enseignement bouddhique et la possibilité pour une personne ordinaire de parvenir à l'Eveil disparut. Cela correspond aux deux premiers siècles de la deuxième période de cinq cents ans de l'époque de la Loi formelle.
Quatre cents ans environ après le commencement de l'époque de la Loi formelle [345], les sûtras bouddhiques arrivèrent au Japon, en provenance du royaume de Paekche [ en Corée ] ainsi qu'une statue en bois du bouddha Shakyamuni, apportés par des moines et des nonnes. Cela correspond en Chine à la fin de la dynastie des Han et au début de la dynastie Tch'en, époque où, au Japon, régnait l'empereur Kimmei, trentième souverain [346] depuis l'empereur Jimmu.
Le fils de l'empereur Kimmei, le prince héritier Yommei, eut pour fils le prince Jôgû [347] qui, non seulement propagea le bouddhisme, mais alla même jusqu'à désigner le Sûtra du Lotus, le sûtra Vimalakirti et le sûtra Shrimala comme les textes qui assureraient la protection de l'Etat.
Par la suite, sous le règne du trente-septième souverain, l'empereur Kôtoku [348], les enseignements des écoles Sanron et Jôjitsu furent introduits au Japon par Kanroku [349], un moine de Paekche. A la même époque, le moine Dôshô [350], après avoir été en Chine, transmit les enseignements des écoles Hossô et Kusha.
Sous le règne de l'impératrice Genshô, 44e souverain, un moine venu d'Inde, du nom de Chan-wou-wei [ déjà mentionné plus tôt ], introduisit le sûtra Dainichi [ au Japon ] mais retourna en Chine [ où il résidait ] sans l'avoir propagé [351].
Sous le règne de l'empereur Shômu [352], le 45e souverain, l'école Kegon fut introduite, en provenance [ du royaume coréen ] de Silla par un moine de grande vertu appelé le Précepteur Shinjô [353]. Le supérieur des moines Ryôben [354] [ reçut de lui ces enseignements et à son tour ] les transmit à l'empereur Shômu. Il contribua aussi à faire ériger la grande statue de bouddha du temple Tôdai-ji.
Sous le règne du même empereur, le moine Ganjin [355] vint de Chine, apportant avec lui l'enseignement des écoles Tendai et Ritsu. Il propagea l'enseignement de l'école Ritsu et fit construire le sanctuaire du Hinayana au Tôdai-ji mais mourut sans avoir mentionné une seule fois le nom de l'école Hokke [356].
Puis, sous le règne du cinquantième souverain, l'empereur Kammu, huit cents ans après le début de l'époque de la Loi formelle, apparut un jeune moine appelé Saichô, qui serait connu plus tard sous le nom de Grand Maître Dengyô. Il étudia tout d'abord les enseignements des Six Ecoles — Sanron, Hôsso, Kegon, Kusha, Jôjitsu, Ritsu, ainsi que le Zen sous la direction du révérend Gyôhô [357] et d'autres.Par la suite, il fit construire le temple Kokuchô-ji, appelé plus tard Hieisan [ mont Hiei ]. Là, il fit une étude comparative rigoureuse des principaux sûtras de ces six écoles ainsi que des traités et des commentaires de leurs maîtres. Il découvrit de nombreuses différences entre les commentaires des maîtres de ces écoles et les sûtras et traités sur lesquels ils s'appuyaient, ainsi que quantité d'interprétations personnelles. [ Il devint clair à ses yeux que ] ceux qui croiraient [ de tels enseignements ] tomberaient tous dans les Voie mauvaises [ de la vie ]. De plus, bien que chacun des maîtres de ces écoles prétende avoir saisi le véritable sens du Sûtra du Lotus et s'enorgueillisse de sa propre interprétation, aucun d'eux ne l'avait correctement compris. Saichô sentit que s'il déclarait cela ouvertement, il créerait inévitablement des conflits mais que s'il se taisait, il trahirait le vœu du Bouddha [358]. Cette pensée lui était désagréable et il hésita longtemps. Mais finalement, craignant d'aller à l'encontre des injonctions du Bouddha, il présenta des remontrances à l'empereur Kammu.
L'empereur, stupéfait, convoqua les maîtres de ces six écoles [ et leur ordonna d'organiser un débat [359] ]. Au début, l'orgueil de ces maîtres était comme un étendard brandi jusqu'au sommet des montagnes et leurs pensées mauvaises aussi empoisonnées que la morsure d'un serpent venimeux. Mais finalement, ils furent contraints de s'incliner [ et d'avouer leur défaite ] en présence de l'empereur ; et tous les adeptes des six écoles et des sept temples [ principaux de Nara ] devinrent les disciples [ de Saichô ].
Ce fut comme ce qui s'était passé en Chine, lorsque les maîtres des écoles [ bouddhiques ] du Sud et du Nord, après avoir été vaincus dans un débat, au palais de la dynastie Tch'en, par le Grand Maître T'ien-t'ai, devinrent ses disciples . Mais [ des Trois Sortes de méditation ] T'ien-t'ai n'avait utilisé que la méditation parfaite et la sagesse parfaite [360]. Le Grand Maître Dengyô fit plus. Il réfuta les principes spécifiques du Hinayana pour la réception des préceptes [ que T'ien-t'ai avait omis de contester ], et conféra, à huit maîtres de ces six écoles [361], l'ordination spécifique du Mahayana [362] telle qu'elle est décrite dans le sûtra Bommô. De plus, il fit construire au mont Hiei un sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes qui conduisent à l'illumination parfaite et immédiate du Sûtra du Lotus. Ainsi, l'ordination spécifique selon les préceptes conduisant à l'illumination parfaite et immédiate conférée dans ce sanctuaire d'Enryaku-ji [ au mont Hiei ] fut non seulement la plus importante cérémonie au Japon mais une grande cérémonie d'ordination selon les préceptes enseignés au Pic du Vautour comme il n'y en avait jamais eu en Inde, en Chine ou en quelque lieu du monde que ce soit, au cours des mille huit cents années ou plus écoulées depuis la disparition du Bouddha. Cette cérémonie fut pour la première fois instaurée au Japon.
Par conséquent, [ si nous voulons comparer leurs mérites, nous pouvons dire que ] le Grand Maître Dengyô, par l'ampleur de la tâche qu'il accomplit, surpassa Nagarjuna et Vasubandhu et fut plus sage encore que T'ien-t'ai et Miao-lo. S'il en est ainsi, comment [ à notre époque au Japon ] les moines des temples Tô-ji, Onjô-ji, ou des sept grands temples [de Nara] et les adeptes des Huit écoles [363] et du Shingon, Zen ou Ritsu, peuvent-il transgresser les préceptes parfaits du Grand Maître Dengyô ? Les moines des neuf régions de Chine devinrent les disciples de T'ien-t'ai, et adoptèrent les principes de méditation parfaite et de sagesse parfaite [ qu'il enseignait ]. Mais puisque aucun sanctuaire pour conférer universellement l'ordination qui mène à l'illumination parfaite et immédiate n'avait été construit en Chine, certains auraient pu ne pas le suivre dans ce domaine des préceptes. Par contre, au Japon, [ puisque Dengyô a établi un tel sanctuaire ] ceux qui ne suivent pas le Grand Maître Dengyô ne peuvent être considérés que comme des non bouddhistes et des personnes mauvaises.
Le Grand Maître [ Dengyô ] savait parfaitement laquelle, des deux écoles nouvellement introduites de Chine au Japon, Tendai ou Shingon, était supérieure à l'autre. Mais il ne le démontra pas au cours d'un débat public comme il l'avait fait pour établir la supériorité du Tendai sur les six écoles [ plus anciennes ]. Pour cette raison peut-être, après la disparition du grand maître Dengyô, les adeptes du Tô-ji, des sept temples [ de Nara ], du Onjô-ji aussi bien que des autres temples du Japon tout entier proclamèrent l'école Shingon supérieure à l'école Tendai, et tous, des personnes du plus haut rang jusqu'à celles dont la condition est la plus modeste, en furent persuadés.
Ainsi [ le véritable esprit de ] l'école Tendai-Hokke ne fleurit véritablement que du vivant de Grand Maître Dengyô. Dengyô vécut à la fin de l'époque de la Loi formelle, dans la période qui correspond à ce que le sûtra Daijuku appelle l'ère de la construction des temples et des stupas. Le temps n'était pas encore arrivé où [ comme le prédit le sûtra Daijuku ] “ Parmi les adeptes de mes enseignements, il y aura des conflits et des disputes et la Loi pure sera obscurcie et perdue. ”
Il ne s'est pas écoulé plus de deux cents ans depuis que nous sommes entrés dans l'époque des Derniers Jours de la Loi, dans la période que le sûtra Daijuku. décrit comme celle où “ des conflits s'élèveront parmi les adeptes de mon enseignement et la Loi pure sera obscurcie et perdue. ” Si les mots du Bouddha sont véridiques, c'est le moment où inévitablement luttes et hostilités vont faire rage dans le monde entier.
Des rapports nous parviennent disant que la Chine tout entière, ses 360 provinces et 260 régions, a déjà été conquise par l'empire mongol. La capitale [ chinoise ] est déjà prise et [ les deux souverains ] Houei-tsong [364] et Ts'i-tsong, faits prisonniers par les Barbares du Nord, sont morts en Tartarie. . Si bien que le petit fils de Houei-tsong, l'empereur Kao-tsong [365] a dû quitter [ la capitale du Nord ] Tchan-ngan et se réfugier en province, [ a établi temporairement son palais ] à Hang-tcheou, et n'a pas revu sa capitale depuis plusieurs années.
En outre, les six cents et quelques provinces de Koryo, ainsi que les états de Silla et de Paekche [ sur la péninsule coréenne ] ont déjà tous été conquis par le grand empire mongol, et de la même manière les Mongols ont même attaqué les îles d'Iki, de Tsushima et de Kyushu [366] au Japon. Ainsi, la prédiction du Bouddha concernant la venue d'une époque de luttes et de conflits ne s'est absolument pas révélée fausse. C'est comme le flux et le reflux de l'océan qui ne manquent jamais de se produire, le moment venu.
Lorsque l'on constate cela, [ la véracité de cette prédiction ], il ne fait aucun doute qu'après la disparition de la Loi pure annoncée dans le sûtra Daijuku, la Grande Loi pure du Sûtra du Lotus se propagera largement, partout au Japon et dans tous les pays du monde.
Parmi les divers enseignements du bouddha, le sûtra Daijuku ne représente rien de plus qu'une exposition des principes du Mahayana provisoire Pour ce qui est d'enseigner la voie qui libère des souffrances de la naissance et de la mort, il [ appartient à la période où le Bouddha ] n'a “ pas encore révélé la vérité [367] ” et ne peut donc pas conduire à l'illumination ceux qui n'ont jamais formé de lien par le passé avec le Sûtra du Lotus. Pourtant, en ce qui concerne les Six Voies, les Quatre Formes de naissance [368] et les Trois Phases de la vie, tout ce qu'il énonce est exact et sans la moindre erreur.
Par conséquent, comment pourrait-il y avoir la moindre erreur dans le Sûtra du Lotus, alors que Shakyamuni y affirme qu'il va “ maintenant révéler la vérité ” [369] ? Le bouddha Tahô confirma qu'il disait la vérité et les bouddhas des Dix Directions tirèrent leurs longues et larges langues jusqu'au ciel de Brahma en guise de témoignage. Et le bouddha Shakyamuni lui-même tira une langue qui n'avait jamais dit le moindre mensonge jusqu'à ce qu'elle parvienne au ciel Akanishta [370]. Il déclara que dans la Cinquième Période de cinq cents ans [ après sa disparition ], au moment où les enseignements bouddhiques seraient sur le point de disparaître, le bodhisattva Jôgyô apparaîtrait avec les cinq caractères de Myôhô Renge Kyô, et les administrerait, comme un remède bénéfique à des malades de la lèpre, aux icchantika [ personnes d'une incroyance incorrigible ] et à ceux qui s'opposent à la Loi. Et il demanda à Bonten, à Taishâku, aux Divinités du soleil et de la lune, aux Quatre Rois du ciel, aux dragons et à d'autres divinités d'accorder leur protection à ce bodhisattva. Comment ces paroles d'or pourraient-elles être mensongères ? Même si la terre immense devait basculer, si la plus haute montagne devait s'effondrer, si l'été ne succédait plus au printemps, si le soleil repartait vers l'Est ou si la lune s'écrasait sur la terre, cette prédiction ne pourrait manquer de se réaliser.
S'il en est ainsi, en cette époque de conflits, comment le souverain, ses ministres et le peuple entier du Japon pourraient-ils espérer être en sécurité, alors qu'ils calomnient ou insultent l'envoyé du Bouddha [371] qui s'efforce de propager [ l'enseignement de ] Nam Myoho Renge Kyo, le condamnant à l'exil, l'attaquant et le frappant, ou harcelant ses disciples et adeptes ? En m'entendant parler ainsi, les ignorants penseront sans doute que je ne fais que prononcer une malédiction [ à l'encontre de mes ennemis, mais ce n'est pas le cas ].
Une personne qui propage le Sûtra du Lotus est le père et la mère de tous les habitants du Japon [372]. Car, comme l'a dit le Grand Maître Tchang-ngan : “ Permettre à quelqu'un [ qui offense la Loi ] de se libérer du mal, c'est remplir à son égard la fonction de parent [373]. ” Par conséquent, moi, Nichiren, je suis le père et la mère de l'actuel empereur, le maître et le seigneur des adeptes du Nembutsu, du Zen et des moines du Shingon.
Et pourtant, tous, des personnes les plus haut placées aux plus humbles, ressentent de l'hostilité à mon égard. Comment, alors, le soleil et la lune peuvent-ils continuer à briller sur leur tête, et comment les divinités de la terre peuvent-elles se laisser tranquillement fouler par leurs pieds ? Lorsque Devadatta frappa le Bouddha, la terre trembla et des flammes en sortirent. Lorsque le roi Danmira [374] décapita le vénérable Aryashima, sa main droite qui tenait le sabre se détacha et tomba [ à terre ]. L'empereur Wouei-tsong fit marquer au visage [ le moine ] Fa-tao [375] et l'exila au sud du fleuve Yang-tsé, et moins de six mois plus tard, il fut fait prisonnier [ et emmené ] par les Barbares. Aujourd'hui, les présentes attaques des Mongols se produisent pour les mêmes raisons. Même si l'on rassemblait autant de soldats qu'on en peut trouver dans les cinq régions de l'Inde [376], et si l'on construisait une forteresse dans la montagne de la Roue de Fer [377] [ qui marque les frontières du Jambudvipa ], cela ne servirait à rien. Toute la population du Japon subira inévitablement le désastre de la guerre.
Devant une telle situation, on devrait clairement comprendre que Nichiren est bien le Pratiquant du Sûtra du Lotus. Le bouddha Shakyamuni déclara qu'à l'époque mauvaise des Derniers Jours de la Loi, si quelqu'un maltraitait ou insultait les personnes qui propagent le Sûtra du Lotus, il commettrait un crime cent, mille, dix mille, cent millions de fois plus grave que celui qui hait le Bouddha pendant toute la durée d'un éon. Pourtant, de nos jours, au Japon, attachés à leurs conceptions personnelles, le souverain aussi bien que les personnes ordinaires me haïssent encore plus intensément qu'ils haïraient les ennemis de leur père et mère, ou leur ennemi juré depuis des existences passées, et m'attaquent plus farouchement que si j'étais un traître ou un meurtrier. Je me demande pourquoi la terre ne s'ouvre pas pour les engloutir vivants ou pourquoi le tonnerre et les éclairs ne descendent pas du ciel pour les foudroyer !
Est-ce parce que [ après tout ] Nichiren, n'est pas le Pratiquant du Sûtra du Lotus ? Dans ce cas, quel sort misérable est le mien ! Quelle épouvantable condition, dans cette vie, que d'être attaqué par tous sans connaître un instant de répit, et, dans la vie suivante, de tomber dans les mauvaises voies ! Mais si, [ en réalité ], Nichiren n'était pas le Pratiquant du Sûtra du Lotus, qui serait donc le défenseur du Véhicule unique [ l'enseignement du Sûtra du Lotus ] ?
Est-ce que [ des personnages comme ] Hônen, qui a déclaré qu'il fallait abandonner le Sûtra du Lotus, Shan Tao qui a affirmé : “ Pas une personne sur mille ne pourra parvenir à l'illumination avec ce Sûtra ” ou Tao-tchao qui a dit “ Pas une seule personne n'a jamais atteint l'Eveil grâce à ce sûtra ” sont les Pratiquants du Sûtra du Lotus ? Le Grand Maître Kôbô déclara que pratiquer l'enseignement du Sûtra du Lotus revenait à suivre une théorie puérile. Se pourrait-il que ce soit lui, le Pratiquant du Sûtra du Lotus ?
Le Sûtra [ du Lotus ] parle de “ la personne qui a la force de pratiquer ce Sûtra [378] ” et de “ la personne capable de l'enseigner [379] ” Que signifie “ capable de l'enseigner ” ? Cela ne désigne-t-il pas celui qui affirmera, comme il est dit dans un passage [ du Sûtra lui-même ] : “ De tous les sûtras, c'est le plus élevé [380] ” et qui proclamera, comme le Sûtra l'enseigne, la supériorité du Sûtra du Lotus sur les sûtras Dainichi, Kegon, du Nirvana, Hannya et autres ? N'est-ce pas celui-là que le Sûtra désigne comme “ le Pratiquant du Sûtra du Lotus ” ? S'il faut en croire ces passages du Sûtra, en plus de sept cents ans, depuis l'introduction du bouddhisme au Japon, à l'exception du Grand Maître Dengyô et de moi Nichiren, il n'y a pas eu un seul Pratiquant du Sûtra du Lotus.
Je me suis demandé pourquoi [ les prédictions de punitions dans le Sûtra ] “ la tête brisée en sept morceaux [381] ” et “ incapable d'ouvrir la bouche [382] ” ne se sont pas réalisées. J'en comprends maintenant la raison. Ce ne sont que des rétributions légères dues à l'opposition d'une ou deux personnes seulement. Mais Nichiren est le plus grand Pratiquant du Sûtra du Lotus dans le monde entier. Par conséquent ceux qui s'allient avec mes calomniateurs et mes ennemis ne manqueront pas de connaître les plus graves difficultés du monde, telles que le grand séisme [383]qui secoua tout le Japon à l'ère Shôka ou l'apparition de la grande comète [384] à l'ère Bun'ei qui constitua une punition pour le pays tout entier. Réfléchissez bien à cela ! Depuis la disparition du Bouddha, d'autres pratiquants du bouddhisme ont été traités avec hostilité, mais on n'a jamais entendu parler de désastres d'une telle gravité. C'est parce que personne n'avait encore exhorté tous les êtres humains à réciter Nam Myoho Renge Kyo. ! Qui, dans le monde entier, pourrait sur ce point dire de front qu'il est mon égal ? Qui, dans les quatre mers, pourrait soutenir la comparaison avec moi ?
Question : A l'époque de la Loi correcte, les capacités [ des gens ] étaient [ peut-être ] inférieures à celles des contemporains du Bouddha. Mais elles étaient [ probablement très ] supérieures à celles des [ gens qui vécurent et vivent aux ] époques de la Loi formelle et des Derniers Jours de la Loi. Comment, dans ce cas, pouvez-vous dire qu'au début de l'époque de la Loi correcte, le Sûtra du Lotus n'a pas été enseigné ? C'est au cours des mille ans de l'époque de la Loi correcte que des hommes comme Ashvagosha, Nagarjuna, Aryadeva, Asanga, sont apparus. Le bodhisattva Vasubandhu enseigna la doctrine et fut connu sous le nom de “ l'auteur de mille ouvrages ”. Il écrivit le Hokke Ron , commentaires sur le Sûtra du Lotus qui établissent que c'est le plus important de tous les sûtras. Le moine lettré Paramartha [385] [ en décrivant la transmission du Sûtra du Lotus ] déclara qu'il y eut, en Inde, plus de cinquante personnes qui propagèrent le Sûtra du Lotus et que Vasubandhu est l'un d'eux. Voilà ce qui se produisit durant la période de la Loi correcte.
[ Si nous nous intéressons maintenant ] à l'époque de la Loi formelle [ qui suivit, nous voyons que ] le Grand Maître T'ien-t'ai apparut en Chine vers le milieu de cette période et écrivit le Hokke Gengi, le Hokke Mongu et le Maka Shikan en trente volumes, ouvrages dans lesquels il étudia en profondeur le Sûtra du Lotus. A la fin de l'époque de la Loi formelle, le Grand Maître Dengyô apparut au Japon. Non seulement il propagea dans notre pays les deux principes de la sagesse parfaite et de la méditation parfaite de l'enseignement du Grand Maître T'ien-t'ai mais il fit également construire au mont Hiei le grand sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes qui mènent à l'illumination parfaite et immédiate. Ainsi, les préceptes parfaits ont été connus du Japon tout entier et tous, des personnes les plus haut placées aux plus modestes, ont considéré le temple Enryaku-ji [ du mont Hiei ] comme leur guide et leur maître. Comment, alors, pouvez-vous dire que le Sûtra du Lotus n'a pas été largement enseigné et propagé [ à l'étranger ] à l'époque de la Loi formelle ?
Réponse : Les moines savants de notre temps pensent généralement que les enseignements du Bouddha sont exposés invariablement en fonction des capacités [ de ceux qui l'écoutent ], mais, en fait, ce n'est pas véritablement ce qu'enseigne le Bouddha. S'il était vrai qu'il faille enseigner les doctrines les plus élevées aux personnes dotées des plus grandes capacités [ de compréhension et ] de sagesse, pourquoi Shakyamuni n'a-t-il pas enseigné le Sûtra du Lotus immédiatement après avoir atteint l'illumination ? Pourquoi, au cours des cinq cents premières années de l'époque de la Loi correcte les sûtras du Mahayana n'ont-ils pas été largement propagés ?. S'il était vrai que les lois les plus élevées devraient être enseignées à ceux qui ont un lien particulier avec le Bouddha, pourquoi Shakyamuni aurait-il exposé le sûtra Kambutsu Zammai au roi Suddhodana [ son père ] et le sûtra Maya à la reine Maya [ [ sa mère, et non le Sûtra du Lotus ] ? [ Et, à l'inverse, ] si les doctrines secrètes ne devraient jamais être enseignées aux personnes mauvaises qui n'ont aucun lien avec le Bouddha ni à celles qui s'opposent à la Loi, pourquoi le moine Kakutoku [386] aurait-il transmis le Sûtra du Nirvana à d'innombrables moines ayant transgressé les préceptes ? Pourquoi le bodhisattva Fukyô se serait-il adressé aux quatre sortes de croyants qui dénigraient le Sûtra et aurait-il propagé [ parmi eux ] le Sûtra du Lotus ?
Par conséquent, c'est une grande erreur que de dire qu'il faut toujours enseigner la Loi en fonction des capacités [ de ceux qui écoutent ].
Question : Est-ce à dire que Nagarjuna, Vasubandhu et d'autres n'ont pas enseigné les véritables principes du Sûtra du Lotus ?
Réponse : C'est exact. Ils ne l'ont pas fait.
Question : Quel enseignement ont-ils donc propagé ?
Réponse : Ils ont enseigné les sûtras du Mahayana provisoire, [ divers enseignements ] ésotériques comme exotériques, tels que les sûtras Kegon, Hôto, Hannya, et Dainichi, mais ils n'ont pas exposé les principes du Sûtra du Lotus.
Question : Sur quelles preuves vous appuyez-vous ?
Réponse : Les traités écrits par le bodhisattva Nagarjuna comportent près de trois cent mille vers, mais tous n'ont pas été transmis en Chine et au Japon. Il est donc difficile de comprendre la vraie nature de son enseignement. Toutefois, en étudiant les ouvrages parvenus en Chine, comme le Jûjûbibasha Ron, le Chû Ron et le Daichido Ron, on peut penser que les traités restés en Inde sont sensiblement identiques.
Question : Ne pourrait-il y avoir, parmi les commentaires restés en Inde, certains traités supérieurs à ceux qui furent transmis à l'extérieur [ en Chine ] ?
Réponse : En ce qui concerne le bodhisattva Nagarjuna, je n'ai pas besoin d'exprimer mon opinion personnelle. Car le Bouddha lui-même a prédit que, après sa disparition, un bodhisattva du nom de Nagarjuna apparaîtrait dans le sud de l'Inde et que l'essentiel de ses enseignements se trouverait dans un traité intitulé Chû Ron. [387]
Telle fut la prédiction du Bouddha. [ Et nous constatons que ] par la suite, soixante-dix maîtres poursuivirent la lignée de Nagarjuna, tous des grands maîtres de doctrine. Chacun de ces soixante-dix maîtres appuya son enseignement sur le Chû Ron. Le Chû Ron est un ouvrage en quatre volumes composant vingt-sept chapitres, et l'essentiel de son enseignement consiste en une strophe de quatre vers [388] énonçant que tous les phénomènes sont, à l'origine, interdépendants. Cette strophe de quatre vers résume les Quatre Enseignements et les Trois Explications comme on les trouve dans les sûtras Kegon et Hannya [389] et autres sûtras [ provisoires ], mais elle n'énonce pas les Trois Explications [ et leur unification ] telles que les définit le Sûtra du Lotus.
Question : D'autres personnes partagent-elles votre avis sur ce point ?
Réponse : [ Le Grand Maître ] T'ien-t'ai écrivit : “ Il est vain de comparer le Chû Ron avec les enseignements du Sûtra du Lotus [390]. ”. Et ailleurs encore :“ Vasubandhu et Nagarjuna perçurent clairement la vérité dans leur cœur mais [ ne l'enseignèrent pas. Ils exposèrent plutôt les enseignements du Mahayana provisoire ] ils agirent en fonction du temps [391]. ” Miao-lo fit remarquer : “ Pour réfuter les conceptions erronées et pour établir la vérité [ le Chû Ron ] n'est en rien comparable au Sûtra du Lotus [392]. ” Et Ts'ung-i [393] déclara : “ Nagarjuna et Vasubandhu ne soutiennent pas la comparaison avec T'ien-t'ai. ” [394]
Question : A la fin de la dynastie T'ang, le grand lettré Pou-k'ong introduisit [ en Chine ] un traité en un seul volume intitulé Bodaishin Ron qu'il présenta comme l'œuvre du bodhisattva Nagarjuna. Le Grand Maître Kôbô a dit à ce propos : “ Ce traité est le cœur même des mille ouvrages de Nagarjuna [395]. ” [ Que pensez-vous de cela ? ]
Réponse : Ce traité comporte sept feuilles et de nombreux passages qu'il semble impossible d'attribuer à Nagarjuna. C'est pourquoi, dans les catalogues des textes bouddhiques, cet ouvrage est attribué tantôt à Nagarjuna, tantôt à Pou-k'ong. L'auteur n'en a jamais été précisément déterminé. De plus, ce traité ne prend pas en compte tous les enseignements de Shakyamuni et il comprend de nombreuses affirmations inexactes. A commencer par la phrase qui prétend que : “ Seul l'enseignement du Shingon [ peut conduire à la boddhéité. ] ” C'est une erreur, puisque cela nie la possibilité d'atteindre la boddhéité sans changer d'apparence [ grâce aux enseignements ] du Sûtra du Lotus, un fait largement établi par les preuves scripturales aussi bien que par des événements concrets [396]. Et cela implique qu'il est possible d'atteindre la boddhéité sans changer d'apparence grâce aux enseignements du Shingon, sans la moindre preuve littérale ou preuve actuelle [ pour soutenir cette assertion ]. Le mot “ seul ” [ dans l'affirmation que seul l'enseignement du Shingon peut conduire à la boddhéité ] est [ de toutes ] l'erreur la plus grave.
Il semble bien, en examinant les faits, que ce fut Pou-k'ong lui-même qui écrivit cet ouvrage, et qu'il prétendit que Nagarjuna en était l'auteur afin que les gens de son époque lui accordent plus de sérieux.
De plus, Pou-k'ong commit de nombreuses erreurs. Par exemple, dans sa traduction intitulée Kanchi Giki [397] qui traite du Sûtra du Lotus, il identifie le bouddha du chapitre Juryô au bouddha Amida, ce qui est une distorsion flagrante. Il prétend aussi qu'il faut placer le chapitre Dharani, [ le 26e ], après le chapitre Jinriki [ le 21e ] et il a placé le chapitre Zokurui à la fin du Sûtra, erreurs si énormes qu'elles ne méritent même pas d'être discutées.
Et ce n'est pas tout. Il vola les préceptes du Mahayana de l'école Tendai, et, avec l'aide d'un décret de l'empereur Tai-tsong, les instaura dans les cinq temples du mont Wou-t'ai. Il déclara aussi que, pour classifier les enseignements, l'école Shingon, il fallait emprunter la classification utilisée par l'école Tendai. De manière générale, il multiplia les falsifications. Les traductions des sûtras ou des traités faites par d'autres sont peut-être utilisables mais celles de Pou-k'ong ne sont absolument pas fiables.
En tenant compte à la fois des anciennes et des nouvelles traductions [398], 186 personnes ont introduit d'Inde en Chine [ des sûtras ou des traités ] soit en en transmettant le sens, soit en les traduisant à la lettre. A une seule exception près, le savant lettré Kumarajiva, tous ces traducteurs ont commis des erreurs et Pou-k'ong en a fait de très nombreuses. Son intention délibérée de tromper les autres est évidente.
Question : Comment pouvez-vous affirmer que, à l'exception de Kumarajiva, tous les autres traducteurs ont fait des erreurs ? Voulez-vous non seulement détruire le Zen, le Nembutsu, le Shingon et les autres des sept [ principales ] écoles mais encore discréditer [ les ouvrages de ] tous les traducteurs de Chine et du Japon ?
Réponse : C'est une chose que je voudrais garder extrêmement secrète et dont je préférerais ne parler qu'en tête à tête. Je vais quand même donner ici quelques explications. Kumarajiva [ lui-même ] a dit : “ En étudiant tous les sûtras utilisés en Chine, je vois qu'ils s'écartent tous du sens de l'original en sanscrit. Comment pourrais-je faire comprendre cela aux autres ? Je n'ai qu'un grand vœu. Mon corps n'est pas pur, puisque j'ai pris femme. Mais ma langue, elle, est absolument pure, et j'ai décidé qu'elle le resterait en ne prononçant jamais le moindre mensonge concernant le bouddhisme. Après ma mort, il faudra m'incinérer. Si, à ce moment là, ma langue est consumée par les flammes, vous pourrez rejeter ma traduction des sûtras [399]. ” Il répétait très souvent cela en donnant des cours. Au point que tous, du souverain jusqu'au dernier de ses sujets, souhaitaient ne pas mourir avant Kumarajiva [ afin de voir ce qui se passerait ].
Le jour vint où Kumarajiva mourut, et, lorsqu'il fut incinéré, son corps impur se réduisit entièrement en cendres. Seule sa langue demeura, posée sur un lotus bleu qui était apparu au milieu des flammes. D'elle partirent des rayons de cinq couleurs différentes, assez intense pour changer la nuit en jour ou, dans la journée pour éclipser la lumière du soleil. Voilà pourquoi les sûtras traduits par d'autres furent de moins en moins estimés et les sûtras traduits par Kumarajiva, en particulier sa traduction du Sûtra du Lotus, se répandirent rapidement dans toute la Chine.
Question : Tout cela est peut-être vrai pour les traducteurs qui vécurent à l'époque de Kumarajiva et avant, mais pourquoi ceux qui vécurent après lui, comme Chan-wou-wei et Pou-k'ong, auraient-ils, eux aussi, commis des erreurs ?
Réponse : Pour ce qui est des traducteurs qui vécurent après lui, si leur langue a brûlé [ lors de leur incinération ], c'est la preuve qu'ils avaient commis des erreurs. Ainsi, l'école Hossô fut un temps florissante au Japon. Mais le Grand Maître Dengyô l'a réfutée en faisant remarquer que la langue de Kumarajiva n'avait pas brûlé mais que celle de Siuan Tsang et celle de Ts'eu-ngen avaient été réduites en cendres [ avec le reste de leur corps ]. Impressionné par cet argument, l'empereur Kammu se convertit à l'école Tendai-Hokke.
Il était prédit, dans les troisième et neuvième volumes du Sûtra du Nirvana, que lorsque les enseignements bouddhiques quitteraient l'Inde pour être transmis dans d'autres pays, de nombreuses erreurs y seraient introduites et qu'il serait d'autant plus difficile, pour les personnes ordinaires, de parvenir à l'éveil. Le Grand Maître Miao-lo fit remarquer :“ Que les enseignements soient correctement compris ou non, dépend des personnes qui les transmettent. Cela n'implique en rien les propos [ originels ] du Sage [400]. ”
Ce passage indique que, même si les gens d'aujourd'hui prient pour leur vie prochaine en respectant fidèlement un sûtra, si ce sûtra est un sûtra erroné, ils ne pourront jamais atteindre la boddhéité, mais la faute n'en est pas imputable au Bouddha.
Pour la pratique et l'étude du bouddhisme, une fois admise la nécessité d'établir la distinction entre Mahayana et Hinayana, entre sûtras définitifs et sûtras provisoires et entre enseignement exotérique et ésotérique, ce point [ la fiabilité de la traduction ] est le plus important.
Question : [ Ainsi, selon vous ] pendant les mille ans de l'époque de la Loi correcte, les maîtres de doctrine étaient intérieurement convaincus de la supériorité de l'enseignement véridique du Sûtra du Lotus sur tous les autres sûtras, ésotériques ou exotériques, mais ils ne l'ont pas fait savoir, se contentant de propager les doctrines du Mahayana provisoire. Cela me paraît difficile à admettre mais je crois comprendre ce que vous dites
Vers le milieu des mille ans de l'époque de la Loi formelle, le Grand Maître T'ien-t'ai Tchi-tche apparut. Dans les dix volumes ou mille feuilles du Hokke Gengi , il définit en détail le sens du Daimoku, les cinq caractères Myoho Renge Kyo [ qui sont le titre du Sûtra du Lotus ]. Dans son Hokke Mongu en dix volumes, il commenta chaque mot et chaque phrase [ du Sûtra ] depuis [ les premiers mots ] “ Ainsi ai-je entendu… ” jusqu'aux tout derniers “ Ils s'inclinèrent et prirent congé ”. Il les interpréta en fonction de quatre critères, c'est-à-dire en étudiant les causes et les circonstances, les enseignements corollaires, les enseignements théorique et essentiel et l'observation du cœur [401], y consacrant à nouveau mille feuilles.
Dans les vingt volumes que constituent ses deux ouvrages Hokke Gengi et Hokke Mongu, T'ien-t'ai a comparé tous les autres sûtras à des rivières et le Sûtra du Lotus au grand océan. Il a démontré que l'eau de tous les enseignements bouddhiques de tous les mondes des Dix Directions, sans qu'une seule goutte en soit perdue, coule dans cette mer immense de Myôhô Renge Kyô. De plus, il étudia toutes les doctrines des grands maîtres de l'Inde sans omettre un seul point ainsi que les doctrines des Dix Maîtres du Sud et du Nord de la Chine, en réfutant ce qu'il y avait à réfuter et en se servant de ce qui était utilisable. En plus [ des ouvrages mentionnés plus haut ], il écrivit encore le Maka Shikan en dix volumes, ouvrage dans lequel, résumant tous les enseignements sur la méditation donnés par Shakyamuni de son vivant, il formula le principe d'ichinen, et appréhenda toutes les entités vivantes et leur environnement dans les Dix états par le concept de sanzen [ trois mille mondes ].
Par ses qualités, cet écrit [ de T'ien-t'ai ] surpasse ceux de tous les maîtres de doctrine qui vécurent en Inde pendant les mille ans [ de l'époque de la Loi correcte ], dans un passé lointain, et il est supérieur aussi, dans un passé plus proche, aux commentaires des maîtres qui vécurent en Chine dans les cinq cents premières années [ de l'époque la Loi formelle ].
C'est pourquoi le grand maître Tsi-tsang [402], de l'école Sanron, [ dans une de ses lettres ] exhorta des centaines de maîtres et de bienfaiteurs [ des écoles ] du Sud et du Nord [ de la Chine ] à assister aux cours du Grand Maître T'ien-t'ai sur les sûtras. “ Ce qui ne se produit qu'une fois tous les mille ans [ l'apparition d'un grand sage ], ce qui ne se produit qu'une fois tous les cinq cents ans [403][ l'apparition d'un sage ] se produit concrètement aujourd'hui. ” écrivit-il dans cette exhortation. “ [ Par le passé ] Nan-yue, avec sa forme supérieure de sagesse, T'ien-t'ai, avec sa philosophie clairvoyante, ont reçu et pratiqué le Sûtra [ du Lotus ] par la pensée, la parole et l'action, et, aujourd'hui, ils sont apparus à nouveau comme deux maîtres honorés. Ils n'ont pas seulement fait couler le doux nectar d'amrita [404]en Chine, ils ont aussi fait résonner le tambour de la Loi jusqu'en Inde. Ils possèdent une compréhension innée de la Loi merveilleuse depuis leur naissance, et leurs commentaires [ sur les textes sacrés ] n'ont pas d'équivalent depuis l'époque des dynasties Huei et Tsin. C'est pourquoi je souhaite me rendre, avec plus de cent moines pratiquant la méditation auprès du Grand Maître sage [405][ Chi Tche ] et le supplier de nous permettre de l'écouter. ”
Le maître des préceptes Tao-siuan [406] du mont Chung-nan a fait l'éloge du Grand Maître T'ien-t'ai en disant : “ Sa connaissance profonde du Sûtra du Lotus est comme le soleil de midi éclairant les plus sombres vallées ; il expose les principes du Mahayana avec autant de liberté qu'un grand vent balayant le ciel. Même si les plus grands lettrés se réunissaient par milliers pour s'efforcer de transcrire ses cours merveilleux, ils ne pourraient pas entièrement les comprendre … Ses principes sont aussi clairs qu'un index pointé vers la lune … et tous ses mots découlent essentiellement de la vérité suprême [407]. ”
Le Grand Maître Fa-tsang, de l'école Kegon, fait l'éloge de T'ien-t'ai en disant : “ Nan Yue et T'ien-t'ai se sont intuitivement éveillés à la vérité et sont déjà parvenus à la première des Dix Étapes de Sécurité dans la pratique des bodhisattvas [408].Ils se souviennent de la Loi telle qu'elle leur fut enseignée au Pic du Vautour et l'exposent de la même manière aujourd'hui [409]. ”
Un récit a été fait de la manière dont Pou-k'ong, de l'école Shingon, et son disciple Han-kuang, abandonnèrent l'enseignement de l'école Shingon pour devenir des disciples du Grand Maître T'ien-t'ai. “ On lit dans le Kosso Den [ Biographies de moines éminents ] : “ Quand [ Han-kuang ], en compagnie de Pou-k'ong, voyageait en Inde, un moine lui posa la question : ‘ En Chine, il y a les enseignements de T'ien-t'ai qui permettent de faire la distinction entre ce qui est erroné de ce qui est correct et d'élucider la différence entre les enseignements partiels et parfaits. Ne serait-il pas bon de les traduire pour les propager dans ce pays ? [410] ’ ” ”
Cette histoire a été relatée par Han-kuang au grand maître Miao-lo. Après l'avoir entendue, Miao-lo s'exclama : “ Cela ne signifie-t-il pas que dans le pays d'origine du bouddhisme [ en Inde ], la Loi est déjà perdue et [ qu'elle ] doit être recherchée aux quatre coins du monde ? ” Mais [ même en Chine ] rares sont ceux qui reconnaissent la grandeur de l'enseignement de T'ien-t'ai. Ils sont comparables aux habitants de l'état de Lu [411] [ qui ignoraient la grandeur de Confucius ]. ”
S'il était resté en Inde des traités aussi importants que les [ trois ouvrages en ] trente volumes de T'ien-t'ai, pourquoi des moines indiens auraient-ils eu besoin de venir chercher les commentaires de T'ien-t'ai en Chine ? Devant de telles évidences comment pouvez-vous nier que pendant l'époque de la Loi formelle le véritable enseignement du Sûtra du Lotus fut révélé et que sa vaste propagation [ kôsen-rufu ] a eu lieu dans le Jambudvipa [ le monde entier ] ?
Réponse : Le Grand Maître T'ien-t'ai exposa et propagea en Chine une méditation parfaite et une sagesse parfaite qui dépassent l'enseignement donné par Shakyamuni de son vivant et celui de tous les maîtres apparus au cours des mille quatre cents ans écoulés depuis la disparition du Bouddha, c'est-à-dire les mille ans de l'époque de la Loi correcte et les premiers quatre cents ans de l'époque de la Loi formelle. Et son influence s'exerça non seulement en Chine mais même jusqu'en Inde. Cela pourrait sembler la vaste propagation du Sûtra du Lotus [ dont nous parlions plus haut ]. Mais, à l'époque, le grand sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes parfaits et suprêmes n'avait pas encore été construit. On utilisait les préceptes du Hinayana que l'on greffait sur la sagesse parfaite et la méditation parfaite. C'est un fait regrettable. On pourrait comparer cela à une éclipse du soleil ou à la lune avant qu'elle ne soit pleine.
Quoi que vous en pensiez, l'époque du Grand Maître T'ien-t'ai correspond essentiellement à celle que le sûtra Daijuku appelle l'ère de la lecture, de la récitation et de l'écoute. Le temps n'était pas encore venu d'accomplir kôsen-rufu, [ ou de proclamer et propager largement le Sûtra du Lotus ].
Question : Le grand maître Dengyô naquit au Japon et vécut sous le règne de l'empereur Kammu. Il réfuta les enseignements erronés acceptés [ au Japon ] pendant quelque deux cents ans, depuis le règne de l'empereur Kimmei. Il restaura les principes de la sagesse et de la méditation parfaites enseignés par le Grand Maître T'ien-t'ai et, de plus, déclara sans valeur les Trois Sanctuaires [ pour l'ordination selon les préceptes ] du Hinayana introduits au Japon [412] par le moine Ganjin, faisant construire à leur place, sur le mont Hiei, le sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes du Mahayana menant à l'illumination parfaite et immédiate. Dans les mille huit cents ans écoulés depuis la disparition du Bouddha, ce fut l'événement le plus extraordinaire qui se soit produit, en Inde, en Chine, au Japon, aussi bien que dans le monde entier.
Je ne sais si son éveil intérieur fut inférieur ou supérieur à celui de Nagarjuna ou de T'ien-t'ai. Mais je suis convaincu que le fait d'avoir exhorté tous les croyants du bouddhisme à croire en un seul enseignement [ celui du Sûtra du Lotus ] l'amène à surpasser Nagarjuna et Vasubandhu et dénote une sagesse encore plus grande que celle de Nan-yue et de T'ien-t'ai.
Finalement, [ on peut dire que ] au cours des mille huit cents ans écoulés depuis la disparition du Bouddha, ces deux hommes [ T'ien-t'ai et Dengyô ] furent les véritables pratiquants du Sûtra du Lotus. Ainsi, on lit dans [ l'ouvrage de Dengyô ] le Hokke Shuku : “ Il est dit dans le Sûtra [ du Lotus ] : “ prendre le mont Sumeru et le lancer à travers d'innombrables terres de bouddha n'est pas difficile. Mais à l'époque mauvaise qui suivra la disparition du Bouddha, savoir enseigner ce Sûtra, voilà ce qui est véritablement difficile ! ” [413] ” Dengyô commente ainsi : “ Shakyamuni enseigna que “ le superficiel est facile [ à saisir ] mais le profond, difficile ”. Telle est l'explication de Shakyamuni. Abandonner le superficiel pour rechercher ce qui est profond [ demande du courage ], c'est l'esprit de “ rechercher le Bouddha ” [ jobu ]. Le Grand Maître T'ien-t'ai, en suivant fidèlement [ le Bouddha ] Shakyamuni, a contribué à la propagation de l'école Hokke en Chine. [ Nous, ] la famille du mont Hiei, en succédant à T'ien-t'ai, contribuons à la propagation de l'école Hokke au Japon. ”
Le sens de ce passage [ de commentaires ] est le suivant : depuis l'époque de la venue du Bouddha, dans le kalpa de la sagesse et le neuvième kalpa de décroissance, à une époque où la longévité de la vie humaine, ayant diminué, n'était plus que de cent ans, au cours des cinquante années pendant lesquelles Shakyamuni exposa son enseignement, aussi bien que pendant les mille huit cents ans écoulés depuis sa disparition, il serait peut-être possible de trouver une personne tout juste haute de cinq pieds capable de soulever une montagne d'or d'une hauteur de 168.000 yojana [414] et d'une largeur de 6. 620.000 ri [415] et de la faire passer par dessus la Montagne de la roue de fer * plus rapidement qu'un vol de moineaux, ou aussi facilement qu'on saisirait un bout de tuile de quelques centimètres et le projetterait à une distance d'un ou deux chô. [416] Mais [ même s'il y a peu de chances de rencontrer une personne capable de tels exploits ] il serait beaucoup plus rare encore de trouver, à l'époque des Derniers Jours de la Loi, une personne capable d'enseigner le Sûtra du Lotus comme l'a enseigné le Bouddha. [ Et pourtant ] le Grand Maître T'ien-t'ai et le Grand Maître Dengyô furent précisément des personnes de ce genre, qui transmirent la pratique telle que le Bouddha l'enseigna.
Les maîtres de la doctrine en Inde ne parvinrent jamais [ à saisir la vérité inhérente ] au Sûtra du Lotus. Les maîtres antérieurs à T'ien-t'ai en Chine ont été tantôt trop loin [ ayant perçu eux-mêmes cette vérité, ils ne dirent pas qu'elle se trouvait dans le Sûtra du Lotus ], tantôt pas assez loin [ pour arriver à cette réalisation ]. Quant à [ des personnages des époques ultérieures tels que ] Ts'en Ngen, Fa ts'ang et Chan-wou-wei, ils étaient capables de prétendre que l'Est était l'Ouest, et de faire passer le ciel pour la terre. Et il ne s'agit pas là d'affirmations présomptueuses de la part du Grand Maître Dengyô [ destinées à rehausser sa propre valeur ]
Le dix-neuvième jour du premier mois de la vingt-et-unième année de l'ère Enryaku (802), l'empereur Kammu se rendit au temple du mont Takao. Il invita plus de dix maîtres des six écoles et des sept grands temples [ de Nara ] — Zengi, Shôyû, Hôki, Chônin, Kengyoku, Ampuku, Gonsô, Shuen, Jikkô, Gen'yô, Saikô, Dôshô, Kôshô et Kambin — à venir débattre avec le maître de la Loi Saichô. Mais certains furent réduits au silence dès leur première réplique, incapables d'en prononcer une seconde ou une troisième. Tous baissèrent la tête et joignirent les mains [ en signe de respect ]. Les principes de l'école Sanron tels que les deux sortes d'enseignements [417], les Trois Périodes [418], les trois tours de la roue de la Loi [419] ; les principes de l'école Hossô tels que les Trois Périodes [420] et les Cinq Natures [421] ; les principes de l'école Kegon tels que les Quatre Enseignements et les Cinq Enseignements [422], l'enseignement principal et secondaire [423], les Six Formes et les Dix Mystères [424] —tous furent réfutés. Ce fut comme lorsque les poutres et les piliers d'une grande demeure s'effondrent, comme si le drapeau fièrement brandi par cette dizaine de moines éminents traînait maintenant dans la poussière.
Sur le moment, l'empereur fut stupéfait et le vingt-neuvième jour du même mois, il dépêcha [ Wake no ] Hiroyo et [ Otomo no ] Kunimichi [425] auprès des maîtres des sept temples et des six écoles pour les interroger longuement. Tous, l'un après l'autre, envoyèrent une lettre reconnaissant qu'ils avaient été vaincus [ lors du débat et convaincus par les arguments de Dengyô ]. Dans cette lettre, ils disaient : “ Si nous analysons en privé, le Hokke Gengi et les autres commentaires de T'ien-t'ai, nous voyons qu'ils résument l'ensemble des enseignements exposés par Shakyamuni de son vivant. La finalité [ des enseignements du Bouddha ] y est totalement expliquée, sans qu'un seul point reste obscur. Cela indique que cette école [ Tendai ] est supérieure à toutes les autres écoles, car elle offre une voie unique [ que tout le monde peut emprunter ]. Les principes qu'elle enseigne sont profonds et mystiques, et nous, qui sommes les disciples des sept grands temples et des six écoles, n'avons jamais rien vu ni entendu de pareil.
“ Maintenant prend fin la polémique qui depuis si longtemps oppose l'école Sanron à l'école Hossô, elle a perdu toute substance, comme de la glace qui aurait fondu. [ La vérité apparaît et ] tout s'éclaire, comme lorsque nuages et brouillards se dissipent, laissant voir le soleil, la lune et les étoiles. Depuis les débuts de la propagation [ du bouddhisme au Japon ] par le prince Shôtoku, il y a plus de deux cents ans, de nombreux sûtras et traités ont été largement commentés, et la supériorité relative des uns par rapport aux autres a souvent été discutée, mais jusqu'à présent quantité de doutes n'étaient toujours pas écartés. De plus, pendant cette période, la doctrine parfaite et élevée de la Loi merveilleuse n'avait jamais encore été correctement expliquée et propagée. Serait-ce parce que les hommes ordinaires n'avaient pas la capacité de goûter sa saveur parfaite ?
Par contre, à notre humble avis, le dirigeant de notre dynastie sacrée [426] a hérité de la tâche confiée il y a bien longtemps par le Bouddha [ Shakyamuni ] ; il a étudié en profondeur l'enseignement pur et parfait [ du Sûtra du Lotus ] afin que les principes de la vérité unique et merveilleuse [ qu'il expose ] soient expliqués et clarifiés. Ainsi, nous, les maîtres des six écoles, nous sommes pour la première fois éveillés à cette vérité ultime. Désormais, tous les êtres dotés de vie en ce monde pourront embarquer sur le vaisseau de cette vérité merveilleuse et parfaite et atteindront rapidement l'autre rive [427]. Zengi et les autres [ moines de notre groupe ] ont eu la grande chance d'entendre ces enseignements rares grâce à des liens créés par le passé. Sans de profonds liens karmiques, comment aurions-nous pu naître en cette époque sacrée ? ”
En Chine, [ par le passé ] Tsi-tsang [428], rassembla une centaine d'autres moines qui, ensemble, reconnurent au Grand Maître T'ien-t'ai la qualité de véritable sage. Plus tard, au Japon, deux cents et quelques moines des sept temples [ de Nara ] ont conféré au Grand Maître Dengyô le titre de sage. Ainsi, au cours des deux mille et quelques années écoulées depuis la disparition du Bouddha, ces deux sages sont apparus dans les deux pays [ l'un en Chine et l'autre au Japon ]. De plus, Dengyô fit construire au mont Hiei le Grand Sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes qui mènent à l'illumination parfaite et immédiate, préceptes que le Grand Maître T'ien-t'ai lui-même n'avait pas enseignés. N'est-ce pas l'indication que kôsen-rufu [ une vaste propagation ] du Sûtra du Lotus s'est accomplie à la fin de l'époque de la Loi formelle ?
Réponse : Il ressort clairement [ de ce que je disais plus tôt ] que ni Mahakashyapa ni Ananda ne propagèrent la Grande Loi [ à l'étranger ], alors que [ le temps venu ] Ashvagosha, Nagarjuna, Aryadeva et Vasubandhu le firent. Et, comme je l'ai déjà expliqué, il y eut aussi une Grande Loi qui ne fut pas totalement transmise à la postérité par Nagarjuna et Vasubandhu et d'autres mais qui fut propagée par le Grand Maître T'ien-t'ai. Comme je l'ai démontré, il appartint au Grand Maître Dengyô d'établir le sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes qui mènent à l'illumination parfaite et immédiate alors que le Grand Maître T'ien-t'ai ne l'avait pas fait.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, le Bouddha exprima totalement, dans le texte du Sûtra du Lotus, la Loi correcte la plus profonde et la plus secrète [429], loi qui, après sa disparition, ne fut jamais propagée par Mahakashyapa, Ananda, Ashvagosha, Nagarjuna, Asanga ou Vasubandhu, ni même par T'ien-t'ai ou Dengyô. Et la question la plus grave et la plus difficile à résoudre est de savoir si maintenant, au début de l'époque des Derniers Jours de la Loi, dans la cinquième période de cinq cents ans [ depuis la disparition du Bouddha ], il faut ou non la propager largement dans le monde entier.
Question : Quelle est cette Loi secrète ? Je voudrais d'abord que l'on me dise son nom et ensuite qu'on me l'explique. Si ce que vous dites est vrai, se pourrait-il que Shakyamuni apparaisse en ce monde pour la deuxième fois, ou que le bodhisattva Jôgyô sorte de nouveau de la Terre ? Répondez-moi sans attendre, je vous en supplie !
On dit que le savant maître Siuan-tsang mourut et renaquit six fois [430], avant de parvenir en Inde où il séjourna dix-neuf ans. Il affirma que le principe du Véhicule unique énoncé dans le Sûtra du Lotus n'était qu'un enseignement provisoire et que les sûtras Agon du bouddhisme Hinayana représentaient l'enseignement définitif. Et lorsqu'il revint en Inde [ sa terre natale ] le savant maître Pou-k'ong annonça que le Bouddha du chapitre Juryô était le bouddha Amida ! C'est une erreur aussi grande que de confondre l'est avec l'ouest ou le soleil avec la lune. Ils épuisèrent leur corps en vain et exercèrent leur esprit sans effet.
Nous avons eu la chance de naître à l'époque des Derniers Jours de la Loi, et [ nous pouvons progresser dans la foi ] sans faire un seul faux pas. Nous n'avons pas besoin pour cela de pratiquer comme les bodhisattvas pendant trois asôgi [431] kalpa, ni de donner notre corps en pâture aux tigres [432], afin d'obtenir la couronne invisible qui orne la tête du Bouddha [433].
Réponse : Cet enseignement est révélé dans le texte du Sûtra, il m'est donc facile de vous l'expliquer. Mais avant de clarifier cet enseignement, je dois parler de trois points importants qui me préoccupent [434]. Il est dit que si vaste que soit le grand océan, il ne conserve pas les cadavres [435] et si solide que soit la croûte terrestre, elle ne soutient pas ceux qui sont ingrats envers leurs parents [436]. Si l'on en croit les textes bouddhiques, pourtant, même ceux qui ont commis les Cinq Fautes capitales peuvent être sauvés, de même que les personnes qui manquent de loyauté envers leurs parents. Seuls les icchantika [ personnes d'une incroyance incorrigible ], ceux qui s'opposent à la Loi et ceux qui se donnent l'apparence de garder les préceptes tout en se croyant supérieurs aux autres ne peuvent pas être pardonnés.
Les trois difficultés importantes [437] dont je parlais plus tôt consistent en l'école Nembutsu, l'école Zen et l'école Shingon. L'école Nembutsu, pour commencer, a envahi le Japon tout entier et l'invocation du bouddha Amida se retrouve comme une chanson sur les lèvres des quatre sortes de croyants [ moines, nonnes, hommes et femmes laïques ]. Deuxièmement, l'école Zen a produit des moines arrogants qui parlent de leurs “ trois robes et un bol pour les aumônes [438] ”, et emplissent l'intérieur des quatre mers en se prétendant les guides éclairés du monde entier. Troisièmement, l'école Shingon entre dans une catégorie à part. Elle bénéficie du soutien des temples du mont Hiei, des sept temples [ de Nara ], du Tô-ji, du Honjô-ji et de leurs patriarches, y compris le supérieur du mont Hiei, Omuro [439], le supérieur du Honjô-ji et les administrateurs [440] des divers temples et sanctuaires. Depuis que le miroir sacré [441] conservé au palais impérial a été détruit par le feu, on a considéré que le précieux mudra du bouddha Dainichi [ du Shingon ], miroir du Bouddha, devait le remplacer pour l'empereur ; et puisque le sabre précieux a sombré dans la mer de l'ouest [442], on a cru que les Cinq Grands Honorés [443] avaient le pouvoir de vaincre les ennemis du Japon. Ces croyances semblent si profondément enracinées que la pierre dont l'usure correspond à un kalpa [444] pourrait être totalement érodée, et la terre immense pourrait basculer sans que quiconque les mette en doute.
Quand le Grand Maître T'ien-t'ai réfuta [ publiquement ] les maîtres [ des autres écoles ] du Sud et du Nord, ces enseignements [ du Shingon ] n'avaient pas encore été introduits en Chine et lorsque le Grand Maître Dengyô vainquit les maîtres des Six Écoles [ au Japon ], il ne fut plus question de la doctrine Shingon. [ A plusieurs reprises ] le Shingon évita la confrontation avec ses puissants ennemis, et réussit à supplanter et mettre en danger la Grande Loi [ du Sûtra du Lotus ]. De plus, Jikaku Daishi [445], disciple du Grand Maître Dengyô, alla jusqu'à adopter l'enseignement de cette école [ Shingon ], [ et à l'introduire au mont Hiei, centre de l'école Tendai ], obscurcissant ainsi les principes du Tendai et livrant l'école tout entière à l'influence du Shingon. Mais qui pouvait s'opposer ouvertement à un personnage aussi écouté que Jikaku ?
Ainsi, en bénéficiant de préjugés favorables, l'enseignement erroné de Kôbô Daishi n'a jamais été réfuté. Le moine Annen [446] formula bien quelques réserves à l'égard de Kôbô, mais il se contenta de remplacer l'école Kegon par celle du Sûtra du Lotus, à la deuxième place, dans son classement par ordre d'importance ; il considéra toujours le Sûtra du Lotus comme inférieur au Sûtra Dainichi. Il ne fut donc rien de plus qu'un homme de compromis.
Question : En quoi consistent les erreurs de ces trois école ?
Réponse : Considérons d'abord l'école Jôdo [ ou Nembutsu ]. [ En Chine ] sous la dynastie Ts'i, vécut un maître de la Loi du nom de Tan-louan. A l'origine, il était moine de l'école Sanron, mais après avoir lu le Jûjûbibasha Ron de Nagarjuna, il accepta la distinction entre la Voie de la pratique difficile et Voie de la pratique facile..[ Plus tard ] sous la dynastie T'ang vécut [ celui que l'on appela ] le maître de méditation Tao-tch'ao. A l'origine, il donnait des cours sur le Sûtra du Nirvana mais lorsqu'il lut le récit fait par T'an-louan de sa conversion à l'école Jôdo [ ou enseignement de la Terre pure ], Tao-tch'ao abandonna le Sûtra du Nirvana et se convertit lui aussi à la doctrine de la Terre pure, classant les enseignements en deux catégories, ceux de la Voie sacrée et ceux de la Terre pure [447]. De plus Tao tch'ao eut un disciple du nom de Chan-tao qui définit [ deux sortes de pratique religieuse ] la pratique correcte et la pratique incorrecte [448].
Au Japon, deux cents ans environ après l'entrée dans l'époque des Derniers Jours de la Loi, sous le règne de l'empereur retiré Gotoba, vécut un homme du nom de Hônen. S'adressant aux moines aussi bien qu'aux laïcs, il déclara :
“ Les enseignements bouddhiques varient en fonction des capacités des hommes à diverses époques. Le Sûtra du Lotus, le sûtra Dainichi, les doctrines des huit ou neuf écoles telles Tendai ou Shingon, [ tous les enseignements exposés par le Bouddha de son vivant ] — Mahayana et Hinayana, exotériques et ésotériques, provisoires ou définitifs, aussi bien que les écoles qui s'appuient sur eux, furent tous conçus pour les personnes de capacités et de sagesse supérieures qui vécurent pendant les deux mille ans des époques de la Loi correcte et de la Loi formelle. Depuis que nous sommes entrés dans l'époque des Derniers Jours de la Loi, quels que soient les efforts fournis dans la pratique [ de tels enseignements ], ils n'apportent plus aucun bienfait. De plus, si on mélange de telles pratiques avec la récitation du Nembutsu adressée au bouddha Amida, même le Nembutsu [ deviendra inefficace et ] ne nous permettra pas de renaître sur la Terre pure.
“ Ce n'est pas là une interprétation qui me soit personnelle [ à moi Hônen ]. Le bodhisattva Nagarjuna et le maître de la Loi T'an-louan ont rangé [ tous deux ces pratiques ] dans la Voie de la pratique difficile. Tao-tch'ao les a rejetées en disant que jamais une seule personne n'a atteint l'Éveil [ grâce à elles ] et Chan-tao a affirmé qu'elles n'ont pas le pouvoir de sauver une personne sur mille.
“ Toutes ces citations émanent de maîtres de l'école Jôdo et vous pourriez peut-être mettre leur parole en doute. Mais le défunt maître Eshin [449], à qui aucun sage des écoles Tendai ou Shingon n'est supérieur à l'époque des Derniers Jours de la Loi, dit de même. Il affirme, dans son ouvrage intitulé Ojô Yôshû, que les enseignements [ du bouddhisme ] exotérique aussi bien qu'ésotérique ne sont pas de nature à délivrer des souffrances de la vie et de la mort. De plus, dans un ouvrage intitulé Ojô Jûin [ définition des dix causes qui permettent de renaître dans la Terre pure ] Yôkan [450], de l'école Sanron, [ est du même avis. Il ] dit que si les enseignements des école Hokke et Shingon sont totalement rejetés au profit de la récitation exclusive du Nembutsu, dix personnes sur dix, cent personnes sur cent pourront renaître dans la Terre pure. ”
Ces déclarations [ de Hônen ] suscitèrent d'abord des polémiques avec les moines du mont Hiei, du Tô-ji, du Onjô-ji et des sept temples [ principaux de Nara ]. Mais la préface du Ojô Yôshû parut si convaincante que Kenshin [451], patriarche du temple du mont Hiei, fut finalement conquis [ par la doctrine du Nembutsu ] et devint un disciple de Hônen.
De plus, même des personnes qui n'étaient pas disciples de Hônen se mirent à réciter le Nembutsu [ à l'intention du bouddha Amida ] plus volontiers que les louanges de n'importe quel autre bouddha, ayant constamment comme un refrain à la bouche et comme une préoccupation en tête le nom du bouddha Amida, tant et si bien que chaque habitant du Japon semblait devenu disciple du moine Hônen.
Au cours des cinquante dernières années, tous les habitants du pays, à l'intérieur des quatre mers, sans aucune exception, sont devenus des disciples de Hônen. Et comme chacun est devenu disciple de Hônen, cela signifie que chaque habitant du Japon est une personne qui s'oppose à la Loi. Si, par exemple, mille enfants se réunissaient pour tuer ensemble un seul de leurs parents, ces mille personnes commettraient en même temps l'une des Cinq Fautes capitales. Et si l'une d'elles pour cela tombait dans l'enfer des souffrances incessantes, comment les autres pourraient-elles échapper au même sort ?
Finalement, il semblerait qu'Hônen, par esprit de vengeance pour avoir été condamné à l'exil [452], se soit changé en un mauvais esprit qui s'empara des gouvernants [453], posséda les moines [ du mont Hiei et du Honjô-ji ] qui l'avaient [ auparavant ] persécuté, lui et ses disciples ; il poussa certains moines à comploter une rébellion [454], d'autres à commettre diverses mauvaises actions. Cela eut pour résultat que [ presque ] tous furent éliminés par Minamoto no Yoritomo [ le gouvernement de Kamakura à l'est du Japon ]. Les quelques rares moines du mont Hiei ou du Tô-ji qui ont survécu sont considérés avec mépris par les croyants et les croyantes laïques. Ils sont traités comme des singes dont se moque la foule ou comme des Barbares du Nord prisonniers, devenus, même pour les enfants, objet de risée.
Les moines de l'école Zen, profitant de la situation, se prétendirent “ gardiens des préceptes [455] ” et, trompant les gens, se donnèrent des airs si respectables que, même quand leur folie les poussait à formuler des principes absurdes, on ne comprit pas qu'ils exposaient des enseignements erronés.
Cette école Zen prétend avoir reçu “ une transmission particulière en dehors des sûtras ” [ qui ne fut pas révélée par le Bouddha dans les nombreux sûtras qu'il exposa de son vivant ] et que Shakyamuni chuchota à l'oreille du vénérable Mahakashyapa. Ainsi, les tenants de cette école disent qu'étudier les sûtras sans connaître l'enseignement du Zen, c'est être comme un chien qui veut mordre un coup de tonnerre ou comme un singe essayant d'attraper le reflet de la lune dans l'eau .
Cet enseignement [ Zen ] est erroné. Il séduit au Japon ceux que leurs pères et mères ont renié parce qu'ils ont manqué à leurs obligations filiales, ceux qui ont été renvoyés par leur seigneur ou leur maître en raison de leur mauvaise conduite, les jeunes moines trop paresseux pour se concentrer sur leurs études ou ceux dont la nature est nonchalante comme celle d'une courtisane. Bien que tous ses adeptes observent en apparence les préceptes, ils ne sont que des sauterelles dévorant les récoltes des paysans. C'est pourquoi les divinités du ciel froncent les sourcils de colère et celles de la Terre trépignent.
L'école Shingon est une source de difficultés beaucoup plus graves que les deux autres dont je viens de parler. Sa doctrine est extrêmement erronée et je voudrais en discuter ici les grandes lignes.
Sous le règne de l'empereur Tsiuan-tsong, de la dynastie T'ang, Chan-wou-wei, Chin-kang chi, et Pou-k'ong ont apporté les sûtras Dainichi, Kongôchô et Sochitsuji d'Inde et les ont introduits en Chine. Les enseignements de ces trois sûtras sont très clairement énoncés. Si nous en recherchons le principe essentiel, nous voyons qu'il consiste à réunir les Deux Véhicules [ Etude et éveil personnel ] et à les remplacer par le Véhicule unique [ de l'état de Bodhisattva ], à réfuter les Deux Véhicules pour révéler le Véhicule unique. Et la caractéristique de cette école est la pratique des mudra et des mantra.
Un tel principe ne peut même pas soutenir la comparaison avec le remplacement des Trois Véhicules par le Véhicule unique [ de l'état de bouddha ] [456], notion énoncée dans les sûtras Kegon et Hannya et n'est pas même aussi profond que l'enseignement spécifique [ bekkyo ] et l'enseignement parfait [ engyo ] qui précédèrent le Sûtra du Lotus comme l'a clarifié l'école Tendai. [ Pour ce qui est de sa signification essentielle ] un tel principe correspond tout au plus aux deux types d'enseignement les moins élevés, les enseignements Tripitaka [ zôkyo ] et intermédiaire [ tsugyo ].
Chan-wou-wei comprit sans doute que s'il exposait, tels quels, les enseignements énoncés dans ces sûtras, il serait ridiculisé par les adeptes des écoles Kegon et Hossô et deviendrait la risée de l'école Tendai. Mais comme il avait pris la peine de les apporter d'Inde, il aurait sans doute trouvé regrettable de ne pas les enseigner.
A cette époque, il y avait, dans l'école Tendai, un maître de méditation du nom de Yi-tsing [457], un homme sans droiture. Chan-wou-wei alla le trouver et lui demanda des explications sur les principes bouddhiques enseignés en Chine. L'acharya [458] Yi-tsing, se trompant [ sur ses véritables motifs ] non seulement révéla à Chan-wou-wei les principes de base des écoles Sanron, Hossô et Kegon, mais lui expliqua aussi ceux de l'école Tendai.
Chan-wou-wei comprit que l'enseignement du Tendai était encore supérieur à la description qu'on lui en avait fait en Inde et qu'il serait très difficile [ avec les trois sûtras qu'il avait amenés ] de le dépasser. Aussi, afin de tromper Yi-tsing, il lui dit : “ Mon bon moine, vous êtes l'un des hommes les plus intelligents de Chine et l'école Tendai possède un enseignement véritablement profond et mystique. Mais l'école Shingon [ dont j'ai apporté les sûtras en Chine ] est supérieure à l'école Tendai sur un point : elle utilise les mudra et les mantra. ”
Yi-tsing pensa que ce n'était peut-être pas impossible. Chan-wou-wei dit alors à Yi-tsing : “ De la même manière que le Grand Maître T'ien-t'ai écrivit des commentaires sur le Sûtra du Lotus, j'aimerais concevoir des commentaires sur le sûtra Dainichi pour propager l'enseignement de l'école Shingon. Pourriez-vous les écrire pour moi ? ” Yi-tsing répondit que c'était chose facile.
Mais que devrait-il écrire ? L'école Tendai était une forteresse imprenable, et, bien que toutes les autres écoles bouddhiques aient tenté de réfuter sa doctrine, aucune n'y était jamais parvenue pour une seule et bonne raison. Parce que l'on trouve, dans le sûtra Muryôgi qui sert d'introduction au Sûtra du Lotus, une affirmation qui rend caducs tous les sûtras enseignés pendant les quarante et quelques années précédentes [ l'affirmation par le Bouddha qu'il n'avait pas encore révélé la vérité ]. Et dans les chapitres Hosshi [459]et Jinriki [460]du Sûtra du Lotus, le Bouddha déclara qu'aucun sûtra enseigné par la suite ne pourrait supplanter le Sûtra du Lotus. Dans le passage du chapitre Hosshi où le Sûtra du Lotus est comparé à d'autres sûtras exposés à la même époque, la supériorité du Sûtra du Lotus est aussi établie. Yi-tsing demanda donc à Chan-wou-wei dans quelle catégorie il fallait placer le sûtra Dainichi : dans celle des sûtras enseignés avant [ le Sûtra du Lotus ], à la même époque ou après ?
Chan-wou-wei eut alors une idée extrêmement rusée.
“ Le sûtra Dainichi, expliqua-t-il à Yi-tsing, commence par un chapitre appelé Jûshin. De même que le sûtra Muryôgi réfute tous les sûtras enseignés pendant les quarante et quelques années précédentes, ce chapitre Jûshin rend périmés tous les autres sûtras. Les chapitres qui suivent, du chapitre Nyumandara jusqu'à la fin du sûtra Dainichi, ont été présentés en Chine comme deux versions distinctes, le Sûtra du Lotus et le Sûtra Dainichi, mais en réalité en Inde, ils constituaient un sûtra unique. Le bouddha Shakyamuni s'adressa à Shariputra et à Miroku [461], leur enseigna le sûtra Dainichi en l'appelant Sûtra du Lotus et en omettant l'enseignement des mudra et des mantra, n'exposant ainsi que la théorie. C'est l'ouvrage que Kumarajiva traduisit en chinois et que le grand maître T'ien-t'ai utilisa. A la même époque, toutefois, le bouddha Dainichi s'adressa à Kongôsatta [462] et lui enseigna le Sûtra du Lotus sous le nom de sûtra Dainichi. Il s'agit de l'ouvrage que l'on appelle maintenant sûtra Dainichi. et que j'ai eu souvent l'occasion de le voir en Inde. Par conséquent, j'aimerais vous voir écrire que le Sûtra Dainichi et le Sûtra du Lotus sont essentiellement de la même substance, comme de l'eau et du lait. Par conséquent, le sûtra Dainichi peut prétendre à la supériorité sur tous les enseignements du passé, du présent et du futur, de la même manière que le Sûtra du Lotus.
“ Quant aux mudra et aux mantra, si on les utilise pour embellir le principe spirituel défini par les termes ichinen sanzen, ils deviennent un enseignement secret harmonisant les Trois Mystères [ de la pensée, de la parole et de l'action ] [463]. Et parce qu'il inclut ce principe des Trois Mystères, l'enseignement du Shingon se révèle supérieur à celui du Tendai qui ne mentionne que le Mystère de la pensée. Le Shingon est comme un grand général portant casque et cuirasse, un arc et des flèches et une grande épée au côté. Alors que le Tendai, avec seulement le Mystère de la pensée [ la théorie ] est comme un grand général sans aucune arme. ”
L'acharya Yi-tsing écrivit tout cela fidèlement, comme Chan-wou-wei le lui avait dicté.
Dans les 360 provinces de Chine, personne ne découvrit ce subterfuge. Au début, il y eut quelques polémiques [ sur les mérites relatifs des écoles Tendai et Shingon ]. Mais Chan-wou-wei était une personne qui inspirait un grand respect [464] et les moines de l'école T'ien-tai avaient moins de poids que lui. De plus, à cette époque, il n'y avait pas de moine aussi sage que l'avait été le Grand Maître T'ien-t'ai. Ainsi, de jour en jour, l'école Tendai perdit du terrain et la domination du Shingon ne fut plus contestée.
Avec le passage des années, la racine frauduleuse de ces enseignements erronés de l'école Shingon aurait pu rester bien cachée. Quand le Grand Maître Dengyô se rendit du Japon en Chine, il en revint avec les textes de l'école Tendai mais aussi avec ceux de l'école Shingon. Il recommanda l'enseignement de l'école Tendai à l'empereur du Japon et fit étudier celui de l'école Shingon aux maîtres des Six Ecoles. Il avait déjà clairement mis en évidence la supériorité de l'enseignement du Tendai sur celui des Six Ecoles avant son voyage en Chine. Après être rentré de Chine, il décida de faire construire le sanctuaire pour l'ordination selon les préceptes menant à l'illumination parfaite et immédiate, mais cela suscita de nombreuses controverses [465]. Peut-être pensa-t-il qu'il avait déjà beaucoup d'ennemis, et que la réalisation de ce Grand Sanctuaire serait suffisamment difficile [ même s'il y consacrait tous ses efforts ]. Ou peut-être a-t-il pensé que ce serait à l'époque des Derniers Jours de la Loi qu'il faudrait réfuter l'école Shingon. Quoi qu'il en soit, il ne mentionna pas le Shingon en présence de l'empereur et n'en parla pas non plus de manière décisive à ses disciples. Toutefois il laissa bel et bien un ouvrage secret en un volume intitulé Ebyô Shu [466]dans lequel il décrit de quelle manière divers moines des Sept Ecoles furent convaincus par l'enseignement du Tendai. Dans la préface de ce texte, il mentionne le caractère frauduleux des enseignements du Shingon.
Kôbô Daishi se rendit en Chine pendant l'ère Enryaku [467] [ à la même époque que le Grand Maître Dengyô ]. Il y étudia l'enseignement de l'école Shingon sous la direction de Houei-kouo [468] du temple Ts'ing-long sseu . De retour au Japon, évaluant les mérites des enseignements exposés par Shakyamuni de son vivant, il déclara que les plus élevés étaient les enseignements de l'école Shingon, plaçant le sûtra Kegon au second rang, et au troisième, le Sûtra du Lotus.
Nombreux sont ceux qui de nos jours éprouvent un très grand respect pour ce Kôbô Daishi. Mais, j'ai quelques regrets à le dire, concernant les enseignements bouddhiques, il a commis beaucoup d'erreurs. Pourquoi ? Je suppose que c'est parce que lorsqu'il séjourna en Chine, il étudia seulement l'enseignement de l'école Shingon, la pratique des mudra et des mantra [ et les introduisit au Japon. ] Mais il ne semble pas avoir étudié les aspects théoriques de la doctrine. De retour au Japon, il découvrit que l'école Tendai était beaucoup plus florissante qu'il ne le pensait et en conclut qu'il serait difficile de propager l'enseignement du Shingon cher à son cœur. Par conséquent, il reprit l'enseignement de l'école Kegon qu'il avait étudié au Japon avant son départ, et il commença à affirmer [ comme le Kegon le disait de sa propre doctrine ] que l'enseignement du Shingon était supérieur à celui du Sûtra du Lotus. Mais il comprit que s'il se contentait de l'affirmer, comme le faisaient les maîtres de l'école Kegon, personne ne le croirait. C'est pourquoi il modifia à sa manière le raisonnement du Kegon [469] en disant : “ Je propage en réalité la véritable doctrine contenue dans le sûtra Dainichi, dans le Bodaishin Ron du bodhisattva Nagarjuna et dans l'enseignement du maître [ du Shingon ] Chan-wou-wei ”, consolidant ainsi sa position à grand renfort de mensonges absurdes. Mais malgré cela les moines de l'école Tendai n'ont pas su fermement le contredire.
Question : Dans des ouvrages de Kôbo Daishi tels que le Jujushin Ron, le Hizô Hôyaku et leBen Kemmitsu Nikyô Ron, on lit des phrases comme : “ Chaque école proclame que le véhicule qu'elle propose est le véritable véhicule, mais si on examine cela du point de vue des doctrines ultérieures [ du Shingon ], il ne s'agit que de théories puériles [470]. ” ; “ [ Le bouddha Shakyamuni ] est encore au stade de l'obscurité … n'est pas parvenu au stade de l'illumination [471] ” ; “ [ les divers sûtras du Mahayana exotériques ] correspondent à la quatrième saveur, celle du beurre [472]. ” ; “ les maîtres bouddhistes, en Chine, ont rivalisé pour s'approprier la saveur du beurre clarifié du Shingon et clamer qu'elle appartient à leur propre école [473] ”. Comment devons-nous comprendre les affirmations contenues dans ces commentaires ?
Réponse : J'ai été moi-même stupéfait en lisant ces commentaires et j'ai donc fait des recherches dans tous les sûtras, y compris dans les trois attribués au bouddha Dainichi. Mais je ne trouve pas un seul mot ou passage dans les sûtras indiquant que le Sûtra du Lotus, comparé aux sûtras Kegon ou Dainichi, est un enseignement puéril ; que, par rapport au sûtra Rokuharamitsu, T'ien-t'ai agit comme un voleur, ou que le sûtra Shugo décrit Shakyamuni “ au stade de l'obscurité ” [474]. Ce sont là des affirmations d'une grande absurdité et pourtant, depuis trois ou quatre cents ans, au Japon, un certain nombre de personnes sensées les ayant acceptées, on en est maintenant venu à penser qu'elles sont raisonnables et fondées. J'aimerais souligner quelques erreurs [ de Kôbô ] particulièrement flagrantes afin que l'on comprenne qu'il en va de même pour le reste.
C'est sous les dynasties de Ch'en et Souei que le Grand Maître T'ien-t'ai compara le Sûtra du Lotus au ghee [ beurre clarifié, la plus exquise des cinq saveurs ]. C'est [ deux siècles plus tard ] vers le milieu de la dynastie des T'ang, que le savant moine Prajna [ traduisit et ] introduisit le Sûtra Rokuharamitsu en Chine. Il aurait fallu que le sûtra Rokuharamitsu [ qui range l'enseignement dharani dans la cinquième catégorie, la plus élevée, le comparant au beurre clarifié ] ait été déjà transmis aux époques de Ch'en et de Souei, pour que le Grand Maître T'ien-t'ai puisse “ voler le beurre clarifié de l'enseignement Shingon ”.
Au Japon, le moine Tokuichi [475] offre un exemple similaire. Il critiqua sévèrement le Grand Maître T'ien-t'ai pour avoir rejeté la classification en trois périodes d'enseignement [476] énoncée dans le sûtra Jimmitsu en disant que T'ien-t'ai s'était servi d'une langue de trois pouces pour détruire le corps [ du Bouddha ] de cinq pieds [477]. ” Le Grand Maître Dengyô [ à son tour ] rétorqua [ à Tokuichi ] que le sûtra Jimmitsu avait été introduit en Chine par Siuan-tsang dans les premières décennies de la dynastie T'ang. [ Autrement dit ] que le sûtra Jimmitsu était arrivé en Chine plusieurs années après la mort de T'ien-t'ai qui vécut sous les dynasties Ch'en et Souei. Comment aurait-il pu réfuter un sûtra qui ne fut introduit en Chine qu'après sa mort ? [ Devant un tel argument, ] Tokuichi fut non seulement réduit au silence mais sa langue se fendit en huit morceaux, et il mourut.
Mais tout cela n'est rien comparé aux accusations malveillantes formulées par Kôbô. [ Dans ses écrits ] il qualifie de voleurs Fa-tsang de l'école Kegon, Kia-siang, de l'école Sanron, Siuan-tsang de l'école Hossô, T'ien-t'ai, aussi bien que les maîtres des écoles du Nord et du Sud [ de la Chine ], en fait tous les lettrés et les maîtres qui vécurent depuis [ l'introduction du bouddhisme en Chine, sous ] la dynastie des Han postérieurs.
De plus, [ il est à noter que ] comparer le Sûtra du Lotus au beurre clarifié n'est en rien une invention personnelle de T'ien-t'ai. Le Bouddha lui-même, dans le Sûtra du Nirvana, a comparé le Sûtra du Lotus au beurre clarifié et par la suite, le bodhisattva Vasubandhu compara de même le Sûtra du Lotus et le Sûtra du Nirvana au beurre clarifié. [478] Le bodhisattva Nagarjuna qualifie le Sûtra du Lotus de “ remède merveilleux [479] ”. Si tous ceux qui ont comparé le Sûtra du Lotus au ghee sont des voleurs, faut-il également traiter de voleurs les bouddhas Shakyamuni, Tahô, les bouddhas des Dix Directions, Nagarjuna et Vasubandhu ?
Si la vision des disciples de Kôbô, comme celle des moines Shingon du temple Tô-ji [ au Japon ] est à ce point mauvaise qu'ils sont incapables, de leurs propres yeux, de distinguer le blanc du noir, ils devraient faire confiance aux yeux des autres [480] et reconnaître les malheurs qu'entraînent leurs propres erreurs ! Et qu'ils nous montrent donc les passages du sûtra Dainichi et du sûtra Kongôchô qualifiant le Sûtra du Lotus d'enseignement puéril ! Même si l'on trouvait dans ces sûtras un passage se référant au Sûtra du Lotus en ces termes, il s'agirait très probablement d'une erreur imputable aux traducteurs. De telles affirmations doivent être examinées avec le plus grand soin avant d'être reprises.
On rapporte que Confucius réfléchissait neuf fois avant de prononcer un seul mot et que Tan, le duc de Tcheou, [ pour ne pas faire attendre ses visiteurs ] s'y reprenait à trois fois pour se laver les cheveux et reposait trois fois sur la table les aliments qu'il portait à sa bouche [481]. [ Ainsi, nous voyons que même ] des sages décrits dans les enseignements non bouddhiques, qui étudient le monde profane et éphémère, procédaient déjà ainsi [ avec une extrême circonspection ]. Comment des hommes sans scrupules [ comme Kôbô ] peuvent-il donc agir de manière aussi négligente et superficielle dans des domaines concernant la Loi ?
Ces conceptions erronées [ de Kôbô ] furent transmises jusqu'à Shôkaku-bô [482], le fondateur du temple Dembo-in, qui déclara dans son Sharikô Shiki [483] : “ Le bouddha véritablement honorable et digne de respect est celui du Mahayana de la non dualité [484] [ Shingon ]. Le bouddha aux trois corps d'âne ou de bœuf [485] n'est même pas digne de tirer son chariot. L'enseignement véritablement mystique et profond est celui du Mandala des deux mondes [486]. Les maîtres des quatre enseignements du véhicule exotérique ne sont même pas dignes de porter les sandales [ de ceux qui enseignent le mandala !]. ”
Par “ les maîtres des quatre enseignements du véhicule exotérique ”, il désigne ceux qui enseignent les doctrines des écoles Hossô, Sanron, Kegon et du Sûtra du Lotus. Par “ le bouddha aux trois corps d'âne ou de bœuf ” il désigne Shakyamuni, le bouddha qui a enseigné le Sûtra du Lotus, les sûtras Kegon, Hannya et Jimmitsu. Il prétend que ce bouddha et les moines de ces écoles ne sont pas dignes d'être les palefreniers ou les porteurs de sandales de maîtres du Shingon tels que Kôbô ou de Shôkaku-bô lui-même.
En Inde, vécut une personne connue sous le nom de Grand Brahmane arrogant. Il était né avec une sagesse innée et avait beaucoup lu. Il avait emmagasiné dans sa mémoire les enseignements du bouddhisme ésotérique et exotérique et maîtrisait les écrits bouddhiques aussi bien que non bouddhiques. Même le roi et ses ministres s'inclinaient devant lui, et tous les gens du peuple le respectaient comme un guide et un maître. A l'époque Maheshvara, Vishnu, Narayana et Shakyamuni étaient les quatre sages les plus respectées du monde. En raison de son arrogance extrême, il alla jusqu'à se faire fabriquer une chaire soutenue par quatre pieds sculptés à l'effigie de ces quatre sages et s'asseyait dessus pour enseigner. C'est comparable aux maîtres du Shingon, à notre époque, déployant leur mandala sur des tissus ornés d'images de Shakyamuni et de divers autres bouddhas pour procéder à leurs cérémonies d'onction [ kancho ] [487],.ou aux maîtres de l'école Zen disant que leur école est le Grand Enseignement qui piétine le front du Bouddha [488].
A la même époque vivait un maître de doctrine, humble moine du nom de Badhraruchi qui déclara qu'il fallait réfuter les erreurs du Grand Brahmane arrogant mais ni le rois ni les ministres ni le peuple ne tinrent compte de cette suggestion. Finalement le Grand Brahmane arrogant demanda à ses disciples et à ses bienfaiteurs de répandre quantité de fausses rumeurs et de calomnies, de maltraiter et de battre Bhadraruchi. Mais Bhadruchi, sans craindre pour sa vie, continua à dénoncer ses erreurs, jusqu'à ce que le roi, qui en était venu à détester Bhadraruchi, [ dans l'espoir de le faire taire ] organise un débat avec le Grand Brahmane arrogant. Mais [ contrairement aux prévisions du roi ] ce fut Bhadraruchi qui l'emporta sur le brahmane dans le débat.
Le roi leva les yeux au ciel, puis se jeta sur le sol, plein de remords, et dit : “ Nous avons eu la chance d'entendre tout cela de votre bouche et de nous débarrasser de nos conceptions erronées. Mais puisque le roi qui m'a précédé [ mon père ] s'est laissé totalement abuser par cet homme, il doit être maintenant tombé dans l'enfer des souffrances incessantes ! ” Et il versa des larmes en serrant les genoux de Bhadraruchi.
Sur la suggestion de Bhadraruchi, le Grand Brahmane fut attaché sur le dos d'un âne, promené et exhibé en disgrâce dans les cinq régions de l'Inde. Mais la haine dans son cœur ne fit que grandir au point qu'il finit par tomber tout vif dans l'enfer des souffrances incessantes. En quoi était-il différent des faux maîtres des écoles Shingon et Zen de nos jours ?
Le maître de méditation San-tsie [489], en Chine, déclara que le Sûtra du Lotus, enseignement du bouddha Shakyamuni, était l'enseignement valable pour les deux premières étape du bouddhisme, aux époques de la Loi correcte et de la Loi formelle. Mais il affirma que, à l'époque des Derniers Jours de la Loi, il fallait adopter “ l'enseignement universel ” qu'il avait lui-même énoncé .Selon lui, ceux qui pratiqueraient le Sûtra du Lotus aujourd'hui [ à l'époque des Derniers Jours de la Loi ] tomberaient immanquablement dans le Grand Enfer Avichi des Dix Directions, parce que cet enseignement ne correspondait ni à la nature ni aux capacités des personnes vivant à l'époque des Derniers Jours de la Loi.
Il pratiquait génuflexions et pénitences à heures fixes six fois par jour et observait les quatre périodes de méditation quotidiennes, se donnant des allures de bouddha vivant. Beaucoup de gens le respectaient et il avait plus de dix mille disciples. Mais une jeune fille eut le courage de réciter le Sûtra du Lotus et de réfuter sa doctrine [490]. Cela eut pour effet de lui faire perdre la voix sur le champ. Plus tard, il renaquit sous la forme d'un grand serpent qui mangea ses bienfaiteurs, ses disciples, des fillettes et des jeunes filles. Et maintenant Chan-tao et Hônen, avec leur pernicieux principe “ Pas une seule personne sur mille [ ne pourra être sauvée par le Sûtra du Lotus ] ” ne sont pas moins dans l'erreur [ que ce San-tsie ].
Ces trois grandes sources de troubles [ les écoles Nembutsu, Zen et Shingon ] existent déjà depuis de nombreuses années mais il ne faut pas sous-estimer leur influence. Je pense, en les dénonçant de cette manière, éviter à certains de croire en leurs enseignements.
Il y a pourtant encore beaucoup plus pernicieux que ces trois enseignements, un fait d'autant plus nuisible qu'il est infiniment plus difficile à admettre. Bien que Jikaku Daishi fût le troisième successeur du Grand Maître Dengyô, tous [ au Japon ], du souverain jusqu'au plus humble de ses sujets, en vinrent à le considérer comme supérieur au Grand Maître Dengyô lui-même. Il étudia de manière approfondie l'enseignement des écoles Shingon et du Sûtra du Lotus et affirma dans ses écrits que la doctrine du Shingon est supérieure à celle du Sûtra du Lotus. Cela conduisit les trois mille moines [ des monastères ] du mont Hiei et tous les maîtres du Japon à accepter son opinion en la matière.
Les disciples de Kôbô avaient pensé, bien qu'il soit leur maître, que l'affirmation de Kôbô selon laquelle le Sûtra du Lotus était inférieur au sûtra Kegon était exagérée. Mais lorsqu'il virent que Jikaku Daishi exprimait la même opinion dans ses commentaires, ils en vinrent à prendre cette supériorité de l'enseignement de l'école Shingon sur celui du Sûtra du Lotus pour une évidence.
Les temples du mont Hiei, [ centre de l'école Tendai ] n'auraient pas dû avoir de pire ennemis que ceux qui prétendent, comme on le fait au Japon, que l'enseignement Shingon est supérieur à celui du Sûtra du Lotus. Mais parce que Jikaku mit un bâillon sur la bouche des trois mille moines [ du mont Hiei, leur interdisant ainsi de parler ], tout se passa comme les maîtres de Shingon le souhaitaient. En fait, le Tô-ji [ principal temple Shingon dans la région de Kyoto ] n'eut pas de meilleur allié que Jikaku Daishi.
Ce n'est pas le seul exemple de ce genre. Les école Jôdo et Zen pouvaient prospérer dans d'autres pays mais au Japon, il leur aurait été impossible de se développer, même en d'innombrables éons, sans l'acceptation du temple Enryaku-ji [ du mont Hiei ]. Mais un moine considéré comme le plus respectable du mont Hiei, Annen, établit, dans son ouvrage intitulé Kyojijô Ron , une classification des neuf écoles donnant la première place au Shingon, la deuxième au Zen, la troisième à l'école Tendai-Hokke, la quatrième au Kegon [491] etc. A cause de cette redoutable erreur d'interprétation, l'école Zen parvint à répandre ses enseignements à travers tout le Japon et le pays est au bord de la ruine. Et Hônen parvint à propager l'enseignement du Nembutsu [ ou Jôdo ], qui fait également peser sur le pays la menace de la destruction, grâce aux opinions exprimées par Eshin dans sa préface du Ôjô Yôshû. Le Bouddha parle “ des parasites qui, à l'intérieur de son propre corps, dévorent la chair du lion. ” Comme il a raison !
Le Grand Maître Dengyô étudia les enseignements Tendai et Shingon pendant quinze ans au Japon, par lui-même. Il possédait de manière innée des capacités de compréhension merveilleuses et sans l'aide d'un maître, s'éveilla à la vérité. Mais pour dissiper les doutes des autres, il se rendit en Chine où il reçut l'enseignement des écoles Tendai et Shingon. Les maîtres, en Chine, avaient à cet égard diverses opinions mais, dans son cœur, Dengyô était certain que l'enseignement du Sûtra du Lotus était supérieur au Shingon. C'est pourquoi il n'utilisa jamais le terme “ école ” pour se référer au Shingon, parlant seulement des “ pratiques shikan [ concentration et intuition ], et shingon de l'école Tendai [492] ”. Il décida que, chaque année, seraient ordonnés deux novices qui devraient étudier pendant douze ans [ au mont Hiei ] [493]. De plus, il obtint que fût promulgué un édit impérial désignant le Sûtra du Lotus, le sûtra Konkômyô et le sûtra Ninnô comme étant les trois sûtras destinés à assurer la protection et la prospérité du pays, et décrétant qu'ils devaient être lus et récités au Shikan-in [494]. Cet édit poursuivait en les comparant aux trois trésors de la maison impériale, de toute éternité les trésors les plus précieux du Japon, les bijoux sacrés, le sabre sacré et le miroir sacré. Après la mort de Dengyô, le premier patriarche [ de l'école Tendai ] au mont Hiei, Gishin [495], et le deuxième patriarche, Enchô [496], prolongèrent cet enseignement sans le dénaturer.
Le troisième successeur, Jikaku Daishi, se rendit [ lui aussi ] en Chine et passa dix ans à étudier les mérites relatifs des enseignements exotériques et ésotériques sous la direction de huit maîtres éminents [497]. Il étudia aussi avec des maîtres de l'école Tendai comme Kouang-sieu [498] et Wei-tsiuan [499]. Mais, dans son cœur, il croyait le Shingon supérieur au Tendai. Il estimait que le Grand Maître Dengyô n'avait pas étudié le sujet à fond, n'était pas resté suffisamment longtemps en Chine et n'avait pris connaissance que de manière sommaire de l'enseignement [ Shingon ].
De retour au Japon, Jikaku fit construire le Sôji-in, au mont Hiei, dans la région Tôdô [500], une grande salle de pratique, à l'ouest de la pagode de l'est et du Shikan-in, dans laquelle il fit enchâsser comme objet de culte une image du bouddha Dainichi du Monde de diamant. Devant cette image, en s'inspirant des commentaires de Chan-wou-wei sur le sûtra Dainichi, il écrivit sept volumes de commentaire sur le sûtra Kongôchô, et sept volumes de commentaires sur le sûtra Soshitsuji, soit au total quatorze volumes.
L'essentiel de ces commentaires est le suivant : “ Il y a deux sortes d'enseignements. L'un est l'enseignement exotérique, c'est-à-dire l'enseignement des Trois Véhicules. Là, l'enseignement profane et l'enseignement bouddhique ne coïncident pas. L'autre est l'enseignement ésotérique. C'est l'enseignement du Véhicule unique, ainsi appelé parce que l'enseignement profane et l'enseignement bouddhique fusionnent et n'en font plus qu'un seul. L'enseignement ésotérique, à son tour, se divise en deux catégories. La première est celle de l'enseignement théorique, qui comprend les sûtras Kegon, Hannya, Vimalakirti, du Lotus et du Nirvana. Bien qu'ils enseignent l'inséparabilité des vérités profanes et de la vérité suprême du bouddhisme, ils n'enseignent pas les mudra et les mantra. La deuxième catégorie est celle de l'enseignement ésotérique à la fois la pratique et théorique. Ce sont les principes que l'on trouve dans les sûtras Dainichi, Kongôchô et Sochisuji. Ils enseignent la non-dualité des vérités profanes et bouddhiques ainsi que les mantra et les mudra. ”
Ce passage signifie essentiellement que, pour ce qui est de la supériorité relative du Sûtra du Lotus, les trois sûtras du Shingon mentionnés plus haut sont théoriquement en accord, puisqu'elle réside dans le principe d'ichinen sanzen. Mais la pratique des mudra et des mantra n'est pas exposée dans le Sûtra du Lotus. C'est pourquoi le Sûtra du Lotus représente l'enseignement ésotérique théorique, alors que les trois sûtras du Shingon représentent l'enseignement ésotérique à la fois théorique et pratique. Ces deux enseignements sont donc aussi différents que le ciel de la terre ou que les nuages de la boue. De plus, Jikaku soutient qu'il ne s'agit pas là de son point de vue personnel mais que c'est la thèse centrale avancée par l'éminent Chan-wou-wei dans ses commentaires sur le sûtra Dainichi.
Mais peut-être sentait-il que la supériorité de l'une des deux écoles sur l'autre [ Tendai ou Shingon ] n'était pas fermement établie, ou peut-être espérait-il dissiper les doutes des autres. Toujours est-il que dans la biographie de Jikaku Daishi, on lit : “ Lorsque le Grand Maître eut fini d'écrire ses commentaires sur les deux sûtras [ et ainsi accompli son but ], il se demanda si ces deux ouvrages correspondaient bien à la volonté du Bouddha. Car dans le cas contraire, il sentait bien qu'il ne fallait pas les propager largement dans le monde. C'est pourquoi il plaça ses commentaires devant une statue du Bouddha et décida de passer sept jours et sept nuits à prier avec sincérité [ pour s'assurer du bien fondé de son entreprise ]. Au crépuscule du cinquième jour, il rêva qu'il était midi et que le soleil brillait dans le ciel. Levant la tête, il prit son arc et décocha une flèche au soleil. La flèche se planta dans le soleil qui se mit alors à tomber. En se réveillant de ce rêve, il eut la certitude que ses ouvrages correspondaient à la volonté profonde du Bouddha. Il décida de transmettre ses commentaires à la postérité. ”
Au Japon, Jikaku Daishi étudia en profondeur l'enseignement de Dengyô et celui de Kôbô, puis, sous la direction des huit maîtres éminents [ mentionnés plus haut ] — y compris celle du savant maître Pao-yue, d'Inde du sud — il passa dix ans en Chine à étudier les enseignements les plus secrets et les plus profonds. Après quoi, il termina ses commentaires sur les deux sûtras. De plus, ayant prié devant une image de Bouddha, il se réveilla d'un rêve dans lequel il avait vu la flèche de la sagesse atteindre le soleil de la Voie du milieu. Sa joie fut si grande qu'il demanda à l'empereur Nimmyô de promulguer un décret faisant officiellement du mont Hiei un centre de pratique Shingon.
Bien qu'il fût le grand patriarche de l'école Tendai, il devint pratiquement un patriarche Shingon, déclarant que les trois sûtras du Shingon étaient les sûtras capables d'assurer la protection et la prospérité du pays. [ Il formula ces principes ] il y a maintenant plus de quatre cents ans. Les moines éminents [ qui les ont acceptés ] sont aussi nombreux que les tiges de riz et de chanvre et les croyants laïques qui y adhèrent avec ferveur sont aussi nombreux que les tiges de bambous et de roseaux.
Par conséquent, de tous les temples et sanctuaires construits par l'empereur Kammu et par le Grand Maître Dengyô au Japon, il n'en est plus un seul qui ne propage la doctrine Shingon. Les aristocrates comme les samouraïs invitent les maîtres du Shingon à conduire leurs cérémonies, les considèrent comme des maîtres, leur confèrent des fonctions et leur confient des temples. Et pour procéder à la cérémonie de consécration des statues ou images de Bouddha, toutes les huit écoles ont recours aux mudra et mantra qui se réfèrent à l'œil du bouddha Dainichi !
Question : Ceux qui pensent que le Sûtra du Lotus est supérieur aux sûtras du Shingon devraient-ils se servir de ces commentaires [ de Jikaku ] ou les rejeter ?
Réponse : Le Bouddha [ Shakyamuni ] a énoncé une règle valable pour l'avenir en disant : “ Il faut suivre la Loi et non la personne [501] ”. Le bodhisattva Nagarjuna a dit : “ Fiez-vous aux commentaires qui s'appuient sur les sûtras mais pas sur ceux qui les dénaturent [502]. ” [ Le Grand Maître ]T'ien-t'ai a dit : “ Ce qui est en accord avec les sûtras, il faut le croire et le mettre en pratique, mais n'accordez aucune foi à ce qui n'offre ni preuve littérale ni preuve théorique [503] ”. Le Grand Maître Dengyô a dit : “ Il faut s'appuyer sur les enseignements du Bouddha et ne pas prêter foi aux traditions transmises de manière orale [504]. ”
Si l'on croit justes des affirmations de ce genre, que l'on trouve dans les sûtras, les traités et les commentaires, on ne peut pas considérer des rêves comme une base solide [ pour évaluer les enseignements bouddhiques. ]. Bien plus déterminante est l'étude attentive des sûtras qui expliquent les mérites relatifs du Sûtra du Lotus et du sûtra Dainichi .
Quant à l'affirmation que sans mudra ni mantra, il est impossible de consacrer une statue ou une image du Bouddha, elle est absurde et puérile. Avant l'apparition de l'école Shingon, n'y avait-il donc pas de consécration des statues ou des images de Bouddha ? Avant l'apparition du Shingon, [ on rapporte que ] en Inde, en Chine et au Japon, des statues ou des peintures du Bouddha ont marché, enseigné la Loi ou parlé à haute voix. [505] [ Il semblerait plutôt que ] c'est depuis que l'on a commencé à utiliser mudra et mantra pour consacrer les images du Bouddha que ces cérémonies ont perdu tout pouvoir bénéfique !
C'est un point de vue généralement admis. Pour démontrer la fausseté des affirmations de Jikaku, Nichiren n'a pas besoin de chercher de preuves ailleurs. Il suffit de lire les commentaires de Jikaku lui-même pour comprendre ce qu'il en est.
Question : Comment cela ?
Réponse : [ En réalisant que l'erreur de Jikaku découle de l'interprétation qu'il donne de son rêve. ] Il fit ce rêve après avoir établi, dans ses commentaires, que l'enseignement du Shingon était supérieur à celui du Sûtra du Lotus. Si ce rêve avait été un rêve de bon augure, comme Jikaku Daishi lui-même le prétendit, nous pourrions en conclure que l'enseignement du Shingon est effectivement supérieur. Mais le rêve de transpercer d'une flèche le soleil, est-ce là un rêve de bon augure ? Où pouvons-nous trouver — dans les cinq mille ou sept mille volumes d'écrits bouddhiques ou dans les plus de trois mille volumes d'écrits non bouddhiques — la moindre indication que le rêve de planter une flèche dans le cœur du soleil est un rêve de bon augure ?
Examinons plutôt ce que disent les textes à ce sujet.
Le roi Ajatashatru fit un rêve dans lequel il voyait la lune tomber du ciel [506]. Quand il en demanda la signification à son ministre Jivaka, celui-ci lui répondit que c'était un signe de la disparition du Bouddha. Et quand Subhadra [507] rêva que le soleil tombait du ciel, il se dit que cela annonçait la disparition du Bouddha. Quand les démons ashura luttèrent contre le dieu Taishaku, ils commencèrent par décocher des flèches au soleil et à la lune [508]. Les mauvais souverains Tchi-ye, de la dynastie Hia et Tcheou, de la dynastie Yin [ dans la Chine ancienne ], avaient, dit-on, pour coutume de lancer des flèches au soleil et tous deux se détruisirent eux-mêmes et mirent un terme à leur dynastie.
La reine Maya rêva qu'elle était enceinte du soleil et donna ensuite naissance au prince Siddharta, [ qui devint plus tard le bouddha Shakyamuni ]. C'est pourquoi on donna au Bouddha dans son enfance le nom de Graine de Soleil [509]. Le Japon [ Nihon, la source du soleil ] est appelé ainsi parce qu'il est le pays de Tenshô Daijin [ Amaterasu ô Mikami ], la déesse du soleil. Si l'on en croit ces exemples, le rêve de Jikaku signifie qu'il se servit de ses deux commentaires comme de flèches dirigées contre Tenshô Daijin, contre le Grand Maître Dengyô, contre le bouddha Shakyamuni et contre le Sûtra du Lotus. Moi, Nichiren suis peut-être un ignorant qui ne connais rien au sûtras ni aux traités. Mais j'affirme sans la moindre hésitation que tous ceux qui s'appuient sur ce rêve pour conclure que l'enseignement du Shingon est supérieur à celui du Sûtra du Lotus détruiront le pays et perdront leur famille dans cette vie, et après leur mort, tomberont dans l'enfer Avichi.
Une preuve évidente peut en être donnée. Si les forces japonaises et mongoles s'étaient livré bataille [510], si les prières des maîtres du Shingon avaient prouvé leur efficacité, et si le Japon avait remporté la victoire [ grâce à elle ], on pourrait alors dire que le Shingon est précieux. Mais au moment du soulèvement de Jôkyû [511], bien qu'un nombre considérable de moines ait prié pour la victoire des forces impériales et jeté des malédictions [ sur les forces du shogunat de Kamakura ], c'est le chef de ces dernières, Gon no Tayû [512], qui fut vainqueur. Cela valut à l'empereur retiré Gotoba d'être exilé sur l'île d'Oki et à ses fils d'être bannis sur l'île de Sado et dans une autre province [513]. Tel fut l'effet des prières Shingon pour la victoire. En fin de compte, elles eurent le même effet que les glapissements du renard yakkan qui permettent de le découvrir [514] et les malédictions, exactement comme il est dit dans le Sûtra du Lotus à propos de ceux qui attaquent les pratiquants de ce sûtra, “ se sont retournées contre ceux qui les ont prononcées 251 ”. Les trois mille moines du mont Hiei furent également attaqués par le shogunat de Kamakura et contraints de se soumettre 252
Aujourd'hui, le shogunat de Kamakura est au sommet de sa prospérité. Les moines Shingon du Tô-ji, ceux du mont Hiei, du Honjô-ji et des sept temples [ principaux de Nara ], ainsi que les moines de l'école Hokke qui ont oublié les principes de leur propre école et s'opposent à la Loi, tous s'en vont vers [ l'est, dans la région du ] Kanto 253, où ils inclinent la tête, plient les genoux et s'efforcent de diverses manières de gagner les faveurs des samourais. En retour, ils obtiennent des positions de supérieur ou d'administrateur des divers temples et monastères de montagne. Et ils continuent à prier pour la paix du pays avec le même enseignement maléfique qui a détruit l'autorité de l'empereur !
Le shogun et sa famille, ainsi que les samourais qui sont à leur service, croient-ils que, grâce à de telles prières, le pays restera en paix ? En fait, tant qu'ils utiliseront les services de moines qui provoquent de graves désastres en ignorant l'enseignement du Sûtra du Lotus, le pays courra immanquablement à sa perte.
Quand je pense à la désolation qu'entraînerait la destruction du pays, et aux tragiques pertes en vies humaines, je suis prêt à risquer ma propre vie pour réfuter ces conceptions néfastes. Si les gouvernants qui ont la responsabilité du pays se préoccupaient de sa sécurité, ils devraient s'interroger sur le cours pris par les événements et s'efforcer de discerner la vérité. Mais au lieu de cela, ils se bornent à écouter des calomnies à mon égard et à me manifester, de plusieurs manières, leur hostilité.
Par le passé, ceux qui s'opposaient à la Loi encouraient la désapprobation de Bonten, de Taishaku, des divinités du soleil et de la lune, des Quatre Rois du ciel et des divinités de la Terre qui ont fait serment de protéger les pratiquants du Sûtra du Lotus. Toutefois, parce que personne ne les dénonçait publiquement, ils étaient pardonnés comme des enfants uniques dont les parents tolèrent la mauvaise conduite, faisant tantôt semblant de ne pas voir, tantôt se contentant de leur adresser de légers reproches. Mais puisque je suis là, maintenant, pour faire connaître la vérité, je suis stupéfait que les autorités continuent à écouter ceux qui s'opposent à la Loi. Et pourtant, elles le font. Pire encore, elles vont jusqu'à persécuter la personne d'exception qui s'efforce de les éclairer et de les protéger de l'erreur. Et cela ne dure pas depuis seulement un jour ou deux, un mois ou deux, un an ou deux mais depuis plusieurs années. Mes difficultés sont plus graves encore que les coups de cannes et de bâtons infligés au bodhisattva Fukyô, et elles dépassent en violence les attaques meurtrières à l'encontre du moine Kakutoku.
Pendant ce temps, les deux grandes divinités Bonten et Taishaku, les divinités du soleil et de la lune, les Quatre Rois du Ciel et les divinités des étoiles et celles de la Terre ont manifesté leur colère de diverses manières et, à plusieurs reprises, ont envoyé des avertissements 254 Mais comme l'hostilité à mon encontre n'a fait que grandir, le ciel [ dans sa sagesse ] a demandé aux sages d'un pays voisin de renforcer la punition 255et a provoqué l'invasion du pays par de grands esprits maléfiques qui égarent l'esprit du peuple et le poussent à se rebeller contre ses propres gouvernants 256.
Il est logique de penser que plus un présage est grand, qu'il soit de bon ou de mauvais augure, plus importants seront les événements qui le suivront.
Récemment nous avons vu apparaître la plus grande comète jamais aperçue dans les plus de 2230 ans écoulés depuis la disparition du Bouddha, et nous avons subi des tremblements de terre d'une amplitude encore sans précédent. En Chine et au Japon, sont apparus par le passé, des hommes dotés d'une sagesse et de capacités exceptionnelles .Mais, en défendant le Sûtra du Lotus, aucun d'eux n'a suscité plus que moi l'apparition de grands ennemis dans son pays. Devant cette évidence, chacun devrait comprendre que Nichiren est le plus grand sage du monde entier.
Au cours de plus de sept cents ans écoulés depuis l'introduction du bouddhisme au Japon, cinq mille ou sept mille volumes de sûtras ont été lus, et l'enseignement de huit ou dix écoles 257 a été professé. Les personnes de sagesse ont été aussi nombreuses que les tiges de riz et de chanvre et ceux qui ont propagé l'enseignement [ à l'étranger ] sont aussi innombrables que les bambous et les roseaux. Et pourtant, parmi tous les bouddhas, il n'en est pas un seul qui soit plus respecté ou dont le nom soit plus souvent invoqué que le bouddha Amida.
Cette pratique du Nembutsu [ l'invocation du nom du bouddha Amida ] fut propagée par Eshin dans son ouvrage le Ojô Yoshû, après quoi un tiers de la population du Japon se mit à pratiquer le Nembutsu. Quand Yokkan écrivit le Ojô Juin [ Dix raisons d'accéder à la Terre pure ] et le Ojôko Shiki, les deux tiers de la population de ce pays sont devenus des pratiquants du Nembutsu. Et quand Hônen écrivit le Senchaku Shû., tous les Japonais sans exception sont devenus adeptes du Nembutsu. Ainsi, ceux qui récitent le nom du bouddha Amida aujourd'hui ne sont aucunement les disciples d'une seule personne.
Ce que l'on appelle Nembutsu est un daimoku [ ou une invocation du titre ] basé sur les sûtras Muryôju, Kammuryôju et Amida qui sont des sûtras du Mahayana provisoire. Si le daimoku de sûtras du Mahayana provisoire est largement répandu et propagé [ à l'étranger ], c'est sans doute un prélude à la propagation du daimoku du Sûtra du Mahayana définitif, n'est-ce pas ? Ceux qui ont l'esprit de recherche devraient réfléchir avec soin à cela. Si les sûtras provisoires sont propagés à l'étranger, le Sûtra définitif le sera aussi nécessairement. Si le daimoku des sûtras provisoires se répand à l'étranger, le daimoku du Sûtra définitif se répandra à l'étranger également.
En plus de sept cents ans, depuis le règne de l'empereur Kimmei jusqu'à celui de l'actuel empereur 258, on n'a jamais entendu chose pareille : un sage disant qu'il faut réciter Nam Myoho Renge Kyo, incitant les autres à le réciter et le récitant lui-même.
Lorsque le soleil se lève, les étoiles disparaissent. Quand un roi sage apparaît, les rois insensés périssent. Quand le Sûtra définitif sera répandu, les sûtras provisoires perdront toute validité. Si un sage récite Nam Myoho Renge Kyo, ceux qui ignoraient cette pratique feront de même comme l'ombre suit le corps ou comme l'écho suit la voix.
Il ne fait aucun doute que moi, Nichiren, suis le plus grand pratiquant du Sûtra du Lotus au Japon. De cela on peut déduire que même en Inde et en Chine, dans le monde entier, personne ne peut m'égaler.
Question : Quelles ont été les causes du grand tremblement de terre de l'ère Shôka et de l'apparition de la grande comète à l'ère Bun'ei ?
Réponse : Dans les textes du Tendai il est dit : “ Les sages peuvent lire les présages et savoir ce qu'ils annoncent comme les serpents connaissent les mœurs des serpents 259 ”
Question : Quel est le sens de ce passage ?
Réponse : Quand le bodhisattva Jôgyô sortit de Terre, d'autres bodhisattvas comme Miroku, Monjushiri, Kanzeon et Yakuô, bien que libérés des premiers quarante-et-unième et quarante-deuxième niveaux d'ignorance 260, n'avaient pas totalement éliminé le niveau le plus profond, celui de l'obscurité fondamentale. Par conséquent on pourrait les qualifier d'ignorants qui ne comprirent pas que le bodhisattva Jôgyô était apparu pour propager largement Nam Myoho Renge Kyo du chapitre Juryô à l'époque des Derniers Jours de la Loi.
Question : Y a-t-il quelqu'un, au Japon, en Chine ou en Inde, qui comprenne cela ?
Réponse : Même les grands bodhisattvas qui ont éliminé les illusions de la pensée et du désir 261 et qui se sont libérés des quarante-et-un et quarante-deux premiers niveaux d'ignorance [ par la pratique de bodhisattva ] n'ont pas pu le comprendre. Comment, alors, de simples mortels, qui n'ont pas éliminé la plus petite illusion, le pourraient-ils ?
Question : Mais s'il n'est pas un seul sage qui sache [ pourquoi ces calamités se sont produites ] comment faire pour y remédier ? Si l'on ne connaît pas la cause d'une maladie et que l'on tente quand même de soigner le malade, [ le traitement échouera et ] il mourra très certainement. Si l'on a recours à des prières en ignorant la cause essentielle de ces désastres, peut-on douter encore de l'inévitable destruction du pays ? Quelle horrible perspective, véritablement !
Réponse : On dit que les serpents prévoient les grandes pluies sept jours à l'avance et que les corbeaux savent quels événements heureux ou malheureux se produiront dans l'année. Cela doit être parce que les serpents sont au service des grands dragons [ qui font tomber la pluie ] et que les corbeaux ont étudié depuis longtemps [ ce domaine des prédictions ]. Moi, Nichiren, ne suis qu'un homme ordinaire et ne puis donc pas connaître la cause de ces désastres. Néanmoins, je crois pouvoir vous donner quelques éclaircissements à ce sujet.
Sous le règne du roi P'ing, de la dynastie Tcheou, en voyant des hommes aller nus en conservant leurs cheveux longs dénoués, [ un officiel de la cour du nom de ] Hsin Yu fit une prédiction : “ Dans les cent ans qui viennent, cette dynastie disparaîtra ”. Sous le règne du roi Yu [ de la dynastie des Tcheou ], des montagnes s'effondrèrent, des rivières débordèrent et la terre trembla. Voyant cela [ un courtisan du nom de ] Po Yang prédit : “ Dans douze ans, notre grand roi sera confronté à une catastrophe ”.
Le grand tremblement de terre et l'apparition de l'énorme comète à notre époque sont des calamités provoquées par la colère du ciel, parce que le souverain du pays hait Nichiren et s'allie avec les moines du Zen, du Nembutsu et du Shingon qui prêchent des doctrines menant le pays à sa destruction.
Question : Comment croire cela ?
Réponse : Il est dit dans le sûtra Saishôô : “ Parce que des personnes mauvaises sont respectées, et des personnes de bien injustement punies, les étoiles et les constellations, le vent et la pluie ne suivent plus les normes des saisons. ”
Si ce passage de sûtra dit vrai, il ne fait aucun doute qu'il y a dans ce pays des personnes mauvaises et que le roi et ses ministres leur accordent leur confiance. Et, il est non moins certain qu'il y a un sage qu'ils haïssent et traitent comme un ennemi.
Dans le même sûtra, il est dit aussi : “ [ Les divinités du Ciel des Trente-Trois Divinités ] Taishaku et ses serviteurs se mettent en colère et des corps célestes inhabituels tombent du ciel, deux soleils apparaissent en même temps, des pillards viennent de l'étranger et la population du pays connaît les désordres et la mort. ”
Il y a déjà eu, dans ce pays, des phénomènes étranges dans le ciel et sur la terre, et les habitants d'un pays étranger sont venus nous attaquer. Ainsi, il ne fait aucun doute que les Trente-Trois divinités célestes [ un autre nom de Taishaku ] sont en colère.
Il est dit dans le sûtra Ninnô : “ De mauvais moines, recherchant gloire et profit, se présentent souvent devant le roi, le prince héritier et les autres princes et prennent l'initiative d'exposer des enseignements qui conduisent à l'offense à la Loi bouddhique et à la ruine du pays. Le roi, incapable de distinguer le vrai du faux, écoute ces doctrines et a foi en elles. ”
Le même ouvrage fait allusion à une époque où “ le soleil et la lune sortent de leurs orbites habituelles, les saisons s'inversent, un soleil rouge et un soleil noir apparaissent, deux, trois, quatre ou cinq soleils apparaissent en même temps, le soleil s'éclipse ou n'émet plus de lumière, une, deux, trois, quatre ou cinq couronnes apparaissent autour du soleil. ”
Ces passages indiquent que lorsque de mauvais moines emplissent le pays, trompent le roi, le prince héritier et les autres princes en exposant des enseignements qui conduisent à la destruction de la Loi bouddhique et du pays, si le roi et les autres hauts personnages se laissent abuser et en viennent à croire que ces enseignements ont effectivement le pouvoir de faire prospérer la Loi bouddhique et leur pays, les écoutent et les mettent en pratique, le soleil et la lune seront affectés par des phénomènes étranges, il y aura de grands vents, des pluies violentes et de graves incendies ; ensuite viendront les désordres de l'intérieur, les conflits au sein d'un même clan, et des révoltes armées. Le roi et ses ministres perdront de nombreux partisans et alliés puis des envahisseurs étrangers viendront les attaquer, jusqu'à ce qu'ils soient acculés au suicide, capturés vivants, ou contraints à se rendre. Tout cela se produit uniquement parce qu'ils suivent des doctrines qui conduisent à la destruction de la Loi bouddhique et à la ruine du pays.
Il est dit dans le sûtra Shûgo : “ La Loi enseignée par le bouddha Shakyamuni ne peut pas être détruite par les démons du ciel ou par les non bouddhistes, ni par les malfaiteurs ou les ascètes ayant acquis les cinq pouvoirs surnaturels 262 Pourtant elle peut être radicalement détruite par de mauvais moines n'ayant de moine que le nom et l'apparence au point qu'il n'en restera plus rien .Même si l'on ramassait la totalité des plantes et des arbres de tout un système de Mondes majeur, pour en faire du combustible, et qu'on le brûlait pendant longtemps, on ne pourrait pas détruire, si peu que ce soit, le mont Sumeru. Mais quand le grand incendie qui marque la fin d'un kalpa se produit, le feu surgit de l'intérieur de la montagne même qui se trouve en un instant détruite par les flammes et totalement réduite en cendres. ”
Dans le sûtra Rengemen, on lit : “ Le Bouddha dit à Ananda : “ C'est comparable au lion lorsqu'il est mort. Aucun animal vivant dans l'air, sous terre, dans l'eau, ou sur la terre n'osera manger le cadavre d'un lion. Seuls les parasites nés dans les entrailles mêmes du lion se nourriront de sa chair. Ananda, il en va de même pour la Loi du Bouddha. Elle ne peut pas être détruite de l'extérieur. Mais ce sont les mauvais moines qui se trouvent dans le corps de ma Loi — ce sont eux qui détruiront cette Loi que le Bouddha n'a pu établir qu'au terme de trois grands asogi kalpa ” ”
Que signifient ces passages de sûtra ? Par le passé le bouddha Kashô décrivit au roi Kiriki l'époque des Derniers Jours de la Loi du bouddha Shakyamuni et révéla quelle sorte de gens détruiraient l'enseignement de Shakyamuni 263.[ Des personnes malfaisantes apparaîtraient, comme ] le roi Mihiracula 264 qui incendia tous les temples et monastères des cinq régions de l'Inde et fit assassiner tous les moines et les nonnes des seize principaux royaumes 265, ou l'empereur Wou-tsong 266 qui détruisit plus de 4.600 temples et pagodes dans les neuf provinces [ de Chine ], et contraignit 260.500 moines et nonnes à revenir à la vie laïque. Mais de telles personnes ne peuvent pas faire disparaître la Loi enseignée par le bouddha Shakyamuni. Ce sont les moines eux-mêmes, qui portent les trois robes [ autorisées ] et portent à leur cou le simple bol [ pour les aumônes ], qui mémorisent les quatre-vingt mille enseignements et récitent à haute voix les douze catégories de sûtras — voilà ceux qui détruiront la Loi du Bouddha.
C'est comparable au mont Sumeru, la montagne dorée. Même en accumulant toutes les herbes et tout le bois contenus dans tout un système de Mondes majeur et en les empilant jusqu'au ciel des Quatre Rois célestes, et jusqu'aux autres cieux du monde des désirs, même en les brûlant pendant un an, deux ans, ou des dizaines de milliards d'années, il serait impossible de le détruire si peu que ce soit. Mais quand vient le temps de l'incendie qui marque la fin d'un kalpa, une flamme s'allume au pied même du mont Sumeru, aussi petite qu'une fève, qui détruit non seulement le mont Sumeru mais l'ensemble d'un système de Mondes majeur.
Si les prédictions du Bouddha doivent se vérifier, il semblerait alors que ce seront les moines des dix ou des huit écoles bouddhiques [ de notre pays ] qui réduiront en cendres le mont Sumeru du bouddhisme. Dans le cœur des moines des écoles du Hinayana — Kusha, Jôjitsu, Ritsu — s'allumera la flamme de la jalousie à l'encontre des moines du Mahayana. Et des moines tels que Chan-wou-wei, de l'école Shingon, San-tsie, de l'école Zen et Chan-tao de l'école Jôdo, sont des moines parasites nés dans ce corps de lion qu'est l'enseignement du Bouddha.
Dans ses écrits le Grand Maître Dengyô appelle les grands maîtres des écoles Sanron, Hossô et Kegon au Japon “ les six parasites 267 ”. Moi, Nichiren, j'appellerais volontiers les fondateurs des écoles Shingon, Zen et Jôdo “ les trois parasites ” et Jikaku, Annen et Eshin, de l'école Tendai, “ les trois parasites ” qui ont rongé le corps de lion du Sûtra du Lotus et du grand maître Dengyô !
Aussi longtemps que Nichiren, qui s'efforce de mettre à jour la racine de ces grandes oppositions à la Loi, sera traité avec hostilité, les divinités du ciel seront avares de leur lumière, les divinités de la terre seront furieuses, et mauvais présages et calamités se succéderont de plus belle. Vous devriez savoir que, parce que je parle de ce qu'il y a de plus important au monde, mes mots s'accompagnent des phénomènes les plus extraordinaires. Comme il est tragique et regrettable que les habitants du Japon doivent tous tomber dans la grande citadelle de l'enfer des souffrances incessantes ! Mais quelle joie, quel bonheur, tout en n'étant doté que d'un corps ordinaire, d'avoir la graine de la boddhéité plantée dans le champ de son cœur !
Observez bien ce qui va se passer ! Quand des dizaines de milliers de bateaux de guerre viendront du grand empire mongol pour attaquer le Japon, tous, depuis le souverain jusqu'à la multitude du peuple japonais, abandonneront les temples bouddhiques et les sanctuaires du shintoïsme, et imploreront à l'unisson Nam Myoho Renge Kyo, Nam Myoho Renge Kyo . Ils joindront les mains et diront : “ Moine Nichiren, moine Nichiren, venez à notre aide ! ”
En Inde, le roi Mihiracula fut amené à joindre respectueusement les mains devant le roi Baladitya et au Japon, Taira no Munemori 268 fut contraint de s'incliner devant Kajiwara Kagetoki. C'est conforme au principe selon lequel les personnes de grande arrogance doivent toujours finalement se soumettre à leurs ennemis.
Les moines cruels et arrogants [ décrits dans le Sûtra du Lotus ] s'armèrent d'abord de cannes et de bâtons pour maltraiter le bodhisattva Fukyô. Mais par la suite, ils joignirent les mains en regrettant leur erreur. Devadatta infligea une blessure à Shakyamuni et fit couler son sang mais au moment de sa mort, il s'écria : “ Namu ! ”. S'il avait pu poursuivre et crier : “ Namu Butsu ! ” [ Dévotion au Bouddha ], il aurait évité de tomber en enfer. Mais son karma était si lourd [ ses actions passées si graves ], qu'il ne put dire que Namu sans pouvoir prononcer [ avant de mourir ] le nom du Bouddha.
Bientôt, les moines éminents du Japon essayeront sans aucun doute de crier : “ Namu Nichiren Shonin ! ”.[ Hommage au sage Nichiren ]. Mais ils n'auront le temps de dire que “ Namu ! ”. Comme c'est regrettable, comme c'est regrettable !
Dans les textes non bouddhiques il est dit : “ Un sage est celui qui a la connaissance de ce qui n'est pas encore advenu. ” Et dans les textes bouddhiques on lit : “ Celui qui connaît les trois phases de la vie [ passé, présent, futur ] est un sage. ”
En trois occasions notoires, j'ai fait preuve d'une telle connaissance. La première fois, ce fut dans la première année de l'ère Bunno [ 1260 ], le seizième jour du septième mois, lorsque j'ai remis le Risshô Ankoku Ron à Sa Seigneurie 269 [ Hôjo Tokiyori ] le nyûdo du temple Saimyô-ji. J'ai dit au nyûdo Yadoya 270, chargé de lui remettre cet ouvrage : “ S'il vous plaît, avertissez Sa Seigneurie qu'elle doit cesser de faire confiance aux écoles Zen et Nembutsu. Si cet avertissement n'est pas pris en compte, des dissensions se produiront dans la famille Hôjô et le pays sera envahi par une puissance étrangère. ”
La deuxième fois, ce fut le douzième jour du neuvième mois, dans la huitième année de l'ère Bun'ei [ 1271 ], à l'heure du Singe [ entre 15 h et 17 h ]. J'ai dit au magistrat Hei no Saemon : “ Nichiren est le pilier et la poutre du Japon. Si vous perdez Nichiren, ce sera comme si vous détruisiez les piliers et les poutres du Japon. Peu après surviendront les désastres des “ luttes intestines ” [ ou guerre civile ] et de “ l'invasion étrangère ”. Non seulement les habitants de ce pays seront tués [ par les envahisseurs étrangers ] mais beaucoup d'entre eux seront aussi faits prisonniers. Il faudrait faire brûler jusqu'à la dernière pierre tous les temples du Nembutsu et du Zen — Kenchû-ji, Jufuku-ji, Gokuraku-ji, Daibutsu-den [ le temple de la grande statue du Bouddha ] et Chôraku-ji, et conduire les maîtres de ces écoles sur la plage de Yui pour les décapiter 271. Sinon, il est certain que le Japon sera détruit ! ”
La troisième fois, ce fut le huitième jour du quatrième mois de l'année dernière, dans la onzième année de l'ère Bun'ei [ 1274 ]. J'ai dit à Hei no Saemon : “ Puisque je suis né sur le domaine de mon souverain, je dois lui obéir dans mes gestes. Mais je n'ai pas à lui assujettir les croyances de mon cœur. Il ne fait aucun doute que le Nembutsu conduit à l'enfer des souffrances incessantes et que le Zen est l'œuvre des démons. Le Shingon, en particulier, est un grand fléau pour notre pays. Il ne faut pas confier aux maîtres Shingon la tâche de prier pour la victoire sur le grand empire mongol ! Si une chose aussi grave est abandonnée à leurs soins, la situation ne pourra qu'empirer rapidement et notre pays sera au bord de la destruction. ”
Hei no Saemon m'a alors demandé “ Quand [ selon vous, les Mongols ] vont-ils attaquer ? ”
Je lui ai répondu : “ Les passages du Sûtra ne contiennent aucune indication de temps. Mais divers phénomènes montrent que la colère du ciel est grande. Il semblerait que l'attaque soit imminente. Elle se produira probablement avant la fin de cette année ! ”
Pourtant, ce n'est pas moi Nichiren, qui fis ces trois déclarations importantes. Ce fut plutôt, à chaque fois, l'esprit du bouddha Shakyamuni qui s'empara de moi pour me faire agir ainsi. [ Et pour avoir personnellement connu cette expérience ], je suis transporté de joie.
C'est là le principe primordial d'ichinen sanzen enseigné dans le Sûtra du Lotus 272. Quelle est la signification du passage du Sûtra dans lequel il est dit : “ Les aspects [ de la réalité de tous les phénomènes ] sont l'apparence… 273 ” ? Parmi les dix modalités d'expression de la vie, nyoze so [ l'apparence ] est la plus importante. C'est pourquoi le Bouddha apparaît en ce monde. Les sages peuvent lire les présages et ce qu'ils annoncent, comme les serpents connaissent les mœurs des serpents. ”
Les petites rivières se rassemblent pour former le grand océan. et de minuscules grains de poussière s'accumulent pour former un mont Sumeru. Quand moi, Nichiren, ai commencé à croire dans le Sûtra du Lotus, je n'étais, dans tout le Japon, qu'une goutte d'eau ou un grain de poussière. Mais par la suite quand deux personnes, trois, dix, cent, mille, dix mille, et un jour dix milliards de personnes en viendront à réciter le Sûtra du Lotus et à l'enseigner aux autres, elles formeront le mont Sumeru de l'illumination merveilleuse 274 et le grand océan du Nirvana. Ne cherchez nulle part ailleurs la voie qui mène à la boddhéité !
Question : Au moment de votre deuxième déclaration, le douzième jour du neuvième mois de la huitième année de l'ère Bun'ei, quand vous avez encouru la disgrâce des autorités, comment avez-vous pu savoir que si l'on s'en prenait à vous, une rebellion éclaterait, et que le pays serait attaqué par une armée étrangère ?
Réponse : Il est dit dans le cinquantième volume du sûtra Daijuku : “ Il y aura peut-être divers rois de la caste des Kshatrya 275 qui s'opposeront à la Loi, créant des difficultés aux disciples shomon de l'Honoré du monde. Peut-être les insulteront-ils et les rabaisseront-ils, les attaqueront-ils et les blesseront-ils à coups de sabre ou de bâton, les dépouillant de leur robe et de leur bol [ pour les aumônes ] et les privant de ce dont ils ont besoin pour vivre. Ou peut-être ces souverains arrêteront-ils ou persécuteront-ils ceux qui font des offrandes aux disciples. Si cela se produisait, nous [ Bonten, Taishaku et d'autres divinités ] veillerons à ce que des ennemis dans des terres étrangères viennent les attaquer et que des rebellions éclatent à l'intérieur de leurs états. Nous provoquerons épidémies et famines, vents et pluies hors saison ; calomnies, querelles et discordes séviront. Le règne de tels souverains sera de courte durée et leur pays sera détruit. ”
Il y a de nombreux passages semblables dans divers sûtras, mais j'ai choisi celui-ci, qui me paraît précieux parce qu'il me correspond parfaitement, et qu'il est adapté à notre époque. “ Nous ”, dans ce passage, désigne toutes les divinités des mondes des Trois Plans, Bonten, Taishaku, le Démon du Sixième Ciel, les Divinités du soleil et de la lune, les Quatre Rois du ciel et les dragons célestes. Ces divinités prirent un engagement solennel devant le Bouddha : Si, après la disparition du Bouddha, dans les périodes de la Loi correcte, de la Loi formelle et des Derniers Jours de la Loi, des moines aux croyances erronées se plaignent auprès du souverain de celui qui pratique la Loi correcte, et si les proches du roi, par respect pour ces moines, acceptent leurs dires sans vérifier le bien-fondé de leurs accusations, s'ils accablent cet homme sage de calomnies et de mauvais traitements, ces divinités susciteront de graves rebellions à l'intérieur du pays suivies peu après par l'attaque d'un pays étranger, de sorte que le souverain mourra et que le pays tombera en ruine.
Voir mes prophéties se réaliser me remplit de joie. Mais d'un autre côté, cela me peine profondément. Dans cette vie-ci, je n'ai commis aucun crime. Je n'ai fait qu'exprimer ma gratitude à l'égard du pays de ma naissance en m'efforçant de le sauver du désastre. Mais on n'a pas tenu compte de mes conseils. Comme je le regrette !
On m'a même arrêté, on a arraché le cinquième volume du Sûtra du Lotus de la poche de mon vêtement et on m'a violemment frappé avec 276. Finalement, j'ai été traîné dans les ruelles de Kamakura et je me suis écrié : “ Divinités du soleil et de la lune, vous êtes bien là, dans le ciel mais vous laissez Nichiren subir de grandes persécutions. [ Si vous ne faites rien pour m'aider ] serait-ce parce que je ne suis pas le Pratiquant du Sûtra du Lotus ? Si c'était le cas, j'abandonnerais immédiatement ma croyance erronée. Mais si je suis bien le Pratiquant du Sûtra du Lotus, vous devriez en donner immédiatement la preuve ! Sinon, vous, divinités du soleil et de la lune et toutes les autres divinités, n'êtes que de grands imposteurs qui ont menti à Shakyamuni, à Tahô et à tous les bouddhas des Dix Directions. Vos mensonges sont cent fois, mille fois, dix mille fois, cent millions de fois plus graves que ceux de Devadatta et de Kokalika 277 ! ”
Peu après, le pays fut soudain déchiré par la guerre civile et il y règne encore le plus grand désordre. Je ne suis peut-être qu'un homme ordinaire mais aussi longtemps que je garderai le Sûtra du Lotus, je mériterai d'être considéré, au Japon [ à notre époque ], comme la personne parvenue au plus haut degré d'humanité 278.
Question : Dans cet obstacle qu'est l'arrogance, on distingue diverses catégories : les sept sortes, les neuf sortes ou les huit sortes d'arrogance. Mais votre immense arrogance est cent fois, mille fois, dix milliards de fois plus grande que toutes les catégories énoncées dans les textes bouddhiques !
Le maître de doctrine Gunaprabharefusa de s'incliner devant le bodhisattva Miroku 279 et le Grand Brahmane arrogant se fabriqua une chaire soutenue par des pieds sculptés à l'image des quatre sages [ Maheshvara, Vishnu, Narayana et le bouddha Shakyamuni ]. Mahadeva 280, bien que simple mortel, prétendit être parvenu au stade d'ahrat et le savant Vimalamitra 281 se proclama le plus grand sage des cinq régions de l'Inde. Toutes ces personnes, pour avoir commis la faute d'arrogance, sont tombées dans l'enfer des souffrances incessantes. Comment osez-vous vous prétendre la personne la plus sage du monde entier ? Cela ne vous conduira-t-il pas en enfer avec eux ? Quelle chose épouvantable !
Réponse : Avez-vous bien compris en quoi consistent les sept sortes, les neuf sortes et les huit sortes d'arrogance ? Le bouddha Shakyamuni, l'Honoré du monde, a déclaré : “ Je suis le plus grand sage dans le monde des Trois Plans ! ” Tous les [ puissants ] non bouddhistes ont prédit que le ciel le punirait ou que la terre s'ouvrirait sous ses pieds pour l'avaler. [ Mais rien de tel ne s'est passé. ]
Les plus de trois cents moines des sept temples [ principaux de Nara ] au Japon affirmèrent que le moine Saichô [ le Grand Maître Dengyô ] était une réincarnation de Mahadeva ou du Brahmane au ventre de fer 282. Pourtant, le ciel ne l'a pas puni. Au contraire, il le protégea de multiples manières et la terre ne s'ouvrit pas, restant sous ses pieds aussi solide qu'un diamant. Le Grand Maître Dengyô fit construire le temple du mont Hiei et devint les yeux du peuple entier. Pour finir, les moines des sept temples principaux reconnurent leur erreur et devinrent ses disciples, et les habitants des diverses provinces devinrent ses adeptes laïcs. Ainsi, faire ouvertement l'éloge de ce qui est véritablement supérieur ressemble à un acte d'arrogance mais, en réalité, cela entraîne de grands bienfaits [ parce que cela revient à faire l'éloge de la Grande Loi à laquelle on adhère. ] .
Le Grand Maître Dengyô déclara : “ L'école Tendai Hokke est supérieure à toutes les autres écoles, en raison du Sûtra sur lequel elle s'appuie. Par conséquent, lorsqu'elle se dit supérieure, ce n'est pas pour chanter ses propres louanges ni pour dénigrer les autres écoles 283 ”.
Il est dit dans le septième volume du Sûtra du Lotus : “ De même que le mont Sumeru est la plus élevée de toutes les montagnes, ce Sûtra est le plus élevé de tous les sûtras 284. ” Les sûtras Kegon, Hannya, Dainichi, qui précèdent le Sûtra du Lotus et le sûtra Muryôgi et le Sûtra du Nirvana qui le suivent, c'est-à-dire cinq ou sept mille volumes, aussi bien que tous les sûtras de l'Inde, du palais du Roi Dragon, du ciel des Quatre Rois célestes, du ciel Trayastrimsha, du soleil et de la lune, et ceux de tous les mondes des Dix Directions sont des montagnes de moindre altitude que le Sûtra du Lotus. Ils sont comparables à la Montagne de terre, la Montagne noire, la Petite Montagne de la roue de fer et la Grande Montagne de la roue de fer, alors que ce Sûtra du Lotus qui a été transmis jusqu'au Japon est comparable au mont Sumeru.
[ Dans ce même septième volume, ] il est dit encore : “ Celui qui parvient à croire et à pratiquer ce Sûtra est ainsi également. Parmi la multitude de tous les êtres vivants, il est le premier 285 ”.
Examinons le sens de ce passage de Sûtra. [ Les autres sûtras ont leurs adeptes. ] Ainsi, le sûtra Kegon est révéré par les bodhisattvas Fugen, Gedatsugatsu, Nagarjuna et Ashvagosha, par le Grand Maître Fa-tsang, le maître Ch'ing-liang 286, l'impératrice Tse-t'ien, le précepteur Shinjô, l'administrateur de moines Ryôben et l'empereur Shômu. Les sûtras Jimmitsu et Hannya ont pour adeptes le bodhisattva Shôgishô 287, le vénérable Subhuti 288, le Grand Maître Kia-siang, l'éminent lettré Siuan-tsang, les empereurs T'ai-tsung et Kao-tsung, les moines Kanroku et Dôshô et l'empereur Kôtoku. Ceux qui croient dans le sûtra Dainichi, de l'école Kegon, sont les bodhisattvas Kongôsatta [ ou Vajrasattva ], Nagarjuna, Nagabodhi 289, le roi Satavahana 290, les savants maîtres Chan-wou-wei, Chin-kang-chi et Pou-kong, les empereurs Siuan-tsung et Tai-tsung, le moine Houei-kouo et les grands maîtres Kôbô et Jikaku. Et ceux qui révèrent le Sûtra du Nirvana sont le bodhisattva Kashô Dôji 291, les cinquante-deux sortes d'êtres 292, le savant maître Dharmakshema 293. Fa-yun 294 du temple Kouang-tche-sseu et les dix moines éminents 295 des trois écoles [ de la Chine ] du Sud et des sept écoles [ de la Chine ] du Nord, ont eux aussi suivi d'autres sûtras que le Sûtra du Lotus.
Par contre, si de simples mortels, vivant à l'époque mauvaise des Derniers Jours de la Loi, n'observant même pas les préceptes et passant pour des icchantikas [ personnes d'une incroyance incorrigible ] sont convaincus, comme l'enseigne le Sûtra, que le Sûtra du Lotus, qui surpasse tous les sûtras enseignés avant, en même temps et après lui, est la seule voie qui conduise à la boddhéité, de telles personnes, même sans une once de compréhension, sont cent fois, mille fois, dix milliards de fois supérieures à tous ces grands sages. C'est ce que signifie ce passage du Sûtra.
Parmi les adeptes des autres sûtras, certains encouragent à la croyance dans les sûtras provisoires comme étape préparatoire conduisant au Sûtra du Lotus. D'autres restent exclusivement attachés à leur sûtra et n'adhèrent jamais au Sûtra du Lotus. D'autres encore, non seulement continuent à suivre d'autres sûtras mais y sont si fortement attachés qu'ils les disent supérieurs au Sûtra du Lotus.
Mais les pratiquants du Sûtra du Lotus ne devraient jamais oublier les passages du Sûtra du Lotus où il est dit : “ De même que, parmi toutes les étendues d'eau, affluents, rivières et fleuves, la mer est la plus vaste, la personne qui pratique le Sûtra du Lotus est d'une sagesse supérieure aux autres. 296 ” ;.et : “ La lune est le plus lumineux de tous les corps célestes [ visibles dans le ciel nocturne ]. Ceux qui pratiquent ce Sûtra du Lotus lui sont comparables. 297 ” Ces passages doivent rester gravés dans notre cœur. Tous les sages du Japon à notre époque sont comme autant d'étoiles, et moi, Nichiren, suis comparable à la pleine lune.
Question : Y a-t-il jamais eu par le passé quelqu'un qui ait parlé comme vous venez de le faire ?
Réponse : Le Grand Maître Dengyô a déclaré : “ Il faut savoir que les sûtras sur lesquels s'appuient les autres écoles ne sont pas les plus élevés. Par conséquent, ceux qui croient dans ces sûtras ne sont pas non plus les meilleurs. Mais, puisque l'école Tendai Hokke croit dans le sûtra le plus élevé, ceux qui croient dans le Sûtra du Lotus sont les premiers parmi la multitude. Ce sont là les mots mêmes du Bouddha. Comment cela pourrait-il être un simple éloge de soi-même 298 ? ”
Une tique attachée à la queue d'un Kirin 299 peut parcourir mille ri en un seul jour et un homme ordinaire, au service d'un Roi-qui-fait-tourner-la-roue 300, peut faire en un instant le tour des quatres continents du monde. Qui songerait à en douter ou à le contester ? Voilà le sens des mots de Dengyô : “ comment cela pourrait-il être un simple éloge de soi-même ”.
Par conséquent, si ce qu'il dit est vrai, celui qui pratique le Sûtra du Lotus comme le Bouddha l'enseigne doit être supérieur à la divinité Bonten et plus respectable que la divinité Taishaku. Avec l'aide des démons ashura, il peut soulever le mont Sumeru et avec les dragons à son service, il peut assécher le grand océan.
Le Grand Maître Dengyô a dit : “ Ceux qui adressent des éloges [ au Grand Maître T'ien-t'ai ] recevront des bienfaits qui s'accumuleront aussi haut que le mont Sumeru tandis que ceux qui le calomnient commettent un crime qui les conduira à l'enfer des souffrances incessantes 301. ” Et on lit dans le Sûtra du Lotus : “ Ils mépriseront, haïront, envieront et éprouveront de la rancune à l'égard de ceux qui lisent, récitent, transcrivent ce Sûtra et y adhèrent … après leur mort, ils tomberont dans l'enfer des souffrances incessantes 302. ”
Si ces paroles d'or du bouddha Shakyamuni sont exactes et le témoignage du bouddha Taho véridique, et si l'on peut se fier au signe d'assentiment que firent les bouddhas des Dix Directions en tirant leurs longues et larges langues, comment ne pas croire que tous les habitants du Japon de notre époque tomberont dans l'enfer des souffrances incessantes ?
Il est dit dans le huitième volume du Sûtra du Lotus : “ Aux époques futures qui suivront la disparition [ du Bouddha ], ceux qui croiront en ce Sûtra et le pratiqueront, le liront et le réciteront… leurs vœux ne resteront pas sans réponse, et ils recevront des bienfaits dans leur vie présente 303. ” Il y est dit encore : “ Ceux qui feront des offrandes [ au Pratiquant de ce Sûtra ] et feront son éloge recevront des bienfaits dans leur vie présente 304. ”
Dans ces deux passages, on retrouve deux fois les huit caractères qui signifient “ ils recevront des bienfaits dans leur vie présente ”. Si ces seize caractères, au total, étaient faux et si, dans cette vie-même Nichiren ne recevait pas de grands bienfaits, les paroles d'or du Bouddha seraient comparables aux mensonges vides de Devadatta et le témoignage du bouddha Tahô, qui attesta de leur véracité, ne se distinguerait en rien des assertions frauduleuses de Kokalika. Dans ce cas, personne, parmi ceux qui s'opposent à la Loi correcte, ne tombera dans l'enfer des souffrances incessantes et il n'y aura pas de bouddhas dans les trois phases de la vie ! [ Mais comment une telle chose pourrait-elle être possible ? ]
C'est pourquoi, je vous le conseille, mes disciples : efforcez-vous de pratiquer fidèlement comme le Sûtra du Lotus l'enseigne, sans ménager votre vie ! Mettez la véracité de ce bouddhisme à l'épreuve ! Nam Myoho Renge Kyo, Nam Myoho Renge Kyo !
Question : Nous lisons dans le Sûtra du Lotus un passage qui dit : “ Nous ne sommes pas avares de notre vie. Nous lui préférons la Voie suprême 305. ” Et dans le Sûtra du Nirvana : “ Par exemple si un émissaire, doué d'éloquence et habile diplomate, est envoyé par son roi à l'étranger pour y accomplir une mission, il doit transmettre le message de son souverain sans en omettre un mot, même s'il risque pour cela sa vie. Un sage devrait agir de même lorsqu'il enseigne le bouddhisme. Parmi les simples mortels, il doit, prêt à donner sa vie, exposer sans défaillance l'enseignement secret du Tathagata contenu dans les sûtras du Mahayana, c'est-à-dire révéler que tous les simples mortels possèdent l'état de bouddha. ” Mais dans quelles circonstances faut-il pratiquer au risque même de sa vie ? J'aimerais que vous l'expliquiez de manière plus précise.
Réponse : Lorsque je ne faisais que débuter dans la voie bouddhique, je pensais que la phrase : “ sans ménager notre vie ” signifiait voyager jusqu'en Chine sur l'ordre de l'empereur comme le firent Dengyô, Kôbô, Jikaku et Chishô. Ou aller de Chine jusqu'en Inde, comme le fit Siuan-tsang, en mourant six fois [ et en essayant à nouveau d'y parvenir à chacune de ses réincarnations. ]. Ou [ je pensais que cela signifiait ] sacrifier sa vie comme le fit Sessen Dôji pour connaître le deuxième vers d'un verset, ou brûler ses coudes [ en offrande ] pendant soixante-douze mille ans, comme le fit le bodhisattva Yakuô. Mais si l'on examine attentivement les passages de sûtra [ que vous avez cités ], il ne s'agit pas de cela.
Avant qu'apparaissent dans le Sûtra les mots “ sans ménager sa vie ”, sont décrits trois sortes d'ennemis qui dénigreront et attaqueront à coups de sabres et de bâtons, et mettront la vie [ des pratiquants ] en danger. Ou encore, [ pour comprendre ] le passage du Sûtra du Nirvana qui parle de [ faire son devoir ] “ au risque même de sa vie. ” [ Il faut lire ] le passage plus loin où il est dit : “ Il y a des personnes appelées icchantika [ personnes d'une incroyance incorrigible ] qui se donnent l'apparence d'ahrat, vivent dans des lieux reculés, et dénigrent les sûtras du Mahayana. Ils passent pour de véritables ahrat aux yeux de nombreux hommes ordinaires ou pour de grands bodhisattvas. ”
Au sujet de la troisième catégorie de Grand Ennemis, il est dit dans le Sûtra du Lotus : “ …ou l'on verra des moines habiter la forêt, vêtus de haillons et vivre retirés… et ils seront respectés et révérés de par le monde comme s'ils étaient des arhat dotés de Six Pouvoirs surnaturels 306. ” 307 Et il est dit dans le sûtra Hatsunaion : “ [ Il y a aussi ] des icchantika ayant l'apparence d'ahrat mais qui commettent de mauvaises actions. ”
Tous ces passages des sûtras parlent des grands ennemis de la Loi correcte. Et ce n'est pas parmi les mauvais rois, les mauvais ministres, les non bouddhistes, les démons du ciel ou parmi les moines qui transgressent les préceptes qu'on les trouve principalement. Ceux qui commettent les plus graves oppositions à la Loi se trouvent plutôt parmi les moines éminents, qui paraissent observer les préceptes et passent pour des hommes de sagesse
Le Grand Maître Miao-lo dit à leur propos : “ Cette troisième catégorie d'ennemis est la plus redoutable de toutes car [ la deuxième est déjà difficile à reconnaître et ] la troisième est la plus difficile à démasquer. 308 ”
On lit, dans le cinquième volume du Sûtra du Lotus : “ Ce Sûtra du Lotus est la resserre secrète des bouddhas. Parmi tous les sûtras, il occupe la place la plus élevée 309. ” Dans ce passage, nous devons remarquer les quatre caractères qui signifient “ la place la plus élevée ”. Si nous devons en croire ces mots, le véritable pratiquant du Sûtra du Lotus est celui qui proclame que le Sûtra du Lotus est le plus élevé de tous les sûtras.
Mais [ supposons qu'il y ait ] de nombreux moines hautement respectés dans le pays [ qui ] prétendent que d'autres sûtras sont supérieurs au Sûtra du Lotus et débattent [ avec le Pratiquant du Sûtra du Lotus sur ce point ]. Ces moines bénéficient de la confiance et du soutien du roi et de ses ministres, tandis que le pratiquant du Sûtra du Lotus n'a pas de soutiens influents et peu de disciples ; par conséquent le pays tout entier le méprise et se ligue contre lui. Si, [ par ailleurs, ] il se conduit de la même manière que le bodhisattva Fukyô ou le savant Badhrarushi, et continue à proclamer la supériorité du Sûtra du Lotus, il sera [ très probablement ] en butte à de grandes persécutions qui mettront sa vie en danger. Pratiquer avec une telle détermination est la chose la plus importante de toutes.
Cela correspond tout-à-fait à la situation à laquelle je suis aujourd'hui confronté. N'être qu'une personne ordinaire et dire, comme le fait Nichiren, que les grands maîtres Kôbô, Jikaku, Chan-wou-wei, Tsin-kang-tche, Pou-k'ong et leurs semblables sont les grands ennemis du Sûtra du Lotus, et que si le Sûtra est véridique, ils sont sans aucun doute tombés dans l'enfer des souffrances incessantes, est un acte extrêmement difficile. Il serait plus facile de pénétrer tout nu dans des flammes furieuses, de saisir d'une main le mont Sumeru et de le lancer dans les airs ou de traverser l'océan avec un grand rocher que de faire ce que j'ai fait. Etablir la Loi correcte dans ce pays, le Japon, est [ véritablement ] une tâche d'une grande difficulté.
Si le bouddha Shakyamuni de la Terre pure du Pic du Vautour, le bouddha Tahô du monde du Trésor de pureté, les bouddhas des Dix Directions [ qui sont des émanations du bouddha Shakyamuni ], les bodhisattvas sortis de la Terre, Bonten, Taishaku, les divinités du soleil et de la lune, les Quatre Rois du ciel, ne m'accordent pas, de manière visible ou invisible, leur aide et leur protection, ils ne connaîtront plus un seul jour, plus une seule heure de paix ou de sécurité.
Notes
[265] Sûtra du Lotus, chap. 7.
[266] Ibid.
[267] Ibid. chap. 2.
[268] On lit dans le sûtra Rôshi Keko qu'à sa naissance Lao Tseu avait déjà des cheveux blancs et l'apparence d'un vieillard.
[269] Le ciel Tushita : voir p. (Nii-ama) note 19.
[270] Huit sortes d'êtres non humains : êtres n'ayant pas forme humaine qui protègent le bouddhisme. Ce sont des divinités, dragons, une sorte de démon appelée yaksha, des divinités de la musique appelées gandharva, des démons appelés asura qui vivent au fond de la mer, des oiseaux appelés garuda qui sont les prédateurs des dragons, des divinités aux voix enchanteresses appelées kimnara et mahoraga ainsi que des dieux aux formes de serpents.
[271] Les Cinq Obstacles : voir p. (le Daimoku), note 60.
[272] Une allusion à la doctrine des sûtras du Mahayana provisoire, qui maintient que ni les personnes des états d'Etude (shomon) ni celle dans l'état d'Eveil personnel (engaku), ne peuvent parvenir à la boddhéité. L'école Hossô, en s'appuyant sur le sûtra Gejimmitsu, l'un des sûtras du Mahayana provisoire, classe les êtres humains en cinq catégories, en fonction de leur capacités religieuses innées. Ces cinq groupes sont aussi appelés les Cinq Natures. Les groupes prédestinés aux états de shomon et d'engaku en sont deux sur les cinq. On les appelle aussi les groupes déterminés, parce que l'état auquel ils parviendront est prédéterminé.
[273] Allusion au chapitre Yujutsu (15e) du Sûtra du Lotus. Quand les bodhisattvas sortis de la Terre apparaissent, le bouddha Shakyamuni dit au bodhisattva Miroku et aux autres auditeurs de l'assemblée : “ C'est déjà depuis le plus lointain passé que j'enseigne aux membres de cette multitude [ les bodhisattvas sortis de la Terre ] et les guide ” C'est la première indication, dans le Sûtra, que Shakyamuni atteignit l'illumination dans le lointain passé de gohyaku jintengô, et non dans sa présente vie. Toutefois, Miroku et les autres trouvent cette déclaration du Bouddha déroutante. Comment, se demandent-ils, en quelque quarante années depuis son illumination sous l'arbre bodhi, le Bouddha est-il parvenu à entraîner et instruite tant de bodhisattvas d'une apparence aussi majestueuse ? C'est, dit le bodhisattva Miroku, comme si l'on montrait du doigt un vénérable vieillard en disant : “ C'est mon fils ”.
[274] Le joyau qui exauce tous les vœux : voir p. (Daimoku), note24.
[275] Sûtra du Lotus, chap. 2.
[276] Ibid. , chap. 3.
[277] Ibid., chap.
[278] Ibid., chap. 14.
[279] Les quatre sortes de croyants : les religieux, moines et nonnes, et les laïcs, hommes et femmes.
* Sûtra du Lotus, chap. 13.
[280] Hokke Mongu , vol. 8.
[281] Nehangyô Sho .
* Hôe (Sagesse de la Loi) ; Kudokurin (Forêt de bienfaits) ; Kongôdô (étendard de diamant) ; Kongôzô (Ressere de diamant) ; Monju (vertu merveilleuse) ; Fugen (Sagesse universelle) ; Miroku (Bienveillant) ; Gedatsugatsu (Lune de la délivrance).
[282] A toutes ces personnes le bouddha Shakyamuni enseigna les principes du sûtra Kegon, après avoir obtenu l'illumination sous l'arbre bodhi.
[283] Le Parc des Gazelles :(skt, Mrigadava) nom d'un parc, à Varanasi, en Inde, site de l'actuel Sarnath, où, selon la tradition Shakyamuni aurait enseigné ce qui devint les sûtras Agon.
[284] Les Cinq Ascètes : Ajnata Kaundinya, Ashvajit, Bhadrika, Dashabala, Kashyapa et Mahanama. Avant que Shakyamuni ait atteint l'illumination, ils pratiquèrent avec lui les austérités. Toutefois, lorsque Shakyamuni abandonna l'ascétisme, ils crurent qu'il abandonnait sa recherche et le quittèrent. Après son illumination, il se rendit au Parc des Gazelles où ils pratiquaient encore les austérités et exposa pour eux les enseignements qui devinrent les sûtras Agon.
[285] Les sûtras Hôdô : les sûtras de la période Hôdô, la trosième des cinq périodes définies par T'ien-t'ai. Les sûtras Hôdô font partie des sûtras du Mahayana provisoire.
* Sûtra Kambutsu Zammai (Sur la méditation qui fait voir le Bouddha).
[286] Le ciel Trayastrimsha : le ciel des trente-trois divinités. Voir p. (lettre à Nichimyô), note 6. :
[287] Dix Etapes de la Foi : Les dix premières des cinquante-deux étapes de la pratique de bodhisattva. Dans ces dix étapes, on élimine les illusions de la pensée et du désir qui accompagnent l'existence dans le monde des Trois Plans et dans les Six Voies.
[288] L'étape de Togaku, presque équivalente à l'Eveil : la cinquante-unième des cinquante-deux étapes, celle qui,pour un bodhisattva, précède l'illumination .
[289] L'œil du Bouddha : l'une des Cinq Sortes de vision —les yeux du comun des mortels, l'œil divin, l'œil de la sagesse,l'œil de la Loi et l'œil du Bouddha. l'œil du Bouddha perçoit la véritable nature de la vie qui couvre les trois phases, passé, présent et futur, et inclut les quatre autres facultés de perception.
[290] Le Bouddha est souvent comparé au soleil parce qu'il dissipe l'obscurité, ou les illusions des êtres humains.
[291] La période de l'illumination : celle où de nombreuses personnes sont assurées de parvenir à l'illumination grâce à la pratique des enseignements du Bouddha.
[292] La période de la méditation : celle dans laquelle de nombreuses personnes pratiqueront la méditation pour percevoir la vérité.
[293] La période de la lecture, de la récitation et de l'écoute : celle où la pratique essentielle consiste à étudier les sûtras, les réciter et écouter les commentaires faits sur eux.
[294] La période de la construction des temples et des stûpas : la période où de nombreux temples et pagodes sont construits.
[295] Il s'agit de la période des débuts des Derniers Jours de la Loi. La dernière des Cinq périodes de cinq cents ans, celle que l'on appelle l'époque des conflits.
[296] On trouve ces remarques dans le Anraku Shû de Tao-ch'ao.
[297] Cette explication se trouve dans l'ouvrage de Hônen le Senchaku Shû.
[298] “ La voie de la pratique difficile ” : avec “ la voie de la pratique facile ”, l'une des deux voies de la pratique bouddhique mentionnées dans le Jûjûbibasha Ron. “ La voie de la pratique difficile ” consiste à déployer des efforts acharnés dans des pratiques austères pendant d'innombrables éons afin d'atteindre l'illumination. L'école de la Terre pure donne sa propre interprétation de “ la voie de la pratique difficile ” : elle désigne ainsi la pratique de tout autre sûtra que les trois sûtras sur lesquels elle se fonde, (les sûtras Amida, Muryôju et Kammuryôju). A l'opposé, pour les tenants de cette école, “ la voie de la pratique facile ” consiste à psalmodier le nom de bouddhas, en s'en remettant à leur pouvoir salvateur pour atteindre l'illumination. Le chapitre Igyô (Pratique facile) du Jûjûbibasha Ron insiste sur le pouvoir salvateur du bouddha Amida, disant qu'il est possible de renaître dans la Terre pure en invoquant le nom de ce bouddha. T'an-louan adopta également cette classification dans son ouvrage, le Ojô Ron Chû. Toutefois, l'intention de Nagarjuna n'était pas de nier les bienfaits de “ la voie de la pratique difficile ” mais de définir “ la voie de la pratique facile ” comme un expédient temporaire, à l'intention de ceux qui manquaient de courage dans leur pratique bouddhique. Autrement dit, le Jûjûbibasha Ron présente la voie de la pratique facile (telle que l'invocation du nom du bouddha Amida ou de tout autre bouddha) comme un moyen, et la voie de la pratique difficile comme la pratique essentielle et fondamentale qui conduit à la boddhéité.
[299] Cette phrase est tirée du Anraku Shû.
[300] Cette affirmation est extraite du Ojô Raisan.
[301] Les trois sûtras de la Terre pure : les sûtras Amida, Muryôju et Kammuryôju.
[302] Ojô Raisan .
[303] Anraku Shû .
[304] Les sept grands temples principaux de Nara : le Tôdai-ji, le Kôfuku-ji, le Gangô-ji, le Daian-ji, le Yakushi-ji, le Saidai-ji et le Hôryû-ji.
[305] Sûtra du Lotus, chap.23.
[306] Ibid., chap. 17
[307] Ibid., chap. 14.
[308] Ibid., chap.
[309] Ibid., chap. 14.
[310] kumbhandas : démons qui sapent la vitalité humaine.
[311] Sûtra du Lotus, chap. 23.
[312] Ces citations se trouvent toutes trois dans les vingt lignes versifiées du chapitre Kanji (13e) du Sûtra du Lotus, qui énumère les Trois Grands Ennemis qui attaqueront le Pratiquant du Sûtra du Lotus à cette époque mauvaise. La première citation vient du passage : “ Dans cet âge mauvais, il y aura des moines aux vues erronées, aux cœurs serviles et faux qui prétendront être parvenus à un stade qu'ils n'ont pas atteint, avec un cœur plein d'orgueil et de suffisance ” ; la deuxième, du passage : “ on verra encore des moines retirés dans la forêt, vêtus de robes misérables, proclamer dans leur retraite qu'ils pratiquent la Véritable Voie, tout en méprisant et en regardant de haut le reste de l'humanité ” ; et la troisième, du passage : “ Dans un kalpa marqué par les impuretés, en un âge mauvais, bien des choses seront à redouter. Les démons s'empareront des personnes de notre entourage et les pouseront à nous injurier, à nous rabaisser et à nous ridiculiser… ”( voir aussi : L & T vol. 2, p. 17).
[313] Homme sage : désigne ici Nichiren Daishonin.
[314] Allusion à Ryôkan, du temple Gokuraku-ji et à Dôryû, du Kenchô-ji, entre autres.
[315] Les Dix Pouvoirs surnaturels : pouvoirs surnaturels dont fit preuve le bouddha Shakyamuni avant de transmettre l'essence du Sûtra du Lotus aux bodhisattvas sortis de la Terre.
[316] “ Tous les êtres humains … s'écrièrent ensemble d'une voix sonore… “ Namu Shakamuni Butsu ” ” fait allusion à l'un des Dix Pouvoirs surnaturels du Bouddha et signifie que tous les êtres dans l'univers se convertirent à l'enseignement du Bouddha. Bien que le Sûtra du Lotus dise qu'ils s'écrièrent “ Namu Shakyamuni butsu ” (c'est-à-dire “ hommage au bouddha Shakyamuni ”, il ne dit pas qu'ils s'écrièrent “ Nam Myoho Renge Kyo ”. En ajoutant cette invocation, Nichiren Daishonin interprète la conversion de tous les êtres telle qu'elle est décrite dans le chapitre Jinriki (21e) comme la conversion de tous les êtres humains à la Loi merveilleuse, à l'époque des Derniers Jours de la Loi.
[317] Hokke Mongu , vol. 1.
[318] 54 Hokke Mongu Ki, vol. 1. “ Bienfait inapparent ”, ici, désigne le bienfait de l' éveil à la Loi merveilleuse.
[319] Shugo Kokkai Shô .
[320] Katsu : un ancien royaume qui s'étendait de la Mandchourie à la Corée du Nord. Sur les cartes anciennes, “ un pays à l'Est de Tang et à l'Ouest de Katsu ” désignerait le Japon.
[321] Les Cinq Impuretés : Impureté de l'époque, du désir, des personnes, de la pensée et de la vie elle-même.
[322] Hokke Shûku.
[323] Le Kalpa de continuité : l'une des quatre notions de durée extrêmement longue telles qu'elles étaient définies dans l'ancienne cosmologie indienne. — Kalpa de formation, Kalpa de continuité, Kalpa de déclin et Kalpa de désintégration. Au cours de ce kalpa, un accroissement et une décroissance cycliques de la durée de la vie humaine se répète dix-neuf fois. “ Dans le neuvième Kalpa de décroissance… ” désigne la neuvième de ces périodes de décroissance.
[324] Le monde de l'absence de forme : l'une des trois catégories du Monde des Trois Plans. Domaine purement spirituel, le monde de l'absence de forme est libre de toutes les restrictions de la matière.
[325] Wou (464-549) : le premier souverain de la dynastie des Leang en Chine. Connu comme un homme de caractère généreux, il respectait profondément le bouddhisme, lut les écrits bouddhiques et les commenta publiquement.
[326] L'engagement solennel : allusion à un document dans lequel l'empereur Wou prenait l'engagement de ne pas suivre la voie du taoisme. Il y est même dit qu'il préférerait sombrer dans les voies mauvaises pour très longtemps en raison de son opposition à la Loi bouddhique correcte (en formant ainsi un lien d'opposition avec elle) que de renaître au ciel en suivant les enseignements de Lao-tseu (et en n'ayant ainsi aucun lien avec le bouddhisme.) Dans le Guketsu, Miao-lo exprima les intentions de l'empereur Wou en utilisant d'autres mots, disant qu'il préférerait être Devadatta et sombrer pour longtemps dans l'enfer que d'être le sage non bouddhiste Udraka Ramaputra et renaître au ciel. La version que donne Nichiren Daishonin du vœu de l'empereur Wou est pour l'essentiel identique à celle de Miao-lo, bien que la formulation en soit légèrement différente.
[327] Udraka Ramaputra : un ermite et maître de méditation yoga, deuxième maître sous la direction duquel Shakyamuni pratiqua après avoir renoncé à la vie profane. D'après le Daichido Ron, Udraka Ramaputra renaquit au ciel, précisément dans un domaine où il n'y a plus ni pensée ni absence de pensée, le plus élevé des quatre royaumes du Monde de l'absence de forme.
[328] bodhisattvas des enseignements théoriques : bodhisattvas instruits et guidés par un bouddha provisoire. Dans les enseignements antérieurs au Sûtra du Lotus et dans l'enseignement théorique du Sûtra du Lotus, Shakyamuni ne révéla pas sa véritable identité, autrement dit son illumination originelle dans le lointain passé de gohyaku jintengô. Les bodhisattvas à qui il enseigna sous cette identité provisoiren sont appelés bodhisattvas de l'enseignement théorique et leur apparition est prédite dans les deux premiers millénaires après la mort du Bouddha, aux époques de la Loi correcte et de la Loi formelle. Au contraire, les bodhisattvas sortis de la Terre sont appelés bodhisattvas de l'enseignement essentiel et sont considérés comme ceux à qui incombe la tâche de propager la véritable Loi à l'époque des Derniers Jours de la Loi [ de Shakyamuni ].
[329] Les Dix Principes mystiques : principes énoncés par T'ien-t'ai dans le Hokke Gengi dans son interprétation du mot Myo dans Myôhô Renge Kyô, le titre du Sûtra du Lotus. D'après T'ien-t'ai, ces dix principes mystiques sont tous implicitement contenus dans le seul mot Myô. Il y a deux sortes de Dix Principes mystiques : les dix principes mystiques de l'enseignement théorique et les dix principes mystiques de l'enseignement essentiel du Sûtra du Lotus. Les dix principes mystiques de l'enseignement théorique sont basés sur le concept de “ la véritable entité de tous les phénomènes ” (jap, shoho jissô) révélée dans le chapitre Hôben, le deuxième chapitre. Les dix principes mystiques de l'enseignement essentiel sont basés sur la révélation que l'illumination originelle du bouddha a eu lieu dans le lointain passé de gohyaku jintengô, comme il est dit au chapitre Juryô (16e).
[330] Ce passage se réfère aux Trois Normes de comparaison. “ La cohérence du processus d'instruction du début jusqu'à la fin ” correspond à la deuxième norme. “ La relation originelle entre maître et disciple ” correspond à la troisième norme, et “ la possibilité de parvenir ou non à l'Eveil ” correspond à la première norme. Les Trois Normes de comparaison sont expliquées plus en détail dans le Glossaire.
[331] C'est-à-dire en l'an 67 av. J.-C., sous le règne de l'empereur Ming de la dynastie des Han postérieurs.
[332] Enseignements exotériques et ésotériques : ici, ces termes renvoient aux Quatre Enseignements de la méthode, un principe de classification des enseignements de Shakyamuni, formulé par T'ien-t'ai selon la méthode employée pour les exposer. Ces quatre manières d'enseigner sont : (1) enseignement soudain, (2) enseignement graduel, (3) enseignement secret et (4) enseignement indéfini. Les trois formes d'enseignement qui ne sont pas l'enseignement secret sont collectivement appelées enseignements exotériques par ce qu'elles furent révélées de manière explicite. Au contraire, on range sous le terme générique d'enseignement ésotérique tous les enseignements que le Bouddha dispense de telle manière que ses auditeurs en tirent un bienfait différent, chacun en fonction de ses capacités, sans même qu'ils en aient conscience. Parce qu'ils furent effectivement révélés secrètement et n'étaient pas accessibles à tous, ces enseignements furent qualifiés d'ésotériques.
[333] Kashyapa Matanga et Chu Fa-lan : deux moines indiens à qui l'on attribue traditionnellement l'introduction du bouddhisme en Chine. Le nom sanscrit traduit par Chu Fa-lan est inconnu. En 67 av. J.-C., ils se rendirent d'Inde à Lo-yan, en Chine sur la demande de l'empereur Ming de la dynastie des Han postérieurs et traduisirent le sûtra Shijunishô au temple Pai-ma sseu de Lo-yang.
[334] T'ien-t'ai vécut de 538 à 597, ou de 471 à 530 ap. J.-C., l'an 67 de l'ère chrétienne étant traditionnellement considéré comme la date d'introduction du bouddhisme en Chine.
[335] Ta-tche : titre donné à T'ien-t'ai. Ta-tche signifie homme sage.
[336] T'ai-tsong (598-649) : deuxième empereur de la dynastie des T'ang.
[337] Les douze catégories de sûtras : classification regroupant tous les sûtras bouddhiques en fonction de leur présentation, de leur style et de leur contenu. Les mots “ quatre-vingt mille enseignements sacrés ” immédiatement après, désignent également la totalité des enseignements du Bouddha.
[338] Les Trois Souverains : voir p. (Daimoku), note 55.
[339] Les Cinq Empereurs : voir p. (Daimoku), note 55.
[340] Kao-ch'ang : un royaume situé dans les vallées au sud des montagnes T'ien Shan. En 640, il fut conquis par l'empereur T'ai-tsong.
[341] Koguryô : un royaume fondé au 1er siècle av. J.-C. dans la région qui est actuellement la Corée du sud. En 668, il fut conquis par l'empereur Kao-tsong, le troisième empereur de la dynastie des Tang.
[342] Fa-tsang (643-712) : le troisième patriarche de l'école Kegon en Chine. On le considère souvent comme le fondateur de son école parce sa contribution à la systématisation de la doctrine Kegon fut très importante. Le Kegon lui fut enseigné par Tchi-yen et on rapporte qu'il donna des cours sur le sûtra Kegon à la demande de l'impératrice Wou.
[343] Mudras et mantras : voir p. (mandala), note 9.
[344] Trois Mystères du corps, de la bouche et de l'esprit : un principe du Shingon ésotérique. En termes de pratique, le mystère du corps consiste à pratiquer des mudras (gestes rituels accomplis avec les mains) ; le mystère de la bouche, c'est-à-dire la parole, consiste à réciter des mantras ; et le mystère de l'esprit est la méditation sur un mandala ésotérique ou l'un des personnages ou motifs de ce mandala. L'école Shingon enseigne que grâce à ces trois pratiques, le corps, la bouche et l'esprit d'un simple mortel fusionnent avec ceux du bouddha Dainichi, leur permettant ainsi d'atteindre la boddhéité dans leur vie présente.
[345] Le bouddhisme fut pour la première fois introduit au Japon dans la treizième année du règne de l'empereur de l'empereur Kimmei (en 552). Certains textes donnent l'année 538 comme date d'introduction du bouddhisme au Japon.
[346] L'empereur Kimmei est maintenant considéré comme le vingt-neuvième empereur parce que l'administration du quinzième souverain, l'impératrice Jingû (morte en 269) n'est plus formellement reconnue comme un règne. Toutefois, à l'époque de Nichiren Daishonin, elle était inclue dans la lignée des empereurs, si bien que l'on considérait l'empereur Kimmei comme le trentième souverain.
[347] Jôgû (574-622) : également appelé le prince Shôtoku. Deuxième fils du trente-et-unième empereur, Yômei, célèbre pour avoir appliqué l'esprit du bouddhisme dans sa pratique du gouvernement. En tant que régent de l'impératrice Suiko, il réalisa diverses réformes. Il promulgua la Constitution de dix-sept articles en 604et établit des relations diplomatiques avec la dynastie des Souei, envoyant Ono no Imoko en Chine. Il révérait le Sûtra du Lotus et les sûtras Shrimala et Vimalakirti, et écrivit sur eux des commentaires.
[348] Kôtoku (596-654) : empereur qui régna de 645 à 654. On le considère maintenant le plus souvent comme le trente-sixième souverain, il est désigné ici comme le trente-septième pour les raisons énoncées à la note 82.
[349] Kanroku : (cor, Kwalluk) un moine du VIIe siècle originaire de Paekche, un état de la Corée ancienne. En 602, il introduisit aux Japon les enseignements des écoles Sanron et Jôjitsu en même temps que des ouvrages traitant du calendrier, d'astronomie et de géographie.
[350] Dôshô (629-700) : fondateur de l'école Hossô au Japon. En 653, il se rendit en Chine et étudia la doctrine Hossô sous la direction de Siuan-tsang. Au terme de huit années d'étude en Chine, il rentra au Japon et propagea l'enseignement Hossô.
[351] Une mention du séjour de Chan-wou-wei au Japon est faite dans le Fusô Ryakki par Kôen(XIIe siècle), un moine du mont Hiei et dans le Genkô Shakusho par Kokan Shiren (1278-1346) un moine de la branche Rinzai de l'école Zen. Bien qu'aucune preuve irréfutable ne puisse être fournie d'un voyage de Chan-wou-wei dans un pays aussi lointain que le Japon, on pense que c'était un fait généralement admis à l'époque de Nichiren Daishonin.
[352] Shômu (701-756) : Il régna de 724 à 749. Il avait une foi bouddhique profonde et établit dans chacune des provinces du pays, un temple et un monastère pour les nonnes. De plus, il fit construire le temple Tôdai-ji à Nara pour en faire le centre de tous les temples de province et fit ériger là-bas une grande statue du bouddha Vairochana.
[353] Shinjô (mort en 742) : (cor, Simsang). Fondateur de l'école japonaise du Kegon. Il alla de Silla en Chine sous la dynastie des T'ang et étudia la doctrine Kegon avec Fa-tsang pour maître. Plus tard, il alla au Japon et donna des cours sur le Sûtra Kegon.
[354] Ryôben : (689-773) : le successeur de Shinjô. Sous la protection de l'empereur Shômu, il se consacra à la construction du temple Tôdai-ji à Nara. En 752, il en fut nommé le premier supérieur.
[355] Ganjin (688-763) : (chin, Chien-chen) Le fondateur de l'école Ritsu au Japon. Il arriva au Japon en 753.
[356] L'école Hokke : un autre nom de l'école Tendai fondée sur le Sûtra du Lotus. Selon le contexte, le terme peut également désigner parfois le bouddhisme de Nichiren Daishonin.
[357] Gyôhô (722-797) : moine de l'école Sanron. Maître de la province d'Ômi, ce fut lui qui conduisit la cérémonie d'ordination de Dengyô.
[358] Le vœu du Bouddha : propager l'enseignement correct du bouddhisme et conduire tous les êtres humains au bonheur.
[359] Ce débat eut lieu au temple Takaosan-ji, en 802.
[360] Méditation parfaite et sagesse parfaite : méditation et sagesse basées sur le Sûtra du Lotus. La méditation parfaite consiste à méditer sur le principe d'ichinen sanzen, tiré du Sûtra du Lotus. La sagesse parfaite est celle qui dissipe les illusions et permet de comprendre la vérité du Sûtra du Lotus. Méditation et sagesse parfaites sont deux des Trois Sortes d'étude (ou trois disciplines)— Préceptes, Méditation et Sagesse. T'ien-t'ai se consacra à la méditation et la sagesse tirées du Sûtra du Lotus, mais continua à utiliser les préceptes du Hinayana.
[361] La cérémonie d'ordination au cours de laquelle on recevait dix préceptes majeurs et quarante-huit préceptes mineurs tels que les énumère le sûtra Bommô.
[362] Cette cérémonie d'ordination eut lieu au temple Takaosan-ji en 805. A cette époque, huit moines, parmi lesquels Dôshô et Shûen reçurent les préceptes de la manière préconisée dans le sûtra Bommô.
[363] Huit écoles : les écoles Sanron, Hossô, Kegon, Kusha, Jôjitsu, Ritsu, Tendai et Shingon.
[364] Houei-tsong (1081-1135) et Ts'i-tsong (1100-1161) : huitième et neuvième empereurs de la dynastie Song du Nord. Les “ barbares du nord ” étaient les Jürched ou Jurchen, peuple nomade de Mandchourie qui créa un état appelé le Chin, au nord de la Chine. Ils envahirent la Chine et, en 1126, s'emparèrent de la capitale des Song, K'ai-feng.
[365] Kao-tsong (1107-1187) : premier empereur de la dynastie des Song du Sud. La ville de Lin-an est l'actuelle Hang-chou.
[366] Allusion à l'invasion mongole de 1274.
[367] Passage du sûtra Muryôgi, enseignement qui introduit le sûtra du Lotus. Dans ce sûtra, le bouddha Shakyamuni déclare : “ Pendant plus de quarante années, je n'ai pas encore révélé la vérité ”, indiquant que tous ses enseignements antérieurs étaient provisoires, un moyen pour conduire à l'enseignement définitif.
[368] Quatre formes de naissance : classification des façons de venir au monde. Ce sont : 1) la naissance dans le ventre d'une mère ; 2) la naissance par les œufs ; 3) la naissance par la moisissure, comme on pensait que se formaient, par exemple, les vers ; et 4) la naissance par transformation, comme dans le cas des divinités ou des êtres infernaux. On disait que ces êtres, au terme de leur vie précédente, apparaissaient soudain de telle ou telle façon en raison de leur karma, sans l'aide de parents ou autres agents intermédiaires.
[369] Sûtra du Lotus, chap. 2.
[370] Ciel Akanishtha : le plus élevé des cieux du Monde de la forme.
[371] L'envoyé du Bouddha : Nichiren Daishonin.
[372] Cette phrase et les deux suivantes indiquent que Nichiren Daishonin est le bouddha doté des trois vertus de souverain, maître et parent.
[373] Nehangyô Sho .
[374] Dammira : (skt, inconnu) Roi du Cachemire, au nord de l'Inde, qui détruisit les temples et stûpas bouddhiques de ce royaume. Il est dit qu'ayant tué le maître bouddhiste Aryasimha, il perdit la main droite et mourut sept jours plus tard.
[375] Fa-tao (1086-1147) : moine de la Chine des Song. Lorsque l'empereur taoïste Houei-tsong prit des mesures pour interdire le bouddhisme, Fa-tao lui fit une remontrance mais il fut marqué au fer au visage et exilé à Tao-chou. Il fut grâcié par la suite. Toutefois, en 1125, la capitale de la Chine des Song fut envahie par un état du nord, le Tsin, et Houei-tsong fut fait prisonnier l'année suivante. Emmené au nord, en Mandchourie, il y vécut jusqu'à sa mort, en 1135. Voir aussi note.100.
[376] Cinq régions de l'Inde : voir p.(Daimoku), note 27.
[377] La montagne de la roue de fer : (jap, Tetsusshi) la plus éloignée des huit chaînes de montagnes circulaires censées entourer le mont Sumeru. Ici, elle est mentionnée pour symboliser le caractère inexpugnable.
[378] Sûtra du Lotus, chap. 17.
[379] Ibid., chap. 11.
[380] Ibid., chap. 14.
[381] Ibid., chap. 26.
[382] Ibid., chap. 14.
[383] Allusion à un tremblement de terre survenu le 23 août 1257, la première année de l'ère de Shôka.
[384] Allusion à une comète qui apparut le 5 juillet 1264, la première année de l'ère Bun'ei. A l'époque de Nichiren Daishonin, les comètes étaient considérées comme des signes de mauvais augure.
[385] Paramartha (499-569) : fondateur de l'école Shôron, en Chine. Moine de l'ouest de l'Inde à l'origine, il apporta de nombreux écrits bouddhiques en Chine et les traduisit en chinois. La déclaration de Paramartha à laquelle il est fait allusion ici est citée dans le Hokke Denki, œuvre de Seng-siang, Chinois qui vécut sous la dynastie des T'ang.
[386] Kakutoku : moine mentionné dans le Sûtra du Nirvana. A la fin de l'époque des Jours de la Loi correcte, après la mort du bouddha Kangi Zôyaku, Kakutoku apparut et fit des remontrances à des moines coupables d'avoir enfreint les préceptes. Ceux-ci l'attaquèrent à coup de sabres et de bâtons. A cette époque, le roi Utoku se battit contre les moines pour protéger les enseignements bouddhiques corrects. Kakutoku s'enfuit, mais Utoku mourut de ses blessures. Il est dit que le roi Utoku renaquit par la suite sous la forme du bouddha Shakyamuni et Kakutoku sous la forme du bouddha Kashô.
[387] L'apparition de Nagarjuna après la mort de Shakyamuni est prédite dans le sûtra Maya et dans le sûtra Daijo Nyû Ryôga. Le Daijô Nyû Ryôga dit aussi que Nagarjuna réfutera les principes d'existence et de non-existence et qu'il soutiendra le principe de “ ni naissance ni extinction ”. Cette affirmation se rapproche beaucoup des concepts exposés dans le Chû Ron de Nagarjuna, qui commence par les huit négations : “ ni naissance ni extinction, ni cessation ni permanence, ni uniformité ni diversité, ni arrivant ni allant ”. C'est pourquoi Nichiren Daishonin dit que le Bouddha avait prédit que les plus importants enseignements de Nagarjuna se trouveraient dans le Chû Ron.
[388] Une strophe de quatre vers : “ Nous parlons de toutes choses comme “ vides ” / qui sont interdépendantes par leur origine. / Elles ne sont “ existence ” que de nom / Telle est la voie du milieu. ” Interprétant ce verset, T'ien-t'ai dit, dans le Maka Shikan : “ Nous appelons toutes choses, dont la production est conditionnée, “ non-substantielles ” Elles n'ont d“ existence ” que le nom. Elles révèlent aussi la Voie du milieu. ” Cette “ existence seulement de nom ” correspond au principe de l'existence temporaire, l'une des Trois Explications (ou Trois Principes de différenciation) — non substantialité, existence temporaire et voie du milieu.
[389] Les Quatre Enseignements sont : (1) l'enseignement Tripitaka, (2) l'enseignement intermédiaire, (3) l'enseignement spécifique et (4) l'enseignement parfait — classification des enseignements de Shakyamuni établie par T'ien-t'ai. Les sûtras Kegon, Hannya et d'autres montrent que les Trois Vérités (ou Trois Principes d'explication) sont distinctes et indépendantes les unes des autres. Seul le Sûtra du Lotus révèle l'unification des Trois Vérités.
[390] Hokke Gengi, vol. 3.
[391] Maka Shikan.
[392] Hoke Gengi Shakusen.
[393] Ts'ung-i (1042-1091) : moine de l'école Tendai dans la Chine des Song. C'était un lettré de l'école Shan-wai, une branche de l'école Tendai.
[394] On trouve une phrase similaire dans le Hokke Sandaibu Hochû, mais pas exactement cette citation.
[395] Ben Kemmitsu Nikyô Ron.
[396] “ Evénements concrets ” se refère à des événements mentionnés dans le Sûtra du Lotus. Par exemple, dans le chapitre Hiyu (3e), le Bouddha prédit que Shariputra parviendrait dans le futur à l'illumination sous le nom de Tataghata Fleur lumineuse. Dans le chapitre Juki, (6e), il prophétisa que les quatre grands auditeurs (personnes dans l'état d'étude) — Maudgalyayana, Mahakashyapa, Katyayana et Subhuti deviendraient bouddha à l'avenir. Le chapitre Devadatta (12e) décrit l'atteinte de la boddhéité par la fille du Roi-dragon et prédit la boddhéité de l'archétype des personnes mauvaise, Devadatta.
[397] Kanchi Giki : appelé aussi Hokke Giki. Cet ouvrage décrit les règles de rituels ésotériques basés sur le Sûtra du Lotus. Certains érudits le considèrent comme apocryphe.
[398] Les traductions faites avant Siuan-tsang sont appelées “ anciennes traductions ”
[399] Ryô Kôsô Den.
[400] Hokke Mongu Ki , vol. “ Le sage ” dans cette citation, désignait à l'origine Vasubandhu. Miao-lo attribua une erreur dans le commentaire de Vasubandhu sur le Sûtra du Lotus à son traducteur. Dans ce contexte, Nichiren Daishonin utilise la phrase de Miao-lo pour désigner le Bouddha. Ainsi, il dit dans le paragraphe suivant, “ … mais la faute n'en est pas imputable au Bouddha. ”
[401] Le premier critère, “ causes et circonstances ”, consiste à interpréter les mots et les phrases du Sûtra en tenant compte des causes et des circonstances qui amenèrent le Bouddha à les exposer. Le deuxième critère, “ enseignements corrolaires ”, consiste à interpréter les mots et phrases du Sûtra du point de vue des quatre enseignements de la doctrine et des Cinq Périodes. Le troisième critère, “ enseignements théorique et essentiel ” consiste à les examiner sous l'angle de l'enseignement théorique et de l'enseignement essentiel du Sûtra du Lotus, et le quatrième, “ l'observation du cœur ”, consiste à percevoir leur vérité dans son propre esprit par la pratique de la méditation.
[402] Tsi-tsang (549-623) : également appelé Kia-siang, parfois considéré comme le premier patriarche de l'école Sanron. Il écrivit des commentaires sur les trois traités Chû Ron, Hyaku Ron et Jûnimon Ron, affirmant que, parmi tous les sûtras, les sûtras Hannya exposent l'enseignement suprême. Par la suite, il se serait converti à l'enseignement de T'ien-t'ai.
[403] Ce passage fait allusion au proverbe chinois qui dit qu'un sage apparaît seulement une fois tous les mille ans, et un homme de vertu, seulement une fois tous les cinq cents ans.
[404] Amrita : ambroisie,boisson des dieux au goût délicieux. On disait que l'amrita délivrait des souffrances et rendait immortel. En Chine, on disait qu'elle pleuvait du ciel.
[405] Cette phrase se trouve dans le Kokusei Hyakuroku, compilé par Tchang ngang, le successeur de T'ien-t'ai.
[406] Tao-siuan(596-667) : fondateur de la branche Nan-chan de l'école Ritsu en Chine. On pense qu'il se convertit par la suite aux enseignements de T'ien-t'ai.
[407] Naiten Roku ou catalogue des écrits bouddhiques.
[408] Première des Dix étapes de sécurité : la onzième des Cinquante-deux étapes de la pratique de bodhisattva. Ici, cela désigne la première étape de sécurité dans l'enseignement parfait. Elle est aussi considérée comme le stade de non-régression, duquel, une fois qu'il est atteint, il n'est plus possible de régresser et où l'on est certain d'atteindre la boddhéité.
[409] Kegon Gokyô Shô.
[410] Ce récit apparaît en fait dans le Hokke Mongu Ki de Miao-lo, vol.
[411] Hokke Mongu Ki , vol. Les habitants de l'état de Lu ne surent pas reconnaître la grandeur de Confucius. Par conséquent, ceux qui ne comprirent pas la grandeur des enseignements de T'ien-t'ai sont comparés aux habitants de Lu.
[412] Les sanctuaires d'ordination des temples Tôdai-ji à Nara, Yakushi-ji dans la province de Shimotsuke et le Kanseon-ji, dans la province de Tsukushi.
[413] Sûtra du Lotus, chap. 11. Ce passage fait allusion aux Six Actions difficiles et neuf actes aisés.
[414] Yojana : voir p. (Daimoku), note 15.
[415] Ri : voir p.(Daimoku), note 72.
* La Montagne de la roue de fer : (jap, Tettschi-sen )Voir p. note
[416] Chô : unité de mesure ancienne définie de diverses manières, notamment comme la longueur de la rue principale d'un village de quelques maison. Environ 200 m.
[417] Deux sortes d'enseignements : l'enseignements exposé pour les personnes des Deux Véhicules, Etude et éveil personnel, et l'enseignements exposé pour les bodhisattvas. Le premier type correspond à des principes du Hinayana tels que les Quatre Nobles Vérités et les Douze maillons de la chaine de causalité. Le second type désigne des principes du Mahayana tels que les Six Paramita.
[418] Enseignements des Trois Périodes : une classification des enseignements bouddhiques. L'enseignement de la première période correspond au Hinayana, tandis que ceux des deuxième et troisième périodes font partie du Mahayana. Ce sont : (1) le principe que l'esprit aussi bien que la réalité objective sont réels ; (2) le principe que la réalité objective est sans substance et que l'esprit seul est réel ; et (3) le principe que l'esprit aussi bien que la réalité objective sont sans substance. L'école Sanron définit l'enseignement de la troisième période comme l'enseignement complet.
[419] Les trois tours de la roue de la Loi : une classification des enseignements du Bouddha établie par Tsi-tsang. Ces trois catégories sont : (1) l'enseignements exposé pour les bodhisattvas. Il correspond au sûtra Kegon ; (2) l'enseignement des trois véhicules (celui des sûtras Agon, Hôdô et Hannya) exposé pour les personnes de capacités inférieures, incapables de comprendre le sûtra Kegon ; (3) le principe d'unification des trois véhicules en un véhicule unique, tel qu'on le trouve dans le Sûtra du Lotus.
[420] Les enseignements des Trois Périodes : une classification comparative des enseignements du Bouddha, différente de la classification de l'école Sanron expliquée à la note 154. Pendant la première période, le Bouddha enseigna que seuls les dharma, ou éléments de l'existence, sont réels, et réfuta l'attachement à l'idée d'un soi permanent. Pendant la seconde période, caractérisée par la notion que tout est sans substance, le Bouddha réfuta l'attachement à la croyance en la réalité des dharma. L'enseignement de la troisième période établit que toutes choses ne sont ni réelles ni non-substantielles ; c'est ce que l'on appelle la Voie du milieu. Ce concept brise l'attachement à l'idée que les dharma sont réels aussi bien qu'à celle qu'ils sont sans substance. Cette période comprend le Sûtra du Lotus et le sûtra Gejimmitsu.
[421] Cinq Natures, ou cinq prédispositions : un principe de l'école Hossô divisant les êtres humains en cinq groupes selon leurs capacités religieuses innées que cette école considère comme immuables. Les cinq groupes sont : (1) ceux qui sont prédestinés à l' étude ; (2) ceux qui sont prédestinés à l' éveil personnel ; (3) ceux qui sont prédestinés à l'état de Bodhisattva ; (4) un groupe indéterminé auquel appartiennent des personnes qui possèdent deux ou trois des natures prédisposant aux états d' étude, d' éveil personnel et de bodhisattva ; et (5) ceux qui par nature ne peuvent parvenir à l'illumination et ne se libèrent jamais des Six Voies. La doctrine Hossô prétend que divers enseignements peuvent ainsi tous être “ véridiques ” selon la catégorie de personnes à qui ils s'adressent.
[422] Les Quatre Enseignements et les Cinq Enseignements : classification des enseignements du Bouddha. Ces deux principes donnent la première place au Sûtra du Lotus et au sûtra Kegon.
[423] L'enseignement principal et secondaire : une classification établissant la supériorité du sûtra Kegon sur les autres sûtras, y compris le Sûtra du Lotus. L'école Kegon affirme que le sûtra Kegon constitue l'enseignement principal, et le Sûtra du Lotus, l'enseignement secondaire.
[424] Les Six Formes et les Dix Mystères : analyses du monde phénoménal du double point de vue de la différence et de l'identité. L'école Kegon affirme que pour l'œil du Bouddha, tous les aspects du monde phénoménal sont des manifestations du bouddha Vairochana.
[425] Tous deux se convertirent aux enseignements de Dengyô et le soutinrent.
[426] “ Notre dynastie sacrée ” se réfère à l'époque de l'empereur Kammu. Cette phrase est un éloge indirect de Dengyô, qui révéla et pratiqua la vérité du Sûtra du Lotus à l'époque de l'empereur Kammu.
[427] Une autre expression pour indiquer l'atteinte de la boddhéité.
[428] Tsi-tsang : voir note 138.
[429] Cela signifie que les Trois Grandes Lois ésotériques sont évidentes dans les passages du Sûtra du Lotus quand on lit le Sûtra dans la perspective de sa vérité essentielle.
[430] Cela démontre la difficulté qu'on avait à l'époque pour aller de Chine en Inde. On disait que Siuan-tsang avait rencontré de nombreuses difficultés dans son voyage vers l'Inde, mourant et renaissant six fois avant de parvenir à sa destination.
[431] Asôgi : une ancienne unité de mesure indienne désignant un chiffre extrêmement élevé. D'après le Kusha Ron, ce chiffre est équivalent à 1059. On lit dans le Daichido Ron que que les trente-deux traits caractéristiques, acquis par le Bouddha, sont le résultat de bonnes causes accumulées pendant une période de trois asôgi kalpa et cent kalpa majeurs.
[432] Allusion au prince Satta, nom de Shakyamuni dans une de ses vies antérieures. Le prince Satta rencontra une tigresse affamée qui venait de mettre bas sept petits tigres. Eprouvant de la compassion pour elle, il lui offrit son propre corps à manger.
[433] La couronne invisible qui orne la tête du Bouddha : l'une des quatre-vingt caractéristiques. On disait que personne ne pouvait voir le haut du crâne du Bouddha. Cela symbolise l'aspect illimité de la sagesse de bouddha.
[434] Trois points importants : la réfutation des doctrines du Nembutsu, du Zen et du Shingon, qui sont expliquées ensuite.
[435] Allusion à l'un des huit mystères de l'océan tels que les énonce le Sûtra du Nirvana. “ les cadavres ” symbolisent les personnes d'une incroyance incorrigible ; les moines qui commettent les quatre crimes inpardonnables de tuer, voler, forniquer et mentir ; ceux qui commettent les Cinq Fautes capitales ; et ceux qui dénigrent les enseignements du Mahayana.
[436] Allusion au sûtra Kegon, dans lequel la divinité de la Terre refuse de protéger trois sortes de personnes : ceux qui attentent à la vie de leur souverain, ceux qui sont déloyaux envers leurs parents, et ceux qui nient la loi de cause et d'effet ou dénigrent les Trois Trésors (le Bouddha, la Loi et le Moine).
[437] C'est-à-dire les trois points importants mentionnés au paragraphe précédent.
[438] Trois robes et un bol pour les aumônes : les seules possessions personnelles que les préceptes autorisaient un moine à conserver. Elles symbolisent la simplicité et le dépouillement de la vie monacale.
[439] Omuro : titre d'un empereur retiré ou d'un prince entré dans la vie religieuse qui vécut au temple Ninna-ji. Ici, Omuro désigne précisément le prince Dôjo, fils de l'empereur Gotoba, qui s'était fait moine.
[440] Administrateurs : ici, les supérieurs du temple principal de l'école Shingon sur le mont Koya, des sanctuaires de Kumano et d'autres lieux.
[441] Le miroir sacré : l'un des trois objets symbolisant le caractère divin du trône impérial, les deux autres étant le sabre sacré et le joyau sacré.
[442] Le sabre fut perdu en 1185 à la bataille de Dannoura, au cours de laquelle le clan des Taira fut vaincu par celui des Minamoto .
[443] Cinq Grands Honorés : Fudô Myôô, Gôsanze, Gundari, Daiitoku et Kongôyasha. Ils sont représentés sous la forme de personnages coléreux et ont la réputation de conquérir les obstacles.
[444] D'après une description du Daichido Ron, un kalpa est plus long que le temps qu'il faudrait pour user un cube de pierre de 40 ri de côté (un ri mesure environ 600 mètres) en imaginant qu'une nymphe céleste l'effleure d'un morceau de tissu une fois tous les cent ans.
[445] Jikaku (794-866) : le troisième supérieur du Enryaku-ji, temple principal de l'école Tendai. Il plaçait le sûtra Dainichi à la première place, et le Sûtra du Lotus à la deuxième, parmi tous les sûtras. Bien que Dengyô ait désigné le Sûtra du Lotus et les sûtras Konkomyô et Ninnô comme les trois sûtras de base pour protéger le pays, Jikaku désigna à leur place trois sûtras ésotériques, les sûtras Dainichi, Soshitsuji et Kongôsho. Il considérait le bouddha Dainichi du monde du diamant comme objet de culte et révérait Chan-wou-wei comme son maître. Voir aussi Glossaire.
[446] Annen (né en 841) : moine de l'école Tendai et disciple de Jikaku. Annen critiqua le principe des Dix Etapes de l'esprit, un système de classification comparative formulé par Kôbô, qui donnait la priorité aux enseignements du Shingon, classait le sûtra Kegon au second rang et le Sûtra du Lotus en troisième position. Toutefois, bien qu'il ait inversé l'ordre d'importance relative accordé au sûtra Kegon et au Sûtra du Lotus, il continua mettre au premier rang les enseignements du Shingon.
[447] Enseignements de la Voie sacrée et enseignements de la Terre pure : une classifiaction des enseignements bouddhiques formulée par Tao-tchao dans son Anraku Shû. Les premiers sont les enseignements qui maintiennent qu'il faut pratiquer dans la réalité de ce monde saha (où doivent s'endurer de multiples souffrances) et parvenir à l'illumination par ses propres forces. Au contraire, les enseignements de la Terre pure considèrent ce monde comme impur et avancent qu'il faut aspirer à renaître dans la Terre pure en s'en remettant au pouvoir du bouddha Amida. Tao-tch'ao affirma que les enseignements de la Voie sacrée sont trop difficiles et trop profonds pour le commun des mortels, et que le salut ne peut s'obtenir que par la pratique des enseignements de la Terre pure.
[448] Pratique correcte et pratique incorrecte : classification des enseignements bouddhiques qui apparaît dans le Ojô Raisan de Shan-tao. La qualification d'imparfaites est donnée à toutes les pratiques qui ne sont pas adressées au bouddha Amida. Les pratiques parfaites sont celles qui permettent la renaissance dans la Terre pure, autrement dit, celles qui sont adressées au bouddha Amida.
[449] Eshin (942-1017) : appelé aussi Genshin. moine de l'école Tendai. Il écrivit le Ojô Yoshû, un ouvrage qui donna une impulsion considérable à la création de l'école Nembutsu au Japon.
[450] Yôkan(1032-1111) : appelé aussi Eikan. Précurseur de l'école de la Terre pure et supérieur du temple Tôdai-ji. Il étudia la doctrine des écoles Kegon et Hossô mais par la suite se convertit aux enseignements du Nembutsu.
[451] Kenshin (1130-1192) : le soixante-et-unième supérieur du temple Enryaku-ji. Bien que moine de l'école Tendai, il se convertit à la doctrine de Hônen et après avoir été nommé supérieur, continua à pratiquer les enseignements du Nembutsu.
[452] La doctrine de Hônen fut interdite en 1207 par décret impérial et il fut exilé à Tosa.
[453] Allusion à l'empereur retiré Gotoba, qui interdit la pratique du Nembutsu et bannit Hônen à Tosa. Gotoba tenta sans succès de renverser le shogunat de Kamakura en 1221, un incident que l'on appelle “ le soulèvement de Jôkyû ”.
[454] Allusion au “ soulèvement de Jôkyû ”.
[455] Gardiens des préceptes : désigne ici ceux qui observent les Huit préceptes —(1) ne pas ôter la vie ; (2) ne pas voler ; (3) s'abstenir de toute activité sexuelle ; (4) ne pas mentir ; (5) ne pas boire de boissons intoxicantes ; (6) ne pas porter de fards ou d'ornements ou ne pas aller voir des spectacles de danse ou écouter des chants ; (7) ne pas dormir dans un lit large ou surélevé et (8) ne pas manger après midi.
[456] Allusion aux trois véhicules que sont les états d'Étude, d'Absorption et de Bodhisattva.
[457] Yi-tsing(683-727) : moine de la Chine des T'ang, à l'origine de l'école Tendai, qui aida Chan-wou-wei à traduire en chinois la version en sanscrit du sûtra Dainichi. et qui recueillit les enseignements oraux de Chan-wou-wei sous le titre de Dainichikyô Sho.
[458] Acharya : titre honorifique voulant dire maître, donné à un moine qui dirige la conduite de ses disciples et leur sert d'exemple.
[459] Il est dit dans le chapitre Hosshi (10e) du Sûtra du Lotus : “ Les écrits que j'enseigne se comptent en innombrables millions. Parmi tous ceux que j'ai enseigné, que j'enseigne ou que j'enseignerai, ce Sûtra du Lotus est le plus difficile à croire et le plus difficile à comprendre ” indiquant ainsi que le Sûtra du Lotus est le plus profond de tous les sûtras.
[460] On lit dans le chapitre Jinriki (21e) du Sûtra du Lotus : “ J'ai brièvement décrit dans ce sûtra toutes les lois du Bouddha, tous les pouvoirs mystiques invisibles du Bouddha, toutes les resserres secrètes du Bouddha et toutes les profondes pratiques du Bouddha. ”, une indication que la vérité tout entière est contenue dans le Sûtra du Lotus.
[461] L'enseignement théorique du Sûtra du Lotus fut adressé à Shariputra et l'enseignement essentiel, à Miroku.
[462] Kongôsatta : (ou Vajrasattva) voir p.(Mandala), note 13.
[463] Ici, ces Trois Mystères correspondent respectivement aux mudra (le corps), aux mantra (la bouche ou la parole) et au “ principe spirituel exprimé par le terme ichinen sanzen ” Voir aussi note 80.
[464] Chan-wou-wei (skt, Subakarasimha) était issu d'une famille royale d'Inde et il avait toute la faveur de l'empereur Siuan-tsong.
[465] En 819, Dengyô fit part à l'empereur de son désir de faire construire un sanctuaire d'ordination sur le mont Hiei. Sa requête suscita une opposition violente de la part des moines des six écoles de Nara.
[466] Ebyô Shu :un ouvrage que Dengyô écrivit en 813, composé de 13 chapitres. Il montre comment les maîtres bouddhistes de Chine s'appuyaient dans leurs raisonnements sur les principes de T'ien-t'ai. Sur cette base, il réfute les doctrines Shingon, Kegon, Sanron, Hossô et de diverses autres écoles.
[467] Kôbô se rendit en Chine en 804. Dengyô fit voile vers la Chine dans la même flotte, bien que sur un navire différent.
[468] Houei-kouo(746-805) : moine de la dynastie des T'ang et septième patriarche de l'école Shingon. Il fut l'un des disciples de Pou-k'ong.
[469] L'école Kegon adopte une classification comparative qu'elle appelle “ les Dix Doctrines ”, plaçant les enseignements Kegon à la dixième place, la plus élevée, et le Sûtra du Lotus à la neuvième. Kôbô, pour imiter les Dix Doctrines, formula les “ Dix Étapes de l'esprit ”. La dixième étape est celle de la réalisation de la vérité ésotérique, c'est-à-dire de la boddhéité. Kôbô affirma que seuls les enseignements Shingon correspondent à cette étape, et relégua les doctrines Kegon et Tendai au neuvième et huitième rang respectivement.
[470] Cette phrase du Hizô Hôyaku. implique que chacune des nombreuses écoles prétend être le véhicule qui mène à la boddhéité mais que leurs doctrines se révèlent superficielles lorsqu'on les compare à celle de l'école Shingon.
[471] Ibid. Cette phrase est une comparaison entre le bouddha Shakyamuni et le bouddha Dainichi.
[472] S'appuyant sur le sûtra Rokuharamitsu, Kôbô, dans le Ben Kemmitsu Nikyô Ron., divisa tous les enseignements bouddhiques en cinq catégories, qu'il compara à cinq saveurs — celle du lait frais, de la crème, du lait caillé, du beurre et du beurre clarifié (ghee). Il rangea dans la quatrième catégorie (ou quatrième saveur, celle du beurre) les sûtras exotériques du Mahayana, y compris le Sûtra du Lotus, et dans la cinquième catégorie, les dharanis (formules magiques) du Shingon, leur attribuant la saveur du beurre clarifié, la plus fine de toutes.
[473] Ibid., Kôbô dénigre tout particulièrement T'ien-t'ai qui formula une classification des sûtras en Cinq Périodes et Huit enseignements et qui attribua à la période Hokke-Nehan, celle où les Sûtras du Lotus et du Nirvana furent enseignés, la saveur la plus fine, celle du beurre clarifié. Cela servit à Kôbô d'argument pour dire que T'ien-t'ai avait volé la doctrine Shingon.
[474] Kôbô affirma que le sûtra Shugo désigne le bouddha Shakyamuni de cette manière.
[475] Tokuichi : moine de l'école Hossô, à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle, qui dénigra le Sûtra du Lotus et fut réfuté par Dengyô. Dans son Chûben Gikyô, il déclara : “ Dis-nous , Tche yi [ T'ien-t'ai ], de qui donc es-tu le disciple ? Avec une langue longue de moins de trois pouces, tu dénigres les enseignement prononcés par la longue et large langue du Bouddha ! ”
[476] Les enseignements des Trois Périodes : principe de l'école Hossô. Voir note 156.
[477] Ce sont les termes japonais sun et shaku qui sont ici traduits respectivement par pouces et pieds. La condamnation de Tokuichi est citée dans le Shugo Kokkai Shô de Dengyô. Son rejet par Dengyô apparaît également dans le même ouvrage.
[478] Hokke Ron .
[479] Daichido Ron.
[480] “ Les autres ” désigne ici Shakyamuni, Nagarjuna, Vasubandhu et tous ceux qui comparèrent le Sûtra du Lotus au beurre clarifié.
[481] Ces anecdotes sont mentionnées dans le Che Ki (Mémoires historiques) Tan, le duc de Tcheou, était un frère cadet de l'empereur Wou de la dynastie des Tcheou. Il réalisa un certain nombre de réformes dans les affaires de l'État et établit des fondations solides pour la dynastie. Il était si désireux de trouver des personnes de valeur, et de ne pas mépriser quiconque qu'il recevait des visiteurs même lorsqu'il était en train de se laver les cheveux ou au cours d'un repas. Nichiren Daishonin le cite en exemple pour souligner l'importance du sens de la responsabilité.
[482] Shôkaku-bô (1095-1143) : appelé aussi Kakuban. Précurseur de l'école Shingi (nouvelle doctrine) du Shingon. Dembô-in est le temple principal de l'école Shingi.
[483] Sharikô Shiki : compilation de discours prononcés au cours de cérémonies en l'honneur des reliques du Bouddha.
[484] Bouddha du Mahayana de la non dualité : le bouddha Dainichi, ou bouddha de l'école Shingon. “ Mahayana de la non dualité ” fait allusion au principe de l'unité essentielle du Monde du Diamant et du Monde de la Matrice.
[485] Le bouddha aux trois corps d'âne ou de bœuf : le bouddha des enseignements exotériques, y compris le Sûtra du Lotus — c'est-à-dire le bouddha Shakyamuni. Shôkaku-bô considérait le bouddha Dainichi, et les sûtras Kongôcho comme suprêmes, et Shakyamuni comme un bouddha inférieur qu'il comparait à un âne ou à un bœuf. Un bouddha à trois corps est un bouddha doté des Trois Propriétés — le Corps du Dharma, le Corps de la rétribution et le Corps manifesté.
[486] Mandala des Deux Mondes : le mandala du Monde du Diamant et le mandala du Monde de la Matrice, objets de culte de l'école Shingon.
[487] Cérémonie d'onction : une cérémonie du Shingon qui accompagne l'investiture d'une personne à une certaine position. Elle a son origine dans l'Inde ancienne, où un souverain avait la tête aspergée d'eau lors de son accession au trône.
[488] Probablement une allusion au Busso Rekidai Tsûsai, vol. 13, qui rapporte comment, lorsque l'empereur Sou-tsong, de la dynastie des T'ang, interrogea le moine Houei-chong sur une méditation dans laquelle s'efface la distinction entre soi et les autres, Houei-chong répondit à l'empereur qu'il n'avait qu'à, pour cela, piétiner la tête du Bouddha.
[489] San-tsie (540-594) : appelé aussi Sin-sing. Moine de la dynastie des Souei qui fonda l'école San-tsie-tsiao (de l'Enseignement des Trois Etapes).Il déclara que durant la troisième étape de la propagation du bouddhisme, c'est-à-dire à l'époque des Derniers Jours de la Loi (dont il plaçait les débuts en 550 après J.-C) un enseignement universel, ne faisant aucune distinction entre sûtras de valeur supérieure ou inférieure, se répandrait et mènerait les êtres à l'illumination. La doctrine de San-tsie se répandit largement mais fut proscrite comme hérétique par la cour impériale.
[490] Cette histoire est citée à la fois dans le Hokke Denki et dans le Jikyô Roku.
[491] Quant aux cinq autres écoles, Annen plaçait Sanron au cinquième rang, Hossô au sixième, Ritsu, septième, Jôjitsu, huitième et Kusha neuvième.
[492] “ Shikan ” signifie concentration et intuition, et le terme est utilisé pour désigner la totalité du système de méditation établi par l'école Tendai. Dengyô incorpora à la fois des pratiques shikan et shingon (récitation de mantra) en considérant la pratique Shingon comme une pratique parmi d'autres, dans l'ensemble des pratiques de l'école Tendai.
[493] Gakusho Shiki de Dengyô.
[494] Shikan-in : Ichijô- Shikan-in. Appelé aussi Kompon Chûdô. Le bâtiment principal au mont Hiei.
[495] Gishin(781-833) : le premier supérieur du Enraku-ji, temple principal de l'école japonaise du Tendai. Il reçut la transmission de Dengyô, fondateur de l'école, et en 827, établit une estrade d'ordination du Mahayana, pour réaliser le vœu de Dengyô.
[496] Enchô (772-837) : deuxième supérieur du Enraku-ji. Né dans la province de Musashi, il entra dans la vie religieuse sous la direction de Dôchû, un disciple de Ganjin. Après la mort de Dôchû, il entra au mont Hiei et étudia sous la direction de Dengyô. En 833, Enchô fut nommé supérieur par décret impérial.
[497] Huit maîtres éminents : des maîtres du Shingon en Chine — Tsong-jui, Ts'iuan-ya, Yuan-tcheng, Yi-tchen, Fa-ts'iuan, Pao-yue, K'an et Wei-tsin.
[498] Kouang-sieu(771-843) : le huitième patriarche dans la lignée de l'école Tendai en Chine, en comptant à partir de T'ien-t'ai. Il fut aussi un disciple de Tao-souei, qui enseigna la doctrine Tendai à Dengyô lorsque ce dernier se rendit en Chine.
[499] Wei-tsiuan : un disciple important de Kouang-sieu.
[500] La région Tôdô : l'une des trois régions du mont Hiei, les deux autres étant Saitô et Yokawa. La région Tôdô est la principale, celle où le Kompon Chûdô (Ichijô Shikan-in) temple qui précéda le Enryaku-ji, fut construit, ainsi que quelques autres bâtiments importants. En 851, Jikaku fonda le Sôji-in dans cette région pour en faire le centre de la pratique ésotérique.
[501] Sûtra du Nirvana.
[502] Formulation différente d'un passage du Jûjûbibasha Ron.
[503] Hokke Gengi , vol.
[504] Hokke Shûku .
[505] La tradition rapporte qu'une statue du Bouddha d'une hauteur de cinq pieds, sculptée, du temps de Shakyamuni, par Udayana, un roi du Kaushambi en Inde, se mit à marcher et qu'une peinture du Bouddha, faite par Kashyapa Matanga, enseigna les sûtras. Selon le Genkô Shakusho, au moment où elle allait être volée, une image du bodhisattva Miroku, dans un temple de la province de Yamato, au Japon, se mit à parler à haute-voix pour alerter un gardien. D'après le même ouvrage, une image du bouddha Yakushi, enchâssée au temple Teiden-ji dans la province de Tôtômi, avait un jour crié du fond d'une rivière : “ Repêchez-moi, repêchez-moi ! ”, ce qui avait permis de la récupérer.
[506] Cette anecdote est relatée dans le Daihatsunehangyô Gobun, l'une des versions chinoises du Sûtra du Nirvana.
[507] Subhadra : le dernier disciple du bouddha Shakyamuni, converti immédiatement avant la mort du Bouddha. Selon le Daichido Ron, Subhadra avait fait un rêve dans lequel tous les hommes perdaient la vue, le soleil tombait du ciel, les mers s'asséchaient et le mont Sumeru était renversé par une grande tempête. Il s'était réveillé, paralysé par la peur. Alors que Subhadra ne parvenait pas à saisir le sens de son rêve, un être céleste lui était apparu et lui avait dit que le Bouddha accéderait au nirvana cette nuit-là. Après quoi Subhadra se rendit auprès du Bouddha pour prendre connaissance de son enseignement.
[508] Cette histoire est relatée dans les sûtras Jô-agon, Zôichi-agon, et dans d'autres sûtras.
[509] Graine de Soleil : un autre nom pour Shakyamuni, qui lui est donné dans le sûtra Buppongyôjitsu. A la naissance de Shakyamuni, son père demanda à un brahmane de prédire l'avenir de l'enfant. A ce moment là, le brahmane donna au bébé le nom de Graine de Soleil.
[510] Allusion à l'invasion mongole de 1274, un an avant le moment où fut écrit le présent traité. L'invasion fut contrée par une tempête qui causa des dommages importants à la flotte mongole et la força à se retirer.
[511] Allusion au “ soulèvement de Jôkyû ”, tentative infructueuse de l'empereur retiré Gotoba de renverser, en 1221, le gouvernement de Kamakura.
[512] Gon no Tayû : Hôjô Yoshitoki, le régent du gouvernement de Kamakura.
[513] Les empereurs retirés Juntoku et Tsuchimikado, les fils de Gotoba, furent exilés respectivement sur l'île de Sado et dans la province de Tosa.
[514] Allusion à la stupidité du renard, qui est attaqué par les chiens parce que ses cris les informent de l'endroit où il se trouve.
251 Sûtra du Lotus, chap. 25.
252 Les moines du mont Hiei avaient également effectués des rituels de prières ésotériques pour la défaite du shogunat de Kamakura.
253 La région de Kanto : la partie est du Japon qui comprend l'actuel Tokyo. Parce que c'est là que se trouvait le siège du gouvernement de Kamakura, “ Kanto ” désigne aussi le gouvernement de Kamakura.
254 Nichiren Daishonin fait allusion aux désastres naturels qui ravagèrent le Japon à cette époque. Ils sont énumérés dans “ Genèse du Risshô Ankoku Ron ” (L&T vol. 2, p. 67).
255 Allusion à l'invasion mongole.
256 Bien représentatif de ce type de rebellions fut le coup d'Etat manqué organisé par Hôjô Tokisuke contre son jeune demi-frère, le régent Hôjô Tokimune, en 1272.
257 Huit ou dix écoles : les huit écoles plus Zen et Nembustsu (Jôdo). Voir aussi note 99.
258 L'actuel empereur : le quatre-vingt-onzième empereur Go'uda.
259 Hokke Mongu Ki de Miao-lo, vol. 9.
260 Quarante-deux niveaux d'ignorance : la troisième des Trois Catégories d'illusions définies par T'ien-t'ai. Ce sont les illusions sur la véritable nature de la vie, qui empêchent les bodhisattvas de parvenir à l'illumination. La dernière et la plus profondément enracinées des quarante-deux s'appelle l'obscurité fondamentale. Selon les enseignements de T'ein-t'ai, on parvient à l'illumination en éliminant ces niveaux successifs d'ignorance et en se libérant finalement de l'obscurité fondamentale.
261 Les illusions de la pensée et du désir : la première des Trois Catégories d'illusions définies par T'ien-t'ai. Les illusions de la pensée sont des perceptions déformées de la vérité. Les illusions du désir désignent des inclinations basses comme l'avididité et la colère, qui naissent du contact des cinq sens avec leurs objets respectifs.
262 Cinq pouvoirs surnaturels : les pouvoirs de (1) tout voir, partout, (2) entendre tous les sons où que ce soit, (3) connaître les pensées des autres, (4) connaître les vies passées et (5) être partout à son gré.
263 L'histoire des prédictions du bouddha Kashô au roi Kiriki se trouve dans le sûtra Shugo. Le bouddha Kashô est le sixième de sept bouddhas du passé, le dernier étant Shakyamuni.
264 Mihirakula : un roi de l'ancien royaume de Cheka, en Inde. D'après le Daitô Saiiki Ki, il attaqua Baladitya, un roi du Magadha qui était bouddhiste mais fut fait prisonnier. Relâché grâce à l'intervention généreuse de la mère de Baladitya, Mihirakula s'enfuit alors au Cachemire et plus tard en tua le roi. Il attaqua ensuite Gandhara, où il détruisit des temples et des stûpas. Par voie de conséquence, au moment où il allait mourir, la terre trembla et une tempête s'éleva, et il tomba dans l'enfer des souffrances incessantes.
265 Seize principaux royaumes : les pays de l'Inde ancienne— Anga, Magadha, Kashi, Kosala, Vriji, Malla, Chedi, Vatsa, Kuru, Panchala, Ashmaka, Avanti, Matsya, Shurasena, Gandhara et Kamboja.
266 Wou-tsong (814-846) : le quinzième empereur de la dynastie des T'ang. En 845, il déclencha une persécution du bouddhisme dans la Chine tout entière.
267 Le Kenkai Ron compare les maîtres des Six Ecoles de Nara à six sortes de vers parasites qui dévorent et détruisent les enseignements du Bouddha.
268 Taira no Munemori (1147-1185) : un dirigeant du clan Heike, qui avait une position élevée à la cour. Quand le clan Heike livra bataille au clan Genji à Dannoura, il fut fait prisonnier et contraint de se soumettre à Kujiwara Kagetoki, un simple guerrier du clan Genji.
269 Sa Seigneurie : Hôjô Tokiyori, qui était régent retiré mais qui restait le membre le plus influent du clan Hôjô. Après avoir quitté le pouvoir, il se consacra à la religion en devenant le supérieur laïque du temple Saimyô-ji, de l'école Zen Rinzai.
270 Le nyûdô Yadoya : Yadoya Mitsunori, un officier du gouvernement de Kamakura. On dit qu'il fut l'une des sept personnes qui furent autorisées à venir au chevet de Hôjô Tokiyori.
271 Des affirmations du même genre, se trouvant dans le Sûtra du Nirvana et suggérant que ceux qui offensent la Loi devraient être mis à mort sont citées dans le Risshô Ankoku Ron. Dans ce traité, Nichiren Daishonin rend tout-à-fait évident que de telles déclarations ne doivent pas être prises à la lettre … c'est l'offense à la Loi, plutôt que la personne qui la commet, qu'il faut éliminer.
272 Nichikan Shonin, le 26e grand patriarche de la Nichiren Shoshu interprète “ l'esprit du bouddha Shakyamuni ” mentionné dans le paragraphe précédent comme une allusion au bouddha de kuon ganjo, autrement dit, au bouddha fondamental. Le bouddha fondamental se manifesta sous la forme de Nichiren Daishonin à l'époque des Derniers Jours de la Loi. Par conséquent, Nichiren Daishonin dit que l'esprit du bouddha Shakyamuni est “ entré dans son corps ”. Le bouddha fondamental est également appelé le bouddha d'ichinen sanzen,. C'est dans ce sens que Nichiren Daishonin dit : “ c'est là le principe primordial d'ichinen sanzen… ”
273 Sûtra du Lotus, chap. 2.
274 Illumination merveilleuse : Myôgaku, la dernière des cinquante-deux étapes de la pratique de bodhisattva, désignant l'état de bouddha.
275 La caste des Kshatrya : la deuxième par ordre d'importance des quatre castes de la société brahmanique de l'Inde ancienne. La caste des Kshatrya était celle des nobles et des guerriers, celle qui dirigeait le monde séculier.
276 L'incident avec le rouleau du cinquième volume du Sûtra du Lotus se produisit lorsque Hei no Saemon vint avec ses hommes arrêter Nichiren Daishonin à Matsubagayatsu dans l'après-midi du 12 septembre 1271. Ce cinquième volume comprend le chapitre Kanji (13e) dans lequel il est prédit que les pratiquants du Sûtra du Lotus seront attaqués à coups de sabres et de bâtons et devront affronter les Trois Grands Ennemis.
277 Tout en continuant à dénigrer les enseignements du Bouddha, Devadatta affirma faussement qu'il avait atteint la boddhéité. Ainsi, il trompa le roi Ajatashatru et l'entraîna dans les mauvaises voies. Kokalika, un disciple de Devadatta, accusa faussement Shariputra et Maudgalyayana d'avoir commis des actions criminelles et finalement tomba en enfer, pour rétribution de ses calomnies.
278 La personne parvenue au plus haut degré d'humanité, ou le Grand Homme : une autre manière de désigner le Bouddha.
279 Cette histoire est relatée dans le Daitô Saiiki Ki. Gunaprabha étudia d'abord les enseignements du Mahayana mais régressa par la suite et pratiqua le Hinayana. Lorsqu'il rencontra Miroku dans le Ciel Tushita, il fut si arrogant qu'il refusa d'être instruit par lui.
280 Mahadeva : un moine qui vécut en Inde environ un siècle après la mort de Shakyamuni. Il formula “ Cinq Opinions nouvelles ” concernant l'état d'ahrat, qui contribuèrent à la formation d'un schisme dans la communauté bouddhique.
281 Vimalamitra : moine natif du Cachemire, en Inde, qui avait fait vœu de détruire la réputation de Vasubandhu et du bouddhisme Mahayana.
282 Le Brahmane au ventre de fer : un brahmane arrogant, en Inde du Sud, qui disait qu'il avait dans son ventre toutes les sortes de sagesse. Craignant que son ventre éclate, il avait attaché autour une feuille de métal.
283 Hokke Shûku .
284 Sûtra du Lotus, chap. 23.
285 Ibid.
286 Ch'ing-liang (738-839) : appelé aussi Ch'en-kouan. Quatrième patriarche de l'école Kegon dans la Chine des T'ang. Il étudia d'abord les doctrines des écoles Ritsu, Sanron et Zen puis succéda à Fa-tsang et propagea les principes du Kegon.
287 Shôgishô : un bodhisattva à qui Shakyamuni adressa son enseignement, dans le sûtra Jimmitsu.
288 Subhuti : l'un des Dix Principaux Disciples de Shakyamuni, révéré comme celui qui comprenait le mieux de principe de non-substancialité (kû).
289 Nagabodhi : quatrième des huit premiers grands patriarches de l'école Kegon. Les avis le concernant divergent et certains érudits contestent même son existence.
290 Satavahana : un roi d'Inde du Sud qui apparut environ sept siècles après la mort de Shakyamuni. Il se convertit à l'enseignement de Nagarjuna, protégea et soutint le bouddhisme du Mahayana.
291 Kashô Dôji : un bodhisattva à qui Shakyamuni s'adresse en enseignant le chapitre Kashô Bosatsu du Sûtra du Nirvana.
292 Cinquante-deux sortes d'êtres : les êtres qui se rassemblèrent pour écouter le Sûtra du Nirvana.
293 Dharmakshema : moine d'Inde centrale. Il étudia d'abord les enseignements du Hinayana, mais par la suite, fut si impressionné par le Sûtra du Nirvana qu'il se convertit au Mahayana. Il traduisit de nombreux sûtras en chinois, y compris le sûtra Daihatsunehan, l'une des versions chinoises du Sûtra du Nirvana.
294 Fa-yun (467-529) : l'un des dix moines éminents de la Chine du Sud et du Nord.
295 Ces dix moines éminents mettaient au premier rang le sûtra Kegon, le Sûtra du Nirvana au second, et le Sûtra du Lotus au troisième rang.
296 Sûtra du Lotus, chap. 23.
297 Ibid.
298 Hokke Shûku .
299 Kirin : animal imaginaire, sorte de licorne mentionnée dans les légendes de la Chine ancienne. On disait qu'elle apparaissait pour annoncer la venue d'un sage et ressemblait vaguement à un cheval sauvage.
300 Roi-qui-fait-tourner-la-roue : voir p. (Nichimyo), note 4.
301 Ebyô Shû .
302 Sûtra du Lotus, chap. 3.
303 Ibid., chap. 28.
304 Ibid.
305 Ibid., chap. 13.
306 Six pouvoirs surnaturels : les Cinq Pouvoirs surnaturels en plus du pouvoir d'éliminer les illusions.
307 Sûtra du Lotus, chap. 13.
308 Hokke Mongu Ki .
309 Sûtra du Lotus, chap. 14.