Traité pour la paix dans le pays par l'établissement de la Loi correcte
Un voyageur nouvellement arrivé dit avec tristesse à son hôte : “ Depuis quelques années, il se produit des perturbations inhabituelles dans les cieux et d'étranges événements sur terre, la famine et les épidémies sévissent à travers tout le pays et se répandent partout. Bœufs et chevaux gisent morts au bord des chemins, les squelettes humains s'entassent sur les routes. Plus de la moitié de la population a déjà été emportée par la mort, et pas une seule famille n'est épargnée par le malheur.
Pendant ce temps, certains mettent tous leurs espoirs dans le “ sabre tranchant ” [44], du bouddha Amida, psalmodiant le nom de ce seigneur du paradis de l'ouest ; d'autres croient que le bouddha Yakushi “ guérira tous les maux ” [45], et récitent le sûtra qui le décrit comme le Tathagata de la région de l'est.
Certains, s'appuyant sur le passage du Sûtra du Lotus : “ la maladie disparaîtra aussitôt et il n'y aura plus ni vieillesse ni mort ” [46], révèrent les mots merveilleux de ce sûtra. D'autres, citant le passage du sûtra Ninnô : “ Sept calamités disparaissent, et sept conditions bénéfiques apparaissent aussitôt ” [47], dirigent des cérémonies [48] dans lesquelles cent prédicateurs exposent le sûtra en cent lieux différents. Certains suivent les enseignements ésotériques de l'école Shingon et conduisent des rituels qui consistent à remplir d'eaucinq jarres [49] ; d'autres encore se consacrent entièrement à la méditation à la manière Zen et perçoivent le vide de tous les phénomènes aussi clairement que la lune. Il y a ceux qui écrivent le nom des sept esprits gardiens [50] et les affichent sur mille portes, ceux qui peignent des représentations des cinq puissants bodhisattvas [51] et les accrochent au dessus de dix mille seuils, et ceux qui adressent des prières aux divinités du ciel et de la terre dans des cérémonies [52] conduites aux quatre coins de la capitale et aux quatre frontières du pays ; d'autres encore, que le sort cruel enduré par les hommes ordinaires emplit de pitié, s'assurent que les autorités, nationales et locales, gouvernent de manière bienveillante.
Mais, malgré tous ces efforts, ils s'épuisent en vain. La famine et les épidémies se déchaînent avec plus de férocité que jamais, on voit partout des mendiants, et nos yeux s'emplissent de visions de mort. Les cadavres empilés forment des monticules semblables à des tours de guet, ou bien les morts sont étendus côte à côte comme les planches d'un pont.
En regardant autour de nous, nous constatons que le soleil et la lune continuent de suivre leur orbite habituelle, et que les cinq planètes [53] respectent leur trajectoire. Les Trois Trésors du bouddhisme [54] existent toujours, et la période de cent règnes [ pendant laquelle le bodhisattva Hachiman a juré de protéger la nation ] [55]n'est pas encore révolue. Alors, pourquoi le monde sombre-t-il déjà dans le déclin et pourquoi les lois du pays sont-elles inopérantes ? Quelle est la cause de ce malheur ? Quelle erreur a donc été commise ? ”
L'hôte répondit : “ J'ai souvent réfléchi à cela, dans la solitude, le cœur empli de tristesse, mais, puisque cette situation vous tourmente aussi, nous allons pouvoir en parler longuement.
Quand un homme abandonne la vie de famille pour suivre la voie bouddhique, c'est dans l'espoir d'atteindre la boddhéité, grâce aux enseignements du Dharma. Mais, aujourd'hui, les efforts pour émouvoir les divinités n'ont pas le moindre effet, et c'est en vain qu'on implore le pouvoir des bouddhas. Lorsque j'observe avec attention l'état du monde actuel, je vois des hommes en proie au doute, par ignorance et naïveté. Ils lèvent les yeux au ciel pour exprimer leur ressentiment ou, fixant le sol, sombrent dans une profonde anxiété.
J'ai soigneusement réfléchi à cette question en utilisant les modestes capacités qui sont les miennes, et j'ai longuement exploré les sûtras en quête d'une réponse. Les hommes d'aujourd'hui se détournent tous de la Loi correcte, et tous, jusqu'au dernier, se soumettent au mal. C'est pourquoi les divinités bienveillantes ont abandonné le pays, et les sages partent pour ne plus revenir. Ils sont remplacés par des démons et des esprits maléfiques, des désastres et des fléaux qui surgissent les uns après les autres. Voilà ce qu'il m'est impossible de taire. Voilà ce qui est effrayant. ”
Le visiteur dit : “ Ces désastres s'abattant sur le monde, ces fléaux dont est victime le pays, je ne suis pas le seul à m'en affliger. C'est le peuple entier qui est plongé dans l'affliction. Mais j'ai eu le privilège d'entrer dans votre demeure [ parfumée d'orchidées ] et d'entendre vos propos éclairés. Vous avez évoqué le départ des divinités et des sages et l'enchaînement incessant des désastres et des calamités. Sur quel sûtra vous appuyez-vous ? J'aimerais savoir quels passages vous servent de preuves. ”
L'hôte répondit : “ On pourrait citer de multiples passages et offrir quantité de preuves. Ainsi, on peut lire dans le sûtra Konkômyô “ [ Les Quatre Rois du ciel dirent au Bouddha ] Ce sûtra existe bien dans le pays, mais les gouvernants n'ont jamais autorisé sa propagation. Leur cœur s'en détourne, et ils ne prennent aucun plaisir à entendre ses enseignements. Ils ne le servent pas, ne le respectent pas, ne l'admirent pas. Ils n'ont pas non plus l'intention d'accorder leur respect ou un soutien matériel aux Quatre Sortes de bouddhistes [56] qui adhèrent au sûtra. Il en résulte que nous, et la multitude des autres êtres célestes qui sont nos disciples, ne pouvons plus entendre les enseignements de ce profond et merveilleux Dharma. Ils nous ont privés de la douce rosée de ses mots et nous coupent du flot de la Loi correcte, nous faisant perdre majesté et pouvoir. Ainsi, le nombre d'êtres dans les quatre mauvaises voies va en augmentant, tandis que ceux qui goûtent les états d'humanité et de bonheur temporaire deviennent de plus en plus rares. Les hommes tombent dans le fleuve de la naissance et de la mort, tournant le dos à la voie du nirvana.
Honoré du Monde, en constatant cela, nous, les Quatre Rois du ciel, ainsi que nos divers adeptes, yakshas [57] et autres êtres, abandonnons ce pays, car nous n'avons plus le cœur de le protéger. Et nous ne sommes pas les seuls à rejeter ainsi ceux qui gouvernent. Inéluctablement, toutes les divinités bienveillantes qui protègent et observent les innombrables régions du pays les rejetteront également. Et, dès que nous et les autres aurons abandonné et déserté ce pays, toutes sortes de désastres s'y produiront, et les gouvernants perdront leur pouvoir. Pas une seule personne dans toute la population n'aura le cœur enclin à la bonté ; partout, ce ne seront qu'arrestations, meurtres et discorde. Les hommes se calomnieront mutuellement ou se flatteront les uns les autres, et les lois puniront même des innocents. Les épidémies se répandront, des comètes apparaîtront sans cesse, deux soleils brilleront côte à côte et des éclipses se produiront à une fréquence inhabituelle. Deux arcs-en-ciel, l'un noir et l'autre blanc, formeront sur la voûte céleste des présages de mauvais augure, les étoiles quitteront leur orbite, la terre tremblera, et des bruits s'élèveront des puits. Il y aura hors saison des pluies torrentielles et des ouragans, la famine sera constante, et graines et fruits ne mûriront pas. Des maraudeurs venus de nombreuses autres régions envahiront et pilleront le pays ; le peuple subira toutes les peines et les misères possibles, et l'on ne trouvera plus un seul endroit où vivre en sécurité. ”
Il est dit dans le sûtra Daijuku : “ Quand les principes du bouddhisme seront obscurcis et perdus, les hommes laisseront pousser leur barbe, leurs cheveux et leurs ongles, et les lois du monde seront oubliées et ignorées. Quand viendra cette époque, un grand fracas se fera entendre et la terre tremblera ; le monde entier se mettra en mouvement comme s'il était posé sur les pales d'un moulin à eau. Les remparts des villes se fissureront et s'effondreront, toutes les maisons et les habitations disparaîtront. Racines, branches, feuilles, pétales et fruits perdront leurs vertus curatives. A l'exception des cinq cieux les plus élévés des mondes de la forme, toutes les régions des mondes de la forme et du désir [58] se trouveront privées des Sept Parfums [59] et des Trois Essences [60] qui nourrissent la vie et la société humaine, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de vivant. Quand viendra cette époque, tous les bons traités conduisant l'homme à l'Eveil disparaîtront. Les fleurs et les fruits produits par la terre se feront plus rares et perdront leur goût et leur douceur. Tous les puits, toutes les sources et les mares s'assécheront, partout la terre deviendra stérile, se fendra et se disloquera, formant buttes et ravines. Toutes les montagnes seront balayées par le feu, et les dragons du ciel ne feront plus tomber la pluie. Les plantes se dessécheront et mourront, toutes les créatures vivantes périront et même l'herbe cessera de pousser. Une pluie de poussière tombera jusqu'à tout obscurcir et masquer la lumière du soleil et de la lune.
Dans les quatre directions, la sécheresse sévira, et des présages funestes apparaîtront sans cesse. Les Dix Mauvaises Actions [61] se répandront de plus en plus, en particulier l'avidité, la colère et l'ignorance, et les êtres humains n'auront pas plus d'égards pour leurs père et mère que n'en a le chevreuil. Le nombre des êtres vivants, leur longévité, leur force physique et leur joie déclineront. Ils s'éloigneront des plaisirs des états d'humanité et de bonheur temporaire pour tomber tous dans les mauvais états de vie. Les souverains et les mauvais moines accomplissant ces Dix Mauvaises Actions détruiront la Loi correcte du Bouddha et rendront impossible la renaissance des êtres sensitifs dans les états d'humanité et de bonheur temporaire. Quand viendra cette époque, les diverses divinités bienveillantes et les rois exemplaires, d'ordinaire si pleins de compassion envers les êtres vivants, abandonneront ce pays en proie aux cinq impuretés pour aller vers d'autres régions ”
On peut lire dans le sûtra Ninnô : “ Quand un pays connaît des désordres, ce sont les esprits maléfiques qui montrent d'abord des signes d'agitation. Parce que ces esprits maléfiques s'agitent, tous les hommes du pays sombrent dans la discorde. Les envahisseurs viennent piller le pays, et les gens du peuple sont anéantis. Le souverain, les principaux ministres, l'héritier présomptif ainsi que les autres princes et officiels du gouvernement se querellent, chacun prétendant avoir raison. Ciel et terre sont le théâtre de prodiges et d'événements étranges ; les vingt-huit constellations [62], les étoiles, le soleil et la lune apparaissent à intervalles irréguliers et dans des positions anormales, d'innombrables hors-la-loi surgissent. ”
Dans le même sûtra, il est dit encore : “ Quand je regarde les trois phases [ passé, présent et futur ], avec les Cinq Sortes de vision, je vois que tous les souverains du pays sont parvenus à la position d'empereur ou de roi parce qu'ils ont servi cinq cents bouddhas dans des existences passées. Et c'est pourquoi les divers sages et arhats naissent dans leur pays et contribuent au bien-être de la société. Mais si la bonne fortune de ces souverains s'épuise, alors tous les sages les abandonneront et s'en iront. Une fois les sages partis, les sept désastres se produiront immanquablement. ”
Il est dit dans le sûtra Yakushi : “ Si les désastres et les calamités s'abattaient sur les [ membres de la classe régnante des ] kshatriya [63] et sur les rois les plus puissants [64], voici quels seraient ces désastres : des épidémies parmi la population ; une invasion étrangère ; des luttes intestines ; des phénomènes étranges et irréguliers parmi les étoiles et les contellations ; des éclipses du soleil et de la lune ; du vent et de la pluie hors saison et le désastre de l'absence de pluie lorsque c'est la saison. ”
Dans le sûtra Ninnô, le Bouddha s'adresse ainsi [ au roi Prasenajit ] [65] : “ Grand roi, la région où l'on suit mes enseignements s'étend aujourd'hui sur cent milliards de mondes Sumeru [66] éclairés par cent milliards de soleils et de lunes. Chacun de ces mondes Sumeru comprend quatre grands continents. En Jambudvipa, l'empire du Sud, on trouve seize grands pays, cinq cents de taille moyenne, et dix mille petits. Dans ces pays, sept sortes de calamités effrayantes peuvent se déclarer. Tous les gouvernants de ces pays admettent qu'il s'agit bien de calamités. Quelles sont-elles ?
Quand le soleil et la lune s'écartent de leur cours régulier, quand les saisons se succèdent en ordre inverse, quand apparaît un soleil rouge ou un soleil noir, quand deux, trois, quatre ou cinq soleils apparaissent en même temps [67], quand le soleil s'éclipse et cesse de briller, ou quand une, deux ou trois couronnes astrales apparaissent autour du soleil, c'est la première calamité.
Quand les vingt-huit constellations ne suivent pas leur cours régulier, quand l'étoile de Métal [68], l'étoile du Balai, l'étoile de la Roue, l'étoile du Démon, l'étoile du Feu, l'étoile de l'Eau, l'étoile du Vent, l'étoile de l'Entonnoir, la Grande Ourse, la Petite Ourse, les grandes étoiles des Cinq Garnisons [ qui gardent Saturne ] et les très nombreuses étoiles qui gouvernent la destinée du souverain, des trois hauts dignitaires et des cent autres officiels, quand chacune de ces étoiles présente des phénomènes étranges, c'est la deuxième calamité.
Quand d'immenses feux consument le pays et que tous les gens meurent dans les flammes, ou quand éclatent le feu des démons, le feu des dragons, le feu du ciel, le feu du dieu de la montagne, le feu d'origine humaine, le feu de la forêt et le feu des criminels [69], quand de tels prodiges apparaissent, c'est la troisième calamité.
Quand de gigantesques inondations noient la population, quand les saisons se succèdent en désordre, lorsqu'il y a de la pluie en hiver, de la neige en été, du tonnerre et des éclairs durant la saison froide, et de la glace, du givre ou de la grêle le sixième mois [ en plein été ], quand tombe une pluie rouge, noire ou verte, quand pleuvent des monceaux de terre et de pierres, de la poussière, du sable ou du gravier, quand le courant des rivières ou des torrents s'inverse, quand seules les montagnes surnagent et que les rochers sont emportés par les flots, quand des événements anormaux de ce genre se produisent, c'est la quatrième calamité.
Quand la puissance du vent devient meurtrière et quand terres, montagnes et rivières, arbres et forêts sont d'un seul coup dévastés, quand de grands vents se déclenchent hors saison ou que des vents noirs, des vents rouges, des vents verts, des vents du ciel, des vents de la terre, des vents du feu et des vents de l'eau soufflent, quand se produisent des prodiges de cette sorte, c'est la cinquième calamité.
Quand le ciel et la terre ainsi que tout le pays souffrent d'une canicule si terrible que l'air semble en feu, quand les cent plantes se dessèchent et que les cinq grains [70] ne peuvent plus mûrir, quand la terre est rouge et brûlée et que les habitants périssent tous, quand des anomalies de ce genre se produisent, c'est la sixième calamité.
Quand des ennemis surgissent de toutes parts et envahissent le pays, quand des rebelles se manifestent dans les deux branches de la famille du souverain, quand apparaissent les pillards du feu, les pillards de l'eau, les pillards du vent et les pillards du démon [71], quand la population est sujette à la dévastation et au désordre, et quand combats et pillages éclatent partout, quand des perturbations de ce genre se produisent, c'est la septième calamité. ”
Dans le sûtra Daijuku il est dit : “ Même si le souverain d'un Etat a observé la pratique du don pendant d'innombrables existences passées, en obéissant aux préceptes et aux principes de la sagesse, s'il voit que ma Loi, le Dharma du Bouddha, est menacée de périr et reste passif, sans rien faire pour la protéger, l'accumulation inestimable de toutes les bonnes causes dues à ses pratiques passées sera entièrement annulée et son pays deviendra le théâtre de trois événements malencontreux. Le premier est le prix élevé du grain, le deuxième la guerre, et le troisième les épidémies. Toutes les divinités bienveillantes abandonneront le pays, et le roi aura beau promulguer des édits, le peuple n'y obéira pas. Le pays sera constamment envahi et contesté par les nations voisines.
De violents incendies feront rage sans pouvoir être maîtrisés, les vents et les pluies nuisibles se multiplieront, les fleuves enfleront et déborderont, et les habitants seront emportés par le vent ou balayés par les flots.
La famille du souverain, du côté paternel comme du côté maternel, se liguera pour fomenter une révolte. Peu après, le souverain tombera gravement malade, perdra la vie et renaîtra dans un des enfers majeurs.
[…] Le même destin frappera l'épouse du souverain, son héritier, les hauts dignitaires de l'Etat, les seigneurs des villes, les chefs des villages et les généraux, les administrateurs des provinces, ainsi que les représentants du gouvernement. ”
Les passages que j'ai tirés de ces quatre sûtras sont parfaitement clairs.
Y a-t-il seulement une personne sur dix mille qui puisse douter de leur signification ? Et pourtant, les aveugles et les égarés font confiance aux doctrines erronées et ne parviennent pas à reconnaître les enseignements corrects. Par là même, dans tout le pays, de nos jours, les gens sont enclins à se détourner des bouddhas et des sûtras, et ne s'efforcent plus de les protéger.
En retour, les divinités bienveillantes et les sages abandonnent le pays et quittent leur résidence habituelle. Il en résulte que les démons et les adeptes des doctrines non bouddhiques créent des désastres et font subir des fléaux à la population. ”
En entendant cela, rougissant de colère, le visiteur répondit :
“ L'empereur Ming de la fin de la dynastie Han, ayant saisi le sens du rêve où lui était apparu un homme doré, fit bon accueil aux enseignements du bouddhisme amenés de Chine par des missionnaires montant des chevaux blancs [72]. Après avoir puni Mononobe no Moriya pour son opposition au bouddhisme, le prince Shôtoku [73] entreprit de construire des temples et des pagodes au Japon.
Depuis cette époque, du souverain suprême aux masses innombrables, tous ont vénéré les statues du Bouddha et ont attentivement étudié les écrits bouddhiques.
Il en a résulté que dans les monastères du mont Hiei [74] et de Nara, la capitale du Sud, dans les grands temples Onjô-ji et Tô-ji [75], dans tout le pays à l'intérieur des quatre mers, dans les cinq provinces autour de la capitale [76] et dans les sept régions périphériques, les écrits bouddhiques ont été classés, comme des étoiles dans le ciel, et le pays s'est couvert d'une nuée de temples.
Ceux qui se réclament de Shariputra observent la lune du haut du Pic du Vautour [77] tandis que ceux qui adhèrent aux traditions d'Haklenayasha transmettent les enseignements du mont Kukkutapada [78]. Comment, alors, quelqu'un peut-il dire que les doctrines de Shakyamuni sont méprisées ou que les trois trésors du bouddhisme sont négligés ? Si une telle affirmation s'appuie sur la moindre preuve, j'aimerais bien l'entendre précisément. ”
Désireux de clarifier le sens de ses propos, l'hôte répondit : “ Certes, les temples du Bouddha s'élèvent toiture contre toiture et les bâtiments où sont conservés les sûtras s'alignent côte à côte. Les supérieurs de temples sont aussi nombreux que les bambous et les joncs, les moines aussi communs que les plants de riz et de chanvre. Les temples et les moines sont respectés depuis des siècles, et chaque jour, on leur manifeste à nouveau du respect. Mais les moines et les supérieurs d'aujourd'hui sont serviles et sournois, et ils trompent le peuple et l'égarent. Le souverain et ses ministres manquent de discernement et ne peuvent distinguer la vérité de l'hérésie.
Ainsi, il est dit dans le sûtra Ninnô : “ De mauvais moines, dans l'espoir d'acquérir gloire et profit, se présentent en grand nombre devant le souverain, l'héritier présomptif ou les autres princes, pour prêcher des doctrines qui mènent à l'opposition à la Loi bouddhique et à la destruction du pays. Incapables de distinguer le vrai du faux, les souverains écoutent et adoptent de telles doctrines, créant des lois injustes et en désaccord avec les préceptes bouddhiques. De cette façon, ils provoquent la destruction du bouddhisme et du pays. ”
On lit dans le sûtra du Nirvana : “ Bodhisattvas, n'éprouvez aucune crainte en vos cœurs si vous vous trouvez, par exemple, en face d'éléphants sauvages. Mais de mauvais amis, voilà ce que vous devriez craindre ! Si vous êtes tués par un éléphant sauvage, vous ne tomberez pas dans les Trois Mauvaises voies. Mais, si de mauvais amis sont cause de votre mort, vous tomberez inévitablement dans ces trois mauvaises voies. ”
Dans le Sûtra du Lotus il est dit : “ Dans cet âge mauvais, il y aura des moines aux vues erronées et aux cœurs serviles et faux qui prétendront être parvenus à un stade qu'ils n'ont pas atteint, avec un cœur plein d'orgueil et de suffisance. On verra encore des moines retirés dans la forêt, vêtus de robes misérables, proclamer dans leur retraite qu'ils pratiquent la véritable voie, tout en méprisant et en regardant de haut le reste de l'humanité. Avides de profit et de nourriture, ils enseigneront le Dharma à des laïcs en robe blanche et seront respectés et vénérés du monde comme s'ils étaient des arhats dotés des Six Pouvoirs surnaturels [79] …
Sans cesse, ils iront parmi les populations, à seule fin de nous calomnier. Ils s'adresseront aux souverains, aux hauts dignitaires, aux brahmanes et aux grands bienfaiteurs du bouddhisme, aussi bien qu'aux autres moines pour nous dénigrer et nous accuser. Ils diront par exemple : ' Ce sont des hommes aux vues erronées qui prêchent des doctrines non bouddhiques ! ' Dans un kalpa marqué par les impuretés, en un âge mauvais, bien des choses seront à redouter.
Les démons s'empareront des personnes de notre entourage et les pousseront à nous injurier, à nous rabaisser et à nous ridiculiser… Les mauvais moines de cet âge impur, incapables de comprendre les moyens utilisés par le Bouddha, et le fait qu'il enseigne le Dharma de la manière qui convient, nous couvriront d'insultes avec des visages furieux ; nous serons bannis encore et encore… ”
Dans le Sûtra du Nirvana, le Bouddha dit : “ Après ma disparition, et lorsque de nombreux siècles se seront écoulés, tous les sages des quatre degrés [80] auront également disparu. Lorsque l'époque de la Loi correcte sera terminée et pendant l'époque de la Loi formelle, on verra des moines se plier en apparence aux règles de la vie monastique. Mais ils ne liront ou ne réciteront que rarement les sûtras, préférant consommer toutes sortes d'aliments et de boissons pour nourrir leur corps. Tout en portant la robe de moine, ils erreront en quête d'offrandes avancant à pas feutrés comme des chasseurs à l'affût. Ils seront comme des chats qui guettent une souris. Et ils répéteront sans cesse : ' J'ai atteint le stade d'arhat ! ' Extérieurement, ils paraîtront sages et bons, mais en eux-mêmes ils entretiendront avidité et jalousie. [ Et quand on leur demandera de prêcher le Dharma , ] ils se récuseront en prenant des allures de brahmanes ayant fait vœu de silence. Ce ne sont pas de véritables moines, ils n'en ont que l'apparence. Consumés par leurs vues erronées, ils s'opposent à la Loi correcte. ”
Quand nous observons le monde à la lumière de ces passages de sûtras, nous voyons que la situation actuelle correspond exactement à ce qu'ils décrivent. Si nous ne réprimandons pas les mauvais moines, comment pouvons-nous espérer faire le bien ? ”
Le visiteur, plus indigné que jamais, dit : “ Un monarque sage, en agissant en accord avec le ciel et la terre, améliore sa façon de gouverner ; en distinguant le vrai du faux, un sage apporte le bien-être au monde. Les moines et les religieux du monde actuel bénéficient de la confiance de tout le pays. S'ils étaient réellement de mauvais moines, le souverain, qui est sage, ne leur accorderait pas sa confiance. S'ils n'étaient pas de véritables sages, les personnes capables et savantes ne les respecteraient pas. Mais puisque les notables et les érudits maintenant les honorent et les respectent, ils doivent être sans aucun doute des moines exemplaires. Pourquoi donc déversez-vous sur eux des accusations aussi extravagantes et comment osez-vous les calomnier ? A qui vous référez-vous en parlant de “ mauvais moines ” ? J'aimerais que vous me l'expliquiez plus précisément. ”
L'hôte répondit : “ Sous le règne de l'empereur Gotoba vécut un moine du nom de Hônen, auteur d'un ouvrage intitulé le Senchaku Shû [81]. Il contredit les enseignements sacrés de Shakyamuni et sema la confusion parmi les hommes, dans les Dix Directions. On lit dans le Senchaku Shû : “ Le moine chinois Tao-tch'ao [82] établit une distinction entre Shôdô [ les enseignements de la Voie sacrée ] et Jôdo [ les enseignements de la Terre pure [83] ], exhortant les hommes à abandonner les premiers pour se consacrer aux seconds. Tout d'abord, il existe deux sortes d'enseignements de la Voie sacrée [ le Mahayana et le Hinayana ]. De ce point de vue, on peut considérer que les enseignements du Mahayana ésotérique [ Shingon ] et les enseignements du Mahayana définitif [ ceux du Sûtra du Lotus ], font partie de la Voie sacrée. Dans ce cas, les actuelles écoles — Shingon, Zen, Tendai, Kegon, Sanron, Hossô, Jiron et Shôron [84] — sont incluses toutes les huit dans la Voie sacrée [ qu'il faut abandonner ] ”
Dans son Ojô Ron Chu, le moine T'an-louan [85] déclare : ‘ En étudiant le Jûjûbibasha Ron de Nagarjuna, j'ai lu : " Il y a deux voies par lesquelles le bodhisattva peut atteindre l'état d'où l'on ne peut régresser. L'une est la Voie difficile à pratiquer, l'autre la Voie facile à pratiquer. " ’
“ La Voie difficile à pratiquer correspond à la Voie sacrée tandis que la Voie facile à pratiquer est la voie de la Terre pure. Les adeptes de l'école de la Terre pure doivent tout d'abord comprendre ce point. Même s'ils ont pu étudier antérieurement les enseignements appartenant à la Voie sacrée, s'ils aspirent à devenir adeptes de l'école de la Terre pure, ils doivent rejeter la Voie sacrée pour se consacrer aux enseignements de la Terre pure. ”
Hônen dit aussi : “ Le moine chinois Chan-tao [86] établit la distinction entre les pratiques correctes et incorrectes, exhortant les hommes à suivre les premières et à abandonner les secondes. Au sujet de la première des pratiques incorrectes, celles de lire et réciter les sûtras, il affirme qu'il ne faut réciter que le sûtra Kammuryôju et les autres sûtras de la Terre pure, et que réciter n'importe quel autre sûtra, Mahayana ou Hinayana, exotérique ou ésotérique, doit être considéré comme une pratique incorrecte. A propos de la troisième des pratiques incorrectes, celle de la vénération, il affirme que, en dehors de la vénération du bouddha Amida, le fait d'honorer ou de vénérer tout autre bouddha, bodhisattva ou toute autre divinité bouddhique, doit être considéré comme une pratique incorrecte. A la lumière de ce passage, il apparaît clairement que l'on devrait abandonner des pratiques aussi incorrectes pour se concentrer sur la pratique de l'enseignement de la Terre pure. Quelle raison aurions-nous d'abandonner les pratiques correctes de l'enseignement de la Terre pure qui affirment que, sur cent personnes, toutes sans exception renaîtront dans le paradis de l'Ouest, pour nous attacher à diverses pratiques et cérémonies qui ne pourraient même pas sauver une personne sur mille ? Ceux qui pratiquent le bouddhisme devraient méditer profondément sur cela ! ”
Par la suite, Hônen déclare :“ Dans le Jôgen Nyûzô Roku [87], nous lisons que, à partir des six cents volumes compris entre le sûtra Daihannya [88] et le sûtra Hôjôjû [89], les sûtras exotériques et ésotériques du bouddhisme du Mahayana comportent un total de 637 ouvrages répartis en 2883 volumes. Il faut maintenant remplacer tout cela par la seule récitation de la phrase du Mahayana [ le Nembutsu ]. Sachez que, à l'époque où le Bouddha prêchait en fonction de la capacité de ses divers auditeurs, il enseigna pendant un certain temps les deux méthodes de la méditation concentrée et de la méditation sans concentration [90]. Mais, lorsqu'il révéla plus tard sa propre illumination, il cessa d'enseigner ces deux méthodes. Le seul enseignement qui, une fois révélé, ne cessera jamais d'être enseigné, est la doctrine unique du Nembutsu. ”
Hônen affirme encore : “ C'est dans le sûtra Kammuryôju que l'on trouve le passage selon lequel le pratiquant du Nembutsu doit posséder les Trois Sortes d'esprit [91]. On peut lire en effet dans le commentaire de ce sûtra [92] : ‘ Quelqu'un demanda : “ Si certains ont une compréhension et une pratique différentes de celles des adeptes du Nembutsu, comment peut-on s'assurer que, par leurs croyances divergentes et leurs pratiques erronées, ces personnes ne causeront pas de troubles ? ” ’ Nous voyons aussi que ces personnes aux vues erronées, avec leur compréhension et leurs pratiques différentes, sont comparées à une bande de brigands qui font rebrousser chemin aux voyageurs ayant déjà fait un ou deux pas sur leur route. Selon moi, lorsque ces passages parlent de compréhension différente, de pratiques différentes, de doctrines erronées et de croyances erronées, ils se réfèrent aux enseignements de la Voie sacrée. ”
Enfin, dans un passage de conclusion, Hônen dit : “ Si l'on veut échapper rapidement aux souffrances de la vie et de la mort, après avoir comparé ces deux enseignements supérieurs, il faut laisser de côté les enseignements de la Voie sacrée et choisir ceux de la Terre pure. Et si l'on veut suivre les enseignements de la Terre pure, il faut distinguer entre les pratiques correctes et incorrectes, et abandonner toutes celles qui sont incorrectes pour se consacrer entièrement à celles qui sont correctes. ”
En examinant ces passages, nous voyons que Hônen cite les explications faussées de T'an-louan, Tao-tch'ao et Chan-tao afin d'établir les catégories qu'il appelle Voie sacrée et Terre pure, Voie difficile à pratiquer et Voie facile à pratiquer. Il classifie alors la totalité des 637 ouvrages en 2883 volumes qui comprennent les sûtras du Mahayana enseignés du vivant du Bouddha, y compris le Sûtra du Lotus et les sûtras du Shingon, en même temps que la croyance en tous les bouddhas, bodhisattvas et divinités bouddhiques, et range tout cela dans les catégories de la Voie sacrée, la Voie difficile à pratiquer, et les pratiques incorrectes, exhortant les hommes à “ les rejeter, les fermer, les ignorer et les abandonner ”. Par ces quatre injonctions, il égare tous les êtres humains. Et, de plus, il qualifie tous les moines sages des trois pays [93] [ Inde, Chine et Japon ], ainsi que tous les disciples du Bouddha des Dix Directions, de bande de brigands et les insulte [ amenant ainsi le peuple à faire de même ].
Par cela, il tourne le dos aux passages des trois sûtras de la Terre pure [94], sûtras de sa propre école, qui contiennent le serment d'Amida de sauver tous les êtres humains, “ sauf ceux qui commettent les Cinq Fautes capitales ou calomnient la Loi correcte [95] ”. Dans le même temps, il se révèle incapable de comprendre l'avertissement contenu dans le second volume du Sûtra du Lotus, le plus important sûtra exposé durant les cinq périodes d'enseignement [96] de la vie du Bouddha, qui dit : “ Celui qui refuse d'avoir foi en ce sûtra et, au lieu de cela, s'y oppose... Après sa mort, il tombera dans l'enfer des souffrances incessantes [97]. ”
Nous voici maintenant dans cette dernière période où les hommes ne sont plus des sages. Chacun entre dans les voies obscures, et tous oublient la voie directe. Quelle tristesse que personne n'ôte de leurs yeux le voile de l'ignorance ! Qu'il est pénible de les voir inutilement encourager de telles croyances erronées ! Il en résulte que, du souverain au plus humble paysan, tout le monde croit qu'il n'existe pas de sûtras valables en dehors des trois sûtras de la Terre pure, et qu'il n'y a aucun autre bouddha que le bouddha Amida et ses deux acolytes [98].
Il y eut autrefois des hommes comme Dengyô, Gishin [99], Jikaku et Chishô qui parcoururent dix mille lieues sur les océans à la recherche des enseignements sacrés, ou qui franchirent toutes les montagnes et rivières du Japon pour contempler les statues du Bouddha qu'ils vénéraient.
Dans certains cas, ils bâtirent des temples au sommet de hautes montagnes pour y préserver ces écritures et ces statues ; dans d'autres cas, ils construisirent, au fond de vallées encaissées, des lieux de culte où l'on pouvait vénérer et honorer de tels objets.
Si bien que les bouddhas Shakyamuni et Yakushi [100] répandirent la lumière côte à côte, exerçant leur influence sur le présent et l'avenir, tandis que les bodhisattvas Kokûzô et Jizô [101] apportaient des bienfaits pour la vie présente et la vie future.
Les souverains du pays faisaient des dons aux provinces et aux villages, afin que les lampes puissent toujours brûler devant les images, tandis que les intendants des grands domaines offraient leurs champs et leurs jardins [ afin d'assurer l'entretien des temples ].
Mais, à cause de cet ouvrage de Hônen, le Senchaku Shû, le bouddha Shakyamuni est oublié et l'on vénère Amida, bouddha de la terre de l'Ouest. On ignore la transmission de la Loi du Vénérable Bouddha et l'on néglige Yakushi, bouddha de la région de l'Est [102].
On se concentre exclusivement sur les trois sûtras en quatre volumes des écrits de la Terre pure [103], et l'ensemble des autres enseignements merveilleux exposés par Shakyamuni durant les cinq périodes de son enseignement est rejeté. Si les temples ne sont pas consacrés à Amida, les gens n'ont plus aucun désir de leur faire des offrandes ou d'honorer les bouddhas [ qui y sont enchâssés ] ; dès que des moines ne récitent pas le Nembutsu, personne ne veut leur faire de dons. Il s'ensuit que les temples du Bouddha tombent en ruine, et c'est à peine si l'on voit une mince colonne de fumée s'élever au-dessus des tuiles moussues de leur toit ; les habitations des moines sont vides et délabrées, leurs jardins sont livrés à la rosée. Malgré cela, personne ne pense un instant à protéger la Loi ou à restaurer les temples. C'est pourquoi les moines sages qui administraient autrefois ces temples les quittent pour ne plus revenir, et les divinités bienveillantes qui gardaient les enseignements bouddhiques s'en vont. Tout cela est dû au Senchaku Shû de Hônen. Quelle tristesse de penser que, en l'espace de quelques décennies, des centaines, des milliers, des dizaines de milliers de personnes se sont laissé égarer par ces enseignements démoniaques et ont si souvent méconnu les véritables enseignements du bouddhisme ! Si les hommes favorisent les doctrines erronées, oubliant ce qui est correct, comment les divinités bienveillantes pourraient-elles retenir leur colère ? Si les hommes rejettent les doctrines parfaites au profit de celles qui sont incomplètes, le monde peut-il échapper aux manigances des esprits maléfiques ? Plutôt que d'offrir dix mille prières en guise de remède, il suffirait de bannir cette doctrine, source de tous les maux ! ”
Le visage encore plus empourpré de colère, le visiteur dit alors : “ Dans les époques qui suivirent l'enseignement des trois sûtras de la Terre pure par notre maître originel, le bouddha Shakyamuni, le moine T'an-louan, après avoir d'abord étudié les quatre traités [104], les abandonna et accorda toute sa foi aux enseignements de la Terre pure. De même, le moine Tao-tch'ao mit de côté les multiples principes du Sûtra du Nirvana [105] pour propager les pratiques de la terre de l'Ouest. Le moine Chan-tao rejeta les pratiques incorrectes pour établir la pratique unique de la Terre pure, et le moine Eshin [106] rassembla des passages de divers sûtras pour composer son ouvrage [107], insistant sur l'importance d'une pratique unique, le Nembutsu. C'est ainsi que ces hommes honorèrent et respectèrent le bouddha Amida, et permirent à un nombre incalculable de gens de renaître sur la Terre pure.
Il y eut un grand sage, Hônen, qui, dès son enfance, entra au monastère du mont Hiei. A l'âge de dix-sept ans, il avait déjà étudié l'ensemble des soixante volumes des écritures du Tendai [108] et connaissait suffisamment chacune des Huit Ecoles [109] pour maîtriser l'essentiel de leur enseignement. De plus, il avait lu sept fois la totalité des sûtras et traités, et approfondi toutes les exégèses et les biographies. Sa sagesse avait l'éclat du soleil et de la lune, et sa vertu dépassait celle des maîtres d'autrefois.
Malgré tout, il s'interrogeait sur la voie qui conduit à l'Eveil et ne comprenait pas le véritable sens du nirvana. C'est pourquoi il lut et examina autant de textes que possible, médita profondément et considéra toutes les hypothèses pour finalement rejeter tous les sûtras et établir la pratique exclusive du Nembutsu. De plus, renforcé dans sa décision par une apparition miraculeuse de Chan-tao en rêve [110], il propagea sa doctrine aux quatre coins du pays parmi ses amis et parmi des inconnus. Pour cela, il fut considéré comme une réincarnation du bodhisattva Seishi, ou fut révéré comme une réincarnation de Chan-tao. Partout, des gens de haute comme de basse naissance inclinèrent respectueusement la tête devant lui, et des hommes et des femmes de toutes les régions partirent à sa rencontre.
Depuis cette époque, bien des printemps et des automnes se sont succédé, de nombreuses années se sont écoulées. Et maintenant, vous insistez pour que l'on rejette les vénérables enseignements du bouddha Shakyamuni contenus dans les écrits de la Terre pure et méprisez ouvertement les écrits concernant le bouddha Amida. Pourquoi rendez-vous responsable l'époque sacrée de Hônen des désastres de ces dernières années, en calomniant délibérément les premiers maîtres de la doctrine de la Terre pure [111] et en accablant d'injures un sage comme Hônen ? [ Comme dit le proverbe, ] en soufflant sur la fourrure, vous cherchez des défauts dans le cuir, en coupant volontairement la peau, vous cherchez à faire couler le sang. Depuis les temps les plus anciens, on n'a jamais entendu quiconque proférer des paroles aussi néfastes ! Vous devriez faire preuve d'un peu plus de retenue et de prudence. En accumulant d'aussi graves offenses, comment pouvez-vous espérer échapper à leur punition ? Le seul fait d'être assis en face de vous m'emplit de frayeur. Je vais prendre mon bâton et me remettre en route ! ”
L'hôte, en souriant, calma son invité et lui dit : “ Les insectes qui se nourrissent de mauvaises herbes oublient combien leur goût est amer ; ceux qui restent longtemps dans les latrines en oublient la puanteur. Vous écoutez ici mes paroles justes et vous les croyez mauvaises, vous soutenez un ennemi de la Loi comme Hônen et le qualifiez de sage, vous ne faites pas confiance à un véritable maître que vous prenez pour un mauvais moine. Votre confusion est en fait très grande, et votre offense n'est pas légère. Ecoutez bien d'où vient cette confusion. Je vais vous l'expliquer en détail.
Les doctrines que le bouddha Shakyamuni exposa au cours de sa vie peuvent être réparties selon cinq périodes distinctes d'enseignement. L'ordre dans lequel elles furent enseignées peut être établi, et on peut les diviser en enseignements provisoires et enseignements définitifs. Mais, T'an-louan, Tao-tch'ao et Chan-tao adhérèrent aux enseignements provisoires et oublièrent les enseignements définitifs. Ils suivirent les premiers enseignements du Bouddha et rejetèrent les enseignements ultérieurs. Ces personnes ne saisirent pas la profondeur du bouddhisme.
Hônen en particulier, tout en suivant les pratiques établies par ses prédécesseurs, ignorait leur véritable origine. Comment pouvons-nous le savoir ? Parce qu'il rangea dans la même catégorie l'ensemble des 637 écrits du Mahayana et les 2883 volumes de texte, ainsi que la croyance dans les divers bouddhas, bodhisattvas et divinités bouddhiques, et qu'il exhorta les hommes à “ les rejeter, les refermer, les ignorer et les abandonner ” tous, provoquant par ces quatre injonctions la corruption du cœur de tous les êtres humains.
Il exposa ainsi des vues personnelles erronées, sans le moindre égard pour les explications données dans les sûtras. Ce sont les pires mensonges, et, à l'évidence, des propos diffamatoires. C'est une attitude inqualifiable, que l'on ne saurait trop sévèrement condamner.
Cependant, tous les hommes, sans exception, croient en ses mensonges et vénèrent son Senchaku Shû. Par conséquent, ils révèrent les trois sûtras de la Terre pure et rejettent tous les autres sûtras. Ils ne respectent qu'un seul bouddha, Amida, de la Terre de la béatitude parfaite, et oublient les autres bouddhas. En réalité, un homme tel que Hônen est le pire ennemi des bouddhas et des sûtras, ainsi que l'adversaire des moines sages, comme des hommes et des femmes ordinaires. Ses enseignements erronés se sont maintenant propagés jusqu'aux huit frontières du pays, ils ont pénétré dans chacune des Dix Directions.
Vous vous êtes indigné de m'entendre dire que les désastres actuels sont dus à une période antérieure [112]. Je vais vous citer quelques exemples du passé pour dissiper vos illusions.
Le second volume du Maka Shikan cite un passage du Che Ki [113], [ Mémoires historiques ] qui dit : “ Dans les dernières années de la dynastie Tcheou, il y eut des hommes qui portaient les cheveux longs, se promenaient nus jusqu'à la ceinture, et ne respectaient pas les coutumes et les règles. ” Dans le second volume du Guketsu [ commentaires du Maka Shikan ], ce passage est expliqué à partir d'une citation du Tso Tchouan [114] : “ Quand le roi P'ing, de la dynastie Tcheou, déplaça d'abord sa capitale à l'est, à Lo-yang, il vit, au bord de la rivière Yi, des hommes aux cheveux en désordre qui pratiquaient des rites religieux dans les champs. Une personne de grande sagesse prédit : ‘ Dans moins d'un siècle, la dynastie tombera car les règles sont déjà négligées. ’ De cela, il ressort clairement que le présage apparaît d'abord et que le désastre vient ensuite. ”
[ Le passage du Maka Shikan poursuit en disant : ] “ Yuan Tsi [115] était un homme au talent extraordinaire, mais il laissait pousser ses cheveux en broussaille et gardait sa ceinture dénouée. Plus tard, les fils de l'aristocratie suivirent tous son exemple, à tel point que ceux qui se comportaient de façon grossière et indécente étaient considérés comme plus proches de la nature, tandis que ceux qui agissaient avec retenue et correction étaient tournés en dérision et traités de paysans. C'était le signe de la fin de la famille Sseu-ma [ qui régnait à l'époque ]. ”
De même, le Nittô Junrei Ki, [ Relation d'un pélerinage en Chine en quête de la Loi ] de Jikaku Daishi, rapporte que, dans la première année de l'ère Houei-tch'ang [ 841 ], l'empereur Wou-tsong, de la dynastie T'ang, ordonna au moine King-chouang, du temple Tchang-king, de transmettre les enseignements Nembutsu du bouddha Amida dans les divers temples. King-chouang alla sans cesse d'un temple à l'autre, passant trois jours dans chaque temple.
Dans la deuxième année de la même ère, des soldats du pays des Ouighours [116] violèrent les frontières de l'empire T'ang. Dans la troisième année de la même ère, le gouverneur militaire de la région située au nord du Fleuve Jaune fomenta une révolte. Ensuite, le royaume du Tibet refusa une nouvelle fois d'obéir aux ordres venant de Chine, et les Ouighours s'emparèrent à plusieurs reprises de territoires chinois. Tous ces conflits et révoltes rappelaient ceux qui eurent lieu sous la dynastie Ts'in, à l'époque du général Hiang Yu, et villes et villages furent dévastés par le feu et autres désastres. Pis encore, l'empereur Wou-tsoung entreprit une vaste campagne pour interdire l'enseignement du bouddhisme et détruisit un grand nombre de temples et de monastères. Il ne parvint pas à réprimer les soulèvements et, peu après, mourut dans la souffrance. [ Voilà la signification essentielle du passage écrit par Jikaku ].
Cela étant, il faut réfléchir au fait que Hônen vécut [ au Japon ]sous le règne de l'empereur Gotoba, à l'ère Kennin [ 1201-1203 ]. Et, comme chacun sait, en 1221, l'empereur retiré Gotoba ne parvint pas à rétablir l'autorité du trône [ et lui et deux autres empereurs retirés furent contraints à l'exil [117] ]. Ainsi, la Chine a déjà prouvé que les enseignements de la Terre pure ont provoqué la chute d'un empereur, et notre pays offre une preuve similaire. Vous ne devriez pas en douter ou penser qu'il ne s'agit que d'une simple coïncidence. La seule chose à faire maintenant est d'abandonner les voies démoniaques pour aller vers la voie correcte, de tarir la source du malheur, d'en couper la racine ! ”
Le visiteur, quelque peu apaisé, dit : “ Sans considérer encore la question comme totalement résolue, je crois comprendre ce que vous dites jusqu'à un certain point. Néanmoins, aussi bien à Kyoto [ la capitale ], qu'à Kamakura [ où se trouve le quartier général du shogun ], on trouve de nombreux maîtres bouddhistes éminents, qui sont les piliers des temples. Et pourtant, jusqu'à présent, aucun d'entre eux n'a fait appel au shogun concernant cette affaire ou soumis une requête au trône. Par contre, vous, personne de position modeste, vous ne pensez qu'à déverser un flot d'accusations blessantes. Vos assertions sont contestables et vos arguments ne font pas autorité. ”
L'hôte répondit : “ Je ne suis peut-être qu'une personne de faible capacité, mais je me suis sincèrement consacré à l'étude du Mahayana. Une mouche bleue, lorsqu'elle s'accroche à la queue d'un cheval pur-sang, peut parcourir dix mille lieues, et le lierre vert en s'enroulant autour d'un pin élevé peut atteindre une hauteur de mille pieds. Je suis le disciple et le fils du bouddha unique [ Shakyamuni ], et je sers le roi des écrits, le Sûtra du Lotus. Comment pourrais-je assister au déclin de la Loi bouddhique sans que mon cœur ne s'emplisse de regrets ?
De plus, le Sûtra du Nirvana affirme : “ Si un moine, même un bon moine, voit quelqu'un s'opposer à la Loi et n'y prête pas attention, s'abstenant de le réprimander, de le chasser ou de le punir pour son offense, alors ce moine est l'ennemi du bouddhisme. Mais s'il fait tout pour chasser la personne qui s'oppose à la Loi, la réprimander ou la punir, alors il est mon disciple et il comprend véritablement mes enseignements. ”
Je ne suis peut-être pas un “ bon moine ” mais je ne veux surtout pas être accusé d'être “ l'ennemi du bouddhisme ”. Aussi, afin d'éviter de telles accusations, en m'appuyant sur des principes généraux, je vais donner quelques explications.
Il y a longtemps, à l'ère Gennin [ 1224 ], les deux temples Enryaku-ji sur le mont Hiei et Kôfuku-ji à Nara soumirent à maintes reprises des pétitions au trône qui conduisirent à la rédaction d'un édit impérial et d'un décret du shogunat ordonnant que les planches d'impression du Senchaku Shû de Hônen soient confisquées et amenées dans la grande salle de conférence du temple Enryaku-ji. Là, elles furent brûlées en signe de reconnaissance à l'égard des bouddhas des Trois Phases de l'existence [ passé, présent, futur ]. De plus, on ordonna aux serviteurs attachés au temple de Gion de détruire la tombe de Hônen à Kyoto. Par la suite, des disciples de Hônen comme Ryûkan, Shôkô, Jôkaku, Sasshô [118] et d'autres furent condamnés par le gouvernement à l'exil dans des régions lointaines et ne furent jamais graciés.
[ Au regard de ces faits ] comment pouvez-vous dire que personne ne s'est jamais plaint à ce sujet aux autorités ? ”
Le visiteur, toujours calme, répondit : “ On peut difficilement reprocher à Hônen d'être le seul à dénigrer les sûtras et à dire du mal des autres moines [ puisque vous le faites vous-même ]. Il est cependant exact qu'il range dans la même catégorie les 637 écrits du Mahayana avec leurs 2883 volumes de textes, ainsi que la croyance en tous les bouddhas, bodhisattvas et divinités bouddhiques, et qu'il exhorte les hommes à “ les rejeter, les refermer, les ignorer et les abandonner ” tous. Il ne fait aucun doute que c'est bien lui qui formula ces quatre injonctions ; le sens de ce passage est parfaitement clair. Mais vous soulignez sans cesse la petite “ imperfection dans le joyau ” et vous critiquez sévèrement Hônen pour cela. Je ne sais pas si ses paroles expriment l'égarement ou la véritable illumination. Je ne peux dire qui, de vous ou de Hônen, est le sage ou l'insensé, ni déterminer qui a raison ou qui a tort.
Cependant, vous affirmez que tous les désastres récents doivent être attribués au Senchaku Shû de Hônen, développant largement ce point pour étayer votre affirmation. Il est indéniable que la paix du monde et la stabilité du pays sont voulues aujourd'hui aussi bien par le souverain que par ses sujets, et souhaitées par tous les habitants. Un pays obtient la prospérité grâce à la Loi bouddhique, et la validité de la Loi est prouvée par [ le comportement de ] ceux qui la pratiquent. Si le pays est détruit et ses habitants anéantis, qui continuera alors à révérer les bouddhas ? Qui continuera à avoir foi dans la Loi ? C'est pourquoi il faut tout d'abord prier pour la sécurité du pays et œuvrer ensuite à établir la Loi bouddhique. Si, donc, vous connaissez un moyen d'empêcher les désastres et d'enrayer les fléaux, j'aimerais le connaître. ”
L'hôte dit : “ Vous avez sans aucun doute raison de me traiter d'insensé ! Jamais je n'oserais me prétendre sage. Cependant, j'aimerais simplement citer quelques passages des sûtras. De multiples passages dans les écrits, bouddhiques comme non bouddhiques, traitent de la manière de gouverner un pays, et il serait difficile de les citer tous ici. Néanmoins, depuis que j'étudie le bouddhisme, j'ai fréquemment réfléchi à ce problème, et j'en conclus qu'écarter ceux qui s'opposent à la Loi et respecter les moines qui suivent le voie correcte est la meilleure façon d'assurer la stabilité à l'intérieur du pays et la paix dans le monde entier.
On lit dans le Sûtra du Nirvana : “ Le Bouddha dit : " A l'exception d'une seule catégorie de personnes, vous pouvez faire des dons à tout le monde et cela vous vaudra le respect de tous. ”
Chunda [119] demanda : “ Quelle est donc la catégorie de personnes dont vous parlez ? ”
Le Bouddha répondit : “ Je désigne par là ceux que j'ai décrits dans ce sûtra comme enfreignant les préceptes. ”
Chunda insista : “ Je ne comprends toujours pas très bien. Pourriez-vous m'expliquer un peu plus ? ”
Le Bouddha reprit : “ Ceux qui enfreignent les préceptes sont les icchantika. Vous pouvez faire des dons à toutes les autres catégories de personnes, cela vous vaudra le respect de tous et vous obtiendrez de grands bienfaits. ”
Chunda demanda à nouveau : “ Que signifie le terme icchantika ? ”
Le Bouddha répondit : “ Chunda, imagine qu'il y ait des moines ou des nonnes, des laïcs, hommes ou femmes, qui prononcent des paroles irréfléchies et mauvaises et s'opposent à la Loi correcte, et que ces personnes continuent à commettre ces fautes graves sans jamais montrer le moindre désir de s'amender ni aucun signe de repentir sincère. Je dirai que de telles personnes suivent la voie des icchantika.
’ Il y a aussi ceux qui commettent les quatre délits graves [120] ou sont coupables des Cinq Fautes capitales, et qui, tout en ayant conscience d'avoir commis de graves fautes, ne ressentent jamais ni frayeur ni repentir dans leur cœur ou qui, du moins, n'en font rien voir ; qui ne montrent aucun désir de protéger la Loi correcte ni d'en assurer la transmission pour l'éternité, mais la décrient et la rabaissent par des paroles mensongères. Je dirais aussi que des personnes de ce genre suivent la voie des icchantika. A l'exception des icchantika, vous pouvez faire des dons à toutes les autres personnes et tout le monde vous en félicitera.’ ”
Dans un autre passage du même sûtra, le Bouddha dit encore : “ Par le passé, je fus le roi d'un grand Etat sur ce continent de Jambudvipa. Je m'appelais Sen'yo et j'aimais et vénérais les écrits du Mahayana. Mon cœur était pur et bon et ne montrait aucune trace de méchanceté, ni de jalousie ou d'avarice. Hommes de foi sincère, à cette époque-là, je révérais les enseignements du Mahayana dans mon cœur. Un jour où j'entendis des brahmanes calomnier ces enseignements, je les mis à mort sur-le-champ. Hommes de foi sincère, il résulta de cette action que plus jamais je ne suis retombé en enfer. ”
On peut lire dans un autre passage : “ Par le passé, quand le Tathagata était le souverain du pays et pratiquait la voie de bodhisattva, il mit à mort un certain nombre de brahmanes. ”
Il y est dit encore : “ Il y a trois degrés dans le meurtre : mineur, moyen et majeur. Le degré mineur correspond au meurtre des animaux, du plus petit comme la fourmi jusqu'au plus gros. Seul le meurtre d'un bodhisattva qui a délibérément choisi de naître en tant qu'animal est exclu de cette catégorie. En commettant un meurtre de ce genre, on tombe dans les voies de l'enfer, de l'avidité ou de l'animalité, où l'on subit inévitablement les rétributions qu'entraîne ce genre d'action. Pourquoi cela ? Parce que même les animaux possèdent les racines du bien, aussi insignifiantes soient-elles. C'est pourquoi une personne qui tue de telles créatures doit subir la pleine rétribution de son offense. Le degré moyen est constitué par le meurtre d'une personne, depuis un simple mortel jusqu'à un anagamin [121]. Un tel meurtre aura pour conséquence d'entraîner celui qui le commet dans les voies de l'enfer, de l'avidité ou de l'animalité où il subira inévitablement les souffrances propres au degré moyen. Le meurtre de degré majeur est celui d'un parent, d'un arhat, d'une personne ayant atteint l'état de pratyekabuddha [ éveil personnel ], ou bien encore d'un bodhisattva parvenu, au terme de ses efforts, à un état d'où il ne régresse plus. Pour un tel crime, on tombera dans l'enfer des souffrances incessantes. Hommes de foi sincère, si quelqu'un venait à tuer un icchantika, un tel meurtre ne tomberait dans aucune de ces trois catégories. Hommes de foi sincère, les divers brahmanes [ dont je vous ai dit qu'ils furent mis à mort ] étaient tous des icchantika. ”
On lit dans le Sûtra Ninnô : “ Le Bouddha annonça au roi Prasenajit : " Voici la raison pour laquelle je confie la protection de mes enseignements aux souverains plutôt qu'aux moines et aux nonnes. Pourquoi ? Parce que moines et nonnes ne détiennent pas le même pouvoir que les rois. " ”
On lit dans le sûtra du Nirvana : “ Je confie maintenant la Loi correcte, d'une excellence sans pareille, aux souverains, aux ministres, aux hauts dignitaires, et aux Quatre Sortes de croyants. Si quelqu'un s'oppose à la Loi correcte, les hauts dignitaires et les Quatre Sortes de croyants doivent le réprimander et lui montrer ses fautes. ”
On lit encore [ dans le même sûtra ] : “ Le Bouddha dit : " Kashô [122], c'est pour avoir été un défenseur de la Loi correcte que j'ai maintenant pu obtenir ce corps semblable au diamant [123]… Hommes de foi sincère, les défenseurs de la Loi correcte n'ont pas besoin d'observer les cinq préceptes [124] ni de suivre les règles de la conduite convenable. Ils devraient plutôt porter couteaux et sabres, arcs et flèches, piques et lances. " ”
Le Bouddha dit encore : “ Certains peuvent observer les cinq préceptes sans mériter pour autant le nom de pratiquants du Mahayana. A l'inverse, même une personne qui n'observe pas les Cinq Préceptes, si elle défend la Loi correcte, on peut la considérer comme un pratiquant du Mahayana. Les défenseurs de la Loi correcte doivent s'armer de couteaux et de sabres, d'épées et de gourdins. Même s'ils portent épées et gourdins, je les considère comme des hommes qui suivent les préceptes. ”
Dans le même esprit, le Bouddha dit aussi : “ Hommes de foi sincère, dans les temps passés, en cette même ville de Kushinagara, un bouddha apparut, qui s'appelait Kangi Zôyaku Nyorai [ le bouddha de la joie croissante ]. Après la mort de ce bouddha, la Loi correcte qu'il avait enseignée demeura dans le monde pendant d'innombrables millions d'années. Puis, finalement, il ne resta plus que quarante années avant que la Loi soit vouée à disparaître.
En ce temps-là, vivait un moine du nom de Kakutoku qui observait les préceptes. Il y avait alors de nombreux moines qui les transgressaient, et lorsqu'ils entendirent prêcher Kakutoku, tous conçurent de mauvais desseins dans leur cœur et, s'armant de sabres et de gourdins, ils attaquèrent ce maître de la Loi.
A cette époque, le souverain du royaume avait pour nom Utoku. Dès qu'il apprit ce qui se passait, désireux de défendre la Loi, il se rendit sur le lieu où le moine prêchait l'enseignement correct, et combattit de toutes ses forces contre les mauvais moines qui n'observaient pas les préceptes. Grâce à cela, le moine qui prêchait la Loi put échapper au danger. Mais le roi reçut tant de coups de couteaux, de sabres, de piques et de lances, qu'il n'y eut pas une seule partie de son corps, même de la taille d'une graine de pavot, qui ne fut blessée.
Le moine Kakutoku rendit alors hommage au roi en ces termes : " C'est merveilleux ! Vous êtes, ô roi, un authentique défenseur de la Loi correcte ! Dans les âges à venir, ce corps qui est le vôtre deviendra à coup sûr un réceptacle illimité de la Loi ! "
A ce moment-là, le roi qui avait déjà entendu les enseignements de la Loi, ressentit une grande joie en son cœur. Sa vie parvint alors à son terme, et il renaquit sur la terre du bouddha Ashuku où il devint le premier disciple de ce bouddha. De plus, tous les généraux, sujets et alliés du roi qui avaient combattu à ses côtés ou l'avaient rejoint dans la bataille furent emplis d'une détermination inébranlable d'atteindre l'illumination et, après leur mort, ils renaquirent tous sur la terre du bouddha Ashuku.
Par la suite, le moine Kakutoku mourut à son tour, renaquit également sur la terre du bouddha Ashuku et devint le second disciple à recevoir directement les enseignements du Bouddha. Par conséquent, si la Loi correcte est sur le point de disparaître, voici comment il faut la soutenir et la défendre.
Kashô, le roi qui vivait en ce temps-là, n'était autre que moi-même, et le moine qui prêchait la Loi était le bouddha Kashô [125]. Kashô, ceux qui défendent la Loi correcte obtiennent des bienfaits illimités de cette sorte. C'est pourquoi j'ai pu obtenir les traits qui sont mes caractéristiques aujourd'hui, m'en parer, et revêtir le corps du Dharma indestructible [126] ”
Le bouddha déclara encore au bodhisattva Kashô : “ Par conséquent, les croyants laïcs qui souhaitent défendre la Loi doivent s'armer d'épées et de gourdins et la protéger de cette façon.
Hommes de foi sincère, dans l'âge impur et mauvais qui suivra ma disparition, le pays sombrera dans la décadence et le désordre, les êtres humains se pilleront et se voleront mutuellement, et ils en seront réduits à mourir de faim. Pour échapper à la faim, beaucoup alors décideront de quitter leur famille pour se faire moines. On les appelera crânes tondus. Quand ces crânes tondus verront une personne s'efforcer de protéger la Loi correcte, ils la pourchasseront et l'expulseront, voire la tueront ou la blesseront. C'est pourquoi j'autorise maintenant les moines qui observent les préceptes à vivre et à s'associer avec des laïcs portant sabres et bâtons. Car, même s'ils portent des sabres et des bâtons, je les considérerai comme des hommes observant les préceptes. Pourtant, même autorisés à porter sabres et bâtons, ils ne devront jamais les utiliser pour ôter la vie. ”
Il est dit dans le Sûtra du Lotus : “ Celui qui refuse d'avoir foi en ce sûtra, et au contraire s'oppose à lui, détruit immédiatement les graines qui permettent de devenir bouddha en ce monde. Après sa mort, il tombera dans l'enfer des souffrances incessantes. ”
Le sens de ces passages de sûtras est parfaitement clair. Quel besoin aurais-je d'y ajouter des interprétations ?
D'après le Sûtra du Lotus, ceux qui calomnient les écrits du Mahayana commettent une faute plus grave que les Cinq Fautes capitales. C'est pourquoi ils tomberont dans la grande forteresse de l'enfer des souffrances incessantes et ne pourront espérer en sortir avant d'innombrables éons. Selon le Sûtra du Nirvana, il est autorisé de faire des dons à quelqu'un qui a commis une des Cinq Fautes capitales, mais pas à ceux qui s'opposent à la Loi. Celui qui tue, ne serait-ce qu'une fourmi, tombera dans l'une des trois mauvaises voies, mais celui qui contribue à empêcher l'opposition à la Loi atteindra l'état de non-régression. [ Ce passage nous dit donc que ] le moine Kakutoku renaquit sous la forme du bouddha Kashô, et le roi Utoku devint le bouddha Shakyamuni.
Le Sûtra du Lotus et le Sûtra du Nirvana représentent le cœur même des doctrines enseignées par Shakyamuni durant les cinq périodes de sa vie. Les avertissements qu'ils contiennent sont d'une extrême gravité. Qui pourrait ne pas en tenir compte ? Et pourtant, ceux qui oublient la voie correcte et calomnient la Loi accordent leur croyance au Senchaku Shû de Hônen et s'enfoncent de plus en plus dans l'aveuglement et l'ignorance. Ainsi, les uns, par dévotion à leur maître défunt, le représentent par des sculptures ou des tableaux ; les autres, accordant foi à ses enseignements mensongers, gravent des morceaux de bois pour imprimer ses propos aberrants. Ils répandent ces images et ces écrits sur tout le territoire à l'intérieur des mers [127], les emportant par-delà les villes jusque dans les campagnes, si bien que, lorsque l'on prie, c'est partout selon les rites de cette école et, si l'on fait des offrandes, c'est uniquement à ses moines.
Il en résulte qu'on voit des gens briser les doigts des statues de Shakyamuni pour les remodeler selon le geste attribué à Amida, ou rénover des temples à l'origine consacrés à Yakushi [ bouddha de la région de l'Est ], et y placer des statues d'Amida, seigneur de la terre de l'Ouest. Ou bien, on interrompt la pratique qui consiste à retranscrire le Sûtra du Lotus, pratique qui se poursuit depuis plus de quatre cents ans au mont Hiei, et on la remplace par la transcription des trois sûtras de la Terre pure ; ou encore les conférences annuelles [128] sur le grand maître T'ien-t'ai sont remplacées par des conférences sur les enseignements de Chan-tao. En fait, les opposants à la Loi et leurs complices sont si nombreux qu'on ne peut les compter. Ne sont-ils pas des destructeurs du Bouddha ? Ne sont-ils pas des destructeurs de la Loi ? Ne sont-ils pas des destructeurs de la communauté des moines ? Et tous leurs enseignements hérétiques découlent du Senchaku Shû !
Hélas ! Comme il est déplorable de voir tant de gens se détourner des avertissements clairvoyants du Bouddha ! Qu'il est pitoyable de les voir prendre en considération les mots simplistes et trompeurs de ce moine ignorant ! Si nous désirons apporter sans plus attendre ordre et tranquillité au monde, nous devons immédiatement mettre fin à ces oppositions à la Loi qui emplissent le pays ! ”
Le visiteur dit : “ Si nous devons en terminer avec ceux qui s'opposent à la Loi et nous débarrasser de ceux qui violent les interdits du Bouddha, alors, devons-nous les condamner à mort comme il est dit dans les passages de sûtras que vous venez de citer ? Et si nous le faisons, ne nous rendrons-nous pas nous-mêmes coupables de meurtre, et n'en subirons-nous pas les conséquences ?
Dans le sûtra Daijuku, le Bouddha dit : “ Si une personne se rase la tête et revêt la robe de moine, alors les divinités aussi bien que les hommes doivent lui faire des offrandes, qu'elle observe ou transgresse les préceptes. Car, ainsi, c'est à moi qu'ils font des offrandes puisque cette personne est mon enfant. Mais si on la frappe et la maltraite, c'est mon enfant que l'on frappe, et si on la maudit et l'insulte, c'est moi que l'on rabaisse. ”
Par conséquent, nous devons savoir que tout religieux, qu'il soit bon ou mauvais, qu'il ait raison ou tort, qu'il soit supérieur ou simple moine, est digne de recevoir offrandes et nourriture. Car, comment pourrait-on frapper et insulter l'enfant sans causer peine et douleur au père ? Les brahmanes qui ont tué Maudgalyâyana, le disciple du Bouddha, à coups de bâtons, sont tombés pour longtemps au fond de l'enfer des souffrances incessantes. Pour avoir tué la nonne Utpalavarna, Devadatta suffoqua interminablement dans les flammes de l'enfer Avichi [129]. Ces exemples du passé sont parfaitement clairs, et, aux époques qui suivent, c'est l'offense qu'il faut redouter plus que tout. Vous parlez de punir ceux qui s'opposent à la Loi. Une telle action transgresserait les interdits du Bouddha. J'ai peine à croire que cela soit correct. Comment peut-on le justifier ? ”
L'hôte répondit : “ Même en voyant clairement les passages des sûtras que j'ai cités, vous posez une telle question ! Est-ce au-delà de ce que votre esprit peut comprendre ? Ou est-ce leur logique qui vous échappe ? Je n'ai certainement pas l'intention de supprimer les enfants du Bouddha. La seule chose que je hais, c'est l'offense à la Loi. Dans les enseignements des bouddhas précédant Shakyamuni, les moines qui s'opposaient à la Loi étaient passibles de mort. Mais, selon les sûtras exposés depuis sa venue, il suffit d'empêcher que des moines de ce genre reçoivent des offrandes. Si, aujourd'hui, l'ensemble des Quatre Sortes de croyants à l'intérieur des quatre mers et des dix mille pays cessait simplement de faire des offrandes aux mauvais moines pour, au contraire, se consacrer à ce qui est correct, comment de nouveaux fléaux pourraient-ils survenir et comment pourrions-nous être confrontés à des désastres ? ”
En entendant cela, le visiteur s'écarta de sa natte dans un geste de respect, puis, rajustant le col de son vêtement, dit : “ Les enseignements bouddhiques sont très variés et il est difficile d'approfondir pleinement chaque doctrine. J'ai rencontré bien des doutes et je me suis trouvé incapable de distinguer le vrai du faux.
Néanmoins, l'ouvrage du vénérable Hônen, le Senchaku Shû, existe bien. Et il rassemble tous les divers bouddhas, sûtras, bodhisattvas et divinités bouddhiques, en disant qu'il faut “ rejeter, refermer, ignorer et abandonner ” tout cela. Le sens de ce texte est parfaitement clair. Il en a résulté que les sages ont quitté le pays et que les divinités bienveillantes ont abandonné leur demeure, que la famine dévaste le monde et que les épidémies se répandent partout.
Maintenant, en citant des passages tirés de très nombreux sûtras, vous avez clairement démontré ce qui est juste et ce qui est faux. Par conséquent, j'abandonne totalement mes conceptions erronées. Point par point, vous m'avez ouvert les oreilles et les yeux.
Il ne fait aucun doute que tous les hommes, du souverain aux personnes ordinaires, apprécient et désirent la stabilité du pays et la paix dans le monde. Si nous pouvons rapidement empêcher que l'on fasse des offrandes à ces icchantika et assurer au contraire à l'ensemble des moines et des nonnes authentiques un soutien permanent, si nous pouvons apaiser ces vagues blanches [130] qui troublent l'océan du Bouddha et déraciner la verdure sauvage qui envahit la montagne de la Loi, alors le monde pourra redevenir aussi paisible qu'aux âges d'or de Fou Si et Chen Nong [131], et le pays sera prospère comme au temps des sages souverains Yao et Chouen [132]. Ensuite, il sera temps de sonder les eaux de la Loi pour distinguer les doctrines superficielles des doctrines profondes, et honorer ceux qui sont les piliers et les poutres soutenant la maison du Bouddha. ”
L'hôte s'exclama, ravi : “ Comme le dit le proverbe, la colombe s'est changée en faucon, le moineau en palourde [133] ! Quelle joie ! En restant près de moi [ dans le parfum des orchidées ], vous vous êtes transformé et, comme l'armoise poussant dans un champ de chanvre, vous avez appris à vous tenir droit ! Si vous voulez vraiment considérer les désastres que j'ai décrits et avoir pleinement foi en mes paroles, alors les vents souffleront avec douceur, les vagues s'apaiseront, et, très rapidement, les récoltes deviendront abondantes.
Mais le cœur d'une personne peut changer avec le temps, et la nature d'une chose peut être modifiée par son environnement. Comme le reflet de la lune dans l'eau s'agite avec les vagues ou comme les soldats des premières lignes ont peur des sabres de l'ennemi, vous aussi, même si, pour l'instant, vous êtes convaincus par mes propos, vous pourriez, je le crains, les oublier plus tard complètement.
A l'heure actuelle, si nous voulons avant tout apporter la sécurité au pays et prier pour notre bonheur en cette vie et dans nos vies futures, nous devons sans attendre réfléchir à la situation et prendre immédiatement des mesures pour y remédier.
Pourquoi est-ce que je parle ainsi ? Parce que, des sept sortes de désastres décrits dans le passage du Sûtra Yakushi que j'ai cité plus tôt, cinq se sont déjà produits. Seuls deux d'entre eux doivent encore apparaître, le “ désastre de l'invasion étrangère ” et le “ désastre de la guerre civile ”. Et des trois calamités mentionnées dans le passage du Sûtra Daijuku, deux sont déjà apparues. Il n'en reste plus qu'une, la “ calamité de la guerre ”.
Les différentes sortes de désastres et calamités énumérées dans le Sûtra Konkômyô se sont produites l'une après l'autre. Seule la calamité de “ l'invasion et le saccage du pays par des brigands et pillards étrangers ” doit encore se concrétiser. C'est le seul fléau qui ne se soit pas encore manifesté. Et des sept désastres énumérés dans le sûtra Ninnô, six nous frappent maintenant de plein fouet. Seul l'un d'eux n'est pas encore apparu, le désastre qui prend la forme “ des ennemis venus des quatre coins et envahissant le pays ”.
De plus, comme il est dit dans le sûtra Ninnô, “ Quand un pays connaît des désordres, ce sont d'abord les esprits maléfiques qui montrent des signes d'agitation. Parce que les esprits maléfiques s'agitent, tous les hommes sombrent dans la discorde. ”
En examinant attentivement la situation présente à la lumière de ce passage, nous constatons que les divers esprits maléfiques se déchaînent depuis quelque temps, et que bien des gens ont péri.
Si le premier désastre prédit dans le sûtra s'est déjà produit, et il est évident que c'est le cas, comment pouvons-nous douter de la venue des autres désastres ? Si, en rétribution des doctrines mauvaises actuellement respectées, les désastres qui ne sont pas encore apparus nous accablent l'un après l'autre, ne sera-t-il pas trop tard pour réagir ?
Les empereurs et les rois s'appuient sur l'Etat et apportent la paix et l'ordre à leur époque ; les ministres et les gens du peuple exploitent leurs terres et leurs jardins et subviennent aux besoins du monde. Mais, si des brigands venus de l'étranger envahissent le pays, ou si une guerre civile éclate et que les gens voient leurs terres confisquées et pillées, que pourrait-il y avoir d'autre que terreur et confusion ? Si le pays est détruit et que les familles sont anéanties, où pourra-t-on alors s'enfuir pour trouver refuge ? Si vous vous préoccupez, si peu que ce soit, de votre sécurité personnelle, ne devriez-vous pas tout d'abord prier pour l'ordre et la paix aux quatre coins du pays ?
Il me semble que les hommes, en ce monde, s'interrogent tous avec frayeur sur leur sort dans la vie prochaine. C'est pourquoi certains placent leur foi dans des enseignements erronés, ou honorent ceux qui s'opposent à la Loi. Il m'est insupportable de les voir confondre ainsi le juste et le faux, et je regrette que, tout en ayant rencontré le bouddhisme, ils aient choisi la mauvaise voie. Avec le pouvoir de la foi qui se trouve en leur cœur, pourquoi faut-il qu'ils accordent vainement leur confiance à des doctrines erronées ? S'ils ne se défont pas des illusions auxquelles ils s'accrochent mais continuent à entretenir des idées fausses, alors ils quitteront rapidement le monde des vivants pour tomber dans l'enfer des souffrances incessantes.
Ainsi, il est dit dans le sûtra Daijuku : “ Même si le souverain d'un Etat a pratiqué le don d'offrandes pendant d'innombrables existences passées, en observant les préceptes et en obéissant aux principes de la sagesse, s'il voit ma Loi, le Dharma du Bouddha, menacée de périr et reste passif, sans rien faire pour la protéger, l'accumulation inestimable de toutes les bonnes causes créées par ses pratiques passées sera entièrement effacée. [ … ] Peu après, le souverain tombera gravement malade, perdra la vie et renaîtra dans l'un des enfers majeurs… Le même destin frappera l'épouse du souverain, son héritier, les hauts dignitaires de l'Etat, les seigneurs des villes, les chefs des villages et les généraux, les administrateurs des provinces, ainsi que les officiels du gouvernement. ”
Le sûtra Ninnô stipule : “ Si un homme détruit les enseignements du Bouddha, aucun de ses enfants ne sera loyal envers lui, il sera en désaccord avec ses proches parents et ne sera pas protégé par les divinités célestes. La maladie et les esprits maléfiques viendront le tourmenter jour après jour, des désastres s'abattront sans cesse sur lui, et le malheur le suivra où qu'il aille. A sa mort, il tombera dans [ l'une des trois mauvaises voies, ] l'enfer, l'avidité, l'animalité. Même s'il renaît en tant qu'être humain, il sera un esclave-soldat. La rétribution suivra, comme l'écho suit le son ou comme l'ombre suit la forme. Une personne écrivant la nuit peut toujours éteindre la lampe, les mots qu'elle a écrits demeurent. Il en est de même de la destinée que nous nous créons nous-mêmes dans le monde des Trois Plans. ”
On peut lire dans le deuxième volume du Sûtra du Lotus : “ Celui qui refuse d'avoir foi en ce sûtra et au contraire, s'y oppose… Après sa mort, il tombera dans l'enfer des souffrances incessantes. ” Et dans le septième volume, au chapitre Fukyô, il est dit : “ Pendant mille éons, dans l'enfer des souffrances incessantes, ils endurèrent des tourments effroyables. ”
On lit dans le Sûtra du Nirvana : “ Si quelqu'un s'écarte des bons amis, refuse d'écouter la Loi correcte et se consacre aux enseignements erronés, sa rétribution sera de tomber dans l'enfer des souffrances incessantes où il connaîtra d'indescriptibles tourments. ”
Quand nous examinons cette grande diversité de sûtras, nous remarquons qu'ils mettent tous l'accent sur la gravité de l'offense à la Loi. Comme il est regrettable que tous les hommes s'éloignent ainsi de la porte de la Loi correcte pour s'enfoncer si profondément dans la prison de ces dogmes malfaisants ! Comme il serait stupide qu'ils tombent, l'un après l'autre, dans les traquenards de ces doctrines mauvaises et restent si longtemps prisonniers des filets de ces enseignements erronés ! Ils perdent leur chemin dans ces brumes épaisses et sombrent au beau milieu des flammes furieuses de l'enfer. Quel chagrin doivent-ils éprouver ! Combien doivent-ils souffrir !
Voilà pourquoi vous devez vous hâter de réformer vos croyances et adhérer au Véhicule suprême, l'unique bonne doctrine [ du Sûtra du Lotus ]. Si vous agissez ainsi, le monde des Trois Plans se changera tout entier en Terre de bouddha, et comment une Terre de bouddha pourrait-elle jamais connaître le déclin ? Toutes les régions des Dix Directions deviendront des Terres aux trésors, et comment une Terre aux trésors pourrait-elle jamais connaître la ruine ? Lorsque vous vivez dans un pays qui ne connaît ni déclin, ni ruine, [ sur une terre qui ne subit ni violence, ni désordre ], votre corps trouve la paix et la sécurité et votre esprit est calme et paisible. Il faut croire mes paroles, et les respecter profondément ! ”
Le visiteur dit : “ Puisque cela concerne à la fois cette vie et les vies à venir, qui pourrait se dispenser d'être prudent en la matière ? Qui pourrait se permettre de ne pas tenir compte de ce que vous dites ? Maintenant, en examinant les passages des sûtras que vous avez cités, et en voyant exactement les mots du Bouddha, je comprends que l'opposition à la Loi est en vérité une offense très grave, et que dénigrer la Loi est bien une faute terrible. J'ai accordé toute ma foi au seul bouddha Amida, rejetant tous les autres. J'ai révéré les trois sûtras de la Terre pure et ignoré les autres sûtras. Mais ce n'était pas dû à des idées déformées par ma propre interprétation. Je ne faisais que suivre les propos d'hommes éminents du passé [134]. C'est également vrai pour tous ceux qui, dans les Dix Directions, suivent les enseignements de la Terre pure.
Mais je comprends maintenant qu'une telle attitude revient à s'épuiser en efforts inutiles dans cette vie et à tomber dans l'enfer des souffrances incessantes dans la vie prochaine. Les sûtras que vous avez cités sont parfaitement clairs sur ce point et ne laissent pas la moindre place au doute. Grâce à la bienveillance avec laquelle vous m'avez instruit, peu à peu, l'obscurité se dissipe de mon esprit.
Attaquons-nous vite à ces oppositions à la Loi et apportons sans retard la paix au monde, nous assurant ainsi conditions paisibles en cette vie-ci et bonne fortune dans la vie future. Mais il ne suffit pas que moi seul aie foi en vos propos, il faut également corriger les autres de leurs erreurs ! ”
Notes
[44] Le sabre tranchant : se réfère au Hanju-san de Chan-tao qui dit que l'invocation du nom du bouddha Amida a la fonction d'un sabre qui tranche les désirs terrestres, le karma et la souffrance.
[45] Guérira tous les maux : un des douze vœux du bouddha Yakushi présentés dans le sûtra Hongan-yakushi. Ce sûtra dit aussi que, en entendant le nom du bouddha Yakushi, on peut se libérer de toutes les souffrances.
[46] Passage du chapitre Yakuô (le 23 e ). Il s'agit ici d'une référence à la pratique de l'école Tendai.
[47] Autre référence à l'école Tendai dont l'un des rituels était basé sur ce passage.
[48] Cérémonies. Selon le sûtra Ninnô, genre de cérémonie organisée à l'origine par le dieu Taishaku pour vaincre le mauvais roi Chôshô. Cette cérémonie du sûtra Ninnô était parfois conduite pour protéger ou ramener la paix.
[49] Remplir d'eaucinq jarres : rite de l'école Shingon qui consistait à placer cinq jarres, de couleurs blanche, bleue, rouge, jaune et noire sur une estrade et à y mettre respectivement de l'or, de l'argent, du lapiz lazuli, des perles et du cristal. De plus, les moines plaçaient dans ces cinq jarres les cinq sortes de grains, cinq herbes et cinq sortes d'encens, puis les remplissaient d'eau avant d'y disposer des fleurs. On croyait que ce rituel avait le pouvoir d'éviter les désastres.
[50] Sept esprits gardiens : esprits cités dans le sûtra Kyakuon-shinju.
[51] Cinq puissants bodhisattvas : référence au sûtra Ninnô. Selon ce sûtra, si un souverain adhère aux enseignement corrects du bouddhisme, ces cinq puissants bodhisattvas le protégeront ainsi que les habitants de son pays.
[52] Cérémonies : rituels ayant pour but la protection du pays. Les quatre coins de la capitale désignent le Nord-Est, le Sud-Est, le Sud-Ouest et le Nord-Ouest. En ces quatre coins étaient élevés des autels pour le dieu qui enraye les épidémis et le dieu de la médecine, pour protéger de l'invasion des démons et les esprits maléfiques. Des statues de ces dieux étaient également enchâssées aux quatre frontières du pays pour des raisons similaires. On célébrait souvent un tel rituel lorsqu'un empereur tombait malade. Dans la période de Kamakura (1185-1333), on plaçait des images de ces dieux aux quatre coins du site des bâtiments du gouvernement et aux quatre portes de Kamakura.
[53] Cinq planètes : Jupiter, Mars, Vénus, Mercure et Saturne. Les planètes les plus lointaines n'étaient pas encore découvertes au japon du XIIIe siècle.
[54] Les Trois Trésors du bouddhisme : le Bouddha, la Loi et le Moine. Cette phrase se réfère aux diverses écoles bouddhiques qui, à l'époque de Nichiren Daishonin, étaient encore prospères. Voir aussi : Trois Trésors, dans le glossaire.
[55] Référence à un oracle, une promesse faite par le bodhisattva Hachiman sous le règne du cinquante et unième souverain, l'empereur Heizei (774-824). Le Rissho Ankoku Ron fut écrit sous le règne du quatre-vingt-dixième souverain, l'empereur Kameyama (1240-1305).
[56] Quatre sortes de bouddhistes. On les appelle également les qutre sortes de croyants : religieux, moines et nonnes ; laïcs, hommes et femmes.
[57] Yakshas : une des huit catégories d'êtres non humains qui protègent le bouddhisme. D'abord démons de la mythologie hindouiste, ils furent plus tard incorporés au bouddhisme en tant que protecteurs de la Loi correcte sous la direction de Bishamonten, un des Quatre Rois du ciel. Voir aussi : huit sortes d'êtres non-humains, dans le glossaire.
[58] Les Mondes de la forme et du désir : les deux premières parties du monde des Trois Plans, monde des êtres non éveillés vivant dans les six premiers états. Voir aussi : le Monde des Trois Plans, dans le glossaire.
[59] Les Sept Parfums : parfums doux, piquant, acide, amer, salé, âpre et léger.
[60] Les Trois Essences : le pouvoir de la terre, le pouvoir des lois bouddhiques et mondaine, et le pouvoir de la vie humaine et de la société.
[61] Les dix mauvaises actions : tuer, voler, avoir des relations sexuelles illicites, mentir, flatter, diffamer, être de mauvaise foi, faire preuve d'avidité, de colère et d'ignorance.
[62] Les vingt-huit constellations : maisons célestes divisées en quatre maisons de sept corps célestes majeurs, correspondant respectivement aux quatre directions et aux quatre saisons de l'est (ou printemps), du sud (l'été), de l'ouest (l'automne) et du nord (l'hiver).
[63] Kshatriya : deuxième des quatre classes ou castes de l'Inde ancienne, qui sont la caste des religieux, la caste des militaires et des hommes du pouvoir, (Skt kshatriya), la caste des paysans et commerçants, et la caste des serviteurs.
[64] Les rois les plus puissants : souverains des plus grands royaumes. Dans l'Inde ancienne, quand le souverain d'un grand royaume accédait au trône, les souverains de royaumes plus petits et leurs ministres lui versaient de l'eau de mer sur la tête.
[65] Prasenajit : souverain du royaume de Koshala. Il se convertit au bouddhisme sur l'injonction de sa femme et en suivant les instructions de Shakyamuni, et entreprit de protéger et de soutenir l'ordre bouddhique.
[66] Les mondes Sumeru : planètes. Selon l'ancienne cosmologie indienne, chaque monde comportait un soleil, une lune et un grand mont Sumeru en son centre, entouré par quatre continents. C'était, pensait-on, sur le continent du sud, Jambudvipa, que le bouddhisme se propageait.
[67] Deux, trois, quatre ou cinq soleils apparaissent en même temps : référence à un phénomène inhabituel mais concret où le soleil semble se démultiplier. De telles illusions d'optique consistent en plusieurs disques brillants se formant autour du soleil. Les scientifiques disent qu'ils sont provoqués par le reflet ou la réfraction de la lumière par des cristaux de glace flottant dans la stratosphère.
[68] L'étoile de Métal : Vénus. L'étoile du Balai désigne les comètes, l'étoile du Feu, Mars et l'étoile de l'Eau, Mercure.
[69] Différents types de désastres causés par le feu. Le feu des démons fait référence aux feux d'origine inconnue attribués à la colère du démon. Le feu du dragon désigne les feux attribués à la fureur des dragons qu'on pensait capables de changer à volonté l'eau en feu. Cela désignait peut-être des feux provoqués par la foudre. Le feu du ciel était attribué à la colère du ciel, et le feu du dieu de la montagne (peut-être une référence aux éruptions volcaniques) à la colère des dieux de la montagne. Le feu d'origine humaine désigne les incendies dus aux erreurs humaines ou à la négligence. Le feu de la forêt désignait probablement les incendies de forêts qui éclataient spontanément, et le feu des criminels représente les feux allumés, dans l'intention de nuire par des malfaiteurs ou des envahisseurs.
[70] Les cinq grains. Le blé, le riz, les fèves et deux sortes de millet. Cela peut-être aussi le terme générique pour toutes les céréales, ce qui est le cas ici.
[71] Les pillards du feu, les pillards de l'eau, les pillards du vent et les pillards du démon : malfaiteurs qui profitent de la confusion liée aux désastres causés par le feu, l'eau et le vent. Quant aux pillards du démon, ce sont probablement les ravisseurs.
[72] Référence à une tradition selon laquelle l'empereur Ming (27-75) rêva d'un homme de couleur dorée lévitant au-dessus de son jardin. A son réveil, il interrogea ses ministres sur la signification de son rêve. L'un d'eux déclara qu'il avait un jour entendu dire qu'un sage était né dans une région de l'ouest, sous le règne du roi Tchao de la dynastie Tcheou, et qu'à ce sage on avait donné le nom de Bouddha. Le roi envoya dix-huit missionnaires afin de recueillir les enseignements du Bouddha. Ils ramenèrent en Chine les écrits bouddhiques et des images du Bouddha en 67 après J.-C.
[73] Shôtoku (574-622) : second fils du trente et unième empereur, Yômei, célèbre pour s'être inspiré du bouddhisme dans sa manière de gouverner. En tant que régent de l'impératrice Suiko, il réalisa diverses réformes. Il vénéra le Sûtra du Lotus, le sûtra Shrimâlâ ainsi que le sûtra Vimalakirti, et écrivit des commentaires sur ces textes.
[74] Mont Hiei : site du temple Enryaku-ji, temple principal de la branche Sanmon de l'école Tendai. Cette branche est issue de Jikaku, troisième grand patriarche de l'école Tendai, qui incorpora les enseignements ésotériques de l'école Shingon dans la doctrine de sa propre école, créant ainsi une confusion.
[75] Onjô-ji et Tô-ji : Onjô-ji est également appelé Mii-dera, temple principal de la branche Jimon de l'école Tendai. Cette branche se rattache à Chishô, le cinquième grand patriarche de l'école Tendai. Tô-ji (temple de l'Est) est un des principaux temples de l'école Shingon, également appelé Kyô'ô-gokoku-ji.
[76] Cinq provinces autour de la capitale. Régions sous le contrôle direct de l'empereur.
[77] Cela se réfère à ceux qui attachent une grande importance à la pratique de la méditation.
[78] Il s'agit là de ceux qui attachent plus d'importance au respect des enseignements qu'à la pratique de la méditation. Haklenayasha était le vingt-troisième des vingt-quatre successeurs de Shakyamuni. Kukkutapada se situe près de Rajagriha, la capitale du Magadha. Mahakashyapa transmit les enseignements à Ananda et mourut sur cette montagne.
[79] Les six pouvoirs surnaturels : 1. Le pouvoir de se manifester partout où on le désire (ubiquité) ; 2. Le pouvoir de tout voir, partout ; 3. Le pouvoir d'entendre tous les sons, partout ; 4. Le pouvoir de connaître toutes les pensées des autres ; 5. Le pouvoir de connaître les vies antérieures ; 6. Le pouvoir de dissiper les illusions.
[80] Les quatre degrés : quatre étapes auxquelles les personnes dans l'état d'étude (shômon) peuvent atteindre. La plus élevée est celle d'arhat.
[81] Senchaku Shû . “ Le Seul Choix du Nembutsu ”, ouvrage en deux fascicules écrit en 1198 à la demande de Kujô Kanezane, et qui constitue la référence fondamentale de l'école Jôdo. Dans ce texte, Hônen, en se basant sur les trois sûtras majeurs de l'école Jôdo, exhorte les hommes à rejeter tous les enseignements Nembutsu.
[82] Tao-tch'ao (562-645). Second patriarche de l'école Jôdo en Chine.
[83] Enseignements de la voie sacrée et enseignements de la Terre pure. Les premiers sont les enseignements qui affirment qu'il faut pratiquer dans ce monde réel de saha et atteindre l'illumination par ses propres efforts. Au contraire, les enseignements de la terre pure définissent le monde saha comme un monde souillé et affirment qu'il faut aspirer à renaître sur la terre pure de l'ouest en demandant l'intercession du bouddha Amida.
[84] Sanron, Hossô, Jiron et Shôron. Sanron veut dire littéralement “ Trois Traités ” et se réfère aux trois traités sur lesquels est basée l'école Sanron. Ce sont lesChû Ron et Jûnimon Ron de Nagarjuna et le Hyaku Ron d'Aryadeva. Cette école fut fondée par Kia-siang et introduite au Japon en 625. L'école Hossô vise à découvrir la réalité ultime en examinant les aspects et les caractéristiques de toutes choses. Les ouvrages de base de l'école sont le sûtra Gejimmitsu , le Yushiki Ron et le Yuga Ron. Sous la dynastie T'ang, Sian-tsang introduisit cet enseignement d'Inde en Chine, et son disciple Ts'eu-ngen fonda l'école. En 653, Dôshô introduisit cet enseignement au Japon après avoir étudié sous la direction de Sian-tsang. L'école Jiron fut fondée en Chine par Houei-kouang avec le Jujikyô Ron (Traité sur le sûtra des dix étapes) de Vasubandhu comme enseignement de base. L'école prospéra sous la dynastie Leang mais fut par la suite absorbée par l'école Kegon. L'école Shôron était basée sur le Shôdaijô Ron (Recueil des traités du Mahayana) d'Asanga. Elle prospéra durant les dynasties Tch'en et Souei mais fut plus tard absorbée par l'école Hossô.
[85] T'an-louan (476-542) :. fondateur de l'école Jôdo en Chine.
[86] Chan-tao (613-681) : moine de l'école Jôdo en Chine sous la dynastie T'ang. Dans le Ojo Raisan (Eloge de la renaissance sur la terre pure), il classa les pratiques bouddhiques en pratiques correctes et incorrectes. Selon lui, les pratiques correctes sont celles qui s'adressent au bouddha Amida. Elles sont ensuite divisées en cinq : 1. Lire et réciter ; 2. Méditer ; 3. Vénérer ; 4. Invoquer le nom et 5. Réciter les louanges et faire des offrandes. Ces cinq pratiques sont adressées au bouddha Amida, aux sûtras de la Terre pure, et à la Terre pure. Les pratiques incorrectes sont également subdivisées en cinq catégories identiques. La dernière partie du texte traite des pratiques incorresctes.
[87] Jôgen Nyûzô Roku . : Liste de sûtras que le moine Yuan-tchao sélectionna sur l'ordre de l'empereur Te-tsung durant l'ère Tcheng-yuan (Jôgen en japonais) (785-804).
[88] Sûtra Daihannya. : “ Grand Sûtra de la Sagesse ” (Skt. Sûtra Mahaprajnaparamita). Sûtra extrêmement long énonçant le principe de kû.
[89] Sûtra Hôjôjû : sûtra du Mahayana en un volume exposant l'éternité de la Loi.
[90] Les deux méthodes de méditation, concentrée et sans concentration. On trouve, décrites dans le sûtra Kammuryôju, seize sortes de méditations et trois sortes de pratique qui permettent de renaître sur la Terre pure. Dans les treize premières sortes de méditation, on se concentre et l'on médite sur la splendeur de la Terre pure et les caractéristiques des bouddhas et bodhisattvas. Ces sortes de méditation sont considérées comme “ médiation concentrée ”. Les trois autres sortes de méditation et les trois sortes de pratique qui restent peuvent être accomplies même sans concentration. C'est pourquoi elles sont appelées “ pratique sans concentration ”. Hônen considérait au même titre les pratiques concentrées et sans concentration comme des pratiques exposées par le Bouddha en fonction des capacités des gens. Il affirma que seule la pratique du Nembutsu était le véritable enseignement du Bouddha, en même temps que l'unique enseignement pour la période des Derniers Jours de la Loi. Interprété de manières diverses, Nembutsu signifie littéralement “ méditation sur le Bouddha ” (Amida). Chan-tao et Hônen désignèrent de ce nom l'invocation du bouddha Amida afin de mettre l'accent sur cette pratique.
[91] Trois sortes d'esprits : Trois conditions nécessaires pour atteindre la Terre pure. 1. La sincérité ; 2. Une foi profonde ; 3. .La détermination à atteindre la Terre pure.
[92] Le commentaire de ce sûtra. Il s'agit du Kammuryôjukyô Sho, le commentaire de Chan-tao.
[93] Tous les moines sages des trois pays : Ceux qui propagèrent le bouddhisme correctement. Cela concerne Nagarjuna et Vasubandhu en Inde, T'ien-t'ai, Tchang-ngan et Miao-lo en Chine, Dengyô et Gishin au Japon, etc ...
[94] Les trois sûtras de la Terre pure : écrits de base de l'école japonaise Jôdo (Terre pure). Il s'agit du sûtra Muryojû, du sûtra Kammuryôju et du sûtra Amida.
[95] C'est là une allusion au dix-huitième des quarante-huit vœux, décrits dans le sûtra Muryôju et par lequel le bodhisattva Hôzô (Skt. Dharmakara), nom du bouddha Amida avant son illumination, s'engage à conduire tous les êtres humains dans sa Terre pure.
[96] Cinq périodes d'enseignement. Voir aussi : Cinq Périodes, dans le glossaire.
[97] Sûtra du Lotus, chap. 3.
[98] Deux acolytes : les bodhisattvas Kannon et Seishi. Voir aussi : Kannon, dans le glossaire.
[99] Gishin (781-833) : le successeur de dengyô et premier supérieur du Enryaku-ji, le temple principal de l'école Tendai.
[100] Shakyamuni et Yakushi : bouddhas dont les effigies étaient enchâssées au temple principal de l'école Tendai au mont Hiei. On dit que l'image de Yakushi fut placée là au même titre que celle de Shakyamuni, parce que le bouddha Yakushi fait vœu de “ guérir tous les maux ” (voir note 2) Il concrétise la parabole de l'excellent médecin dans le chapitre Juryô (le 16e) du Sûtra du Lotus.
[101] Kokûzô et Jizô : Kokûzô est un bodhisattva à qui l'on attribue une sagesse et une bienveillance incommensurables. Une représentation du bodhisattva Kokûzô était enchâssée au mont Hiei. Jizô est un bodhisattva à qui le bouddha Shakyamuni a confié la mission de sauver les hommes. Il devait apparaître pendant la période se situant entre la mort du bouddha Shakyamuni et l'apparition du bouddha Miroku, afin d'instruire les êtres humains dans les six états. Une représentation de ce bodhisattva était également enchâssée au mont Hiei, avec celle de Kokûzô.
[102] Au cours de la cérémonie décrite dans le Sûtra du Lotus, le bouddha Shakyamuni confia ses enseignements aux bodhisattvas de l'enseignement théorique tels que Yakuô et leur confia la mission de le propager dans la période de la Loi formelle. On disait que le bodhisattva Yakuô était né plus tard sous la forme du grand maître T'ien-t'ai en Chine et sous celle du grand maître Dengyô au Japon. En partant de la parabole du bon médecin énoncée par le Bouddha dans le chapitre Juryô, (le 16e), T'ien-t'ai et Dengyô firent du bouddha Yakushi, bouddha de la guérison et maître de la terre d'émeraude située à l'est de l'univers, l'objet de vénération de leur propre école. En ce sens, négliger le bouddha Yakushi pour révérer à sa place le bouddha Amida revient à ne pas tenir compte de la transmission faite par le Bouddha lui-même.
[103] Les trois ouvrages en quatre volumes des écrits de la terre pure : les deux volumes du sûtra Muryôju, le volume du sûtra Kammuryôju et le volume du sûtra Amida.
[104] Les quatre traités : le Chû Ron, le Jûnimon Ron et le Daichido Ron de Nagarjuna ainsi que le Hyaku Ron d'Aryadeva.
[105] Le Sûtra du Nirvana : sûtra qui exposa les cinq actions de bodhisattvas, en contradiction avec la pratique unique de l'école Jôdo. Voir aussi : Sûtra du Nirvana, dans le glossaire.
[106] Eshin (942-1017) : le dix-huitième supérieur du temple Enryaku-ji. Il eut d'abord foi dans les enseignements de la Terre pure, mais adhéra plus tard au Sûtra du Lotus.
[107] Son ouvrage : le Ojô Yôshû, écrit en 985, qui exerça une influence non seulement au Japon, mais aussi en Chine.
[108] Les soixante volumes des écritures du Tendai : les trois œuvres majeures de T'ien-t'ai (le Maka Shikan, le Hokke Mongu et le Hokke Gengi), soit trente volumes, ainsi que les trois ouvrages de commentaires de Miao-lo qui représentent eux-aussi trente volumes.
[109] Les huit écoles. Il s'agit des huit principales écoles bouddhiques bien établies au Japon avant la période de Kamakura. D'un point de vue historique, elles se rangent en deux catégories : les écoles Kusha, Jôjitsu, Ritsu, Hossô, Sanron et Kegon qui prospérèrent durant la période Nara (710-784) et les écoles Tendai et Shingon qui apparurent dans la période Heian (794-1185).
[110] Référence à un élément de la biographie de Hônen. Selon ce récit, Hônen fit un rêve dans lequel Chan-tao l'autorisait à propager la pratique de l'invocation du nom du bouddha Amida et lui confiait l'enseignement de la Terre pure.
[111] Les premiers maîtres de la doctrine de la Terre pure : T'an-Iouan, Tao-tchao et Chan-tao.
[112] Une période antérieure : la période pendant laquelle Hônen propagea l'enseignement de la Terre pure.
[113] Che Ki : œuvre écrite par Sseu-ma Ts'ien sous la dynastie des han antérieurs, relatant l'histoire de Chine depuis l'époque du légendaire Empereur jaune de l'antiquité jusqu'à celle de l'empereur Wou (140-87 av. J.C.) de la dynastie des Han antérieurs.
[114] Tso Tchou-an : œuvre attribuée à Tso Ch'iu-ming de la période du printemps et de l'automne (c. 770-403 av. J.-C.). Il s'agit d'un commentaire du Ch'un Ch'iu ou Annales du printemps et de l'automne, la chronique des douze ducs de l'Etat de Lu (722-481 av. J.-C.).
[115] Yuan-Tsi (210-263) : poète chinois.
[116] Les Ouighours : peuple turc d'Asie centrale, qui prospéra du VIIIe au milieu du IXe siècle.
[117] Cet incident est connu sous le nom de rébellion de Jôkyû. Le texte de l'original a été ici développé pour plus de clarté.
[118] Ryûkan (1148-1227), Shôkô (1162-1238), Jôkaku (1133-1247), Sasshô (dates inconnues) : moines de l'école Jôdo. Ryûkan est le fondateur du groupe Chôraku-ji. On l'appela aussi Kakû ou Muga (son nom posthume). Il étudia la doctrine Tendai sous la direction de Kôen au temple Enryaku-ji et vécut au temple Chôraku-ji de Kyoto. Shôkô est le fondateur du groupe Chinzei et le second patriarche de l'école Jôdo. Il étudia d'abord la doctrine Tendai au mont Hiei, mais devint par la suite disciple de Hônen. Jôkaku étudia d'abord la doctrine Tendai, mais se convertit à l'enseignement de Hônen et se fit le défenseur de la doctrine de la récitation unique qui enseigne que si l'on invoque une fois le nom du bouddha Amida, on peut renaître sur la Terre pure. A cause de cela, il fut excommunié par Hônen. Sasshô étudia aussi la doctrine Tendai mais suivit plus tard l'enseignement de Jôkaku. Encore plus tard, il finit par fonder sa propre école.
[119] Chunda : forgeron du village de Pava qui fut profondémment touché par l'enseignement de Shakyamuni auquel il offrit respectueusement un repas. Peu après avoir quitté la maison de Chunda, Shakyamuni tomba malade et mourut.
[120] Les quatre délits graves : Il s'agit des quatre fautes les plus graves parmi les dix mauvaises actions. C'est-à-dire tuer, voler, commettre l'adultère et mentir.
[121] Anagamin : (Jap. Anagon). La troisième des quatre étapes que les personnes dans l'état d'étude peuvent atteindre. Désigne aussi celui qui a atteint ce stade. La quatrième et plus haute étape est celle d'arhat.
[122] Kashô : personnage du Sûtra du Nirvana qui posa trente-six questions au Bouddha et entendit ses enseignements. Il ne faut pas le confondre avec Mahakashyapa (Jap. Kashô), l'un des dix principaux disciples du Bouddha.
[123] Un corps semblable au diamant : référence à l'état de bouddha qui ne peut ni décliner ni être détruit.
[124] Les Cinq Préceptes : code de base du bouddhisme qui interdit le meurtre, le vol, l'adultère, le mensonge et la consommation de boissons intoxicantes.
[125] Le bouddha kashô : un des sept anciens bouddhas. Parmi ceux-ci, le bouddha Kashô fut le sixième à apparaître et Shakyamuni le septième.
[126] Le corps du dharma : Bouddha qui est la concrétisation de la Loi.
[127] Le territoire à l'intérieur des mers : il s'agit ici du Japon. Cette expression désignait à l'origine la Chine.
[128] Les conférences ennuelles : conférences qui se tenaient à l'occasion de l'anniversaire de la mort de T'ien-t'ai, le 24 novembre de chaque année.
[129] L'enfer Avichi : enfer des souffrances incessantes.
[130] Les vagues blanches : terme chinois se référant aux rebelles et hors-la-loi. Ici, les vagues blanches désignent Hônen et les autres moines de l'école de la Terre pure ainsi que les adeptes des autres écoles erronées. “ L'océan du Bouddha ” désigne les enseignements de Shakyamuni. Les expressions “ verdure sauvage ” et “ montagne de la Loi ” dans la phrase suivante se référant également respectivement aux hommes mauvais et aux enseignements de Shakyamuni.
[131] Fou Si et Chen Noung : souverains idéaux de la Chine antique, selon la légende. On dit que leurs époques furent paisibles et idéales.
[132] Yao et Choun : deux autres rois légendaires dont on dit qu'ils régnèrent après l'époque de Fou si et de chen Noung.
[133] Images empruntées à la littérature chinoise ancienne. Elles indiquent un changement radical.
[134] Les hommes éminents du passé : T'an-Louan, Tao-ch'ao, Chan-tao, Eshin et Hônen.