Traité sur la dette de reconnaissance

Le vieux renard n’oublie jamais la colline sur laquelle il est né 2. La tortue blanche rendit à Mao Pao la faveur qu’elle avait reçue de lui 3. Si même des animaux sont capables de se conduire ainsi, comment des êtres humains pourraient-ils ne pas le faire ? Ainsi [ en Chine ] Yu-jang, un preux de l’antiquité, s’empala sur son épée pour s’acquitter de sa dette envers [ son seigneur ] Tche Po 4, et le ministre Hong Yen, [ pour des raisons semblables ], s’ouvrit l’estomac et y inséra le foie du duc Yi de l’état de Wei 5 [ son suzerain assassiné ]. Que dire, alors, de personnes qui se consacrent au bouddhisme ? Elles ne devraient assurément jamais oublier leurs dettes de reconnaissance à l’égard de leurs parents, de leurs maîtres et de leur pays.

Mais pour s’acquitter de ces grandes dettes de reconnaissance, il est nécessaire d’étudier et de maîtriser les enseignements bouddhiques, afin de devenir une personne de sagesse. Sinon, ce sera comme essayer d’aider une troupe d’aveugles à traverser un pont en étant soi-même privé de la vue ; et si celui qui tient la barre est incapable de déterminer la direction du vent, comment son bateau pourrait-il transporter les marchands vers la montagne aux trésors ?

Si l’on veut acquérir la sagesse et maîtriser les enseignements bouddhiques, il faut y consacrer du temps. Et si l’on veut consacrer du temps à cette entreprise, il n’est plus possible de céder à tous les désirs de ses parents, de ses maîtres et de son souverain. Tant que n’est pas atteinte la route qui mène à l’illumination, il ne faut pas se laisser guider par la volonté et l’opinion de ses parents et de ses maîtres [ si raisonnables qu’ils puissent être ].

Beaucoup s’étonneront peut-être d’un tel conseil en disant qu’il est contraire à l’éthique séculière et s’oppose à l’esprit du bouddhisme. Mais en fait, des textes non bouddhiques tels que le “ Classique de la piété filiale ” rendent évident qu’il est des cas où c’est seulement en refusant d’obéir aux souhaits de son souverain ou de ses parents que l’on fait véritablement preuve de loyauté et de fidélité à leur égard. Dans les sûtras bouddhiques il est dit : “ En négligeant ses obligations pour entrer dans la voie bouddhique [ afin de parvenir à l’illumination ], on s’acquitte pleinement de ses obligations. ” 6. C’est parce que refusa d’obéir aux ordres de son roi que Pi Kan 7  acquit une réputation de grande vertu. Le prince héritier Siddharta 8  désobéit à son père, le roi Suddhodana, et pourtant, il devint le meilleur fils, d’une fidélité sans égale dans tout le monde des Trois Plans. Ces exemples illustrent bien ce que je veux dire.

Lorsque, ayant bien compris cela, je fus prêt, sans céder aux désirs de mes parents, de mes maîtres ou de quiconque à me plonger dans la recherche des vérités bouddhiques, je découvris qu’il y avait dix brillants miroirs qui réflètent les doctrines sacrées exposées par le Bouddha tout au long de sa vie. Ce sont les dix écoles du bouddhisme que l’on appelle Kusha, Jojitsu, Ritsu, Hossô, Sanron, Shingon, Kegon, Jôdo, Zen et Tendai Hokke. 9 Les lettrés d’aujourd’hui pensent qu’avec ces dix écoles pour guides éclairés il est possible de comprendre le cœur de tous les sûtras, et proclament que ces dix miroirs réflètent tous de manière correcte la voie enseignée par le Bouddha. Nous pouvons néanmoins pour l’instant laisser de côté les trois écoles du Hinayana [ Kusha, Jôjitsu et Ritsu ]. Elles sont comparables à un message qu’un particulier aurait réussi, d’une manière ou d’une autre, à envoyer dans un pays étranger, et en ce sens, elles ne peuvent faire autorité.

Mais les sept écoles du Mahayana sont un grand vaisseau permettant la traversée du vaste océan des souffrances de la vie et de la mort, et de conduire jusqu’à la rive de la Terre pure. En les étudiant et en les comprenant, il est possible de se libérer soi-même tout en libérant les autres. Avec cette pensée en tête, j’ai commencé à les examiner, et j’ai découvert que chacune des sept écoles du Mahayana chante ses propres louanges en disant : “ Notre école, et notre école seule représente le cœur même des enseignements sacrés exposés par le Bouddha de son vivant ! ”

Il s’est trouvé des hommes tels que Tou-chouen, Tche-yen, Fa-tsang et Tch’eng-kouan 10 de l’école Kegon ; Siuan-tsang, Ts’eu-ngen, Tsi-tcheou et Chishô 11 de l’école Hossô ; Sing-houang et Kia-siang 12 de l’école Sanron ; Chan-wou-wei, Tsin-kang-tche, Pou-k’ong, Kôbô, Jikaku et Chishô de l’école Shingon ; Bodhidharma, Houei-k’o et Houei-neng 13 de l’école Zen ; et Tao-tch’ao, Chan-tao, Houai-kan et Genkû [ Honen ] 14 de l’école Jôdo. En s’appuyant sur les sûtras et les traités de son école respective, chacun de ces maîtres proclame : “ Notre école a compris les multiples sûtras, notre école a saisi le sens le plus profond des enseignements du Bouddha. ”

Ainsi, certains proclament :“ Le sûtra Kegon est le premier de tous les sûtras ; d’autres sûtras comme le Sûtra du Lotus et le sûtra Dainichi lui sont subordonnés ”. Ou encore, les maîtres du Shingon disent : “ Le sûtra Dainichi [ Sûtra du Grand Soleil ] est le premier de tous les sûtras ; les autres sûtras sont comparables à une multitude de petites étoiles. ” Les tenants du Zen déclarent : “ Le sûtra Ryoga 15 est le premier de tous les sûtras. ” Et il en va de même pour les adeptes des diverses écoles. Les gens de notre époque accordent autant de respect aux nombreux maîtres bouddhistes mentionnés plus haut que les divinités célestes en manifestent à l’égard de Taishaku, ou les suivent comme une nuée d’étoiles fait une traîne au soleil et à la lune.

Nous, simples mortels, choisissons un maître, quel qu’il soit, et commençons à avoir foi en son enseignement sans jamais trouver par la suite aucune raison de le contredire. Les autres peuvent bien continuer à révérer et à croire [ les maîtres de leurs écoles respectives ], moi Nichiren, je ne parviens pas à dissiper mes doutes.

Si nous examinons le monde, nous constatons que tous les tenants de ces diverses écoles disent : “ Nous seuls détenons l’enseignement suprême ! ” Mais un pays ne peut avoir qu’un seul souverain. Si deux hommes prétendent ensemble à la souveraineté, le pays connaîtra des conflits. Pareillement, si une maison a deux maîtres, elle est inévitablement vouée à la destruction. Le même principe n’est-il pas valable pour les sûtras ?

Parmi tous les sûtras, il doit y avoir un enseignement roi. Mais les dix écoles ou sept écoles [ que j’ai mentionnées ] luttent pour prouver leur supériorité sans parvenir à se mettre d’accord. C’est comme si sept ou dix hommes prétendaient tous ensemble être le roi d’un même pays, interdisant ainsi au peuple de jamais vivre en paix.

Désireux de résoudre ce dilemme, j’ai fait un vœu. Celui de ne pas croire les affirmations de ces huit ou dix écoles, et de faire plutôt comme le Grand Maître T’ien-t’ai : de prendre pour seul maître les sûtras eux-mêmes, et de déterminer ainsi, parmi les sûtras enseignés par le Bouddha de son vivant, lesquels sont supérieurs et lesquels sont inférieurs. [ Armé de cette résolution, ] j’ai entrepris de lire tous les sûtras.

Dans le Sûtra du Nirvana, le Bouddha déclare : “ Il faut suivre la Loi et non la personne ”. Suivre la Loi signifie s’appuyer sur les divers sûtras. Ne pas suivre la personne signifie ne se laisser guider que par le Bouddha, et non par des personnes telles que les bodhisattvas Fugen et Monjushiri, ou les divers maîtres bouddhistes que j’ai cités plus tôt.

Dans le même sûtra [ du Nirvana ], le Bouddha dit encore : “ Suivez les sûtras qui sont complets et définitifs et non pas ceux qui sont incomplets et provisoires ”. Quand il parle de “ sûtras complets et définitifs ”, il se réfère au Sûtra du Lotus, et quand il parle de “ sûtras incomplets et provisoires ”, il désigne les sûtras Kegon, Dainichi, du Nirvana et d’autres sûtras enseignés avant, pendant ou après le Sûtra du Lotus. [ Le Sûtra du Nirvana est le dernier enseignement du Bouddha, celui dans lequel il exprime ses dernières volontés. ] Si nous croyons le testament du Bouddha, nous devons considérer que le Sûtra du Lotus est le seul brillant miroir qui nous soit nécessaire et que, grâce à lui, nous pouvons comprendre le cœur de tous les sûtras.

Si nous ouvrons le Sûtra du Lotus lui-même, nous lisons : “ Ce Sûtra du Lotus [ est la resserre secrète des bouddhas ], parmi les sûtras, il occupe la place la plus élevée. ” 16 Si nous acceptons ces mots du Sûtra, alors, nous comprenons qu’il est comparable à Taishaku résidant au sommet du mont Sumeru, au joyau capable d’exaucer tous les vœux 17 qui orne la couronne des Rois faisant tourner la roue 18, à la lune au dessus des arbres de la forêt, à la protubérance de charnelle 19 au dessus du front d’un bouddha ; le Sûtra du Lotus est le joyau capable d’exaucer tous les vœux surmontant la couronne des sûtras Kegon, Dainichi, du Sûtra du Nirvana et de tous les autres sûtras.

Si nous ne tenons pas compte des interprétations données par les lettrés et les maîtres, et si nous nous appuyons sur le texte même du Sûtra, nous pouvons alors constater que le Sûtra du Lotus est supérieur aux sûtras Dainichi, Kegon et à tous les autres sûtras, avec autant de clarté et de facilité qu’une personne dotée d’une bonne vue peut distinguer le ciel de la terre, lorsque le soleil brille dans un pur ciel bleu.

En examinant les textes des sûtras Dainichi, Kegon et des autres sûtras, nous ne découvrons pas un mot, pas un point qui ressemble aux passages du Sûtra du Lotus cités plus haut. Certes, ils affirment parfois que les sûtras du Mahayana sont supérieurs à ceux du Hinayana, ou que les doctrines bouddhiques sont plus profondes que les enseignements séculiers ; ils vantent parfois la notion de Voie du milieu [ Chu ] en l’opposant à divers concepts tels que la non-substantialité de tous les phénomènes [ Ku ], ou l’idée qu’ils n’ont qu’une existence temporaire[ Ke ] 20. Mais en fait, ils sont comme les roitelets de petits royaumes qui, lorsqu’ils s’adressent à leurs sujets, parlent d’eux-mêmes comme de grands rois. C’est le Sûtra du Lotus qui, comparé à ces divers dirigeants, mérite véritablement le titre de Grand Roi.

Seul le Sûtra du Nirvana contient des passages ressemblant au Sûtra du Lotus. C’est ce qui incita les maîtres bouddhistes  précédant T’ien-t’ai, aussi bien en Chine du nord qu’en Chine du sud, à déclarer à tort que le Sûtra du Lotus était inférieur au Sûtra du Nirvana. Mais si nous examinons le texte même du Sûtra du Nirvana, nous voyons que, comme dans le cas du sûtra Muryôgi, le Sûtra du Nirvana est comparé aux sûtras des périodes Kegon, Agon, Hôdô et Hannya, exposés par le Bouddha pendant les premières quarante et quelques années de son enseignement. C’est par rapport à ces sûtras précédents que le Sûtra du Nirvana se déclare supérieur.

De plus, quand le Sûtra du Nirvana se compare lui-même au Sûtra du Lotus, on lit : “ Au moment où ce sûtra [ du Nirvana ] est enseigné … la prédiction a déjà été faite dans le Sûtra du Lotus 21 que les huit mille disciples shômon atteindront la boddhéité, prédiction comparable à une grande récolte. Ainsi, la récolte d’automne est terminée, elle a été engrangée pour l’hiver [ où ce Sûtra du Nirvana est exposé ], et il ne reste plus que quelques glanes à récolter. ” Ce passage du Sûtra du Nirvana indique donc bien qu’il est inférieur au Sûtra du Lotus.

Les passages cités plus haut [ des Sûtras du Lotus et du Nirvana ] sont parfaitement explicites. Pourtant, même les grands lettrés des écoles du nord et du sud [ de la Chine ] se sont trompés sur ce point ; ceux qui les étudient par la suite devraient donc les lire avec la plus grande attention. Car le passage [ du Sûtra du Lotus que je viens de citer ] établit non seulement la supériorité du Sûtra du Lotus sur le Sûtra du Nirvana, mais sa supériorité sur tous les sûtras de tous les mondes des Dix Directions.

On peut admettre que certains, autrefois, se soient trompés sur le sens de ces passages, mais maintenant que de grands maîtres comme T’ien-t’ai, Miao-lo et Dengyô en ont clarifié la signification, tous ceux qui ont des yeux devraient pouvoir les comprendre. Pourtant, alors que Jikaku et Chishô, de l’école Tendai, ont été eux-mêmes incapables d’en donner une interprétation correcte, comment les tenants des autres écoles pourraient-ils ne pas se tromper sur ce point ?

Certains pourraient mettre ma parole en doute et se dire : “ Admettons qu’il n’y ait pas de sûtra supérieur au Sûtra du Lotus parmi tous les sûtras introduits en Chine et au Japon. Mais en Inde, et dans les palais des Rois-Dragons et des Quatre Rois du ciel, sur le soleil et sur la lune, dans le ciel Trayastrimsha 22, ou le ciel Tushita 23, on dit qu’il y a des sûtras aussi nombreux que les grains de sable du Gange. Parmi eux, ne pourrait-il pas y en avoir un qui soit supérieur au Sûtra du Lotus ?

Je répondrai qu’en observant une chose, on peut en comprendre mille. C’est ce que l’on appelle connaître tout ce qui existe sous le ciel sans passer la grille de son jardin. Mais les insensés douteront encore et diront : “ Je vois le ciel au sud, mais je n’ai pas vu le ciel à l’est, à l’ouest ou au nord. Peut-être le ciel, dans ces autres directions, a-t-il un soleil différent de celui que je connais ? ” Ou bien encore, voyant une colonne de fumée s’élever derrière les collines, même si cette fumée est parfaitement visible, parce qu’il ne verront pas le feu lui-même, ils en concluront qu’il n’y a peut-être pas réellement de feu. Une telle question ne peut être posée que par des personnes d’une incroyance incorrigible [ icchantika  ], en rien différentes des aveugles de naissance !

Dans le chapitre Hosshi du Sûtra du Lotus, le bouddha Shakyamuni, en prononçant, en toute sincérité, des paroles d’or, établit la supériorité relative des divers sûtras qu’il enseigna pendant cinquante et quelques années en disant : “ J’ai exposé d’innombrables sûtras, mille, dix mille, cent millions. Parmi tous ceux que j’ai enseignés, que j’enseigne et que j’enseignerai, ce Sûtra du Lotus est le plus difficile à croire et le plus difficile à comprendre. ”

Bien que le Sûtra du Lotus ait été enseigné par le seul bouddha Shakyamuni, tous les bodhisattvas parvenus à l’étape de tôgaku 24  ou aux étapes précédentes devraient le respecter et avoir foi en lui. Car le bouddha Tahô vint de l’est et témoigna de la véracité de ce sûtra, et tous les autres bouddhas venus des Dix Directions se rassemblèrent et tendirent leur longue et large langue jusqu’à toucher le ciel de Brahma, tout comme le fit Shakyamuni 25. Après quoi, tous retournèrent dans leurs terres d’origine.

Les mots “ j’ai enseigné, j’enseigne et j’enseignerai ” incluent non seulement les sûtras exposés par Shakyamuni au cours de cinquante ans d’enseignement, mais tous les sûtras exposés par tous les bouddhas des Dix Directions dans les Trois Phases de la vie [ passé, présent, futur ], sans omettre un seul caractère ou un seul point. C’est par rapport à tous ceux-là que le Sûtra du Lotus est proclamé suprême. A ce moment-là, tous les bouddhas des Dix Directions ont manifesté leur approbation. Si, une fois rentrés dans leurs terres respectives, ils avaient dit à leurs disciples qu’il y avait en fait un sûtra supérieur au Sûtra du Lotus, comment leurs disciples auraient-ils pu les croire ?

A ceux qui, sans l’avoir jamais vu de leurs propres yeux, se demanderaient s’il ne pourrait y avoir un sûtra supérieur au Sûtra du Lotus, quelque part en Inde ou dans les palais des Rois-Dragons, des Quatre Rois du ciel, sur le soleil ou sur la lune, je répondrais ceci : Bonten et Taishaku, les divinités du soleil et de la lune, les Quatre Rois du ciel et les Rois-Dragons n’étaient-ils pas présents dans l’assemblée devant laquelle Shakyamuni enseigna le Sûtra du Lotus ? Si le soleil, la lune et les autres divinités disaient : “ En effet, il y a un sûtra supérieur au Sûtra du Lotus, mais vous ne le connaissez pas ”, le soleil et la lune profèreraient d’énormes mensonges !

Dans ce cas, je le leur reprocherais, en leur disant : “ Soleil et lune, si vous résidez au ciel et non sur terre comme nous, et si vous n’en tombez jamais, c’est parce que vous observez strictement le précepte de ne jamais mentir. Mais si vous proférez maintenant ce grand mensonge qu’il existe un sûtra supérieur au Sûtra du Lotus, j’en suis persuadé, avant même que n’arrive le kalpa de déclin 26, vous viendrez vous écraser sur la terre. Pire, la terre s’ouvrira et vous tomberez jusqu’au fin fond de la grande citadelle de l’enfer des souffrances incessantes entourée de murailles de fer 27 ! Si vous dites des mensonges pareils, vous n’avez pas le droit de briller un instant de plus dans le ciel, ni de tourner autour de la terre et de ses quatre continents ! ” Voilà en quels termes je les blâmerais.

Pourtant, des hommes réputés pour leur sagesse, considérés comme de grands maîtres, et des lettrés éminents tels que Tch’eng-kouan, de l’école Kegon, ou Chan-wou-wei, Tsin-kang-tche, Pou-k’ong, Kôbô, Jikaku et Chishô, de l’école Shingon, proclament que les sûtras Kegon et Dainichi sont supérieurs au Sûtra du Lotus. Il ne m’appartient pas d’être juge en ce domaine mais, à la lumière des principes les plus élevés du bouddhisme, de tels hommes ne semblent-ils pas les ennemis jurés du Bouddha ? Ils sont plus malfaisants encore que Devadatta et Kokalika 28. Leurs crimes sont encore plus graves que ceux de Mahadeva 29 et du Grand Brahmane arrogant 30. Et ceux qui ont foi dans les enseignements de ces maîtres fourbes sont eux aussi véritablement effrayants.

Question : Osez-vous donc réellement affirmer que Tch’en-kouan, de l’école Kegon, Kia-siang, de l’école Sanron, Ts’eu-ngen, de l’école Hossô, et Chan-wou-wei et les autres, jusqu’à Kôbô, Jikaku et Chishô, de l’école Shingon, sont les ennemis du Bouddha ?

Réponse : C’est une question très importante, un point déterminant dans l’étude du bouddhisme. En étudiant le texte du Sûtra, je découvre que quiconque déclare qu’il existe un sûtra supérieur au Sûtra du Lotus ne peut échapper au crime d’opposition à la Loi. Par conséquent, d’après le Sûtra, une personne de ce genre [ telle que Tch’en-kouan et tous les autres ] doit être considérée comme l’ennemi du Bouddha. Et si, par peur, j’omets de souligner ce point, les distinctions établies entre les divers sûtras en fonction de leurs mérites respectifs n’auront servi à rien.

Si, impressionné par ces grands maîtres du passé, je me contentais de dénoncer leurs disciples d’aujourd’hui comme ennemis du Bouddha, les adeptes actuels de leurs différentes écoles auraient beau jeu de dire : “ Lorsque nous affirmons que le Sûtra Dainichi est supérieur au Sûtra du Lotus, ce n’est pas invention de notre part. C’est la doctrine enseignée par les patriarches de notre école. Peut-être ne les égalons-nous pas dans l’observance rigoureuse des préceptes,  ni en sagesse, en intelligence ou par notre position sociale, mais nous ne nous écartons jamais, si peu que ce soit, des principes qu’ils nous ont enseignés. ” Et dans ce cas, il faudrait bien admettre qu’ils ne sont coupables d’aucune faute.

Si, toutefois, sachant que ce sont les maîtres fondateurs de ces écoles qui ont commis de graves erreurs, par crainte des réactions dans la société, je renonçais à le dire, alors, je trahirais ce décret du Bouddha : “ Il devra transmettre tous les enseignements sans en dissimuler un seul, au risque même de sa vie 31 ”.

Que faire ? Si je parle, je devrai affronter la redoutable opposition du plus grand nombre. Mais, si je me tais, comment pourrais-je échapper à la punition [ encourue par celui qui transgresse un décret ] du Bouddha ? Que j’avance ou que je recule, ma route est barrée.

Peut-être cela n’a-t-il rien d’étonnant. Car, il est dit dans le Sûtra du Lotus : “ Puisque haines et jalousies envers ce Sûtra abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire encore dans le monde après son trépas 32 ? ” et ailleurs “ Beaucoup lui seront hostiles et il sera extrêmement difficile de croire 33 ”.

Quand le bouddha Shakyamuni fut conçu par sa mère, la reine Maya, en voyant l’enfant qui était dans son sein, le Démon du Sixième Ciel se dit : “ Mon ennemi juré, celui qui possède l’épée acérée du Sûtra du Lotus, a été conçu. Avant qu’il naisse, il faut que je parvienne à le détruire ! ” Le démon se transforma donc en savant médecin, et parvint à pénétrer au palais du roi Shuddhodana 34 en disant : “ Je suis un médecin expérimenté et j’apporte un excellent remède qui permet d’accoucher dans les meilleures conditions possibles. ” Et il tenta ainsi d’empoisonner la reine.

Après la naissance du Bouddha, le démon fit pleuvoir des pierres sur lui et mit du poison dans son lait. Plus tard, lorsque le bouddha Shakyamuni eut quitté le palais [ pour mener la vie d’un religieux ], le démon prit la forme d’un serpent noir et venimeux qui tenta de lui barrer la route. En d’autres occasions, il s’empara du corps de personnes mauvaises comme Devadatta, Kokalika, le roi Virudhaka 35 et le roi Ajatashatru, les incitant à faire tomber un gros rocher sur le Bouddha, le blessant et faisant couler son sang, ou à tuer de nombreux membres du clan des Shakya, ou à assassiner ses disciples.

Ces grandes persécutions eurent lieu dans un passé lointain, elles étaient des intrigues destinées à empêcher le Bouddha, Honoré du Monde, d’enseigner le Sûtra du Lotus. Ce sont elles que le Sûtra désigne par les mots : “ Puisque haines et jalousies abondent déjà du vivant du Bouddha … ”.

A ces persécutions qui se produisirent longtemps avant que le Bouddha n’enseigne le Sûtra du Lotus s’en ajoutèrent d’autres plus tard, lorsqu’il exposa le Sûtra lui-même. [ Ce furent les doutes qui s’élevèrent lorsque Shakyamuni révéla que ] pendant quarante et quelques années, Shariputra, Maudgalyayana et les grands bodhisattvas avaient été en fait de grands ennemis s’opposant à la propagation du Sûtra du Lotus 36.

Mais il est dit dans le Sûtra : “ Cela ne sera-t-il pas pire encore dans le monde après son trépas ? ” Ainsi, ce texte nous enseigne que, plus tard, après la mort du Bouddha, apparaîtront inévitablement des persécutions et des difficultés plus grandes et plus redoutables encore que celles qui se produisirent de son vivant. Si de telles épreuves, même pour le Bouddha, furent difficiles à endurer, comment un simple mortel pourrait-il supporter des persécutions encore plus graves ?

Quelles persécutions pourraient être plus terribles que l’énorme rocher de trois jo de long (9 m) et de un jo et six shaku de large (4,80 m) que Devadatta lança sur le Bouddha, ou que l’éléphant ivre que le roi Ajatashatru lâcha sur lui ? Celui qui, sans avoir commis aucun crime, se trouve sans cesse en butte à des persécutions plus graves que celles subies par le Bouddha de son vivant, sans aucun doute, il est bien le Pratiquant du Sûtra du Lotus, après la disparition du Bouddha.

Les successeurs du Bouddha 37 appartenaient aux Quatre Rangs de saints 38 ; ils étaient les envoyés du Bouddha. Pourtant, le bodhisattva Aryadeva 39 fut tué par un Brahmane, le vénérable Aryasimha 40 fut décapité par le roi Dammira ; Buddhamitra 41 dut se tenir pendant douze ans sous un drapeau rouge avant d’attirer l’attention de son souverain, et le bodhisattva Nagarjuna resta de même pendant sept ans sous un drapeau semblable. Le bodhisattva Ashvaghosha fut vendu à un pays ennemi pour trois cent mille pièces 42 et l’érudit Manoratha mourut de chagrin 43. Voilà des exemples de malheurs qui eurent lieu au cours des mille ans de la Loi correcte.

Venons-en maintenant aux premiers cinq cents ans de l’époque de la Loi formelle, soit mille cinq cents ans après la mort du Bouddha. En ce temps-là vécut en Chine un homme sage, que l’on appela d’abord Tche-yi, et plus tard, le Grand Maître sage T’ien-t’ai. Résolu à propager le véritable sens du Sûtra du Lotus, il étudia attentivement les enseignements de ses prédécesseurs. Avant lui, des milliers et des milliers de sages avaient défendu des opinions diverses concernant les enseignements exposés par le Bouddha de son vivant, mais, dans l’ensemble, ils s’étaient regroupés en dix écoles ou traditions, les trois écoles [ de la Chine ] du Sud et les sept écoles [ de la Chine ] du Nord. L’une d’elles était prééminente. C’était la troisième des trois écoles du Sud, la doctrine du maître du Dharma Fa-yun 44, du temple Kouang-tcho-sseu.

Fa-yun avait divisé les enseignements exposés par le Bouddha de son vivant en cinq périodes. Parmi les enseignements de ces cinq périodes, il avait choisi trois sûtras : le sûtra Kegon, le Sûtra du Nirvana et le Sûtra du Lotus [ et les avait classés par ordre de supériorité et de profondeur. ] Selon lui, parmi tous les autres, le sûtra Kegon  occupait la première place, ce qui le rendait comparable au souverain d’un royaume. Le Sûtra du Nirvana venait en deuxième position, semblable à un régent ou à un premier ministre, et le Sûtra du Lotus était troisième, au même rang que les nobles de la cour. Il considérait que tous les autres sûtras leur étaient inférieurs, comparables à de simples sujets.

Fa-yun était par nature d’une grande sagesse. Non seulement avait-il étudié sous la direction de grands maîtres tels que Houei-kouan, Houei-youan, Seng-jou et Houei-ts’eu 45, mais il avait réfuté les doctrines de plusieurs maîtres des écoles du Nord et du Sud, et vivait à la montagne, retiré dans une forêt où il se consacrait à l’étude du Sûtra du Lotus, du Sûtra du Nirvana et du sûtra Kegon.

[ En conséquence,  ] l’empereur Wou de la dynastie Leang le convoqua à la cour et lui fit construire, sur le territoire du palais, le temple Kouang-tcho-sseu, lui rendant ainsi un très grand hommage. Lorsque Fa-yun enseignait le Sûtra du Lotus, des fleurs pleuvaient du ciel, tout comme cela s’était déjà produit du vivant du bouddha Shakyamuni.

En la cinquième année de l’ère T’ien-chien (506 après J.C.), il y eut une grande sécheresse. L’empereur demanda au maître du Dharma, Fa-Yun, un cours sur le Sûtra du Lotus. Lorsqu’il arriva aux vers du châpitre Yakusôyu : “ La pluie, en toute impartialité, tombe dans les quatre directions ”, une pluie douce se mit à tomber du ciel. L’empereur fut à ce point confondu d’admiration qu’il le nomma sur le champ administrateur des moines (sôjô) et que lui-même le servit comme les diverses divinités servent le dieu Taishaku et comme les gens du peuple considèrent leur souverain, avec un respect mêlé de crainte. De plus, quelqu’un eut dans un rêve la révélation que Fa-yun enseignait le Sûtra du Lotus depuis l’époque du bouddha Nichigatsu Tômyô 46 dans un lointain passé.

Fa-yun écrivit des commentaires en quatre volumes sur le Sûtra du Lotus. Dans ces commentaires 47, il affirma : “ Ce sûtra n’est pas vraiment suprême ” et il en parla comme d’un “ moyen exceptionnel ”. Il voulait dire par là que le Sûtra du Lotus ne révèle pas entièrement la vérité du bouddhisme.

Est-ce parce que les enseignements de Fa-yun avaient reçu l’approbation du Bouddha que pluie et fleurs tombèrent du ciel sur lui ? En tous cas, à cause de ces phénomènes extraordinaires, le peuple de Chine en vint à croire que le Sûtra du Lotus était peut-être inférieur aux sûtras Kegon et du Nirvana. Ces commentaires de Fa-yun finirent par être acceptés dans les royaumes de Silla, Paekche et Koguryô [ en Corée ], ainsi qu’au Japon 48, où les gens finissaient en général par adopter les opinions [ qui prévalaient en Chine. ]

Peu de temps après la mort de Fa-yun, dans les dernières années de la dynastie Leang, et au début de la dynastie Tch’en, un jeune moine apparut, connu sous le nom de maître du Dharma Tche-yi. C’était un disciple du grand maître Nan-yue. Peut-être parce qu’il désirait éclaircir certains points lui semblant étranges dans la doctrine de son maître, il se rendit  dans les lieux où étaient conservés les textes et les étudia sans relâche.

Considérant le sûtra Kegon, le Sûtra du Nirvana et le Sûtra du Lotus comme les plus dignes d’attention, parmi ces trois sûtras, il étudia plus particulièrement le sûtra Kegon. De plus, il compila un livre d’actes de dévotion 49 [ en l’honneur du bouddha Vairochana du Sûtra Kegon  ] et, jour après jour, il approfondit sa compréhension de ce sûtra. Les gens de son époque pensèrent qu’il agissait ainsi parce qu’il considérait le sûtra Kegon comme le plus important de tous les sûtras. Mais en fait, c’est parce qu’il avait des doutes sérieux concernant l’affirmation de Fa-yun selon laquelle le sûtra Kegon venait en premier, le Sûtra du Nirvana en deuxième et le Sûtra du Lotus en troisième. Il désirait donc étudier de manière plus précise le sûtra Kegon.

Lorsque ses recherches furent terminées, il conclut que, parmi tous les sûtras, le Sûtra du Lotus méritait la première place, le Sûtra du Nirvana la deuxième et le sûtra Kegon, la troisième.

Il constata également à regret que, bien que les enseignements sacrés du Bouddha aient été propagés dans toute la Chine, ils n’avaient pas su apporter de bienfaits à ses habitants mais les avaient, au contraire, égarés dans les mauvaises voies de l’existence. Il en conclut que cela était dû aux erreurs de ceux qui les avaient enseignés.

Si les dirigeants d’un pays affirment aux gens du peuple que l’Est est en réalité l’Ouest, ou que le ciel est la terre, le peuple, acceptant leurs affirmations, aura tendance à les croire.

Si par la suite, une personne de condition modeste s’avance pour leur dire que ce qu’ils avaient pris pour l’ouest était en fait l’est, ou que ce qu’ils avaient cru être le ciel était en réalité la terre, non seulement ils refuseront de le croire, mais ils le maudiront et l’attaqueront en prenant le parti de leurs dirigeants.

Tche-yi se demanda que faire. Il sentit qu’il ne pouvait continuer à se taire. Il déclara ouvertement que Fa-yun, du temple Kouang-tcho-sseu, pour avoir commis des offenses à la Loi correcte, était tombé en enfer. En entendant cela, les maîtres bouddhistes du Nord et du Sud se levèrent comme des frelons en colère et fondirent sur Tche-yi comme un nuage de corbeaux.

Certains voulaient lui briser la tête, d’autres l’exiler à l’étranger. En apprenant cela, le souverain de la dynastie Tch’en convoqua plusieurs maîtres bouddhistes du Nord et du Sud et leur ordonna de débattre avec Tche-yi en sa présence. De nombreux moines vinrent, tels que Houei-yong, disciple de Fa-yun, et Fa-souei, Houei-kouang et Houei-heng, au total plus de cent, tous soit surveillants des moines (sôzu), administrateurs des moines, ou d’un rang encore plus élevé. Ils firent assaut de médisance à l’égard de Tche-yi, fronçant les sourcils, le fusillant du regard et frappant dans leurs mains avec colère.

Tche-yi, tout en restant modestement assis, bien en-dessous des autres, ne manifesta aucune émotion et ne fit aucun écart de langage. Au contraire, avec calme et dignité, il prit note de chacune des accusations portées contre lui par les divers moines et parvint à les réfuter l’une après l’autre. Puis il entreprit de contre-attaquer, en disant : “ Selon les enseignements de Fa-yun, le Sûtra Kegon mérite la première place, le Sûtra du Nirvana, la deuxième, et le Sûtra du Lotus, la troisième. Dans quel sûtra en trouve-t-on la preuve ? Je vous en prie, citez un passage où cela apparaisse de manière claire et certaine ! ” [ Pris de court, ] les autres moines baissèrent la tête et blémirent, incapables de répondre un seul mot.

Il continua à les presser de questions en disant : “ Dans le Sûtra Muryôgi, le Bouddha mentionne qu’il a “ jusqu’alors exposé les douze parties des sûtras Hôdô 50, le sûtra Makahannya 51 et le sûtra Kegon, qui émane de la méditation (du Bouddha) de l’impression sur l’océan. 52” Ainsi, le Bouddha lui-même cite le sûtra Kegon et dénie sa valeur en disant, à propos des sûtras exposés avant le sûtra Muryôgi, “ Je n’ai pas encore révélé la vérité ”. Si, dans le sûtra Muryôgi, qui est inférieur au Sûtra du Lotus, le sûtra Kegon est réfuté de cette manière, alors sur quoi peut-on fonder l’affirmation que le sûtra Kegon est le plus essentiel des enseignements exposés par le Bouddha de son vivant ? Si vous voulez prouver la justesse de l’enseignement de votre maître,  produisez-donc, je vous le demande, un texte capable de contredire le passage du sûtra Muryôgi que je viens de citer !  ”

Quel passage de sûtra vous autorise à affirmer que le Sûtra du Nirvana est supérieur au Sûtra du Lotus ? Dans le  quatorzième volume du Sûtra du Nirvana, les mérites du Sûtra du Nirvana sont comparés à ceux des sûtras des périodes Kegon, Agon, Hôdô et Hannya, mais on ne trouve nulle part mentionné qu’il est supérieur au Sûtra du Lotus.

Précédemment, par contre,  dans le neuvième volume de  ce même sûtra,  les mérites relatifs des Sûtras du Nirvana et du Lotus sont très clairement énoncés : “Au moment où ce Sûtra [ du Nirvana ] est exposé... il a déjà été prédit dans le Sûtra du Lotus que les huit mille disciples shômon atteindront la boddhéité, prédiction annonçant une grande récolte. Ainsi la récolte d’automne est terminée et a été engrangée pour l’hiver. [ Maintenant ], il ne reste plus ue quelques glanes à récolter. ”

Ce passage montre clairement que les autres sûtras constituaient le travail du printemps et de l’été, alors que le Sûtra du Nirvana et le Sûtra du Lotus représentent la maturation et la fructification. Mais, alors que le Sûtra du Lotus est semblable à une grande fructification, ou à une récolte faite à l’automne et engrangée pour l’hiver, le Sûtra du Nirvana est semblable au ramassage des épis oubliés qui a lieu à la fin de l’automne et au début de l’hiver.

Dans ce passage, le Sûtra du Nirvana reconnaît en fait son infériorité par rapport au Sûtra du Lotus. Et le Sûtra du Lotus parle des sûtras déjà enseignés par le passé, actuellement enseignés, et qui seront enseignés à l’avenir. De cette manière, le Bouddha indique que le Sûtra du Lotus est supérieur, non seulement aux sûtras précédents, ainsi qu’à ceux qu’il enseigne simultanément, mais aussi aux sûtras qu’il enseignera plus tard.

Puisque le vénérable Shakyamuni l’a exprimé si clairement, quelle place reste-t-il pour le doute ? Cependant, parce qu’il se préoccupait de ce qui pourrait  se passer après sa mort, il résolut de faire venir le bouddha Tahô de sa terre du Trésor de pureté, à l’est, afin qu’il témoigne de la véracité de ses dires. Le bouddha Tahô sortit donc des profondeurs de la terre et confirma ainsi la véracité du Sûtra du Lotus : “ Tout ce que vous [ bouddha Shakyamuni ] avez exposé est la vérité 53 ”. De plus, divers bouddhas des Dix Directions qui étaient des émanations du bouddha Shakyamuni se sont rassemblés et ont tiré leurs longues et larges langues jusqu’à ce que leur extrémité touchât le ciel de Brahma, et le bouddha Shakyamuni a fait de même, pour témoigner de la véracité de ses enseignements.

Après quoi, le bouddha Tahô se retira dans sa terre du Trésor de pureté, et les divers bouddhas, émanations de Shakyamuni, rentrèrent dans leurs terres respectives dans les Dix Directions. Puis, alors que ni le bouddha Tahô ni les émanations [ du bouddha Shakyamuni ] n’étaient présents, le vénérable Shakyamuni exposa le Sûtra du Nirvana. S’il avait prétendu que le Sûtra du Nirvana était supérieur au Sûtra du Lotus, ses disciples auraient-ils véritablement pu le croire ? ”

C’est de cette manière que [ Tche-yi ] le grand maître T’ien-t’ai  les admonesta. On aurait dit la lumière éclatante du soleil et de la lune frappant les yeux des ashura 54, ou l’épée du roi de Han 55, posée sur le cou de ses barons, si bien que ses opposants fermèrent les yeux et baissèrent la tête. Par son comportement, T’ien-t’ai ressemblait au roi des animaux, à un lion dont le rugissement fait fuir les renards et les lapins, à un faucon ou à un aigle fondant sur des pigeons ou des faisans.

Ainsi, le fait que le Sûtra du Lotus était supérieur aux sûtras Kegon et du Nirvana fut largement admis non seulement dans  toute la Chine, mais aussi dans les cinq régions de l’Inde 56. Les traités de l’Inde concernant le bouddhisme du Mahayana aussi bien que du Hinayana étaient inférieurs à la doctrine de T’ien-t’ai, et les habitants de ce pays firent son éloge, en disant qu’il était le bouddha Shakyamuni venu en ce monde une deuxième fois et que le bouddhisme allait désormais renaître.

Puis le Grand Maître T’ien-t’ai mourut et les dynasties Tch’en et Souei disparurent et furent remplacées par la dynastie T’ang.  Le Grand Maître Tchan-ngan [ successeur de T’ien-t’ai ] mourut à son tour si bien que le bouddhisme de T’ien-t’ai, de moins en moins étudié,  fut bien près de disparaître.

Plus tard, sous le règne de l’empereur T’ai-tsong 57, apparut un moine que l’on appela le savant maître Siuan-tsang. Il se rendit en Inde dans la troisième année de l’ère Tchen-kouan (629) et rentra dans la dix-neuvième année de la même ère (645). Au cours de son voyage, il étudia le bouddhisme de manière approfondie en Inde, et à son retour il introduisit en Chine l’école connue sous le nom de Hossô.

Cet enseignement est aussi différent de celui de l’école de T’ien-t’ai que le feu de l’eau. Siuan-tsang apporta avec lui des ouvrages tels que le sûtra Jimmitsu 58, le Yuga Ron 59 et le Yuishiki Ron 60 que T’ien-t’ai ne connaissait pas et proclama que, bien que le Sûtra du Lotus soit supérieur aux autres sûtras, il était inférieur au sûtra Jimmitsu. Puisque c’était un texte que T’ien-t’ai n’avait jamais vu, ses adeptes des époques ultérieures, qui manquaient de sagesse et de connaissances, eurent tendance  à croire cette allégation.

L’empereur T’ai-tsong était un souverain d’une grande sagesse, mais il accordait la plus totale confiance aux enseignements de Siuan-tsang. Par conséquent, même si certains avaient eu envie de le contredire, comme trop souvent en pareil cas, intimidés par l’autorité impériale, ils n’osèrent pas le faire.

Aussi regrettable que cela puisse être, c’est ainsi que le Sûtra du Lotus fut écarté. Siuan-tsang enseignait que si les personnes ont la capacité de comprendre les Trois Véhicules, alors le Véhicule unique 61 n’est rien de plus qu’un moyen destiné à les instruire, et les Trois Véhicules sont le véritable chemin vers l’éveil ; il enseignait aussi la théorie des Cinq Natures 62 [ qui divise tous les êtres en cinq groupes de capacités différentes ].

Ces nouveaux enseignements venaient d’Inde [ pays natal du bouddhisme ] mais on aurait pu croire que des enseignements non-bouddhiques envahissaient la Chine. Le Sûtra du Lotus fut considéré comme un simple moyen et le sûtra Jimmitsu  déclaré seul véritable. Le témoignage de Shakyamuni, Tahô et des autres bouddhas des Dix Directions fut totalement ignoré et, au lieu de cela, Siuan-tsang et son disciple Ts’eu-ngen furent considérés comme des bouddhas vivants.

Par la suite, sous le règne de l’impératrice Wou 63, apparut un moine appelé maître du Dharma Fa-tsang 64 qui, furieux des attaques lancées autrefois par le grand maître T’ien-t’ai contre le sûtra Kegon, fonda une nouvelle école qu’il appela Kegon. Pour cela, il utilisa une nouvelle traduction du sûtra Kegon 65 et s’en servit pour compléter la version critiquée par T’ien-t’ai. Cette école déclarait que le sûtra Kegon est la “ racine ”, l’enseignement fondamental du Bouddha, alors que le Sûtra du Lotus n’en est que la branche, l’enseignement secondaire.

En résumé, les maîtres du Nord et du Sud [ de la Chine, tels que Fa-yun qui précéda T’ien-t’ai ] donnaient la première place au sûtra Kegon, la deuxième au Sûtra du Nirvana et la troisième au Sûtra du Lotus. Le Grand Maître T’ien-t’ai avait établi que le Sûtra du Lotus était le sûtra le plus élevé, que le Sûtra du Nirvana venait ensuite et en troisième lieu, le sûtra Kegon. La nouvelle école Kegon, elle, plaçait le sûtra Kegon en premier, le Sûtra du Lotus en second et le Sûtra du Nirvana en troisième.

Puis, sous le règne de l’empereur Siuan-tsong, le savant maître Chan-wou-wei  voyagea jusqu’en Inde et rapporta les sûtras Dainichi et Soshitsuji. Plus tard, le savant maître Tsin-kang-tche introduisit le sûtra Kongôchô 66. Tsin-kang-tche avait, par ailleurs, un disciple que l’on appelait le savant maître Pou-k’ong. Ces trois hommes étaient indiens, issus de familles nobles et d’un caractère bien différent des moines chinois. Les doctrines qu’ils enseignèrent firent une forte impression parce qu’elles comportaient des mudra et des mantra 67, éléments inconnus en Chine depuis l’introduction du bouddhisme à  l’époque des Han postérieurs. Devant ce nouveau bouddhisme qui semblait si élevé, l’empereur inclina la tête et le peuple joignit les mains, en signe de révérence.

Ces maîtres enseignaient que, quels que soient leurs mérites respectifs, les sûtras Kegon, Jimmitsu, Hannya, du Nirvana et le Sûtra du Lotus étaient tous des enseignements exotériques, des enseignements du bouddha Shakyamuni. Par contre, le sûtra Dainichi qu’ils venaient d’introduire représentait, selon eux, les paroles royales de Dainichi [ Mahavairochana ], le roi du Dharma. Les autres sûtras n’étaient que des dizaines de milliers de mots prononcés par des personnes ordinaires alors que ce sûtra était l’unique déclaration d’un empereur, fils du ciel. Jamais des ouvrages comme le sûtra Kegon ou le Sûtra du Nirvana ne pourraient parvenir, même en s’aidant d’une échelle, à s’élever jusqu’au sommet du sûtra Dainichi. Seul le Sûtra du Lotus offrait quelques ressemblances avec le sûtra Dainichi.

Mais [ selon eux ] le premier avait été exposé par le bouddha Shakyamuni et n’exprimait que la vérité perçue par un homme ordinaire, tandis que le sûtra Dainichi exposait la vérité révélée par un fils du ciel. Par conséquent, même si parfois les mots semblaient les mêmes, il y avait, entre les personnes qui les avaient prononcés, autant de différence qu’entre les nuages dans le ciel et la boue sur la terre. Ces sûtras étaient aussi différents que le reflet de la lune sur une eau boueuse ou sur une eau limpide. Tous deux reflètaient la lune, mais il y avait une grande différence dans la pureté de l’eau qui renvoyait ce reflet.

Voilà ce que ces hommes affirmaient, et personne n’entreprit d’établir le bien-fondé de telles affirmations, si bien que les écoles bouddhiques finirent toutes par suivre cette [ nouvelle ] école appelée Shingon.

Après la mort de Chan-wou-wei et Tsin-kang-tche, Pou-k’ong fit un voyage en Inde et rapporta en Chine un traité appelé Bodaishin Ron 68, et l’école Shingon exerça une influence encore plus grande.

Mais, [ dans l’école de T’ien-t’ai ] apparut un moine appelé le grand maître Miao-lo. Bien que né deux cents ans après le Grand Maître T’ien-t’ai, il était d’une sagesse exceptionnelle et comprenait avec clarté les enseignements. Il perçut ainsi que l’essentiel des commentaires de T’ien-t’ai consistait à établir la supériorité du Sûtra du Lotus sur le sûtra Jimmitsu et sur l’école Hossô —  introduits en Chine après la mort de T’ien-t’ai —, ainsi que sa supériorité sur l’école Kegon et sur l’école Shingon basée sur le sûtra Dainichi,  deux écoles établies précédemment en Chine.

Jusque là, soit parce que les disciples de T’ien-t’ai n’étaient pas assez sages pour discerner le vrai du faux, soit parce qu’ils redoutaient les autres ou les autorités, aucun n’avait osé dire quoi que ce soit. La compréhension correcte de ces enseignements était visiblement sur le point de se perdre, et les erreurs et les hérésies communément admises étaient plus graves encore que celles des écoles du Nord et du Sud [ en Chine ] aux époques antérieures aux dynasties Tch’en et Souei. Miao-lo compila donc en trente volumes ses commentaires [ sur l’œuvre de T’ien-t’ai ], connus sous le nom de Guketsu, Shakusen et Shoki 69. Ces trente volumes, non seulement servirent à éliminer les répétitions dans l’œuvre de T’ien-t’ai et à élucider les points obscurs, mais ils réfutèrent d’un trait les écoles Hossô, Kegon et Shingon que n’avait pu réfuter T’ien-t’ai parce qu’elles n’existaient pas de son vivant.

Venons en maintenant au Japon. Au cours du règne du trentième souverain, l’empereur Kimmei 70, le treizième jour du dixième mois de la treizième année de son règne (552), signe cyclique mizunoe-saru, une copie des écrits bouddhiques et une statue du bouddha Shakyamuni furent apportées au Japon en provenance [ du royaume coréen ] de Paekche. Sous le règne de l’empereur Yômei, le prince héritier Shôtoku 71 commença l’étude du bouddhisme. Il envoya un dignitaire de la cour, Wake no Imoko, en Chine avec pour mission de rapporter l’exemplaire du Sûtra du Lotus en un volume qui lui avait appartenu dans une vie antérieure 72 et exprima sa détermination d’honorer et de protéger ce Sûtra.

Par la suite, sous le règne du trente-septième empereur, Kôtoku, les écoles Sanron, Kegon, Hossô, Kusha et Jôjitsu furent introduites au Japon, et sous le règne du quarante-cinquième empereur Shômu, ce fut le tour de l’école Ritsu, ce qui porta au total à six le nombre de ces écoles. Mais, depuis le règne de l’empereur Kôtoku jusqu’au règne du cinquantième souverain,  l’empereur Kammu, soit pendant une période de cent vingt ans au cours de laquelle régnèrent quatorze souverains, les écoles Tendai et Shingon n’étaient pas encore introduites.

Sous le règne de l’empereur Kammu, un jeune moine du nom de Saichô, disciple de Gyôhyô 73, administrateur des moines du temple Yamashina-dera, étudia en profondeur les enseignements de l’école Hossô et des cinq autres mentionnées plus haut. Mais il sentit qu’aucune d’elles n’avait acquis une compréhension correcte du bouddhisme. Il découvrit alors un commentaire du maître du Dharma Fa-tsang, de l’école Kegon, sur le Kishin Ron 74 dans lequel il trouva des citations d’ouvrages du grand maître T’ien-t’ai. Ces ouvrages lui parurent d’un très grand intérêt, mais Saichô ne savait même pas s’ils avaient été introduits au Japon.

Lorsqu’il demanda où les trouver, on lui répondit qu’un moine du nom de Ganjin 75, du temple Long-sing-sseu au Yangtcheou en Chine, avait étudié les enseignements de T’ien-t’ai et qu’il avait été le disciple du maître des préceptes Tao-sien. Il vint au Japon à la fin de l’ère Tempyô-Shôhô (753) et s’employa à transmettre les règles de vie monastique du Hinayana. Il avait apporté avec lui divers ouvrages de T’ien-t’ai mais n’avait pas essayé de les faire connaître. Tout cela, [ répondit-on à Saichô ] s’était produit au cours du règne du quarante-cinquième souverain, l’empereur Shômu.

Lorsque Saichô demanda à voir ces textes, on les lui présenta. Dès la première lecture, il eut l’impression de sortir de l’ivresse des illusions concernant la vie et la mort. Et lorsqu’il se mit à examiner les doctrines de base des six écoles à la lumière de ces écrits, il lui apparut clairement que toutes commettaient des erreurs doctrinales.

Il se jura immédiatement de réagir en se disant : “ Si le peuple du Japon protège ceux qui s’opposent à la Loi correcte, le pays va sûrement sombrer dans le chaos. ” Il réfuta donc les six écoles, et, ce faisant, provoqua la colère des grands maîtres de ces écoles et des sept temples principaux [ de Nara ] 76 qui s’agitèrent comme des frelons en colère et se précipitèrent, comme  un vol de corbeaux, vers la capitale. Le pays tout entier en fut affecté.

Les adeptes des six écoles et des sept temples principaux ressentaient [ à l’égard de Saichô ] une haine de plus en plus intense. Mais, le dix-neuvième jour du premier mois de la vingt et unième année de l’ère Enryaku (802), l’empereur Kammu se rendit au temple Takao-dera et invita quatorze moines éminents — Zengi, Shôyû, Hôki, Chônin, Kengyoku, Ampuku, Gonsô, Chuen, Jikô, Gen’yo, Saikô, Dôshô, Kôshô et Kambin — à venir débattre [ dans ce temple ] avec Saichô.

Ces représentants des écoles Kegon, Sanron, Hossô et autres exposèrent la doctrine des fondateurs de leur école respective [ telle qu’elle leur avait été enseignée ]. Mais Saichô prit des notes sur chaque point énoncé et en fit la critique à la lumière du Sûtra du Lotus, des œuvres de T’ien-t’ai et d’autres traités. Ses opposants furent incapables de répondre un seul mot, comme si leur bouche n’était plus que le prolongement de leur nez.

Stupéfait, l’empereur questionna Saichô en détail sur divers points. Après quoi, il promulgua un édit critiquant les quatorze hommes qui s’étaient opposés à Saichô. Ces derniers, à leur tour, rédigèrent des lettres dans lesquelles ils reconnaissaient leur défaite et s’excusaient en ces termes : “ Nous, disciples des sept temples principaux et des six écoles, ... avons compris pour la première fois l’enseignement suprême. ” Ils continuaient ainsi : “ Depuis les débuts de la propagation [ du bouddhisme au Japon ] par le prince Shôtoku, il y a plus de deux cents ans, de nombreux sûtras et traités ont été largement commentés, et la supériorité relative des uns par rapport aux autres a souvent été discutée mais jusqu’à présent quantité de doutes n’étaient toujours pas écartés. De plus, pendant cette période, la doctrine parfaite et élevée de la Loi merveilleuse n’avait jamais encore été correctement expliquée et propagée. ”

Ils dirent également : “ Maintenant prend fin la polémique qui depuis si longtemps oppose l’école Sanron à l’école Hossô. Elle a perdu toute substance, comme de la glace qui aurait fondu. [ La vérité apparaît. ] Tout s’éclaire, comme lorsque nuages et brouillard se dissipent, laissant voir le soleil, la lune et les étoiles.  ”

Saichô, pour évaluer les enseignements de ses quatorze opposants, écrivit : “ Chacun de vous ne s’appuie que sur le seul écrit de sa propre école et, bien que vous battiez les tambours du Dharma dans les vallées profondes, les maîtres aussi bien que leurs auditeurs continuent à s’égarer dans les voies des Trois Véhicules. Vous brandissez, du haut des sommets les plus élevés,  la bannière de la doctrine qui veut que maîtres et disciples soient libérés des entraves du monde des Trois Plans, mais vous persistez à emprunter la voie selon laquelle il faut des kalpa pour atteindre l’illumination. Vous confondez les trois sortes de chariots [ les enseignements provisoires ] avec le Grand Chariot tiré par un bœuf blanc qui se trouve devant la porte 77. Comment pourriez-vous atteindre la première étape de sécurité 78 et parvenir à l’illumination en ce monde semblable à une maison en feu ? ”

Les deux dignitaires Wake no Hiroyo et [ son jeune frère ] Matsuna 79 [présents au débat], déclarèrent : “ Grâce à Nan-yue, la Loi merveilleuse du pic du Vautour a été dévoilée et  T’ien-t’ai a révélé le merveilleux éveil du mont Ta-sou 80. Mais nous regrettons que jusqu’à présent le Véhicule unique du Sûtra du Lotus ait été dissimulé par les enseignements provisoires et que le principe de l’unification des Trois Vérités 81 n’ait pas encore été rendu manifeste. ”

Les quatorze maîtres firent le commentaire suivant : “ Zengi et les autres [ moines de notre groupe ] ont eu la grande chance d’entendre ces enseignements rares grâce à des liens créés par le passé. Sans de profonds liens karmiques, comment aurions pu naître en cette époque sacrée ? ” 

Ces quatorze hommes avaient, par le passé, transmis les enseignements des divers patriarches chinois et japonais de leur école respective, tels que Fa-tsang et Shinjô 82 de l’école Kegon, Kia-siang et Kanroku 83 de l’école Sanron, Ts’eu-ngen et Dôshô 84 de l’école Hossô, ou Tao-siuan 85 et Ganjin de l’école Ritsu. Bien que les récipients contenant l’eau de la doctrine eussent changé de génération en génération, l’eau restait la même.

Mais, en se convertissant à la doctrine du Sûtra du Lotus telle que l’avait enseignée Saichô, le Grand Maître Dengyô, ils abandonnèrent les doctrines erronées qu’ils avaient soutenues  jusqu’alors. Comment peut-on alors, des années plus tard, affirmer que les sûtras Kegon, Hannya ou Jimmitsu sont supérieurs au Sûtra du Lotus ?

Ces quatorze hommes avaient, bien sûr, étudié les doctrines des trois écoles du Hinayana [Jôjitsu, Kusha et Ritsu] mais, puisque les trois écoles du Mahayana [Kegon, Sanron et Hossô] avaient elles-mêmes été réfutées, il est inutile de les mentionner ici. Pourtant, certains, de nos jours encore, ignorant ce fait, pensent que l’une ou l’autre de ces six écoles n’a pas subi de défaite. Ils sont comme des aveugles qui ne peuvent voir ni le soleil ni la lune, ou comme des sourds incapables d’entendre le tonnerre, et qui en concluent qu’il n’y a ni soleil ni lune dans le ciel, et qu’aucun son ne résonne dans les airs.

Venons-en maintenant à l’école Shingon. Elle fut introduite [ en Chine ]  par Chan wou-wei sous le règne du quarante-quatrième souverain, l’impératrice Genshô. Il amena le sûtra Dainichi au Japon mais retourna en Chine sans le propager 86. Gembô 87 rapporta de Chine  le Dainichikyô Gishaku [ un commentaire sur le sûtra Dainichi ] en quatorze volumes et le précepteur Tokusei, du Tôdai-ji, fit de même.

Le Grand Maître Dengyô étudia ces ouvrages mais il eut des doutes sur leur évaluation des mérites relatifs du Sûtra du Lotus et du sûtra Dainichi. C’est pourquoi, le septième mois de la vingt-troisième année de l’ère Enryaku (804), il se rendit en Chine ; il y rencontra les moines Tao-souei du temple Si-ming-sseu et Sing-man, du temple Fo-long-sseu, et reçut les enseignements shikan 88 ainsi que les grands préceptes pour l’illumination parfaite et immédiate. Il rencontra également le moine Chouen-siao, du temple Ling-kang-sseu, et étudia sous sa direction le Shingon. Il revint au Japon le sixièmemois de la vingt-quatrième année de l’ère Enryaku (805). L’empereur Kammu lui accorda une audience et fit publier un décret recommandant aux étudiants des six écoles la pratique de shikan  [ la méditation du Tendai] et de shingon [ la récitation de mantras ésotériques] et incitant à les adopter dans les sept temples principaux [ de Nara ].

Il y avait en Chine plusieurs théories sur la supériorité relative de ces deux enseignements, Shikan et Shingon. De plus, le Dainichikyô Gishaku affirme que, bien qu’ils soient équivalents en théorie, le Shingon est supérieur en terme de pratique.

Le Grand Maître Dengyô, cependant, réalisa qu’il s’agissait là d’une erreur de la part de Chan-wou-wei, et comprit que le sûtra Dainichi était inférieur au Sûtra du Lotus. C’est pourquoi il renonça à établir une huitième école fondée sur les enseignements Shingon et préféra les incorporer aux enseignements de la septième école du Japon, l’école Hokke 89, après leur avoir retiré le nom d’“ école Shingon ”. Il déclara que le sûtra Dainichi devait être considéré comme un sûtra supplémentaire de l’école Hokke Tendai, et le situa au même niveau  que les sûtras Kegon, Daibon Hannya 90 et du Nirvana. Mais la question de savoir s’il fallait ou non établir un  sanctuaire pour l’ordination selon les préceptes menant à l’illumination immédiate et parfaite, élément d’une grande importance pour le Mahayana, suscitait à l’époque de vives polémiques au Japon. C’est peut-être pour cela que le Grand Maître Dengyô ne laissa pas à ses disciples d’instructions claires quant à la supériorité relative des enseignements Shingon et Tendai.

Pourtant, dans un ouvrage intitulé Ebyô Shu 91, il établit clairement que l’école Shingon avait volé les principes corrects de l’école Hokke-Tendai pour les incorporer à sa propre interprétation du sûtra Dainichi, afin de déclarer les deux écoles équivalentes au niveau théorique. En réalité, l’école Shingon avait donc été vaincue par l’école Tendai.

[ C’est encore plus évident si nous considérons que] après la mort de Chan-wou-wei et de Tsin-kang-tche, le savant maître [ de l’école Shingon ] Pou-k’ong, se rendit en Inde où il rencontra le bodhisattva Nagabodhi 92. Nagabodhi lui apprit qu’il n’existait pas en Inde de commentaires ou de traités énonçant clairement la volonté du Bouddha, mais qu’il se trouvait en Chine un traité, œuvre d’un nommé T’ien-t’ai, qui permettait à tous de distinguer clairement les enseignements corrects de ceux qui ne l’étaient pas, et de saisir la différence entre doctrines complètes et incomplètes. Sa voix, lorsqu’il lui dit cela, était pleine d’admiration et il lui demanda instamment qu’un exemplaire de cet ouvrage fût envoyé en Inde.

Cette histoire fut rapportée au Grand Maître Miao-lo par Hang-kouang, disciple de Pou-k’ong, et elle est relatée par Miao-lo à la fin du dixième volume du Hokke Mongu Ki, ainsi que dans le Ebyo Shu  du Grand Maître Dengyô. De ce passage, il ressort clairement que le Grand Maître Dengyô estimait le sûtra Dainichi inférieur au Sûtra du Lotus.

Il apparaît donc que le bouddha Shakyamuni, ainsi que les Grands Maîtres T’ien-t’ai, Miao-lo et Dengyô sont unanimes pour considérer le Sûtra du Lotus comme le plus élevé de tous les sûtras — y compris le sûtra Dainichi. De plus, si l’on étudie attentivement le Daichido Ron, il devient évident que son auteur, le bodhisattva Nagarjuna, considéré comme le fondateur de l’école Shingon, était du même avis. Mais malheureusement,  le Bodaishin Ron, ouvrage de Pou-k’ong, est pétri d’erreurs et a égaré tous ceux qui l’ont lu, provoquant la confusion qui règne actuellement.

Nous arrivons à présent à un disciple de l’administrateur des moines Gonsô 93, du temple d’Iwabuchi, du nom de Kûkai, et qui fut connu plus tard sous le nom de Kôbô Daishi [ grand maître Kôbô ]. Le douzième jour du cinquième mois de la vingt-troisième année de l’ère Enryaku (804), il partit pour la Chine. A son arrivée, il fit la connaissance du moine Houei-kouo 94, dont le maître appartenait à la troisième génération de la lignée Shingon, commencée par Chan-wou-wei et Tsin-kang-tche. De Houei-kouo, il reçut la transmission des deux mandala du Shingon 95. Il rentra au Japon le vingt-deuxième jour du dixième mois de la deuxième année de l’ère de Daidô (807).

Cela se passait sous le règne de l’empereur Heizei, l’empereur Kammu étant depuis peu décédé. Kûkai obtint une audience de l’empereur qui lui accorda une grande confiance et se mit à suivre ses enseignements, les considérant supérieurs à tous les autres. Peu de temps après (809), l’empereur Heizei céda le trône à l’empereur Saga, dont Kûkai obtint également les faveurs.

Le Grand Maître Dengyô décéda le quatrième jour du sixième mois de la treizième année de Kônin (822), sous le règne de l’empereur Saga. A partir de la quatorzième année de la même ère (823), Kûkai prodigua officiellement ses enseignements au souverain. Il établit l’école Shingon et la direction du temple Tô-ji 96 lui fut confiée ; on l’appela désormais “ le moine du Shingon ”. C’est ainsi que fut fondée l’école Shingon, huitième école bouddhique du Japon.

Voici comment Kûkai évaluait les mérites respectifs des enseignements exposés par le bouddha Shakyamuni de son vivant : “ Le sûtra Dainichi de l’école Shingon vient en premier, le sûtra Kegon en second, et la troisième place revient au Sûtra du Lotus et au Sûtra du Nirvana.

“ Comparé aux sûtras Agon, Hôdo et Hannya, le Sûtra du Lotus est un sûtra véridique mais, comparé aux sûtras Kegon et Dainichi, il n’offre que des théories puériles.

“ Le vénérable Shakyamuni fut un bouddha, mais en comparaison avec le bouddha Dainichi [ Mahavairochana ], il est encore au stade de l’obscurité 97. Il y a entre eux autant de différence qu’entre un empereur et un barbare en captivité.

“ Le Grand Maître T’ien-t’ai est un voleur. Il s’est approprié le beurre clarifié du Shingon en affirmant que le Sûtra du Lotus était le ghee 98 [de tous les enseignements bouddhiques]. ”

Voilà ce qu’écrivait Kûkai, ou Kôbo Daishi. En entendant de tels propos, les gens, même ceux qui avaient cru auparavant que le Sûtra du Lotus était le plus élevé des sûtras, se mirent à le considérer comme sans valeur.

Laissons de côté, pour l’instant, les enseignements non bouddhiques exposés [ par les brahmanes ] en Inde. Mais les déclarations de Kûkai sont certainement encore plus fausses que des théories les moines du Nord et du Sud de la Chine, qui prétendaient que, comparé au sûtra du Nirvana, le Sûtra du Lotus était erroné. Elles sont plus outrancières que les assertions des adeptes du Kegon affirmant que, comparé au sûtra Kegon, le Sûtra du Lotus représente “ les branches ”. Cela rappelle le Grand Brahmane arrogant qui, en Inde, s’était fait construire une chaire dont les quatre pieds étaient sculptés à l’image des divinités Maheshvara, Narayana, Vishnu, et du bouddha Shakyamuni, et qui, juché sur cette chaire, prêcha des doctrines erronées.

Si seulement le Grand Maître Dengyô avait encore été en vie, il aurait certainement réfuté ces erreurs. Mais d’où vient que ses disciples Gishin 99, Enchô 100, Jikaku et Chishô n’aient jamais questionné [ la doctrine de Kôbô ] ? Ce fut là un grand malheur pour le monde !

Jikaku Daishi se rendit en Chine au cours de la cinquième année de l’ère de Jôwa (838) et y passa dix ans à étudier la doctrine des écoles Tendai et Shingon. Pour ce qui est des mérites relatifs du Sûtra du Lotus et du sûtra Dainichi,  Fa-ts’iuan, Yuan-tcheng et d’autres encore — huit maîtres Shingon 101 au total — lui enseignèrent que le Sûtra du Lotus et le sûtra Dainichi étaient équivalents d’un point de vue théorique mais que le second était supérieur du point de vue de la pratique. Il étudia aussi sous la direction de Tche-yuan 102, Kouang-siou 103 et Wei-tsiuan 104, de l’école Tendai, et de ceux-ci il apprit que le sûtra Dainichi rentrait dans la catégorie des sûtras Hôdo (inférieurs au Sûtra du Lotus).

Le dixième jour du neuvième mois de la treizième année de l’ère de Tôwa (846), il rentra au Japon, et le quatorzième jour du sixième mois de la première année de l’ère de Kajô (848), il fut officiellement autorisé à conduire des cérémonies d’initiation selon les rites de l’école Shingon, comme il l’avait demandé. Peut-être parce que, au cours de ses études en Chine, il n’avait pas compris l’importance du Sûtra du Lotus par rapport au sûtra Dainichi , il entreprit d’écrire un commentaire en sept volumes du sûtra Kongôchô, ainsi qu’un commentaire en sept volumes du sûtra Soshitsuji — quatorze volumes au total. Le point central de ces commentaires est que la doctrine exposée dans les sûtras Dainichi, Kongôchô et Soshitsuji, et celle qui est énoncée dans le Sûtra du Lotus, révèlent en définitive le même principe mais que, grâce au rituel des mudra et mantra associé aux trois sûtras du Shingon, ceux-ci doivent être considérés comme supérieurs au Sûtra du Lotus.

Cette position était totalement en accord avec l’opinion exprimée par Chan-wou-wei, Tsin-kang-tche et Pou-k’ong dans leurs commentaires du sûtra Dainichi 105. Est-ce parce qu’un doute persistait encore dans l’esprit de Jikaku, ou parce que, n’ayant plus de doutes lui-même, il souhaitait éliminer ceux des autres ? Quoi qu’il en soit, il plaça ses quatorze volumes de commentaires devant l’objet de culte du temple où il résidait et formula la prière suivante : “  J’ai écrit ces traités mais la véritable intention du Bouddha est très difficile à saisir. Le sûtra Dainichi, les deux autres sûtras du Shingon qui lui sont associés sont-ils supérieurs ? Ou, au contraire, le Sûtra du Lotus et les deux autres sûtras qui lui sont associés 106 doivent-ils être placés à un rang plus élevé ? ” 

Au cinquième jour de prières ferventes et sincères, à l’heure de la cinquième veille 107, un signe lui apparut soudain en rêve.  Dans le ciel bleu, le soleil brillait. Il  prenait un arc et  lançait une flèche qui transperçait le soleil. L’astre se mettait à tomber, et au moment où il allait presque s’écraser sur la terre, Jikaku se réveilla.

Transporté de joie, il s’exclama : “ J’ai fait un rêve de très bon augure. Ces écrits, dans lesquels j’ai affirmé que les enseignements du Shingon sont supérieurs au Sûtra du Lotus correspondent bien à la volonté du Bouddha ! ” Il  obtint qu’un décret impérial soit  promulgué et il répandit cet enseignement dans tout le Japon.

Mais l’édit qui fut rendu public à sa demande déclare en réalité : “ Il a été finalement établi que les principes de méditation [ shikan  ] de l’école Tendai et la doctrine du Shingon s’harmonisent parfaitement en théorie. ” Jikaku avait prié pour avoir la confirmation que le Sûtra du Lotus était inférieur au sûtra Dainichi mais l’édit qui fut publié proclamait au contraire que le Sûtra du Lotus et le sûtra Dainichi étaient du même niveau !

Chishô Daishi fut, au Japon, [ dans sa jeunesse ] le disciple du moine Gishin, d’Enchô Daishi, de l’administrateur Kôjô 108 et de Jikaku. Il étudia ainsi toutes les doctrines, exotériques aussi bien qu’ésotériques, enseignées à son époque au Japon. Toutefois, peut-être parce qu’il avait encore des doutes quant à la supériorité relative des écoles Tendai et Shingon, il se rendit en Chine. Il y arriva dans la deuxième année de l’ère Ninju (852) 109, et y suivit l’enseignement des moines du Shingon Fa-ts’iuan et Yuan-tcheng. Leurs enseignements s’accordaient dans l’ensemble avec l’opinion de Jikaku — c’est-à-dire que le sûtra Dainichi et le Sûtra du Lotus sont équivalents en théorie, mais que le second est supérieur du point de vue de la pratique.

Chishô étudia également sous la direction du moine Leang-siu, de l’école Tendai, qui lui enseigna que, si l’on compare les mérites respectifs des écoles Shingon et Tendai, il apparaît que le sûtra Dainichi [ de l’école Shingon ] est bien inférieur au sûtra Kegon et au Sûtra du Lotus.

Après avoir passé sept ans en Chine, Chishô revint au Japon le dix-septième jour du cinquième mois de la première année de l’ère de Jôgan (859) 110.

Dans son commentaire du sûtra Dainichi, le Dainichikyô Shiiki, Chishô déclare : “ Le Sûtra du Lotus lui-même ne soutient pas la comparaison [ avec le sûtra Dainichi ], et les autres sûtras encore moins. ” Autrement dit, il prétend dans cet écrit que le Sûtra du Lotus est inférieur au sûtra Dainichi.     D’autre part, dans un autre traité, le Juketsu Shû 111, il déclare : “ Les doctrines [des écoles] Shingon et Zen … peuvent tout au plus servir d’introduction aux sûtras Kegon, du Lotus et  du Nirvana. ” Et il reprend cette affirmation dans ses traités Fugenkyô Ki et Hokke Ron Ki.

Le vingt-neuvième jour — sous le signe cyclique mizunoe-saru — du quatrième mois de la huitième année de l’ère de Jôgan, c’est-à-dire l’année hinoe-inu (866), un édit impérial fut promulgué, déclarant : “ Il appert que les doctrines des deux écoles, Shingon aussi bien que Tendai, méritent toutes deux l’appelation de ghee [ beurre clarifié ] du bouddhisme, et méritent également d’être qualifiées d’ésotériques et de profondes. ”

A nouveau, au troisième jour du sixième mois [ de la même année ], un édit proclama : “ Depuis que, par le passé, le Grand Maître Dengyô a établi les deux disciplines 112 comme la voie correcte de l’école Tendai, les patriarches successifs de cette école les ont reçues et transmises toutes deux, de génération en génération. Pourquoi leurs disciples, par la suite, devraient-ils s’écarter de cette ancienne  tradition ?

Pourtant, nous apprenons que les moines du mont Hiei 113 ne cessent de s’opposer aux enseignements de leur patriarche Dengyô pour suivre des interprétations personnelles erronées. Ils semblent se consacrer presque exclusivement à la propagation des doctrines d’autres écoles, sans garder ni transmettre les traditions de l’école Tendai. Si les disciples veulent suivre la voie héritée du maître, ils ne peuvent ignorer aucune des deux pratiques [ de shikan  et de shingon ]. Si l’on désire transmettre et propager la doctrine, ne doit-on pas maîtriser ces deux formes d’enseignements ? Désormais, la fonction de grand patriarche du temple Enryaku-ji [ de l’école Tendai ] ne sera confiée qu’à une personne les ayant parfaitement comprises toutes deux et il en ira toujours de même à l’avenir. ”

[ Comme nous l’avons vu ] Jikaku et Chishô furent tous deux les disciples de Dengyô et de Gishin. De plus, ils se rendirent en Chine et y rencontrèrent des maîtres éminents du Tendai et du Shingon. Mais peut-être avaient-ils des doutes concernant les mérites relatifs de ces deux écoles. Tantôt, ils déclaraient le Shingon supérieur, tantôt le Sûtra du Lotus ; parfois encore, ils les disaient équivalents en théorie, bien que le Shingon soit supérieur en pratique. C’est alors qu’un édit proclama que quiconque débattrait des mérites comparés de ces deux écoles se rendrait coupable de désobéissance aux ordres impériaux.

Les déclarations de Jikaku et Chishô étaient de toute évidence contradictoires et les adeptes des autres écoles ne leur accordaient pas la moindre confiance. Pourtant, l’édit impérial établissait que les deux écoles étaient équivalentes, prétendant que c’était là l’opinion du patriarche fondateur [ de l’école Tendai ] le Grand Maître Dengyô. Mais dans lequel de ses écrits trouve-t-on une telle affirmation ? C’est là un point qu’il faut examiner avec le plus grand soin.

On peut penser que Nichiren, s’il met en doute l’interprétation faite par Jikaku et Chishô de l’enseignement du Grand Maître Dengyô, est comme un enfant qui se prétendrait plus vieux que ses parents, ou comme quelqu’un qui regarderait le soleil en affirmant que ses propres yeux sont plus brillants. Pourtant, ceux qui voudraient défendre les vues de Jikaku et de Chishô doivent  produire une preuve écrite s’ils veulent que l’on accorde un crédit quelconque à ce qu’ils avancent.

Le savant maître Siuan-tsang s’était rendu en Inde et y avait vu le Daibibasha Ron 114 mais cela n’empêcha pas le maître du Dharma Fa-pao 115 qui n’était, lui, jamais allé en Inde, de réfuter ses arguments. Le savant maître Dharmaraksha 116 eut sous les yeux le Sûtra du Lotus en Inde, mais cela n’empêcha pas un maître chinois 117 qui n’en avait jamais vu le texte original de découvrir que dans sa traduction Dharmaraksha n’avait pas mis le chapitre Zokurui  à la bonne place.

De même, Jikaku rencontra bien le Grand Maître Dengyô et étudia sous sa direction, et Chishô reçut bien l’enseignement de la bouche du moine Gishin. Mais s’ils avancent des théories contraires aux principes exposés dans les authentiques écrits de Dengyô et de Gishin, comment pourraient-ils ne pas susciter de doutes ?

Le plus secret des écrits de Dengyô est un ouvrage intitulé Ebyô Shu . Dans sa préface, on lit :

“ L’école Shingon, récemment introduite [ au Japon ], déforme délibérément ses enseignements pour les plier à ses buts 118, tandis que l’école Kegon, introduite plus tôt, tente de dissimuler qu’elle a été influencée par les principes de T’ien-t’ai 119. L’école Sanron, si attachée au concept de vacuité 120, a oublié l’humiliation de Kia-siang 121 et cache le fait qu’il fut finalement acquis aux principes de T’ien-t’ai. L’école Hôsso, qui s’accroche au concept d’être 122, nie le fait que son maître Tsi-tcheou 123 se soit converti aux enseignements de l’école T’ien-t’ai, et que Leang-p’i ait utilisé les commentaires de ce dernier dans son explication du sûtra Ninnô 124. A présent, avec la plus grande attention, j’ai écrit cet ouvrage intitulé Ebyô Shu en un volume pour le léguer aux  sages des temps futurs qui partageront mes convictions.

Fait sous le règne du cinquante-deuxième souverain du Japon, dans la septième année de l’ère Kônin, l’an Hinoe-saru  (816) 125. ”

Plus loin, dans le corps du même ouvrage, il écrit : “ Un moine éminent de l’Inde, ayant entendu dire que les enseignements d’un moine nommé T’ien-t’ai, de la dynastie T’ang, permettaient, mieux que tout autre, de distinguer les principes corrects des principes erronés, exprima le grand désir de les étudier. ”

Il poursuit : “ Cela n’indique-t-il pas que le bouddhisme a disparu en Inde, son pays d’origine, et qu ”il faut le rechercher dans les pays voisins ? Mais même en Chine, ceux qui reconnaissent la grandeur des enseignements de T’ien-t’ai sont peu nombreux. Les gens y ressemblent aux habitants de Lou 126. ”

Cet ouvrage, [ comme le montrent ces citations ] réfute les quatre écoles, Hossô, Sanron, Kegon et Shingon. Si le Grand Maître Dengyô avait considéré les écoles Tendai et Shingon comme de valeur équivalente, pourquoi aurait-il critiqué cette dernière ? De plus, il compara le patriarche Pou-k’ong et les autres au peuple ignorant de l’état de Lou. S’il avait réellement approuvé les enseignements Shingon formulés par Chan-wou-wei, Tsin-kang-tche et Pou-k’ong, pourquoi les aurait-il ainsi comparés au peuple de Lou ? Et si les enseignements Shingon, originaires de l’Inde, étaient équivalents ou supérieurs à ceux de l’école Tendai, pourquoi l’éminent moine en Inde aurait-il posé à Pou K’ong des questions sur T’ien-t’ai et affirmé que la Loi correcte avait disparu d’Inde ?

De toute évidence,  Jikaku et Chishô se proclamèrent tous deux disciples du Grand Maître Dengyô, mais ne l’étaient pas du tout dans leur cœur. C’est pourquoi Dengyô écrivit dans la préface de son ouvrage : “ A présent, avec la plus grande attention, j’ai écrit cet ouvrage intitulé Ebyô Shu en un volume pour le léguer aux  sages des temps futurs qui partageront mes convictions. ”  Les mots “ qui partageront mes convictions ” désignent en réalité “ ceux qui partageront ma conviction que l’école Shingon est inférieure à l’école Tendai ”.

Mais dans le décret impérial édicté à la demande de Jikaku lui-même, on lit : “ ils ne cessent de s’opposer aux enseignements du patriarche Dengyô pour suivre  des interprétations personnelles erronées. ” Il affirme par ailleurs : “ Si les disciples veulent suivre la voie héritée du maître, ils ne peuvent ignorer aucune des deux pratiques [ de shikan  et de shingon ].  ” Mais si nous nous en tenons aux termes de cet édit même, nous devrions considérer que ce sont plutôt Jikaku et Chishô qui se sont opposés à leur maître Dengyô. Il est extrêmement troublant pour moi de porter des accusations aussi graves, mais si je ne le fais pas, la valeur relative qu’il faut accorder au sûtra Dainichi et au Sûtra du Lotus continuera à être inversée, comme elle l’est à présent. C’est pourquoi je réfute ces conceptions erronées au risque de ma vie.

[ Parce qu’ils s’étaient eux-mêmes trompés ], il est  normal que ces deux hommes, Jikaku aussi bien que Chishô, n’aient pas osé accuser Kôbô Daichi d’erreurs doctrinales. Au lieu de gaspiller le coût de leur voyage et de donner du travail aux autres en voulant à tout prix  se rendre en Chine, ils auraient dû étudier plus à fond l’enseignement de leur propre maître, le Grand Maître Dengyô !

La Loi correcte ne fut enseignée au mont Hiei que du temps des trois premiers maîtres de l’école Tendai : le Grand Maître Dengyô, le moine Gishin et le Grand Maître Enchô. Après eux, les patriarches de l’école Tendai devinrent des maîtres du Shingon. Le lieu continua à être appelé le mont du Tendai, mais il fut dirigé par un maître du Shingon.

Jikaku et Chishô, comme nous l’avons vu, contredisent le passage du Sûtra [ du Lotus ] qui parle de tous les sûtras que le Bouddha “ a enseignés, enseigne et enseignera ”. Et ayant contredit ce passage des écritures, ne doivent-ils pas être considérés comme les grands ennemis de Shakyamuni, de Tahô et des autres bouddhas des Dix Directions ? On aurait pu penser que Kôbô fut celui qui commit la plus grande offense à la Loi, mais Jikaku et Chishô enseignèrent des erreurs encore plus graves que celles de Kôbô.

Quand des allégations sont aussi différentes ou aussi éloignées de la vérité que l’eau du feu ou le ciel de la terre, les gens refusent de les croire, et les mensonges qu’elles contiennent n’ont aucune chance d’être admis. Ainsi, par exemple, la doctrine de Kôbô Daishi regorge de tant d’absurdités que même ses propres disciples eurent du mal à les croire. Ils suivirent ses instructions concernant la pratique et les rituels de leur école, mais ils ne purent jamais accepter ses théories [ concernant les mérites relatifs des différents sûtras ]. Ils leur substituèrent les principes de Chan-wou-wei, Tsin-kang-tche, Pou-K’ong, Jikaku et Chishô. Ce sont les enseignements de Jikaku et Chishô qui affirment que les écoles Shingon et Tendai sont équivalentes du point de vue théorique, et tout le monde l’a admis.

Dans ces conditions, même les moines du Tendai — afin qu’on leur demande de pratiquer les rituels  “ d’ouverture des yeux ” pour consacrer les images du Bouddha sculptées ou peintes — adoptèrent les mudra et les mantra censés fonder la supériorité de l’école Shingon. Par conséquent, le Japon tout entier s’est adonné à la pratique du Shingon, et il n’y a plus un seul pratiquant de l’école Tendai.

Un moine et une nonne, un objet noir et un objet bleu foncé sont suffisamment semblables pour être confondus par une personne ayant une mauvaise vue. Mais même une personne dont la vue est défectueuse ne pourra jamais confondre un moine avec un laïc, ou un objet blanc avec un objet rouge. Le risque est encore moindre avec une personne dont la vue est bonne. Les théories de Jikaku et de Chishô sont aussi difficiles à distinguer de la vérité qu’un moine d’une nonne, ou un objet noir d’un objet bleu foncé. Ainsi, même les sages s’y trompent, et les ignorants font cette confusion. [ De cet état de fait il résulte que ] durant plus de quatre siècles, sur le mont Hiei, dans les temples Onjô-ji 127 et Tô-ji, à Nara, dans les cinq provinces 128 entourant la capitale, dans les sept régions extérieures, comme, à vrai dire, dans le Japon tout entier, tous s’opposent à la Loi.

Dans le cinquième volume du Sûtra du Lotus, le Bouddha déclare : “ Monjushiri, ce Sûtra du Lotus est la resserre secrète des bouddhas. Parmi les sûtras, il occupe la première place. ”

Si l’on en croit ce passage, le Sûtra du Lotus est la véritable Loi suprême, plus élevée que le sûtra Dainichi et tous les innombrables autres sûtras. On se demande alors comment Chan-wou-wei, Tsin-k’ang-tche, Pou K’ong, Jikaku et Chishô ont interprété ce passage du Sûtra et l’ont concilié avec leur croyance ?

Il est dit encore, dans le septième volume du Sûtra du Lotus : “ Celui qui parvient à croire et à pratiquer ce Sûtra est ainsi également. Parmi la multitude de tous les êtres vivants, il est le premier ” 129. Selon ce passage du Sûtra, le pratiquant du Sûtra du Lotus est donc semblable au grand océan, plus vaste que toutes les rivières et tous les fleuves, au mont Sumeru, la plus élevée de toutes les montagnes, à la lumière dorée de la lune parmi les myriades d’étoiles, au grand dieu du soleil parmi les autres astres lumineux, aux Rois faisant tourner la Roue [ parmi d’autres rois de moindre importance ], au dieu Taishaku [ parmi les trente-trois divinités ] et au grand roi des dieux Bonten parmi les autres rois.

Le Grand Maître Dengyô dans son Hokke Shuku  écrit :

“ Ce Sûtra est de même nature... il est le plus élevé de tous les sûtras. Celui qui parvient à accepter et à observer ce Sûtra sera semblable à lui — il sera le premier parmi la multitude des êtres vivants. ”

Après avoir cité ce passage du Sûtra du Lotus, Dengyô note un passage du Hokke Gengi de T’ien-t’ai, qui, interprétant ce même passage, en donne l’explication suivante : “ Il faut savoir que les sûtras sur lesquels s’appuient les autres écoles ne sont pas les plus élevés. Par conséquent, ceux qui croient dans ces sûtras ne sont pas non plus les meilleurs. Mais, puisque l’école Tendai Hokke croit dans le sûtra le plus élevé, ceux qui croient dans le Sûtra du Lotus sont les premiers parmi la multitude. Ce sont là les mots mêmes du Bouddha. Comment pourrait-il s’agir là d’ une simple glorification de soi-même ? ”

Plus loin, dans l’ouvrage précédemment cité [ Hokke Shuku ], Dengyô déclare : “ des explications détaillées concernant les textes sur lesquels les autres écoles basent leurs enseignements sont données dans un autre ouvrage. ” Dans cet autre écrit auquel il se réfère, le Ebyô Shu, on lit : “ [ Le fondateur de notre école ] le Grand Maître T’ien-t’ai, enseigna le Sûtra de Lotus, et les commentaires qu’il en fait le placent très au-dessus de tous les autres maîtres ; dans toute la Chine, il n’a pas son pareil. Il est clair qu’il est l’envoyé du Bouddha. Ceux qui feront son éloge accumuleront une bonne fortune aussi haute que le mont Sumeru, tandis que ceux qui le calomnieront commettront une faute qui les précipitera dans l’enfer des souffrances incessantes. ”

A la lumière des enseignements du Sûtra du Lotus et des commentaires de T’ien-t’ai, Miao-lo et Dengyô, dans le Japon d’aujourd’hui, il n’y a pas un seul pratiquant du Sûtra du Lotus !

En Inde, quand le bouddha Shakyamuni enseigna le Sûtra du Lotus, ainsi qu’il est décrit dans le chapitre Hôtô, il convoqua tous les bouddhas et les fit asseoir par terre. Seul le bouddha Dainichi 130 s’assit à l’intérieur de la Tour aux Trésors, à une place basse au sud 131 , tandis que le bouddha Shakyamuni était assis à une place plus haute, au nord.

Ce bouddha Dainichi est le Maître Dainichi du Monde de la Matrice, décrit dans le sûtra Dainichi, et le Maître Dainichi du Monde du Diamant, décrit dans le sûtra Kongôchô. Ce Dainichi ou bouddha Tahô, qui a comme vassaux les bouddhas Dainichi des deux mondes cités plus haut, est lui-même surpassé par le bouddha Shakyamuni qui est assis au-dessus de lui. Ce bouddha Shakyamuni est l’authentique pratiquant du Sûtra du Lotus. Voilà ce qui se passa en Inde.

En Chine, au temps de l’empereur Tch’en [ Chou-pao ], le Grand Maître T’ien-t’ai remporta la victoire au cours d’un débat l’opposant aux maîtres des écoles du Nord et du Sud, et il fut honoré du titre de Grand Maître de son vivant. Ainsi, Dengyô dit de lui qu’il fut “ très au-dessus de tous les autres maîtres ; dans toute la Chine, il n’eut pas son pareil.  ”

Au Japon, le Grand Maître Dengyô remporta un débat l’opposant aux maîtres des Six écoles et devint le fondateur et le premier patriarche de l’école Tendai au Japon.

En Inde, en Chine et au Japon, seules ces trois personnes — Shakyamuni, T’ien-t’ai et Dengyô — furent ce que le Sûtra de Lotus appelle “ les premiers parmi la multitude des êtres vivants ”.

Ainsi, dans le Hokke Shuku, Dengyô écrit : “ Shakyamuni enseigna que “ le superficiel est facile [ à saisir ] mais le profond, difficile ”. Telle est l’explication de Shakyamuni. Abandonner le superficiel pour rechercher ce qui est profond [ demande du courage ], c’est l’esprit de “ rechercher le Bouddha ” [ jobu  ]. Le Grand Maître T’ien-t’ai, en suivant fidèlement [ le Bouddha ] Shakyamuni, a contribué à la propagation de l’école Hokke en Chine. [ Nous, ] la famille du mont Hiei, en succédant à T’ien-t’ai, contribuons à la propagation de l’école Hokke au Japon. ”

Durant les mille huit cents ans et plus qui se sont écoulés depuis la disparition du Bouddha, il n’y a eu qu’un seul pratiquant du Sûtra du Lotus en Chine, et un seul au Japon. Si l’on y ajoute Shakyamuni lui-même, cela fait au total trois personnes.

Les écrits non bouddhiques [ de la Chine ancienne ] affirment qu’un sage apparaît une fois tous les mille ans, et un homme de vertu, une fois tous les cinq cents ans. Là où les deux rivières, Ching et Wei 132,  rejoignent le fleuve Jaune, le flot de  ces affluents ne se mélange pas. On dit que, une fois tous les cinq cents ans, l’eau de l’un d’eux devient claire, et qu’une fois tous les mille ans, l’eau des deux  devient limpide aussi. [ De même, les sages et les personnes de vertu apparaissent à intervalles fixes ].

Au Japon [ comme nous l’avons vu ] sur le mont Hiei, et seulement du vivant du Grand Maître Dengyô, il y eut un pratiquant du Sûtra du Lotus. Gishin et Enchô lui succédèrent, respectivement premier et deuxième patriarches de cette école. Mais, seul le premier patriarche Gishin suivit la voie du Grand Maître Dengyô. Le deuxième patriarche, Enchô, fut à moitié disciple de Dengyô et à moitié disciple de Kôbô.

Le troisième patriarche, Jikaku, se comporta d’abord comme un disciple du Grand Maître Dengyô. Mais, après son voyage en Chine, à l’âge de quarante ans, tout en continuant à se dire disciple de Dengyô et en agissant en apparence comme un continuateur de sa doctrine, il enseigna une forme de bouddhisme totalement indigne d’un véritable disciple. Il ne joua le rôle d’un disciple fidèle de Dengyô qu’en administrant les préceptes pour l’illumination immédiate et parfaite tels que les avaient établis Dengyô.

On pourrait le comparer à une chauve-souris, qui tient à la fois de l’oiseau et de la souris sans être ni l’un ni l’autre. Ou encore, à un hibou ou à la bête que l’on appelle Hakei 133. Il a mangé son père, le Sûtra du Lotus, et dévoré sa mère, ceux qui pratiquent la Loi. Lorsqu’il rêva qu’il transperçait d’une flèche le soleil, c’était probablement une image de ses crimes. Et c’est sans doute pour cela que, après sa mort, aucune tombe ne lui fut érigée.

Le temple Onjô-ji, représentant les disciples de Chishô dans l’école Tendai, se battait sans arrêt avec le temple Enryaku-ji du mont Hiei qui représentait les disciples de Jikaku à l’intérieur de la même école 134, et ils s’affrontaient avec autant de violence que des asuras et des dragons malfaisants. D’abord, Onjô-ji fut incendié, puis ce furent les bâtiments du mont Hiei. Si bien que la représentation du bodhisattva Miroku à laquelle Chishô avait adressé ses prières fut brûlée, de même que l’objet de culte de Jikaku qui fut détruit dans un incendie en même temps que la grande salle d’étude du mont Hiei. Les moines de ces deux temples ont dû avoir l’impression de tomber vivants  dans l’enfer des souffrances incessantes. Seule la grande salle de pratique du mont Hiei [ construite par le Grand Maître Dengyô ] fut épargnée.

La lignée de Kôbô Daishi fut, elle aussi, interrompue. Kôbô avait stipulé par écrit que nul ne pourrait devenir patriarche du temple Tôji s’il n’avait été ordonné selon les préceptes [ établis par Ganjin ] au sanctuaire du Tôdai-ji. Cependant, l’empereur retiré Kampyo 135 fonda un temple [ à Kyoto ] appelé Ninna-ji et y déplaça un certain nombre de moines du Tô-ji  ; et il décréta aussi que nul ne pourrait résider au temple Ninna-ji s’il n’avait au préalable reçu les préceptes pour l’illumination parfaite et immédiate au sanctuaire du mont Hiei. Par conséquent, les moines du temple Tô-ji ne sont ni les disciples de Ganjin, ni ceux de Kôbô. Par rapport aux préceptes, ils sont disciples de Dengyô. Mais ils ne se conduisent pas en vrais disciples de Dengyô car ils rejettent le Sûtra du Lotus que Dengyô considère comme l’enseignement suprême.

Kôbô mourut le vingt et unième jour du troisième mois de la deuxième année de l’ère Jôwa (835) et un représentant de la cour impériale offrit des prières à ses funérailles. Pourtant, par la suite, ses disciples se réunirent et déclarèrent, de manière trompeuse [ qu’il n’était pas mort du tout mais ] qu’il était entré dans un état de méditation profonde ; l’un d’eux alla jusqu’à dire qu’il avait dû lui raser le crâne [ parce que ses cheveux ayant poussé, étaient devenus trop longs ]. D’autres affirmèrent que lorsqu’il était en Chine, il avait lancé un trident de diamant 136 [ qui, après avoir survolé l’océan, avait atterri au Japon ]. D’autres encore que [ pour répondre à ses prières ] le soleil était apparu en pleine nuit ; qu’il était la réincarnation du bouddha Dainichi, ou encore qu’il avait initié le Grand Maître Dengyô aux dix-huit voies 137 du bouddhisme ésotérique. Ils espéraient ainsi, en attribuant quantité de mérites et de prodiges inventés à leur maître, le faire passer pour un sage, accréditer ses principes erronés et tromper le souverain et ses ministres.

Il y avait sur le mont Kôya deux temples principaux : le temple d’origine 138 et le Dembô-in. Le temple d’origine, qui comprend la grande pagode, fut fondé par Kôbô et est consacré au bouddha Dainichi [ du Monde de la Matrice ]. Le Dembô-in fut fondé par Shôkaku-bô 139 et il est consacré au bouddha Dainichi du Monde de Diamant. Ces deux temples, Onjô-ji [ au pied du mont Hiei ] et Enryaku-ji [ au sommet du mont Hiei ] se battaient jour et nuit. Est-ce l’accumulation des mensonges qui provoqua l’apparition au Japon de ces deux calamités [ ces temples querelleurs du mont Kôya et du mont Hiei ] ?

Vous pouvez entasser de la fiente séchée et l’appeler bois de santal, mais si vous la brûlez, elle ne répandra jamais qu’une odeur de fiente. Vous pouvez accumuler quantité de mensonges et les appeler enseignements du Bouddha, mais ils ne conduiront jamais que vers la grande citadelle de l’enfer des souffrances incessantes.

Le stûpa construit par le maître non bouddhiste Nigantha Nataputta procura de grands bienfaits aux êtres vivants pendant des années, mais lorsque le bodhisattva Ashvaghosha s’inclina devant, ce stûpa s’écroula soudainement 140. Le brahmane Eloquence démoniaque dispensait son enseignement caché derrière un rideau et réussit ainsi à tromper les autres pendant des années, mais le bodhisattva Ashvaghosha le réfuta et dévoila ses mensonges 141.

Le maître brahmanique Uluka 142 se transforma en pierre et resta dans cet état pendant huit cents ans mais lorsque le bodhisattva Dignaga toucha cette pierre, elle se liquéfia.

Les maîtres taoïstes, en Chine, trompèrent le peuple pendant plusieurs centaines d’années. Mais lorsque les moines bouddhistes Kashyapa Matanga et Tchou-fa-lan 143 les défièrent, ils mirent le feu à leurs propres écrits et ceux-ci, qui devaient  prouver l’immortalité, ont brûlé.

De même que Tchao-kao 144 s’empara du pays, et que Wang Mang 145 usurpa la position d’empereur, les maîtres de l’école Shingon ont volé au Sûtra du Lotus la place qui est la sienne et ont déclaré qu’il était subordonné au sûtra Dainichi. Quand le roi de la Loi a été dépossédé de son domaine, comment le roi  des hommes pourrait-il espérer être en paix et en sécurité ?

Le Japon d’aujourd’hui est rempli d’adeptes de Jikaku, de Chishô et de Kôbô. Il n’y a pas une seule personne qui ne s’oppose à la Loi. Si nous y réfléchissons, nous voyons que cela ressemble à l’époque des Derniers Jours de la Loi du bouddha Daishôgon ou à celle des Derniers Jours de la Loi du bouddha Issai Myôô 146. A l’époque des Derniers Jours de la Loi du bouddha Ionnô, même ceux qui se repentirent de leurs mauvaises actions durent endurer pendant mille kalpa les souffrances de l’enfer Avichi 147. Que dire alors de la situation actuelle, quand les moines du Shingon, les adeptes du Zen et les disciples du Nembutsu n’éprouvent pas le moindre repentir ? [ Comment pourraient-ils ne pas vérifier la prédiction du Sûtra : ] “ Ils renaîtront ainsi [ en enfer ] pendant d’innombrables kalpa 148 ?

Parce que le Japon est un pays qui s’oppose à la Loi, le ciel l’a abandonné. Et parce que le ciel l’a abandonné, les diverses divinités bienveillantes qui, par le passé, avaient protégé le pays, ont incendié leurs sanctuaires et sont reparties pour la Cité de la Lumière éternellement paisible.

Maintenant, il ne reste plus que Nichiren pour dénoncer ce fait et avertir de cette situation. Mais lorsque je le fais, les dirigeants du pays me traitent comme un ennemi. Des centaines de personnes m’injurient et me calomnient, m’attaquent à coups de canne et de bâton, de couteau et de sabre. L’une après l’autre, toutes les portes me sont fermées et je suis chassé de maison en maison. Lorsque les autorités comprennent que cela ne suffit pas [ pour m’arrêter ], elles interviennent. A deux reprises elles m’ont envoyé en exil 149 et, en une occasion, le douzième jour du neuvième mois de la huitième année de Bun’ei (1271), elles furent bien près de me décapiter 150.

Il est dit dans le sûtra Saishôô : “ Parce que des personnes mauvaises sont respectées et favorisées et des personnes de bien injustement persécutées, des pillards apparaîtront, venus d’autres contrées, et les habitants du pays connaîtront le désordre et la mort. ”

Dans le sûtra Daijuku, on lit : “ Il y aura peut-être divers rois de la caste des Kshatrya 151 qui s’opposeront à la Loi, créant des difficultés aux disciples shomon de l’Honoré du monde. Peut-être les insulteront-ils et les rabaisseront-ils, les attaqueront-ils et les blesseront-ils à coups de sabre ou de bâton, les dépouillant de leur robe et de leur bol [ pour les aumônes ] et les privant de ce dont ils ont besoin pour vivre. Ou peut-être ces souverains arrêteront-ils ou persécuteront-ils ceux qui font des offrandes aux disciples. Si cela se produisait, nous [ Bonten, Taishaku et d’autres divinités ] veillerons à ce que des ennemis dans des terres étrangères viennent les attaquer et que des rebellions éclatent à l’intérieur de leurs états. Nous provoquerons épidémies et famines, vents et pluies hors saison ; calomnies, querelles et discordes séviront. Le règne de tels souverains sera de courte durée et leur pays sera détruit. ”

Comme ces passages du Sûtra l’indiquent, si moi, Nichiren, je n’étais pas ici, au Japon, on pourrait prendre le Bouddha pour un grand menteur [ puisqu’il a fait de telles prédictions ] et il ne pourrait manquer de tomber dans l’enfer Avichi.

Le douzième jour du neuvième mois de la huitième année de Bun’ei, en présence de Hei no Saemon et de plusieurs centaines d’autres personnes, j’ai déclaré : “ Nichiren est le pilier du Japon. Condamner Nichiren, c’est comme renverser le pilier qui soutient le Japon. ”

Les passages des sûtras que j’ai cités indiquent que si les dirigeants croient les calomnies de moines malfaisants ou les médisances d’autres personnes, et s’ils persécutent des personnes de sagesse, la guerre éclatera immédiatement, de puissants vents se lèveront et des envahisseurs apparaîtront, venus de pays étrangers.

Le deuxième mois de la neuvième année de Bun’ei (1272), des luttes ont bel et bien éclaté [ entre deux factions de la famille Hôjô 152  ] ; le quatrième mois de la onzième année de Bun’ei (1274), il y eut des vents violents 153 et, au cours du dixième mois de la même année, les forces mongoles attaquèrent le Japon.

Tout cela n’est-il pas dû à la manière dont on a traité Nichiren ? C’est ce que je prédis depuis des années. Qui pourrait encore avoir des doutes à cet égard ?

Les erreurs propagées par Kôbô, Jikaku et Chishô se sont répandues dans le pays pendant de nombreuses années. A cela sont venues s’ajouter les théories nuisibles du Zen et du Nembutsu. C’est comme si, aux vents dévastateurs venaient s’ajouter raz-de-marée et tremblements de terre. Tout cela a conduit le pays bien près  de la destruction.

[ Par le passé ] le ministre et nyûdo Taira no Kiyomori 154 s’empara du pouvoir et, après le soulèvement de Jôkyû 155, la cour impériale cessa de gouverner et le siège de l’autorité fut transféré vers l’est, à Kamakura. Mais il ne s’agissait là que de troubles intérieurs. Le pays n’avait pas encore eu à affronter la menace d’une invasion étrangère.

De plus, si à l’époque, certains s’opposaient à la Loi, d’autres préservaient encore l’enseignement correct de l’école Tendai. Par ailleurs, pendant cette période, aucun sage n’apparut  pour s’efforcer  de clarifier la situation, si bien qu’une paix relative régna.

Un lion endormi, si on ne le réveille pas, ne rugira pas. Si le courant est fort, mais que vous ne vous y opposez pas avec vos avirons, aucune vague ne se soulèvera. Si vous n’accusez pas un voleur pris sur le fait, il n’y aura pas d’empoignade ; si l’on n’ajoute pas de bûche sur le feu, la flamme ne s’élévera pas.

De même, lorsque certains s’opposent à la Loi, si personne ne s’avance pour exposer leur erreur, le gouvernement se maintiendra pendant un certain temps en place et le pays ne connaîtra pas de désordres.

Ainsi, lorsque la Loi bouddhique fut introduite pour la première fois au Japon, aucun événement extraordinaire ne se produisit. Mais par la suite, quand Mononobe no Moriya 156 entreprit de brûler les statues du Bouddha, d’arrêter des moines et d’incendier temples et pagodes bouddhiques, le feu s’est déversé du ciel, la variole s’est répandue dans le pays et les guerres se sont succédé.

Mais la situation aujourd’hui est bien plus grave. Ceux qui s’opposent à la Loi emplissent le pays, et moi, Nichiren, je les attaque, fermement décidé à défendre ce qui est juste et correct.

C’est un combat sans merci, aussi féroce que celui des démons Asura contre le dieu Taishaku, ou du Bouddha contre le Roi-Démon.

Il est dit dans le sûtra Konkômyô : “ Viendra un temps où les ennemis des pays voisins penseront : “ Nous devons faire appel à nos quatres sortes de troupes 157 et détruire ce pays [ dont les habitants s’opposent à la Loi ] ”.” Dans le même sûtra, on lit encore: “ Viendra un temps où les rois des pays voisins, observant la situation et mobilisant leurs quatre sortes de troupes, s’apprêteront à partir pour le pays [ où habitent ceux qui s’opposent à la Loi ], dans l’intention de le soumettre. C’est à ce moment-là que nous [ les divinités bienveillantes ] ordonnerons aux innombrables yaksha 158 et autres divinités en nombre infini qui sont nos disciples, de prendre diverses formes et de protéger ces rois pour qu’ils soumettent leurs ennemis sans difficulté. ”

On trouve des affirmations semblables dans le sûtra Saishôô , et dans les sûtras Daijuku et Ninnô. D’après  ces divers sûtras, si le dirigeant d’un pays persécute les pratiquants de la Loi correcte et soutient ceux qui pratiquent les enseignements erronés, les rois du ciel Bonten et Taishaku, les divinités du Soleil et de la Lune et les Quatre Rois célestes entreront dans le corps des dirigeants sages de pays voisins et attaqueront ce pays [ qui s’oppose à la Loi ].

Ainsi, par exemple, le roi Krita 159 fut attaqué par le roi Himatala et le roi Mihirakula 160 fut renversé par le roi Baladitya. Les rois Krita et Mihirakula étaient des souverains  qui tentèrent d’éliminer le bouddhisme en Inde. De même, en Chine, tous les dirigeants qui essayèrent de détruire le bouddhisme, furent attaqués par des dirigeants sages.

La situation au Japon de nos jours est bien pire. Car, dans ce pays, les dirigeants, en apparence, protègent la Loi bouddhique, mais en réalité, ils soutiennent des moines qui détruisent le bouddhisme et persécutent le Pratiquant de la Loi correcte. Il en résulte que les ignorants ne comprennent pas cela et que même des personnes sages, avec leur sagesse ordinaire, ont du mal à saisir la vérité. Je suppose que même les divinités de moindre importance, au ciel, ne la connaissent pas. C’est pourquoi les désordres au Japon sont aujourd’hui plus graves encore que ceux qui eurent lieu, par le passé, en Inde ou en Chine.

Le bouddha Skakyamuni déclare dans le sûtra Hômetsujin : “ Lorsque j’aurai accédé au Nirvana, dans la période troublée où les Cinq Fautes capitales prédomineront, la voie du Démon sera prospère. Le Démon apparaîtra sous la forme de moines bouddhistes et tentera d’obscurcir et de détruire mes enseignements... Ceux qui feront le mal seront aussi nombreux que les grains de sable dans l’océan, tandis que les bons seront très rares, à peine guère plus d’une ou deux personnes. ”

Dans le Sûtra du Nirvana, on lit : “ Ainsi, ceux qui auront foi dans le Sûtra du Nirvana seront aussi peu nombreux que les grains de poussière qui peuvent tenir sur un ongle ... Ceux qui ne croiront pas au Sûtra seront assez nombreux pour occuper toutes les terres dans les Dix Directions. ”

Ces passages des écritures sont extrêmement précieux à notre époque, et restent profondément gravés dans mon cœur. Aujourd’hui, au Japon, partout on entend déclarer : “ Je crois au Sûtra du Lotus. ” “ Moi aussi, je crois au Sûtra du Lotus. ” A entendre tous ces gens parler, on pourrait croire qu’il n’y a pas une seule personne qui s’oppose à la Loi. Mais le passage du Sûtra  que je viens de citer indique que, à l’époque des Derniers Jours de la Loi, ceux qui s’opposeront à la Loi seront assez nombreux pour occuper toutes les terres des Dix Directions, tandis que ceux qui croiront en la Loi correcte seront aussi peu nombreux que les grains de sable pouvant tenir sur un ongle. Ce que disent les gens d’aujourd’hui et ce que dit le Sûtra est aussi différent que le feu de l’eau. Les gens, de nos jours, au Japon, disent que seul Nichiren s’oppose à la Loi. Mais le Sûtra dit qu’il y aura plus d’opposants à la Loi  que la terre entière ne peut en contenir.

Dans le sûtra Hômetsujin , il est dit qu’il n’y aura qu’une ou deux personnes de bonté et dans le Sûtra du Nirvana, que les croyants seront aussi peu nombreux que les grains de sable qui peuvent tenir sur un seul ongle. Si nous devons en croire le Sûtra, alors, au Japon, c’est Nichiren que désigne l’image d’une ou deux personnes, ou celle des grains de sable pouvant tenir sur un ongle. Ceux qui ont l’esprit de recherche devraient se demander ce qu’il est préférable de croire : les mots écrits dans le Sûtra ou ce qui se dit dans le monde.

Certains objecteront peut-être : “ C’est le Sûtra du Nirvana qui décrit les défenseurs de la Loi correcte comme aussi peu nombreux que les grains de sable pouvant tenir sur un ongle. Pourquoi utilisez-vous ce passage pour désigner les pratiquants du Sûtra du Lotus ? ”

Je répondrai à cela : Le Sûtra du Nirvana se définit lui-même comme une partie du Sûtra du Lotus. Le Grand Maître Miao-Lo déclare : “ Le Grand Sûtra lui-même pointe vers le Sûtra du Lotus, le désignant comme le sûtra suprême 161.” Ici, les mots “ le Grand Sûtra ” se réfèrent au Sûtra du Nirvana. Le Sûtra du Nirvana désigne le Sûtra du Lotus comme le sûtra suprême.

Par conséquent, lorsque les adeptes de l’école du Nirvana affirment que le Sûtra du Nirvana est supérieur au Sûtra du Lotus, ils commettent la même méprise que s’ils prenaient un paysan pour un seigneur, ou un serviteur pour un maître. Lire le Sûtra du Nirvana équivaut à lire le Sûtra du Lotus car le Sûtra du Nirvana est comme un homme méritant, heureux de voir que l’on respecte son souverain, même s’il est traité lui-même avec dédain. Ainsi, l’esprit du Sûtra du Nirvana conduirait à mépriser et considérer comme un ennemi quiconque tenterait de dénigrer le Sûtra du Lotus pour mieux faire l’éloge du Sûtra du Nirvana.

Gardant cet exemple à l’esprit, il faut comprendre que, de la même manière, si certains lisent le sûtra Kegon, le sûtra Kammuryôju, le sûtra Dainichi, ou d’autres sûtras encore, en pensant que le Sûtra du Lotus leur est inférieur, ils s’opposent au cœur-même des sûtras qu’ils lisent ! Réfléchissez bien à cela : même ceux qui lisent le Sûtra du Lotus en donnant l’apparence d’y croire, s’ils croient possible de parvenir à l’Eveil en pratiquant d’autres sûtras, ne lisent pas véritablement le Sûtra du Lotus !

Par exemple, le grand maître Kia-siang écrivit un ouvrage en dix volumes, le Hokke Genron dans lequel il fit l’éloge du Sûtra du Lotus. Mais Miao-lo le critiqua en disant : “ Ce texte s’oppose manifestement à la Loi. Comment pourrait-on le considérer véritablement comme un ouvrage de propagation et d’éloge ? ” 162

En effet, Kia-siang fut une personne qui détruisit le Sûtra du Lotus. Aussi, lorsque le Grand Maître T’ien-t’ai l’eut vaincu [ au cours d’un débat ] et qu’il se mit à son service, Kia-siang n’enseigna plus le Sûtra du Lotus. Il déclara : “ Je ne peux plus l’enseigner. Si je le faisais,  je retomberais inévitablement dans les Mauvaises Voies. ” Et, pendant sept années, il fit de son propre corps un pont 163.

De même, le grand maître Ts’eu-ngen écrivit un ouvrage en dix volumes, le Hokke Genzan, dans lequel il fit l’éloge du Sûtra du Lotus, mais le Grand Maître Dengyô le critiqua en disant : “ Bien qu’il fasse l’éloge du Sûtra du Lotus, il en détruit le cœur. ” 164

En considérant attentivement ces exemples, nous comprenons que, parmi ceux qui lisent et vantent les mérites du Sûtra du Lotus, nombreux sont ceux qui tomberont dans l’enfer des souffrances incessantes. Même Kia-siang et Ts’eu-ngen s’opposaient en réalité au Véhicule unique [ du Sûtra du Lotus ]. Et n’est-ce pas encore plus vrai de personnes comme Kôbô, Jikaku et Chishô, qui ont ouvertement affiché leur mépris envers le  Sûtra du Lotus  ?

On peut, comme Kia-siang, cesser d’enseigner, disperser ses disciples, [ devenir disciple de T’ien-t’ai ] et même faire de son propre corps un pont [ pour son maître ]. Mais je crains que cela ne suffise pas pour effacer le crime de s’être auparavant opposé au Sûtra du Lotus. Ceux qui, en grand nombre, méprisèrent et attaquèrent le bodhisattva Fukyô, même si par la suite ils crurent en ses enseignements et devinrent ses disciples, ne purent effacer le grave crime qu’ils avaient commis et résidèrent, pour cette raison, dans l’enfer Avichi pendant mille kalpa.

Ainsi, même si  Kôbô, Jikaku et Chishô avaient donné des cours sur le Sûtra du Lotus, même s’ils s’étaient repenti de leurs erreurs, ils auraient néanmoins eu les pires difficultés à réparer leurs graves offenses. Et [ comme nous le savons ], ils n’éprouvèrent jamais le moindre repentir. Au contraire, ils ont totalement ignoré le Sûtra du Lotus, pratiquant nuit et jour les rituels du Shingon  et propageant sa doctrine matin et soir.

Les bodhisattvas Vasubandhu et Ashvaghosha voulurent se couper la langue pour avoir  [ dans leur jeunesse ] adhéré au Hinayana et critiqué le Mahayana. Le bodhisattva Vasubandhu déclara que, même si les sûtras Agon du Hinayana étaient les paroles du Bouddha, il ne laisserait jamais sa langue en prononcer les mots, même pour s’en moquer. Et le bodhisattva Ashvagosha, pour expier sa faute, écrivit le Kishin Ron dans lequel il réfuta les enseignements du Hinayana.

Kia-siang, à un moment donné, alla voir le Grand Maître T’ien-t’ai et le supplia de le laisser entendre son enseignement. Devant plus d’une centaine de disciples sages, il se jeta à terre et, le corps totalement couvert de sueur, en larmes et les yeux injectés de sang, déclara que, désormais, il n’enseignerait plus jamais le Sûtra du Lotus. “ Car, dit-il,  si je devais continuer à faire face à mes disciples en donnant des cours sur le Sûtra du Lotus, ils pourraient avoir l’illusion que j’ai compris le sens profond de ce Sûtra, alors que ce n’est pas le cas. ”

Kia-siang était plus renommé et plus âgé que T’ien-t’ai et, néanmoins, en présence des autres, il décida de porter T’ien-t’ai sur son dos pour lui faire traverser les rivières. Lorsque T’ien-t’ai devait monter en chaire pour enseigner, Kia-siang le prenait sur son dos pour l’aider à s’y hisser. A la mort de T’ien-t’ai, quand l’empereur de la dynastie Souei 165 fit appeler Kia-siang, on dit qu’il pleura et trépigna comme un petit enfant qui vient de perdre sa mère.

En lisant le Hokke Genron  de Kia-siang, on constate que son commentaire ne s’oppose pas directement au Sûtra du Lotus. Il dit simplement que, bien que le Sûtra du Lotus et les autres sûtras du Mahayana exposent des enseignements de profondeur différente, fondamentalement leur esprit est identique. Est-ce la raison pour laquelle on accuse cet ouvrage de s’opposer à la Loi ?

Tch’eng-kouan, de l’école Kegon, et Chan-wou-wei de l’école Shingon, ont déclaré tous deux que le Sûtra du Lotus et le Sûtra Dainichi révélaient le même principe. Si l’on condamne Kia-siang pour cette affirmation, il est bien difficile que Chan-wou-wei échappe à la même condamnation.

Chan-wou-wei, dans sa jeunesse, fut le roi d’un  pays du centre de l’Inde. Il renonça au trône et parcourut d’autres pays où il rencontra deux hommes, Shushô et Shôdai, qui lui enseignèrent le Sûtra du Lotus 166. Il fit construire cent mille stûpas de pierre, et semblait être un adepte de ce sûtra. Mais par la suite, après avoir rencontré le sûtra Dainichi, il a peut-être pensé que le Sûtra du Lotus lui était inférieur. Il n’insista pas sur ce point tout d’abord, mais seulement par la suite, lorsqu’il s’installa en Chine et devint le maître de l’empereur Siuan-tsong [ de la dynastie T’ang ]. Probablement en rétribution de la jalousie dévorante qu’il éprouvait à l’égard de l’école Tendai, il mourut subitement et fut traîné, ligoté par sept chaines de fer, par deux gardiens de l’enfer, au tribunal du roi Emma [ souverain des enfers ]. Là, on lui dit que sa vie n’était pas encore arrivée à son terme, et il fut renvoyé dans le monde des vivants.

Peut-être comprit-il alors [ au cours de son séjour en enfer ] que cela [ sa comparution devant le roi Emma ] résultait de son opposition au Sûtra du Lotus.  Il abandonna donc très vite les mudra, les mantra et les méthodes de concentration du Shingon, et  récita le passage du Sûtra du Lotus [ dans lequel le Bouddha déclare ] : “ Maintenant, ce monde des Trois Plans est tout entier mon  domaine 167 ”. Après quoi les chaînes qui le maintenaient prisonnier se sont brisées et il put revenir à la vie.

En une autre occasion, il reçut [ de la cour impériale ] l’ordre de prier pour faire tomber la pluie. En effet, la pluie se mit bien tout à coup à tomber, mais une terrible tornade se leva en même temps et dévasta le pays.

Ultérieurement, lorsqu’il mourut bel et bien, ses disciples se rassemblèrent autour de son lit de mort, et vantèrent la beauté de ses derniers moments, mais en fait, il était tombé dans la grande citadelle de l’enfer des souffrances incessantes. Vous vous demandez peut-être comment je peux le savoir ? Je répondrai que, dans sa biographie, on lit : “ Ceux qui observèrent les restes de Chan-wou-wei virent son cadavre se racornir, sa peau noircir et ses os saillir 168”.

Les disciples de Chan-wou-wei ne comprirent peut-être pas que cela indiquait qu’il était tombé, après sa mort, dans le monde de l’enfer, mais s’imaginèrent qu’il avait eu la mort que méritaient ses vertus. Pourtant, l’auteur de sa biographie dénonce bien les erreurs de Chan-wou-wei en observant que son corps avait rétréci et sa peau noirci en laissant apparaître ses os.

D’après les paroles d’or du Bouddha lui-même, avoir une peau qui noirçit après la mort est une caractéristique dénotant qu’une personne tombera en enfer. Pour quelle raison Chan-wou-wei fut-il ainsi condamné à l’enfer  ? Dans sa jeunesse, il avait renoncé à sa position royale, montrant par là une détermination incomparable à rechercher la Voie. Dans sa pratique du bouddhisme, il avait parcouru plus de cinquante régions de l’Inde, et sa bienveillance infinie l’avait même conduit jusqu’en Chine [ pour propager la Loi ].

Le fait qu’en Inde, en Chine, au Japon et dans d’autres régions du monde le Shingon ait été transmis et que de nombreux adeptes prient en agitant des clochettes n’est-il pas le fruit des vertus de cet homme ? Ceux qui se préoccupent de leur destin après la mort devraient bien réfléchir aux raisons pour lesquelles Chan-wou-wei tomba en enfer.

Il y eut aussi Tsin-kang-tche, fils d’un souverain du sud de l’Inde. Il introduisit le sûtra Kongôchô en Chine, et ses mérites étaient comparables à ceux de Chan-wou-wei. Lui et Chan-wou-wei furent en quelque sorte à la fois maître et disciple l’un pour l’autre.

Lorsque Tsin-kang-tche reçut l’ordre impérial de prier pour la pluie, moins de sept jours plus tard, il se mit en effet à pleuvoir. L’empereur en fut ravi mais, peu après, des vents violents s’élevèrent. Le souverain et ses ministres, très déçus, envoyèrent des hommes pour expulser Tsin-kang-tche du pays, mais celui-ci trouva finalement des prétextes pour demeurer en Chine.

Quelque temps plus tard,  alors que la fille préférée de l’empereur était mourante, il reçut l’ordre de prier pour sa guérison. Il choisit deux fillettes de sept ans qui servaient à la cour pour mourir à sa place. Il fit allumer des bûchers autour d’elles et les fit brûler vives. Ce fut là une action aussi cruelle qu’inutile : la fille de l’empereur ne revint pas à la vie.

Pou-k’ong accompagna Tsin-kang-tche 169 en Chine. Mais ces événements ayant peut-être suscité chez lui quelques doutes, il retourna en Inde après la mort de Chan-wou-wei et de Tsin-kang-tche afin d’étudier à nouveau le Shingon,  cette fois, sous la direction de Nagabodhi. Plus tard, il se convertit aux enseignements de l’école de T’ien-t’ai. Mais s’il adhéra à ces enseignements dans son cœur, il n’en manifesta rien en apparence.

A Pou-k’ong également, l’empereur ordonna de prier pour la pluie, et celle-ci tomba effectivement au bout de trois jours. Enchanté, l’empereur lui fit personnellement des dons. Mais peu après, une tornade gigantesque s’abattit du ciel, endommageant le palais impérial et détruisant les quartiers de la noblesse et des ministres, avec tant de violence qu’il semble qu’aucun bâtiment ne soit resté debout. L’empereur, stupéfait, ordonna par décret que des prières soient offertes pour que le vent arrête de souffler. Mais il ne se calmait un instant que pour reprendre de plus belle, et le vent continua à souffler sans discontinuer plusieurs jours durant. Pour finir l’empereur fit expulser Pou-k’ong et  le vent s’arrêta.

Les vents néfastes provoqués par ces trois hommes sont devenus le terrible vent que font souffler tous les maîtres du Shingon à travers la Chine et le Japon.  Par conséquent, la grande tempête qui s’est élevée, le douzième jour du quatrième mois de la onzième année de Bun’ei (1274), fut peut-être un vent contraire suscité par les prières faites pour la pluie par Kaga Hôin, du sanctuaire d’Amida, l’un des moines les plus éminents du temple Tô-ji. Ainsi, les enseignements erronés de Chan-wou-wei, de Tsin-kang-tche et de Pou-k’ong ont été transmis sans la moindre altération. Vraiment ! quelle étrange coïncidence !

Venons-en maintenant à Kôbô Daishi. Au moment de la grande sécheresse, au cours du second mois de la première année de Tenchô (824), l’empereur ordonna tout d’abord à Shubin 170 de prier pour faire tomber la pluie, et au bout de sept jours, il a plu. Mais la pluie ne tomba que sur la capitale, et ne toucha pas les campagnes avoisinantes.

On demanda alors à Kôbô de prier à son tour, mais sept jours passèrent sans qu’il pleuve une seule goutte. [ Puis sept  jours s’écoulèrent encore sans la moindre pluie. ] Au terme de trois fois sept jours, l’empereur envoya Wake no Matsuna faire des offrandes au jardin de Shinsen’en, après quoi la pluie tomba pendant trois jours 171. Kôbô et ses disciples s’en approprièrent le mérite, clamant partout que cette pluie était leur œuvre. Et aujourd’hui, plus de quatre cents ans après, on l’appelle encore “ la pluie de Kôbô ”.

Jikaku prétendit avoir fait un rêve dans lequel il avait transpercé le soleil d’une flèche. Et Kôbô proféra un mensonge éhonté en prétendant qu’au printemps de la neuvième année de l’ère Kônin (818), alors qu’il priait pour que cesse la grande épidémie, le soleil était apparu au milieu de la nuit.

Depuis le Kalpa de Formation 172 [ durant lequel la terre prit forme ], jusqu’au neuvième kalpa du déclin dans le Kalpa de Continuité 173, vingt-neuf kalpa se sont écoulés. Mais durant toute cette période, on n’a jamais entendu dire que le soleil soit apparu en pleine nuit ! De même, en ce qui concerne le rêve de Jikaku : dans les cinq mille ou sept mille volumes des écrits bouddhiques, aussi bien que dans plus de trois mille volumes de littérature non bouddhique, où est-il écrit que le rêve de transpercer le soleil d’une flèche est un rêve de bon augure ? Le roi des Asuras, par haine envers le dieu Taishaku, décocha une flèche au dieu du soleil mais cette flèche revint se planter dans son œil. Tcheou 174, [ le dernier souverain ] de la dynastie Yin, lançait souvent des flèches contre le soleil, et il finit par se détruire lui-même.

Au Japon, sous le règne de l’empereur Jimmu,  Itsuse no Mikoto [ le frère aîné de l’empereur ] livra bataille à Nagasunebiko 175, chef du clan Tomi, et fut blessé à la main par une flèche. Il dit alors : “ Je suis le descendant de la divinité du soleil, et parce que [ en attaquant du nord vers le sud ] j’ai envoyé des flèches dans sa direction, j’ai encouru ce châtiment. ”

En Inde, le roi Ajatashatru renonça à ses anciennes conceptions erronées et devint un disciple du Bouddha. De retour dans son palais, il s’ assoupit mais se réveilla en sursaut en disant à ses ministres : “ J’ai rêvé que le soleil avait quitté le ciel et était tombé sur la Terre ! ” Ses ministres répondirent : “ Peut-être est-ce là un signe annonçant la mort du Bouddha. ” Subhadra 176 avait en effet fait le même genre de rêve [ juste avant la disparition du Bouddha ].

Mais dans notre pays, dont la divinité suprême est Amaterasu, et dont le nom Nihon [ Japon ] signifie “ Pays du soleil levant ”, ce genre de rêve [ celui de lancer une flèche contre le soleil, comme le rapporte Jikaku ] est tout particulièrement de mauvais augure. Et la reine Maya [ mère du bouddha Shakyamuni ] rêva pendant sa grossesse qu’elle allait donner naissance au soleil, et c’est pourquoi on donna parfois au Bouddha le nom de “ graine de soleil ”.

Jikaku Daishi rejeta le bouddha Shakyamuni et dans son sanctuaire du mont Hiei, prit le bouddha Dainichi pour objet de culte. Il fit révérer les trois sûtras du Shingon, et devint l’ennemi du Sûtra du Lotus et des deux sûtras qui l’accompagnent. Ce fut sans doute la raison pour laquelle il fit ce rêve étrange.

[ Au sujet des rêves, on peut citer aussi d’autres cas. ] Le moine Chan-tao, en Chine, dans sa jeunesse, rencontra un moine appelé Ming-cheng 177, originaire du Mi-chou, qui lui enseigna le Sûtra du Lotus. Plus tard pourtant, il rencontra Tao-tch’ao, et délaissa le Sûtra du Lotus pour accorder toute sa confiance au sûtra Kammuryôju. Il écrivit même un commentaire sur ce sûtra, affirmant que, par le Sûtra du Lotus, pas une personne sur mille ne peut être sauvée, alors que tous sans exception peuvent l’être par la pratique du Nembutsu [ en renaissant dans le paradis de la Terre pure ]. Il adressa des prières au bouddha Amida pour qu’il lui confirme si son enseignement était bien en accord avec la volonté du Bouddha. Il écrit dans ses commentaires : “ Chaque nuit dans un rêve, un moine m’apparaissait et me dictait ce que je devais écrire ” ; et plus loin : “ Par conséquent ce commentaire devra être considéré avec autant de respect que le sûtra lui-même. ” Il dit aussi [ d’un autre ouvrage qu’il avait écrit ] : “ Le Kannen Hômon 178devra être vénéré au même titre qu’un sûtra. ”

Il est dit dans le Sûtra du Lotus : “ Tous ceux qui entendront parler de cette Loi, sans une seule exception,  parviendront à la boddhéité 179. ” Mais Chan-tao, pour sa part affirme : “ Pas un seul sur mille ” [ n’y parviendra ] 180. Ainsi, il y a autant d’écart entre le Sûtra du Lotus et les propos de Chan-tao qu’entre l’eau et le feu. Chan-tao dit que le sûtra Kammuryôju peut sauver dix personnes sur dix ou cent personnes sur cent, mais le sûtra Muryôgi indique que, dans le sûtra Kammuryôju, le Bouddha n’a “ pas encore révélé la vérité ”. Le sûtra Muryôgi et ce moine du Cloître du Saule 181 sont aussi distants l’un de l’autre que le ciel de la Terre.

Dans ces conditions, comment pourrait-on croire que le bouddha Amida prit la forme d’un moine, et apparut en rêve à Chan-tao pour lui confirmer la véracité de ses commentaires ? Le bouddha Amida n’était-il pas présent lorsque le Sûtra du Lotus fut enseigné et n’a-t-il pas tiré la langue [ comme tous les autres pour témoigner de la vérité du Sûtra ? ] [ Ses deux disciples ] les boddhisattvas Kannon et Seishi 182, n’étaient-ils pas présents eux aussi ? [ L’erreur de Chan-tao est évidente. ] De même, il apparaît clairement que le rêve de Jikaku était un présage de malheur.

Question : Kôbô Daishi, dans son Shingyô Hiken, [ Clé secrète du sûtra du Cœur ], écrit : “ Au printemps de la neuvième année de Kônin (818), le pays fut victime d’une grande épidémie. L’empereur lui-même trempa son pinceau dans de l’encre dorée, prit un rouleau de papier bleu foncé et fit une copie du Hannya Shin, [ sûtra du Cœur ] sur un seul et unique rouleau. Le souverain m’avait demandé d’enseigner ce sûtra. J’avais terminé mes commentaires sur le sens de ce sûtra [ et je commençais à l’enseigner ] mais je n’avais même pas rédigé mes conclusions que l’épidémie s’arrêta et que les rues se remplirent de gens libérés de la maladie. De plus, lorsque vint la nuit, le soleil continua à briller de tout son éclat.

“ Cela n’était certainement pas dû à la vertueuse observance des préceptes d’un ignorant tel que moi, mais plutôt à la force de la croyance d’un souverain semblable à un roi faisant tourner la roue d’or 183. Néanmoins, ceux qui se rendent aux sanctuaires des dieux devraient désormais réciter ce Hannya Shinkyo Hikken [ mon commentaire ]. Car j’étais présent au pic du Vautour lorsque le Bouddha exposa ce sûtra, et je l’entendis moi-même enseigner ses principes profonds. Comment pourrais-je dès lors me méprendre sur son véritable sens ? ”

On peut lire encore dans le Kujakukyô no Ongi [ annotation sur le sûtra du Paon ] : “ A son retour de Chine, Kôbô Daishi avait le désir d’établir l’école Shingon au Japon, et des représentants de toutes les autres écoles furent convoqués au palais impérial. Mais la plupart d’entre eux doutaient que l’on puisse atteindre la boddhéité sans changer d’apparence comme l’enseigne cette école. Alors, Kôbô Daishi exécuta avec les mains le mudra de la sagesse et se tourna vers le sud. Tout à coup, sa bouche s’ouvrit et il se changea en bouddha Mahavairochana doré — retrouvant ainsi sa forme originelle. Il démontrait ainsi la présence du Bouddha dans le corps de chaque personne, et la présence du corps de chaque personne dans le corps du Bouddha 184, ainsi que la possibilité d’atteindre immédiatement la boddhéité dans cette existence même. Dès lors, tous les doutes se dissipèrent, et l’école Shingon ou Yuga 185, avec sa doctrine des mandala secrets, fut solidement établie. ”

On lit aussi dans ce même ouvrage : “ A cette époque, les maîtres des autres écoles se convertirent tous à la doctrine de Kôbô Daishi, se mirent à étudier le Shingon, recherchèrent ses bienfaits, et le pratiquèrent. Dôsho 186, de l’école Sanron, Gennin 187, de l’école Hossô, Dôô 188, de l’école Kegon, et Enchô, de l’école Tendai, étaient parmi eux. ”

En outre, dans la biographie de Kôbô Daishi, il est écrit : “ Le jour où son bateau quitta la Chine, il fit un vœu en disant : “ S’il est un lieu particulièrement propice à la propagation de ces doctrines que j’ai étudiées, puisse ce trident y parvenir ! ” ” Puis il se tourna vers le Japon et lança le trident en l’air. Il s’éleva très haut et disparut dans les nuages. Au cours du dixième mois, Kôbô rentra au Japon. ”

Plus loin on lit : “ Il séjourna au pied du mont Kôya et choisit d’en faire son lieu de méditation... et plus tard, on découvrit que le trident qu’il avait lancé de l’autre côté de l’océan avait atterri dans ces montagnes. ”

Ces deux ou trois anecdotes suggèrent que Kôbô Daishi fut une personne de grande vertu. Pourquoi donc prétendez-vous qu’il ne faut pas croire en ses enseignements, et que quiconque le fera tombera dans l’enfer Avichi ?

Réponse : Moi aussi je m’émerveille devant de tels prodiges, et je voudrais admirer ses mérites. Par le passé également, certains hommes ont maîtrisé de tels pouvoirs surnaturels. Mais de tels phénomènes extraordinaires n’indiquent en aucune manière si une personne comprend la Loi bouddhique de manière correcte ou erronée. En Inde, il y eut des brahmanes capables de se verser toute l’eau du Gange dans l’oreille et de l’y conserver pendant douze ans ; de boire d’un seul trait l’océan tout entier, d’attraper de la main le soleil et la lune, et de changer en bœufs ou en moutons les disciples du bouddha Shakyamuni 189. Mais ces pouvoirs n’eurent d’autre effet que de les rendre plus arrogants et d’alourdir leur karma de souffrance à travers vies et morts. C’est d’eux que parle T’ien-t’ai lorsqu’il dit : “ Ils ne recherchent que la gloire et le profit, et ne font qu’accroître les illusions de la pensée et du désir 190. ” 191

[ Le moine chinois ] Fa-yun, du temple de Kouang-tcho-sseu, était capable de faire tomber la pluie ou de faire éclore les fleurs instantanément. Mais Miao-lo écrit à son sujet : “ Bien qu’il fût capable de susciter des phénomènes de ce genre, sa compréhension n’est pas en accord avec la vérité [ du Sûtra du Lotus ] 192.” Lorsque le grand maître T’ien-t’ai récita le Sûtra du Lotus, une pluie légère se mit [ instantanément ] à tomber, et le Grand Maître Dengyô fit tomber une pluie d’ambroisie 193 trois jours après [ l’avoir enseigné ]. Pourtant, ils ne considérèrent pas ces phénomènes comme la preuve que leur compréhension de la vérité coïncidait avec celle du Bouddha.

Quand bien même le Grand Maître Kôbo aurait été doté de pouvoirs extraordinaires, il a qualifié le Sûtra du Lotus de théorie puérile et écrit que le bouddha Shakyamuni était encore au stade de l’obscurité. La sagesse commande de n’accorder aucun crédit aux écrits d’une personne de ce genre !

D’ailleurs, on peut sérieusement douter des pouvoirs surnaturels de Kôbô que vous d’évoquer. Le texte dit : “ Au printemps de la neuvième année de Kônin (818), le pays fut victime d’une grande épidémie. ” Mais le printemps dure quatre-vingt-dix jours 194. Quel jour de quel mois du printemps cela s’est-il produit  ?[ Cela n’est pas précisé. ] C’est une première raison de douter.

Une épidémie s’est-elle réellement déclarée dans la neuvième année de Kônin ? C’est le deuxième doute.

On lit encore dans le même texte : “ Quand vint la nuit, le soleil continua à briller de tout son éclat. ” Un tel événement est tout à fait exceptionnel. La neuvième année de Kônin correspond au règne de l’empereur Saga. Mais où, dans les annales des historiens de la cour, de la Gauche comme de la Droite 195, trouve-t-on mention de cet événement ? [ Nulle part. ] C’est une troisième raison de douter.

Même si un tel phénomène avait été noté, il serait difficile de croire à sa réalité. Au cours des vingt kalpa  écoulés depuis le Kalpa de Formation, comme au cours des neuf kalpa du Kalpa de Continuité, au total tout au long de vingt-neuf kalpa, jamais tel prodige ne s’est produit.

Et que peut donc signifier l’apparition du soleil au beau milieu de la nuit ? Dans tous les enseignements exposés de son vivant par le bouddha Shakyamuni, nulle part un tel événement n’est mentionné. Et dans les Trois Registres 196 et les Cinq Canons 197 qui retracent la vie des Trois Souverains et des Cinq Empereurs de l’antiquité [ en Chine ], nulle part il n’est prédit qu’à l’avenir, le soleil apparaîtra au beau milieu de la nuit. Dans les sûtras bouddhiques, il est dit que, au cours du Kalpa du Déclin, deux soleils, trois soleils, ou même sept soleils brilleront ensemble, mais ils doivent apparaître dans la journée [ pas dans la nuit ]. Et si le soleil apparaissait la nuit dans notre propre région [ le continent de Jambudvipa au sud ] que se passerait-il alors dans les trois autres régions de l’est, de l’ouest et du nord ?

Même si l’on ne trouvait mention d’un tel événement ni dans les écrits bouddhiques ni dans les écrits non bouddhiques, si, concrètement, on pouvait lire, dans le journal de l’un ou l’autre des nobles de la cour ou des moines du mont Hiei que, au printemps de la neuvième année de Kônin, tel ou tel mois, tel ou tel jour, à telle ou telle heure de la nuit, le soleil était apparu, alors nous pourrions peut-être le croire. [ Mais on ne trouve rien de tel nulle part. ]

Plus loin, le texte dit : “ J’étais présent au pic du Vautour lorsque le Bouddha exposa ce sûtra, et je l’entendis moi-même enseigner ses principes profonds. ” Il s’agit certainement d’un grand mensonge ayant pour but d’amener les gens à croire ses propres écrits. Se pourrait-il que, au pic du Vautour, le Bouddha ait qualifié le Sûtra du Lotus de “ théorie puérile ”, et affirmé que le sûtra Dainichi  représentait la vérité, ou qu’Ananda et Monju se sont trompés en affirmant au contraire que c’est dans le Sûtra du Lotus que se trouve la vérité ?

[ Quant au pouvoir de faire tomber la pluie ] même une femme licencieuse et un moine qui transgressait les préceptes 198 parvinrent à faire pleuvoir grâce à leurs poèmes. Mais Kôbô pria pendant vingt-et-un jours sans faire venir la pluie. De quelles sortes de pouvoirs était-il donc doté ? C’est une quatrième raison de douter.

On lit dans le Kujakukyô no Ongi  : “ Alors, Kôbô Daishi exécuta avec les mains le mudra de la sagesse et se tourna vers le sud. Tout à coup, sa bouche s’ouvrit et il se changea en bouddha Mahavairochana doré. ” En quelle année et sous le règne de quel souverain cela s’est-il produit ?

En Chine, depuis l’époque de Tchien-yuan (140-134 av. J.C.), et au Japon, depuis l’époque Taihô (701-704), dans les chroniques tenues par les moines aussi bien que par les laïcs, un  événement important est toujours suivi du nom de l’ère à laquelle il s’est produit. D’où vient qu’un événement d’une telle importance ne soit enregistré nulle part, sans que soient mentionnés ni le nom du souverain régnant, ni celui de ses ministres,  ni l’ère, ni le jour ni l’heure ?

Plus loin, on lit encore [ dans le Kujakukyô no Ongi “ annotation sur le sûtra du Paon ” ] : “ Dôshô, de l’école Sanron, Genin, de l’école Hossô, Dôô, de l’école Kegon et Enchô, de l’école Tendai… ” [ et ils sont présentés comme les disciples à qui Kôbô enseigna les principes de l’école Shingon ]. Enchô, connu, à titre posthume, sous le nom de Jakkô Daishi, fut le deuxième grand patriarche de l’école Tendai. Pourquoi donc, à cette époque, Gishin, le premier grand patriarche, ou le Grand Maître Dengyô, fondateur de l’école, ne furent-ils pas invités [ à participer à la cérémonie ainsi décrite au cours de laquelle fut fondée l’école Shingon ] ? Enchô, le deuxième grand patriarche de l’école Tendai, tout en étant disciple du Grand Maître Dengyô, devint aussi disciple de Kôbô. Au lieu d’inviter des adeptes de l’école Sanron, ou des écoles Hossô et Kegon, pourquoi Kôbô n’invita-t-il pas les deux plus grands maître de l’école Tendai, Dengyô et Gishin ?

[ A propos du même événement ] on lit dans le Kujakukyô no Ongi  : “ Dès lors, l’école Shingon ou Yuga, avec sa doctrine des mandala secrets, fut solidement établie. ” Cela semble désigner une époque où Dengyô et Gishin étaient tous deux encore vivants. Depuis la deuxième année de Daidô (807), sous le règne de l’empereur Heizei, jusqu’à la treizième année de Kônin (822) [ l’année où mourut Dengyô ], Kôbô s’employa à propager les principes du Shingon et, durant cette même période, Dengyô et Gishin étaient encore vivants.

Gishin, notamment, vécut jusqu’à la dixième année de Tenchô (833). Devons-nous croire que jusqu’à cette époque [ relativement tardive ] Kôbô n’essaya pas de faire connaître la doctrine du Shingon [ à un maître de l’école Tendai ] ? Tout cela semble bien étrange.

Le Kujakukyô no Ongi fut écrit par Shinzei 199, un disciple de Kôbô, c’est donc un texte peu fiable. Comment une personne aux conceptions à ce point erronées se serait-elle donné la peine de lire les écrits des courtisans, des nobles ou de Enchô pour appuyer son récit ? Il faudrait aussi chercher dans les écrits de Doshô, de Gennin et de Dôô [ pour voir s’ils concordent ou non ].

Le texte dit : “ Tout à coup, sa bouche s’ouvrit et il se changea en bouddha Mahavairochana doré. ” Que signifient donc les mots “ sa bouche s’ouvrit ” ? L’auteur voulait sans doute écrire mi-ken, caractères qui désignent “ la partie située entre les sourcils 200 ”, mais il s’est trompé [ en utilisant un caractère voisin ] et en écrivant men-mon qui signifie“ bouche ” à la place. Parce son ouvrage était tissé de mensonges, il fit sans doute d’autres erreurs de ce genre.

Il est dit dans ce passage : “ Alors, Kôbô Daishi exécuta avec les mains le mudra de la sagesse et se tourna vers le sud. Tout à coup, sa bouche s’ouvrit et il se changea en bouddha Mahavairochana doré  ”

Par ailleurs, dans le cinquième volume du Sûtra du Nirvana, nous lisons : “ Mahakashyapa s’adressa au Bouddha et lui dit : “ Honoré du monde, je croirai plus aveuglément les Quatre Rangs de saints 201. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que dans le sûtra Ghoshila que le Bouddha exposa pour sauver Goshila 202, il est dit que le Roi-Démon, au ciel, parce qu’il est désireux de détruire la Loi bouddhique, prendra l’apparence d’un bouddha. Il aura les trente-deux traits et les quatre-vingt caractéristiques 203 d’un bouddha, son apparence imposera le respect, et une aura de lumière brillera tout autour de lui. Son visage sera rond et épanoui comme la plus brillante des pleines lunes, et la boucle de cheveux située entre ses sourcils sera plus blanche que neige... De son côté gauche jaillira de l’eau et de son côté droit du feu. ”

Il est écrit encore, dans le sixième volume du Sûtra du Nirvana : “ Le Bouddha annonça à Mahakashyapa : “ Après mon entrée dans le nirvana …, ce Démon du sixième ciel et d’autres démons essaieront immanquablement de détruire ma Loi correcte... Il prendra la forme d’un arhat ou d’un Bouddha. Le Roi-Démon, bien que toujours esclave de ses désirs, prendra l’apparence d’une personne libérée des désirs, et tentera de détruire la Loi correcte que j’ai enseignée. ”

Kôbô Daishi déclara que, comparé aux sûtras Kegon et Dainichi, le Sûtra du Lotus n’était que “ théorie puérile ”. Et ce même homme, nous dit-on, apparut sous la forme d’un bouddha. Ce doit être le démon qui, comme il est dit dans le Sûtra du Nirvana, bien que toujours prisonnier de l’illusion, prend l’apparence d’un bouddha pour tenter de détruire la Loi correcte de Shakyamuni.

Cette Loi correcte, dont il est question dans le Sûtra du Nirvana est le Sûtra du Lotus. C’est pourquoi nous lisons, plus loin, dans le Sûtra du Nirvana : “ Un long temps s’est déjà écoulé depuis que j’ai atteint la boddhéité. ” Ce Sûtra dit aussi que ce qu’il révèle est déjà contenu dans le Sûtra du Lotus.

Shakyamuni, Tahô et les autres bouddhas des Dix Directions ont déclaré que le Sûtra du Lotus était véridique et que la vérité ne se trouvait ni dans le sûtra Dainichi ni dans aucun autre sûtra. Pourtant, Kôbô Daishi apparut sous la forme d’un bouddha et affirma que, comparé aux sûtras Kegon et Dainichi, le Sûtra du Lotus n’était que “ théorie puérile ”. Si nous devons en croire les paroles mêmes du Bouddha, qui d’autre Kôbô pourrait-il être sinon le Démon du sixième ciel ?

Le récit du trident semble particulièrement peu crédible. Il resterait difficile à croire, même si un Chinois [ ignorant tout des circonstances ] était venu au Japon et avait éventuellement déterré ce trident. Quelqu’un aurait sûrement été envoyé auparavant pour l’enterrer en cet endroit particulier. Comme Kôbô était originaire du Japon, il aurait très bien pu imaginer un subterfuge de ce genre. De nombreuses anecdotes invraisemblables sont restées associées à son nom. De tels arguments peuvent difficilement être tenus pour la preuve que ses enseignements correspondent au vœu du Bouddha.

Ainsi, les doctrines des écoles Shingon, Zen et Nembutsu se propagèrent et prospérèrent au Japon. Pour finir, Takanari, l’empereur retiré d’Oki [ le quatre-vingt-deuxième empereur, Gotoba ] s’efforça de renverser Gon no Tayu 204. Puisqu’il était le souverain, autorité suprême du pays, on pensait que, même sans aucune aide, cela lui serait aussi facile que pour un lion de dévorer un lapin, ou pour un aigle d’attraper un faisan. De plus, depuis plusieurs années, il avait été demandé aux temples du mont Hiei, au Tô-ji, au Onjô-ji et aux sept principaux temples de Nara, aussi bien qu’aux sanctuaires de Tensho Daijin, du Grand Bodhisattva Hachiman, de Sannô, Kamo et Kasuga 205 d’offrir des prières pour la défaite des ennemis de l’empereur et pour la protection divine. Pourtant, [ lorsque la guerre éclata ] les forces impériales furent incapables de résister plus de deux ou trois jours. Finalement, les trois empereurs retirés furent exilés respectivement sur les îles de Sado et d’Oki, et dans la province d’Awa 206 et c’est là-bas qu’ils moururent.

De plus, Omuro 207 qui conduisait les prières pour la défaite des ennemis de la cour [ le clan Hôjô ] fut non seulement chassé du temple Tô-ji mais son favori, le page Setaka 208, qui lui était plus cher que la prunelle de ses yeux, fut décapité. Ainsi [ comme il est dit dans le Sûtra du Lotus ] les malédictions finirent par “ se retourner contre ceux qui les avaient prononcées. 209 ”

Mais tout cela semble presque anodin comparé aux rétributions qui vont suivre. Il ne fait pour moi aucun doute que [ s’ils continuent à faire appel aux enseignements erronés du Shingon ] tous les habitants du Japon sans exception, du plus modeste au plus haut placé, connaîtront le désastre de l’invasion par un pays étranger. Ce sera aussi effroyable qu’une prairie d’herbe sèche sur laquelle on a jeté une torche allumée, ou une montagne énorme qui, en s’écroulant, comble une vallée.

Au Japon, personne d’autre que moi, Nichiren, n’est conscient de cela. Mais si je parle ouvertement, je serai traité comme Pi Kan, à qui le roi Tcheou, de la dynastie Yin, ouvrit la poitrine ; comme Lung-fueng, que le roi Tsie de la dynastie Sia fit décapiter 210, ou comme Aryasimha, à qui le roi Dammira fit  couper la tête. Je serai banni comme le moine Tchou Tao-cheng 211 ou mon visage sera marqué au fer comme celui du savant maître Fa-tao 212.

Pourtant, il est écrit dans le Sûtra du Lotus : “ Nous ne sommes pas avares de notre vie, nous lui préférons la voie suprême. 213 ” Et le Sûtra du Nirvana avertit : “ [ Il faudra transmettre l’enseignement ] sans en omettre un seul mot, même au risque de sa vie. ” Si, dans cette existence présente, par crainte pour ma vie, je ne pas parle pas franchement, dans quelle existence future atteindrai-je la boddhéité ? Dans quelle vie prochaine serai-je capable de sauver mes parents et mon maître ? Avec cet avertissement en mémoire, j’ai décidé de parler ouvertement. Et comme je m’y attendais, je fus chassé, calomnié, attaqué, et blessé. Finalement, le douzième jour du cinquième mois de la première année de l’ère Kôchô (1261), sous le signe cyclique kanoto-tori, ayant encouru la disgrâce des autorités, je fus banni à Itô dans la province d’Izu. Par la suite, le vingt-deuxième jour du deuxième mois de la troisième année de Kôchô (1263), sous le signe cyclique mizunoto-i, je fus grâcié [ et autorisé à rentrer à Kamakura ].

Dès lors, de plus en plus déterminé à atteindre l’Eveil, j’ai continué à parler franchement. Par conséquent, j’ai inévitablement rencontré des difficultés de plus en plus graves, comme une succession de vagues énormes soulevées par une tempête. J’ai dû faire l’expérience dans mon propre corps des mêmes coups de canne et de bâton qui furent infligés au bodhisattva Fukyô par le passé. Même les persécutions subies par le moine Kakutoku 214 à l’époque des Derniers Jours de la Loi du bouddha Kangi Zôyaku [ Bouddha de la joie croissante ] ne peuvent se comparer à mes épreuves. Dans les soixante-six provinces et les deux îles du Japon, il n’est pas un seul lieu où je puisse vivre en sécurité, pas un seul jour, pas même une heure.

Même des sages qui pratiquent avec autant d’assiduité que Rahula 215 dans les temps anciens, en observant scrupuleusement les deux cent cinquante préceptes 216, ou des sages comparables à Purna 217, calomnient Nichiren après l’avoir rencontré. Même des personnages vertueux et honnêtes comme le ministre Wei Cheng 218 ou Fujiwara no Yoshifusa 219, lorsqu’ils voient Nichiren, le traitent de manière déraisonnable et injuste.

Et les personnes ordinaires, de nos jours, me manifestent une hostilité plus grande encore ! Ils se comportent à mon égard comme des chiens devant un singe ou des chasseurs à la poursuite d’un cerf. Nulle part, au Japon, ne se trouve une seule personne pour dire : “ Peut-être cet homme [ en se comportant comme il le fait ] obéit-il à quelque raison profonde. ”

Mais c’est sans doute normal. Car, à chaque fois que je rencontre un pratiquant du Nembutsu, je lui dis que le Nembutsu conduit à l’enfer des souffrances incessantes. A chaque fois que je rencontre un pratiquant du Shingon, je lui dis que le Shingon est une doctrine nuisible qui causera la ruine du pays. Et au souverain du pays [ Hôjô Tokimune ] qui vénère le Zen, moi, Nichiren, je déclare que le Zen est l’enseignement des démons.

Ainsi, puisque c’est volontairement que je m’expose à ces persécutions, lorsque les autres me maltraitent, je ne les repousse pas. Quand bien même je voudrais le faire, ils sont trop nombreux pour que j’y parvienne. Et même s’ils me frappent, je ne ressens aucune douleur car j’y suis depuis le début préparé.

Ainsi, je n’ai cessé d’aller partout, avec de plus en plus de vigueur et de moins en moins de crainte pour ma propre vie, essayant de persuader les gens de changer de direction. C’est pourquoi des centaines de moines zen, des milliers d’adeptes du Nembutsu et des maîtres du Shingon en plus grand nombre encore allèrent trouver les magistrats, les personnages de familles influentes, leurs femmes ou leurs veuves entrées dans les ordres, et leur ont empli les oreilles de mensonges à mon égard.

Finalement, chacun fut convaincu que j’étais le plus grand criminel du monde, et répéta que j’étais un moine qui souhaitait, par ses incantations et ses discours, la destruction du Japon, et que j’avais déclaré que les défunts Hôjô Tokiyori 220 et Hôjô  Shigetoki 221 étaient tombés dans l’enfer des souffrances incessantes. Leurs veuves affirmèrent que, sans qu’aucun interrogatoire soit nécessaire, il fallait me couper la tête et que mes disciples devraient également être soit décapités, soit exilés dans des îles lointaines ou jetés en prison. Leur fureur était telle que les punitions qu’elle réclamaient furent immédiatement exécutées.

Dans la nuit du douzième jour du neuvième mois de la huitième année de Bun’ei (1271), signe cyclique kanoto-hitsuji, je devais être décapité à Tatsunokuchi dans la province de Sagami. Mais, pour une raison qui m’échappe, l’exécution fut reportée à plus tard et cette nuit là, je fus conduit en un lieu appelé Echi. Dans la nuit du treizième jour, les gens menèrent grand tapage en disant que j’avais été grâcié. Mais, de nouveau, pour une raison que j’ignore, je fus condamné à l’exil sur l’île de Sado.

Alors que l’on disait que je serais décapité d’un jour à l’autre, quatre ans se sont écoulés sur l’île de Sado 222. Le quatorzième jour du deuxième mois de la onzième année de Bun’ei (1274), signe cyclique kinoe-inu, je fus grâcié. Le vingt-sixième jour du troisième mois de la même année, je revins à Kamakura et le huitième jour du quatrième mois, j’eus une entrevue avec Hei no Saemon. Je lui ai dit beaucoup de choses et notamment que les Mongols envahiraient certainement le Japon dans l’ année. Puis, le douzième jour du cinquième mois, j’ai quitté Kamakura pour m’installer dans cette montagne [ le mont Minobu où je vis à présent ].

Si j’ai agi ainsi, c’était dans le seul but de m’acquitter de mes dettes de reconnaissance envers mes parents, mon maître, les trois trésors du bouddhisme et mon pays. Pour eux, j’étais prêt à donner mon corps et ma vie mais, finalement, à ce jour encore, je n’ai pas été exécuté et suis toujours en vie.

Si un sage a fait par trois fois des remontrances aux dirigeants d’un pays et que ceux-ci persistent à refuser d’en tenir compte, il doit alors se retirer dans une forêt de montagne. C’est une tradition très ancienne et je l’ai suivie 223.

Je suis convaincu que le bienfait que me valent mes efforts est reconnu de tous, des Trois Trésors du bouddhisme jusqu’à Bonten, Taishaku et aux divinités du soleil et de la lune. Par ce bienfait, je conduirai sans aucun doute à l’illumination mes parents et mon maître défunt, Dôzen-bô.

Mais je conserve certains doutes. Maudgalyayana, disciple du Bouddha, tenta de sauver sa mère Shôdai-nyo mais il n’y parvint pas et elle demeura au royaume des esprits faméliques 224. Le moine Sunakshatra 225 était un fils de l’Honoré du Monde, et pourtant il tomba dans l’enfer Avichi. Ainsi, même en faisant soi-même tous les efforts possibles pour sauver les autres, il reste difficile de les sauver des graves rétributions karmiques qu’ils ont eux-même créées.

Le défunt Dôzen-bô me traita toujours comme l’un de ses disciples favoris, et je ne peux pas croire qu’il ait nourri la moindre haine à mon égard. Mais c’était un homme timoré, et il était attaché à sa position [ de supérieur ] au temple Seichô-ji [ où il résidait ]. De plus, il redoutait la réaction de Tôjô Kagenobu, l’administrateur de la région [ s’il prêtait l’oreille à mes enseignements ]. Et,  au temple [ Seichô-ji ], vivaient des moines tels qu’Enchi et Jitsujo, aussi mauvais que Devadatta ou Kokalika, dont il craignait les menaces plus que tout. C’est pourquoi il fit la sourde oreille à l’enseignement de son disciple préféré, un disciple qui l’avait respecté pendant de nombreuses années. On peut se demander ce qu’il adviendra d’un tel homme dans sa prochaine vie.

Un élément joua pourtant en sa faveur : Kagenobu, Enchi et Jitsujô moururent tous les trois avant Dôzen-bô, et cela fut pour lui une aide. Leur mort prématurée est due au châtiment des Dix Filles-Démones qui protègent le Sûtra du Lotus. Après leur mort, Dôzen-bô accorda une certaine croyance au Sûtra du Lotus, mais c’était un peu comme s’armer d’un bâton après la bataille, ou comme allumer une lampe au beau milieu du jour, à midi : cela n’est plus d’aucune utilité.

De plus, il me semble que, en toutes circonstances, on devrait éprouver de la compassion envers ses propres enfants ou disciples et se préoccuper de leur sort. Dôzen-bô n’était pas entièrement sans pouvoir, et pourtant, tout au long de mon exil sur l’île de Sado, pas une seule fois il n’essaya de me rendre visite. Cela ne ressemble guère au comportement d’un pratiquant du Sûtra du Lotus.

Malgré tout cela, j’ai beaucoup pensé à lui et, lorsque j’ai appris sa mort, j’ai senti que, dussé-je pour cela braver le feu et l’eau, je devais me rendre sur sa tombe au plus vite, pour la toucher et y réciter un volume du Sûtra du Lotus [ pour son repos ].

Toutefois, il arrive que l’on considère certains sages comme retirés du monde même si ce n’est pas le cas ; et si on les voit sortir soudainement de leur retraite sans en comprendre la raison, on pensera qu’ils n’ont pas été jusqu’au bout de la décision qu’ils avaient prise. C’est pourquoi, malgré mon profond désir de me rendre sur sa tombe, j’ai eu le sentiment que je ne devais pas le faire.

Mais vous deux, Jôken-bô et Gijô-bô, vous avez été mes maîtres dans ma jeunesse. Vous êtes semblables à Gonsô et Gyôhyô, précepteurs du Grand Maître Dengyô mais qui, par la suite, devinrent à leur tour ses disciples. Lorsque, Tôjô Kagenobu me poursuivant de sa haine,  j’ai décidé de quitter le mont Kiyosumi [ où est situé le temple de Seichô-ji ], vous m’avez aidé à m’enfuir secrètement. Vous avez rendu un service incomparable au Sûtra du Lotus. Vous n’avez pas la moindre inquiétude à vous faire, c’est certain, pour votre sort dans la prochaine vie.

Question : Le Sûtra du Lotus comporte huit volumes et vingt-huit chapitres. Quelle partie constitue véritablement le cœur de l’ouvrage ?

Réponse : Le cœur du sûtra Kegon est son titre, sûtra Daihôkôbutsu Kegon. Le cœur des sûtras Agon est le titre, sûtra Bussetsu Chû-agon. Le cœur du sûtra Daijuku est son titre, sûtra Daihôdô Daijuku. Le cœur du sûtra Hannya est son titre, sûtra Makahannya Haramitsu. Le cœur du sûtra Muryôju est son titre, sûtra Bussetsu Muryôju. Le cœur du sûtra Kammuryôju est son titre, sûtra Bussetsu Kammuryôju. Le cœur du sûtra Amida est son titre, sûtra Bussetsu Amida. Le cœur du sûtra du Nirvana est son titre, sûtra Daihatsunehan. Il en va de même pour tous les sûtras. Le daimoku  [ ou titre ] du sûtra, qui apparaît avant [ les mots d’introduction ] nyoze gamon  [ Ainsi ai-je entendu ] 226 est, dans tous les cas, le véritable cœur du sûtra. Cela est vrai qu’il s’agisse d’un sûtra du Mahayana ou du Hinayana. Pour ce qui est du sûtra Dainichi, du sûtra Kongôchô, du sûtra Soshitsuji, et ainsi de suite, dans tous les cas,  c’est leur titre qui constitue le cœur de ces sûtras.

Il en va de même des bouddhas. Bouddha Dainichi, bouddha Nichigatsu Tômyô, bouddha Nentô 227, bouddha Daisûchischô, bouddha Unraionnô 228 — toutes les vertus de tous ces bouddhas sont contenues dans leur nom.

Cela vaut donc aussi pour le Sûtra du Lotus. Les cinq caractères Myô Hô Ren Ge Kyô qui apparaissent avant [ les mots d’introduction ] “ Ainsi ai-je entendu ” constituent le véritable cœur des huit volumes de l’ouvrage. Ils sont aussi le cœur de tous les sûtras. Ils représentent la Loi correcte qui régit tous les bouddhas et bodhisattvas, les personnes des Deux Véhicules et toutes les divinités du ciel, les êtres humains, les asuras et les dieux-dragons.

Question : Si quelqu’un récite Nam Myoho Renge Kyo sans en comprendre le sens, et que quelqu’un d’autre récite  Namu Daihôkobutsu Kegonkyo sans en saisir non plus la signification, le bienfait obtenu sera-t-il le même ou sera-t-il différent ?

Réponse : Il y aura une différence très nette.

Question : Dans ce cas, pourquoi ?

Réponse : Une petite rivière peut contenir l’eau provenant de la rosée, des rigoles, des puits, des fossés et des petits ruisseaux, mais elle ne peut recevoir l’eau d’une grand fleuve. Un grand fleuve peut recevoir l’eau d’une petite rivière avec sa rosée, ses ruisseaux, et ainsi de suite, mais il ne peut contenir l’eau du grand océan. Les sûtras Agon sont comparables à une petite rivière contenant l’eau des puits, des rigoles, des ruisseaux et de la rosée, tandis que les sûtras Hôdo, le sûtra Amida, le sûtra Dainichi et le sûtra Kegon sont semblables à un grand fleuve recueillant l’eau d’une petite rivière. Mais le Sûtra du Lotus est comparable au grand océan qui peut recevoir en son sein toute l’eau de la rosée, des rigoles, des puits, des ruisseaux, des petites rivières, des grands fleuves et des pluies du ciel, sans en perdre une seule goutte.

Si une personne brûlant de fièvre s’assied au bord d’un lac gelé et y demeure un certain temps, elle sentira la fraîcheur ; mais, si elle se repose auprès d’un petit étang, elle continuera à souffrir comme avant. De la même manière, si une personne d’une incroyance incorrigible, [ icchantika ], ayant commis les Cinq Fautes capitales et s ”étant opposée à la Loi, tente de se rafraîchir auprès de ce petit étang que représentent les sûtras Agon, Kegon, Kammuryôju et Dainichi, la fièvre ardente provoquée par ses graves offenses ne se dissipera jamais. Par contre, si cette personne s’allonge sur l’immense pic neigeux du Sûtra du Lotus, la fièvre intense qui la brûle, due à ses Cinq Fautes, à son opposition à la Loi correcte et à son incroyance incorrigible, se dissipera instantanément.

Par conséquent, les ignorants devraient absolument avoir foi dans le Sûtra du Lotus. Certains pensent peut-être que la récitation du titre de tous les sûtras a le même effet, et qu’il  est aussi facile de réciter l’un que l’autre. Mais en réalité, le bienfait obtenu par une personne, même ignorante, qui récite le titre du Sûtra du Lotus est bien supérieur à celui d’un sage qui récite le titre de quelque autre sûtra que ce soit, aussi différent que les nuages le sont de la boue !

Par exemple, même une personne dotée d’une grande force ne peut pas rompre une corde épaisse à mains nues. Mais, à l’aide d’un petit couteau, même une personne sans grande force peut facilement y arriver. Même une personne dotée d’une grande force ne peut couper la pierre dure avec une épée émoussée. Mais avec une épée acérée, même une personne sans grande force peut y arriver.

Ou [ pour donner un autre exemple ] même si l’on ignore la composition d’un médicament, le seul fait d’en prendre permet de guérir d’une maladie. Mais si l’on continue à ne prendre que des aliments ordinaires, on ne pourra jamais guérir. Ou bien encore, un remède exceptionnel pourra accroître la longévité, tandis qu’un médicament ordinaire, s’il peut soigner une maladie, ne pourra jamais prolonger la vie.

Question : Parmi les vingt-huit chapitres du Sûtra du Lotus, lequel est le cœur, lequel est le plus important ?

Réponse : Certains disent que chaque chapitre est essentiel du point de vue du sujet particulier qu’il traite. D’autres soutiennent que les chapitres Hôben et Juryô constituent le cœur du Sûtra ; d’autres encore que seul le chapitre Hôben  en est le cœur, ou bien que seul le chapitre Juryô est d’une importance primordiale. Certains disent que le passage “ éveiller chez tous les êtres la sagesse du Bouddha, la révéler, permettre à tous les êtres de la connaître et d’y accéder 229 ” est le cœur du Sûtra, et d’autres disent que ce cœur est le passage qui traite de la “ véritable entité 230 ”

Question : Quel est votre avis ?

Réponse :  Nam Myoho Renge Kyo  est le cœur du Sûtra.

Question : Quelle preuve en donnez-vous ?

Réponse : Ananda, Monju et les autres ont écrit “ Ainsi ai-je entendu ”.

Question : Quel est le sens de ces mots ?

Réponse : Pendant  huit ans, Ananda, Monju et les autres ont écouté les innombrables principes du Sûtra du Lotus, sans omettre une seule phrase, un seul vers, un seul mot. Pourtant, après la mort du Bouddha, au moment de la compilation de ses enseignements, lorsque les 999 arhat prirent leur pinceau et le trempèrent dans l’encre, ils écrivirent tout d’abord les mots Myôhô-Renge-Kyô , après quoi, ils ont récité les mots “ Ainsi ai-je entendu. ” N’est-ce pas la preuve que ces cinq caractères, Myô-hô-ren-ge-kyô, sont le cœur des huit volumes et des vingt-huit chapitres qui composent l’ouvrage  ?

C’est pourquoi le maître du Dharma Fa-yun, du temple Kouang-tcho-sseu, dont on disait qu’il avait enseigné le Sûtra du Lotus depuis l’époque reculée du bouddha Nichigatsu Tômyô, déclara : “ Les mots “ Ainsi ai-je entendu ” [ nyoze gamon  ] indiquent que l’on va transmettre les principes que l’on a entendu enseigner. Dans le titre qui précède ces mots est contenu l’essentiel du sûtra tout entier. ” 231

Le Grand Maître T’ien-t’ai, présent au pic du Vautour lorsque le Sûtra du Lotus fut enseigné et qui l’entendit en personne [ sous la forme du bodhisattva Yakuô ], écrivit : “ Le mot “ ainsi ” [ nyoze ] désigne un principe essentiel entendu de la bouche même du Bouddha. ” 232 Et le Grand Maître Tchang-ngan écrit “ Celui qui transcrit [ Tchang-ngan ] commente [ l’explication du titre du Sûtra du Lotus donnée par T’ien-t’ai ] en disant “ Ainsi [ son explication du titre dans ] la préface révèle le sens profond du Sûtra tout entier et indique que c’est là [ dans le titre ] le cœur de l’ouvrage 233”. ”

Dans ce passage, les mots “ cœur de l’ouvrage ” indiquent que le daimoku,  [ ou titre ] est le cœur du Sûtra du Lotus. Comme l’a dit le Grand Maître Miao-lo : “ Le cœur du Sûtra du Lotus comprend tous les principes enseignés par le Bouddha de son vivant 234. ”

Il y a soixante-dix états en Inde 235, mais on les désigne collectivement du nom de Gasshi  [ Terre de la lune, l’Inde ]. Le Japon comprend soixante provinces 236 mais toutes ensemble on les appelle Nihon, [ Terre du Soleil, le Japon ]. Le nom Inde recouvre la totalité des soixante-dix états, y compris les gens, les animaux, les trésors et tout ce qui s’y trouve. Le nom Japon désigne les soixante-six provinces. Les plumes [ offertes en tribut, en provenance ] de Dewa 237, l’or d’Öshû 238, et tous les autres trésors du pays, aussi bien que les habitants, les animaux, les temples et les sanctuaires, tout cela est compris dans les deux caractères qui forment le mot Ni hon [ Japon ].

Avec l’Œil divin 239, il est possible, en regardant les deux caractères qui forment le mot Japon, de voir la totalité des soixante-six provinces avec tous les hommes et les animaux qui s’y trouvent. Avec l’Œil de la Loi 240 , il est possible de voir tous les êtres humains et tous les animaux tantôt mourir en un lieu, tantôt naître en un autre.

C’est comme entendre une voix et connaître l’apparence de la personne à qui elle appartient, ou pouvoir évaluer, d’après ses empreintes, si quelqu’un est grand ou petit. Ou encore déterminer la profondeur d’un étang d’après la taille des fleurs de lotus qui y poussent, et imaginer la taille des dragons d’après l’intensité de la pluie qu’ils déchaînent. Ces exemples montrent que dans un seul élément peuvent s’exprimer tous les autres.

On pourrait en déduire que le daimoku [ le titre ] de n’importe lequel des sûtras Agon contient l’enseignement de tous les bouddhas, mais en fait il ne contient que l’enseignement d’un seul bouddha, celui du Shakyamuni qui exposa les doctrines du Hinayana. On pourrait penser aussi que les titres des sûtras Kegon, Kammuryôju et Dainichi contiennent les enseignements de tous les bouddhas, mais en fait, on n’y trouve ni le principe de l’atteinte de la boddhéité par les personnes des Deux Véhicules [ shômon et engaku ] ni d’allusion au Shakyamuni qui atteignit l’illumination dans un passé infiniment lointain. Ils sont comme des fleurs qui s’épanouissent sans donner de fruit, comme le son du tonnerre lorsqu’il n’est pas suivi par la pluie, comme un tambour sans résonnance, des yeux incapables de voir, une femme qui ne porte pas d’enfant, ou une personne sans vie ou sans esprit.

Les mantra consacrés aux bouddhas Dainichi, Yakushi, Amida et au bodhisattva Kannon sont de même nature. Même si, dans les divers sûtras qui les contiennent, ils sont comparés à un grand roi, au mont Sumeru, au soleil et la lune, à un remède efficace, au joyau exauçant tous les vœux ou à un sabre acéré, ils sont aussi éloignés du daimoku du Sûtra du Lotus que la boue l’est des nuages.

Non seulement lui sont-ils grandement inférieurs mais ils ont tous perdu leur efficacité. Quand le soleil se lève, la lumière des multiples étoiles perd tout son éclat ; de nombreux petits morceaux de fer, placés près d’un aimant, perdent leurs qualités propres. Un grand sabre, exposé même à une petite flamme, perd son tranchant ; on dit que le lait de vache ou d’ânesse, lorqu’il est mélangé avec du lait de lionne, se change en eau. Toutes les ruses d’une bande de renards ne servent plus à rien lorsqu’ils rencontrent un chien ; et toute une meute de chiens tremblera de peur devant un tigre, même petit.

De même, si l’on récite Nam Myoho Renge Kyo, le pouvoir de Namu Amida Butsu, le pouvoir des mantra invoquant Dainichi, le pouvoir du bodhisattva Kannon, et le pouvoir de tous les bouddhas, tous les sûtras et tous les bodhisattvas sans aucune exception s’effacera devant la force de Myôhô Renge Kyô.

S’ils ne sont pas soutenus par la force de Myôhô Renge Kyô, ces sûtras deviendront tous inutiles. C’est ce que nous constatons de nos propres yeux, à notre époque.

Parce que Nichiren  récite et propage Nam Myoho Renge Kyo, le pouvoir du bouddha Amida est comme une lune décroissante, comme la marée qui se retire, les herbes qui se déssèchent en automne et en hiver, ou de la glace fondant au soleil. Observez bien ce qui se passera !

Question : Si cette Loi [ dont vous parlez ] est réellement si extraordinaire, [ pourquoi n’est-elle pas mieux connue ? ] pourquoi Mahakashyapa, Ananda, Ashvagosha, Nagarjuna, Asanga 241 , Vasubandhu, Nan-yue, T’ien-t’ai, Miao-lo, Dengyô ne l’ont-ils pas propagée à l’étranger, de la même manière que Chan-tao propagea la pratique de la récitation de Namu Amida Butsu à travers toute la Chine, ou de la même manière que Eshin 242, Yôkan 243, et Hônen la répandirent au Japon, changeant tous ses habitants en dévots du bouddha Amida ?

Réponse : C’est une critique ancienne, qui n’est aucunement formulée ici pour la première fois.

Les bodhisattvas Ashvagosha et Nagarjuna furent des grands maîtres qui vécurent, respectivement, six cents et sept cents ans après la disparition du Bouddha. Quand ces hommes apparurent dans le monde et commencèrent à propager les principes des sûtras du Mahayana, les divers adeptes du Hinayana élevèrent des objections :

“ Mahakashyapa et Ananda, dirent-ils, continuèrent à vivre vingt ou quarante ans après la disparition du Bouddha, en enseignant la Loi correcte. On pourrait penser qu’ils communiquèrent le cœur de tous les sûtras enseignés par Shakyamuni de son vivant. Or, nous voyons que les principes sur lesquels tous deux insistèrent furent seulement ceux de la souffrance, du vide, de l’impermanence et du non-soi 244. Ashvagosha et Nagarjuna furent peut-être d’une grande sagesse, mais doit-on les croire supérieurs à Mahakashyapa et à Ananda ? C’est un premier point.

“ Mahakashyapa obtint l’illumination au contact du Bouddha. Mais ces deux hommes, Ashvagosha et Nagarjuna, n’avaient jamais rencontré le Bouddha. C’est un deuxième point [ que nous aimerions éclaircir ].

“ Des philososophies non-bouddhiques [ antérieures au bouddhisme ] enseignaient que la vie est éternelle, joyeuse, individualisée et pure. Par la suite, lorsque le Bouddha apparut en ce monde, il déclara que la vie était caractérisée par la souffrance, le vide, l’impermanence et le non-soi. Maintenant, Ashvagosha et Nagarjuna soutiennent qu’elle est éternelle, joyeuse, individualisée et pure. Dès lors, nous sommes en droit de penser que, depuis que le Bouddha et Mahakashyapa ont disparu, le Démon du Sixième ciel s’est emparé de ces deux hommes pour détruire le bouddhisme et le changer en un enseignement non bouddhique.

S’il en est ainsi, ils sont tous deux les ennemis du bouddhisme ! Nous devrions leur briser le crâne, leur couper la tête, leur ôter la vie, veiller à ce qu’ils ne trouvent plus rien à manger ! Chassons-les du pays ! ”

Voilà ce que s’écrièrent avec indignation de nombreux adeptes du Hinayana. Ashvagosha et Nagarjuna étaient seuls, et pourtant, ils durent écouter jour et nuit ces cris injurieux et subir, du matin au soir, coups de canne et de bâton.

En fait, ces deux hommes étaient les envoyés du Bouddha. Car dans le sûtra Maya, il est prédit qu’Ashvagosha apparaîtrait six cents ans, et Nargajuna sept cents ans après la disparition du Bouddha. La même prédiction est également faite dans le sûtra Ryôga, et bien évidemment dans le sûtra Fuhôzô également.

Mais les adeptes du Hinayana n’ont pas voulu tenir compte de ces prédictions. Au contraire, ils ont attaqué les adeptes du Mahayana aveuglément et sans raison. On peut lire dans le Sûtra  : “ Puisque haines et jalousies abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire encore après son trépas ? ” En pensant à l’époque qui fut celle d’Ashvagosha et de Nagarjuna, on commence à comprendre ce que signifie réellement ce passage du Sûtra. De plus, le bodhisattva Aryadeva fut tué par un brahmane, et le vénérable Aryasimha fut décapité. Ces événements aussi donnent à réfléchir.

Puis, quelque mille cinq-cents ans ou plus après la mort du Bouddha, à l’est de l’Inde, dans le pays qu’on appelle la Chine,  le Grand Maître T’ien-t’ai apparut, sous les dynasties Tch’en et Souei. Il affirma que, parmi les enseignements sacrés exposés par le Bouddha, on trouvait des enseignements du Mahayana et du Hinayana, des enseignements exotériques et ésotériques, des enseignements provisoires et définitifs. Il expliqua que Mahakashyapa et Ananda avaient propagé exclusivement les enseignements du Hinayana ; Ashvaghosha, Nagarjuna, Asanga et Vasubandhu, les enseignements du Mahayana provisoire. Mais, pour ce qui est de l’enseignement du Mahayana définitif du Sûtra du Lotus, ils n’avaient fait que l’effleurer rapidement, en dissimulant sa signification profonde, ou en n’en donnant qu’une explication superficielle, sans mentionner les différences entre les enseignements du début, du milieu et de la fin de la vie du Bouddha. Tantôt ils avaient décrit l’enseignement théorique mais pas l’enseignement essentiel, tantôt ils avaient bien distingué entre les enseignements théoriques et essentiels, mais pas défini kanjin 245, [ la méthode de méditation ].

[ Quand le Grand Maître T’ien-t’ai exposa ce point de vue ] les millions de disciples des dix écoles bouddhiques, les trois [ de la Chine ] du Sud et les sept [ de la Chine ] du Nord, éclatèrent tous d’un même rire sarcastique en disant :

“ Voici que, dans notre époque des Derniers Jours de la Loi, un moine véritablement stupéfiant apparaît parmi nous ! ” s’exclamèrent-ils. “ En d’autres temps,  il s’est trouvé des gens  qui, avec des conceptions erronées, se sont opposés à nous, mais jamais personne encore n’avait prétendu que les deux cent soixante lettrés et maîtres du bouddhisme ayant vécu depuis [ l’introduction du bouddhisme dans ] la dixième année de l’ère Yong-p’ing (67 après J.-C.) sous la dynastie des Han postérieurs, signe cyclique hinoto-u, jusqu’à notre époque actuelle des Tch’en et des Souei, étaient tous des ignorants. Il dit même qu’ils commettent des offenses à la Loi et sont destinés à tomber dans les mauvaises voies de l’existence. Voilà le genre de personne qui vient d’apparaître !

Sa folie est si grave qu’il va jusqu’à affirmer que le savant maître Kumarajiva, l’homme qui introduisit le Sûtra du Lotus en Chine, était un ignorant 246 ! Et ce qu’il dit des moines de Chine n’est encore rien ; il prétend aussi que les grands maîtres de l’Inde, Nagarjuna et Vasubandhu par exemple, et des centaines d’autres, bodhisattvas appartenant aux Quatre Rangs de saints, n’ont jamais révélé la doctrine véridique ! Tuer un  tel homme ne serait rien de plus que tuer un faucon. Celui qui le ferait mériterait plus d’éloges que s’il tuait un démon ! ”

Voilà les calomnies qu’ils ont répandues [ concernant le Grand Maître T’ien-t’ai ].  Et, plus tard,  à l’époque du Grand Maître Miao-lo, quand les doctrines Hossô et Shingon arrivèrent d’Inde et quand l’école Kegon fut pour la première fois introduite en Chine, Miao-lo réfuta ces enseignements et souleva la même indignation.

Au Japon, le Grand Maître Dengyô apparut mille huit cents ans après la disparition du Bouddha. Après avoir étudié les commentaires de T’ien-t’ai, il commença à critiquer les six écoles bouddhistes qui étaient apparues au Japon depuis plus de deux cent soixante ans, depuis l’époque de l’empereur Kimmei. Il fut calomnié à son tour, ses détracteurs disant que l’un des brahmanes contemporains du Bouddha ou l’un des taoïstes de Chine venaient de renaître au Japon.

Dengyô proposa également de créer un lieu d’ordination pour administrer les préceptes menant à l’illumination parfaite et immédiate, comme il n’en avait jamais existé ni en Inde ni en Chine ni au Japon, dans les mille huit cents ans écoulés depuis la disparition du Bouddha. Il alla même plus loin en affirmant que les sanctuaires d’ordination du temple Kannon-ji (à l’ouest du Japon, à Tsukushi), du temple Ono-dera (dans la province orientale de Shimotsuke) et du temple Tôdai-ji (dans la province centrale du Yamato 247) répandaient tous l’odeur fétide des préceptes du Hinayana, et ne valaient pas plus que des cailloux ou des débris de tuiles. Et, selon lui, les moines qui faisaient observer de tels préceptes ne valaient guère mieux que des renards et des singes.

Ses détracteurs s’écrièrent : “ C’est absolument stupéfiant ! Cette créature ayant pris l’apparence d’un moine doit être, en réalité, la matérialisation d’un grand essaim de locustes lâché sur le Japon qui s’apprête à dévorer d’une seule bouchée toutes les jeunes pousses du bouddhisme. Ou peut-être est-ce le mauvais roi Tcheou, de la dynastie Yin ou Tchi-ye de la dynastie Sia qui viennent de renaître au Japon en empruntant la forme de ce moine. On pourrait croire que l’empereur Wou de la dynastie des Tcheou postérieurs ou l’empereur Wou-tsong 248 de la dynastie T’ang se sont réincarnés. A tout moment désormais, le bouddhisme peut disparaître et le pays être détruit ! ”

Effrayées, les personnes ordinaires ont donc claqué des mains et fait courir leur langue, en disant : “ Dès que les moines de ces deux formes de bouddhisme, le Mahayana et le Hinayana, apparaissent ensemble, leurs adeptes se battent comme Taishaku et les asuras, ou comme Siang-yu et Kao-tseu 249 se disputant la possession du royaume ! ”

Les adversaires [ de Dengyô ] ont continué à le rabaisser en disant : “ A l’époque du Bouddha, il y eut deux sanctuaires  pour l’ordination, celui du Bouddha et celui de Devadatta, et de nombreuses  personnes trouvèrent la mort dans le conflit qui s’ensuivit 250. Cet homme peut bien défier les autres écoles, mais il affirme qu’il doit établir un sanctuaire pour l’ordination afin de conférer les préceptes menant à l’illumination parfaite et immédiate que son maître lui-même, le Grand Maître T’ien-t’ai, n’a pas réussi à construire. Comme c’est étrange ! Et comme c’est effrayant, comme c’est effrayant ! ”

Mais Dengyô pouvait citer des textes à l’appui de ses thèses et le sanctuaire pour l’ordination selon les préceptes du Mahayana a finalement été construit, il se trouve depuis longtemps déjà sur le mont Hiei.

Ainsi, même si l’état d’Eveil auquel ils parvinrent fut le même, du point de vue de la propagtion du bouddhisme, Ashvaghosha et Nagarjuna furent supérieurs à Mahakyashyapa et Ananda ; T’ien-t’ai fut supérieur à Ashvaghosha et Nagarjuna, et Dengyô surpassa T’ien-t’ai. De nos jours, la sagesse des personnes ordinaires devient superficielle alors que le bouddhisme devient plus profond. Par exemple, une maladie bénigne peut être soignée par un remède ordinaire, mais une maladie grave exige un traitement d’une efficacité exceptionnelle. Lorsque l’on est faible, a besoin d’alliés puissants.

Question : Existe-t-il alors une Loi correcte qui n’ait encore jamais été propagée même par T’ien-t’ai et Dengyô ?

Réponse : Oui.

Question : De quelle sorte d’enseignement s’agit-il ?

Réponse : Il se compose de trois éléments. Le Bouddha l’a légué à tous ceux qui vivraient à l’époque des Derniers Jours de la Loi. C’est la Loi correcte qui n’a jamais été propagée par Mahakashyapa ou Ananda, Ashvaghosha ou Nagarjuna, T’ien-t’ai ou Dengyô.

Question : En quoi consiste cette Loi ?

Réponse : Tout d’abord, au Japon comme dans tous les autres pays du monde, l’objet de vénération doit être, pour tous, le vénérable Shakyamuni de l’enseignement essentiel [ hommon ] 251. Le bouddha Shakyamuni et le bouddha Tahô apparaissant dans la Tour aux Trésors, ainsi que tous les autres bouddhas, de même que les quatre bodhisattvas au nombre desquels se trouve Jôgyô, sont près de ce Bouddha pour le servir. Deuxièmement, il y a le Grand Sanctuaire du bouddhisme orthodoxe. Troisièmement, au Japon, en Chine, en Inde et dans tous les autres pays du monde, chacun,  sage aussi bien qu’ignorant, en abandonnant toute autre pratique, devra se joindre à ceux qui récitent Nam Myoho Renge Kyo. Cet enseignement n’a jamais été exposé auparavant. En ce monde-ci, personne, en plus de deux mille deux cent vingt-cinq ans depuis la mort du Bouddha, ne l’a jamais récité. Seul Nichiren, sans épargner sa voix, récite maintenant Nam Myoho Renge Kyo, Nam Myoho Renge Kyo.

La hauteur des vagues dépend de l’intensité du vent ; la hauteur des flammes dépend du nombre des bûches, la taille des lotus dépend de la profondeur de la mare dans laquelle ils poussent, et l’abondance de la pluie dépend de la puissance des dragons qui la font tomber. Plus profondes sont les racines, plus fertiles sont les branches. Plus la source est lointaine, plus le fleuve est long.

La dynastie Tcheou dura sept cents ans grâce à la loyauté et la piété filiale de son fondateur, le roi Wen. Par contre, la dynastie Ts’in n’eut qu’une existence très brève en raison de la perversité de son fondateur, le premier empereur 252 des Ts’in. Si la bienveillance de Nichiren est suffisamment vaste et universelle, Nam Myoho Renge Kyo se propagera pendant dix mille ans et plus, pour l’éternité. Car  cette Loi a pour effet bénéfique de déciller les yeux aveugles de tous les êtres vivants au Japon, et de barrer la route qui conduit à l’enfer des souffrances incessantes. Les bienfaits qu’elle procure surpassent ceux de Dengyô et de T’ien-t’ai, ceux de Nagarjuna et de Mahakashyapa.

Cent ans de pratique dans la Terre de la béatitude parfaite ne procurent pas un bienfait comparable à celui qui s’obtient grâce à un seul jour de pratique en ce monde impur. Deux mille ans de propagation du bouddhisme, aux deux  époques de la Loi correcte et de la Loi formelle, ne valent pas une seule heure de propagation dans [ cette période-ci ], celle des Derniers Jours de la Loi. Cela n’est dû en aucun cas à la sagesse de Nichiren, mais c’est l’époque qui le veut ainsi. Au printemps, les fleurs s’épanouissent ; à l’automne, les fruits apparaissent. L’été est chaud, l’hiver est froid. N’est-ce pas la loi des saisons ?

“ Dans la cinquième période de cinq cents ans après ma mort 253, accomplissez kosen-rufu dans le monde entier et ne laissez jamais son flot tarir. Et ne laissez jamais le démon, les hommes du démon, ou les divinités, dragons, yaksha, kumbhanda 254 et autres, prendre l’avantage. 255 ”

Si [ la prophétie du Bouddha exprimée dans ] ce passage du Sûtra du Lotus se révèlait fausse, alors, Shariputra ne deviendrait jamais le Tathagata Fleur de Lumière ; le vénérable Mahakashyapa ne deviendrait jamais le Tathagata Lumière étincelante ; Maudgalyayana ne deviendrait jamais le bouddha Tamalapattra au Parfum de Santal ; Ananda ne deviendrait jamais le Tathagata Roi de puissance illimitée et montagne d’immense sagesse ; la nonne Mahaprajapati 256 ne deviendrait jamais le Bouddha dont la vision emplit tous les êtres sensibles de joie ; et la nonne Yashodhara 257 ne deviendrait jamais le Bouddha aux Formes resplendissantes de dix millions de lumières.

De même, tout ce qui concerne sanzen jintengô  ne serait plus que théorie puérile et gohyaku jintengô  ne serait plus qu’un mensonge. Très vraisemblablement, le vénérable Shakyamuni aurait sombré dans l’enfer des souffrances incessantes, le bouddha Tahô suffoquerait encore dans les flammes de l’enfer Avichi, les bouddhas des Dix Directions résideraient désormais dans les Huit Enfers principaux 258, et les divers bodhisattvas subiraient tous la torture des Cent-trente-six enfers.

Comment cela se pourrait-il  ? Si la prédiction du Sûtra n’a pas été faite en vain, alors, sans aucun doute, tous les habitants du Japon réciteront Nam Myoho Renge Kyo !

Ainsi, la fleur retourne à sa racine et l’essence de la plante demeure dans la terre. Les bienfaits [ de Nam Myoho Renge Kyo ] s’accumuleront sans aucun doute dans la vie du défunt Dôzen-bô. Nam Myoho Renge Kyo, Nam Myoho Renge Kyo.

Ecrit le vingt et unième jour du septième mois de la deuxième année de Kenji (1276), Jupiter étant sous le signe cyclique hinoe-na.

Envoyé respectueusement du mont Minobu, village d’Hakiri dans le Kôshû, à Jôken-bô et Gijô-bô du mont Kiyosumi, domaine de Tôjô, province d’Awa.


Lettre d’accompagnement

J’ai bien reçu votre lettre. On ne devrait jamais parler de l’enseignement bouddhique à des personnes qui n’ont pas la foi, quel que soit le degré d’amitié ou d’intimité que l’on ait avec elles. Il vous faut bien garder cela à l’esprit.

J’ai inscrit le Gohonzon pour vous. Les ennemis du Sûtra du Lotus sont plus puissants dans les années qui suivent la disparition du Bouddha qu’ils ne l’étaient de son vivant ; beaucoup plus à l’époque de la Loi formelle qu’à l’époque de la Loi correcte ; et beaucoup plus maintenant, au début de l’époque des Derniers Jours de la Loi, qu’à l’époque de la Loi formelle. Si vous comprenez cela, il deviendra clair pour vous que personne d’autre que moi, au Japon, n’est un véritable pratiquant du Sûtra du Lotus.

Le mois dernier, la nouvelle de la mort de Dôzen-bô m’est parvenue, sans aucune précision. J’ai pensé que je devrais me rendre moi-même au temple aussi rapidement que possible, en compagnie de Nikô, le moine qui porte cette lettre. Cependant, bien que je ne me considère pas comme retiré du monde, d’autres semblent me considérer ainsi, aussi me suis-je fait une règle de ne pas quitter cette montagne.

Ce moine, Nikô, m’a appris qu’il avait entendu dire par diverses personnes que des débats de doctrines avec d’autres écoles auraient vraisemblablement lieu prochainement. J’ai donc envoyé des gens dans un certain nombre de temples des différentes provinces pour y retrouver des sûtras et des écrits doctrinaux dispersés dans le pays entier. J’avais confié cette mission à ce moine, Nikô, pour la province du Suruga et il vient de rentrer. [ Je vous l’envoie donc avec cette lettre. ]

Dans ce traité, j’ai défini des principes de la plus haute importance. Il ne faudrait donc pas en faire connaître le contenu à des ignorants. Et même s’il n’est communiqué qu’à des personnes capables de le comprendre, si elles sont trop nombreuses, son contenu risque de parvenir aux oreilles de personnes extérieures. Cela ne serait bon ni pour moi ni pour vous. J’aimerais donc que vous seul et Gijô-bô fassiez lire ce traité à voix haute, deux ou trois fois, au sommet du Kasagamori, par ce moine Nikô. S’il vous plaît, demandez-lui de le lire une fois aussi devant la tombe du défunt Dôzen-bô. Ensuite, laissez-le entre les mains de Nikô et demandez-lui souvent de vous le lire. En l’écoutant ainsi à plusieurs reprises, je pense que vous en viendrez à comprendre et apprécier sa signification.

Avec mon profond respect,

Nichiren.

Le 26e jour du 7e mois

Au moine de Kiyosumi


Notes

2 On peut lire ce récit dans les “ Neuf Récits ” du Soji (Tch'ou-tseu ou Elégies de Tch'ou) et dans d'autres œuvres chinoises. Un commentaire du Soji par Tchou Si, de la dynastie des Song dit : “ le vieux renard, en mourant tourne invariablement la tête vers la colline. C'est parce qu'il n'oublie jamais l'endroit où il est né. ”  

3 Cette histoire se trouve dans le Jibun Ruiju (Recueil d’histoires et de poèmes). Le jeune Ma Pao, qui devait par la suite devenir général sous la dynastie des Tsin, marchait le long de la rivière Yang-tsé, lorsqu'il vit un pêcheur attraper une tortue et se préparer à la tuer. Pris de pitié, il échangea ses vêtements contre elle afin de lui sauver la vie. Des années plus tard, Ma Pao fut attaqué par des ennemis. Alors qu’il battait en retraite vers la rivière Yang Tsé, la tortue à qui il avait sauvé la vie dans son enfance apparut et le transporta sur son dos jusqu’à la rive opposée.  

4 Selon le Che Ki (Mémoires historiques), Yu-jang, de la dynastie Tsin servit d’abord les familles Fan et Chong-hang mais il n’en obtint pas de position importante. Plus tard, Yu-jang servit sous Tche Po, qui lui accorda de grandes faveurs. Un jour, Tche Po fut tué par Siang-tseu, seigneur de Tchao. Pour venger son seigneur, Yu-ang se déguisa en lépreux en couvrant son corps de laque, se rendit muet en buvant de la soude caustique et tenta ainsi de s’approcher de Siang-tseu. Mais sa tentative d’assassinat échoua et il fut pris. Toutefois, Siang-tseu, comprenant son sentiment de loyauté, donna sa robe à Yu-jang. Yu-jang la lacéra à trois reprise pour bien montrer sa haine à l’égard de celui qui avait tué son seigneur puis retourna son épée contre lui-même.  

5 Cette anecdote apparaît dans le Che Ki. Alors que Hong Yen était en voyage, des ennemis attaquèrent l’état de Wei et tuèrent son seigneur, le duc Yi. Ils dévorèrent son corps, n’en laissant que le foie. Puis ils quittèrent le pays. A son retour, Hong Yen découvrit le désastre et pleura. Il s'ouvrit le ventre pour y insérer le foie de son seigneur, afin de le sauver du déshonneur et ainsi il mourut.  

6 Sûtra Shôshinji Donin  : bien que ce sûtra n’existe plus, ce passage en est cité dans le Hôon Jurin , 22 e fascicule.  

7 Cette histoire est tirée du Che Ki . Le roi Tchou de la dynastie des Yin était tellement pris par l’affection qu’il éprouvait pour son héritier Ta Chi qu’il négligeait totalement les affaires de l’Etat. Quand son ministre Pi Kan lui en fit reproche, le roi Tchou devint furieux et le fit exécuter.  

8 Siddharta  : le nom donné à Shakyamuni dans son enfance. Dans sa jeunesse il renonça à son droit au trône et partit vivre la vie d’un religieux mendiant.  

9 L’école Tendai-Hokke : un autre nom de l’école Tendai. Elle est ainsi appelée parce qu’elle place le Sûtra du Lotus (Hokke signifie lotus) au dessus de tous les autres sûtras.  

10 Tou-chouen (557-640), Tche-yen (602-668), Fa-tsang (643-712) et Tch’eng-kouan (738-839) : respectivement, fondateur, deuxième, troisième et quatrième patriarches de l’école Kegon (chinois Hua-yen ) en Chine.  

11 Siuan-tsang (602-664), Ts’eu-ngen (632-682), Tsi-tcheou (678-733) et Chishô : lettrés de l’école Hossô. Siuang-tsang, qui avait étudié la doctrine “ Rien que conscience ” en Inde, est souvent considéré comme le fondateur de l’école Hossô. Ts’eu-ngen, qui fonda officiellement l’école Hossô (Fa-siang) en Chine est considéré comme son successeur. Tsi-tcheou est le quatrième patriarche en comptant à partir de Siuang-tsang. On pense généralement que le nom de Chishô désigne soit Chihô (en coréen Chipong, dates inconnues) qui étudia la doctrine Hossô sous la direction de Tsi-tcheou, ou à Dôshô (629-700), qui étudia sous la direction de Siuang-tsang et fonda l’école Hossô au Japon.  

12 Sing-houang (507-581) et Kia-siang (549-623) : moines qui formulèrent les enseignements Sanron (San-lun) en Chine. Sing-houang, appelé aussi Fa-lang, vécut au temple Sing-houang-sseu. Kia-siang, appelé aussi Tsi-tsang, fut son successeur. On le considère parfois comme le premier patriarche de l’école Sanron.  

13 Bodhidharma (dates inconnues), Houei-k’o (487-593) et Houei-neng (638-713) : le fondateur, deuxième et sixième patriarches du bouddhisme Zen (Ch’an) en Chine.  

14 Tao-tch’ao (562-645), Chan-tao (613-681), Houai-kan (VIIe siècle) et Genkû (1133-1212) : maîtres de l’école Jôdo (ou de la Terre pure). Tao-ch’ao fut le second des cinq premiers patriarches de l’école de la Terre pure en Chine, et Chan-tao le troisième. Houai-Kan, un moine de la Chine des T'ang, étudia sous la direction de Chan-tao et médita sur le bouddha Amida pendant trois ans. Par conséquent, on considère qu’il avait compris l’essence de l’enseignement de la Terre pure. Genkû, autre nom pour désigner Hônen qui fonda l'école Jôdo au Japon.  

15 Sûtra Ryôga  : un sûtra tardif du Mahayana qui traite de la conscience alaya et de la possibilité de parvenir à la boddhéité. Il se présente sous la forme d’un discours prononcé par Shakyamuni au mont Lanka (jap., Ryôga ).  

16 Sûtra du Lotus, chap. 14.  

17 Joyau qui exauce les vœux : un joyau auquel on prêtait le pouvoir de procurer à celui qui le possédait tout ce qu'il désirait. Il symbolise la grandeur et la vertu du Bouddha et des écritures bouddhiques.  

18 Rois faisant tourner la roue : voir p. (images sculptées), note 11.  

19 La protubérance charnelle : une protubérance ressemblant au nœud d'un turban sur le haut du front. L'un des trente-deux traits caractéristiques, énumérés dans le Daichido Ron, attributs des bouddhas, des bodhisattvas et des rois faisant tourner la roue.  

20 Allusion aux Trois Vérités (ou Trois Explications), non-substantialité, existence temporaire et Voie du milieu, conçues, dans les enseignements provisoires, comme des qualités distinctes et exclusives les unes des autres.  

21 Sûtra du Lotus, chap. 13.  

22 Ciel Trayastrimsha : appelé aussi le Ciel des trente-trois divinités. Le deuxième des six cieux du monde du Désir. On le disait situé sur un plateau au sommet du mont Sumeru où les trente-trois divinités, y compris Taishaku, étaient censés résider. Taishaku régnait de son palais au centre, tandis que les trente-deux divinités vivaient sur quatre pics montagneux, huit divinités par montagne, chacune de ces montagnes étant située à l'un des quatre coins du plateau.  

23 Ciel Tushita :  Ciel de la satisfaction. Le quatrième des six cieux du monde du Désir. Il est dit que les bodhisattvas renaissent dans ce ciel juste avant leur dernière renaissance dans le monde avant d'atteindre la boddhéité. On disait que le bodhisattva Miroku résidait dans la cour intérieure de ce ciel.  

24 Tôgaku  : voir p. (goût salé) note 1. “ Tous les bodhisattvas parvenus à l'étape de tôgaku  ou aux étapes précédentes ” désigne tous les bodhisattvas engagés dans la pratique pour parvenir à l'illumination.  

25 Shakyamuni fait montre des Dix Pouvoirs mystiques dans le chapitre Jinriki (21e) du Sûtra du Lotus avant de transmettre l'essence de ce sûtra aux bodhisattvas sortis de la Terre. L'une de ces dix manifestations d'un pouvoir surnaturel est qu'il tend sa longue et large langue, l'un de ces trente-deux traits caractéristiques, jusqu'à ce qu'elle atteigne le ciel de Brahma. Cela symbolise la véracité de ses mots.  

26 Kalpa de déclin : la période au cours de laquelle un monde se dégrade. L'un des quatre kalpa (formation, continuité, déclin et désintégration ) par lesquels un monde ne cesse de passer. Le kalpa de déclin dure vingt kalpa moyens. D'après le Kusha Ron, dans les premiers dix-neuf kalpa moyens, les êtres esensitifs dans les six états inférieurs ( de l'état d'Enfer à l'état de Bonheur temporaire) disparaissent peu à peu. Dans le dernier kalpa moyen, le monde est détruit par le feu, l'eau ou le vent.  

27 Cet enfer est situé au niveau le plus bas du monde des Trois Plans. On le disait entouré de sept murailles de fer, ce qui symbolise le fait que ceux qui y sont prisonniers ne peuvent pas échapper à leurs souffrances.  

28 Kokalika : voir p.(Konichi-bô) note 8.  

29 Mahadeva : moine qui vécut environ cent ans après la mort de Shakyamuni et qui joua un rôle crucial dans le premier schisme qui se produisit dans l'Ordre bouddhique. D'après le Daibibasha Ron, il avait tué ses parents et un arhat. Toutefois, regrettant ses crimes, il était entré dans l'Ordre bouddhique. Il maîtrisa les Trois Divisions du Canon et formula par la suite les “ Cinq Nouvelles Interprétations ” qui suscitèrent le désaccord qui eut pour résultat la division en deux écoles, Theravada et Mahasamghika.  

30 Grand Brahmane arrogant : voir p. (Ens, prat et preuve) note 21.  

31 Sûtra du Nirvana. Nichiren Daishonin abrège un passage qui dit : “ Par exemple, si un envoyé doué d'éloquence et habile stratège doit être envoyé à l'étranger pour accomplir une mission pour son souverain, il convient qu'il rapporte les mots de son souverain sans en omettre un seul, même si cela devait lui coûter la vie. Et un sage devrait faire de même en enseignant le bouddhisme, en se mêlant aux gens du peuple, prêt à donner sa vie, et à proclamer sans faillir l'enseignement secret du Bouddha tel qu'il est contenu dans les sûtras du Mahayana, c'est-à-dire que tous les êtres possèdent l'état de Bouddha. ”  

32 Sûtra du Lotus, chap. 10.  

33 Ibid., chap. 14.  

34 Shuddhodana : roi de Kapilavastu en Inde du Nord, père de Shakyamuni. Au départ, il s'opposa au désir de son fils de renoncer à la vie profane mais quand Shakyamuni revint à Kapilavastu après son Eveil, il se convertit au bouddhisme.  

35 Virudhaka : roi du Kosala à l'époque du bouddha Shakyamuni. Son père était Prasenajit. Sa mère avait été à l'origine la servante d'un seigneur du clan des Shakya. Virudhaka ressentait comme une humiliation cette basse origine et avait fait vœu de se venger des Shakya. Après s'être emparé du trône, il leva une armée contre le royaume des Shakya et tua environ cinq cents personnes. On rapporte que sept jours plus tard, comme l'avait prédit Shakyamuni, il fut victime de brûlures mortelles et tomba en enfer.  

36 Selon les enseignements provisoires exposés pendant plus de quarante ans avant l'exposition du Sûtra du Lotus, des personnes des Deux Véhicules, telles que Shariputra et Maudgalyayana ne pourraient jamais devenir bouddha, alors que l'enseignement théorique du Sûtra du Lotus affirme qu'elles le pourront. Parce qu'elle constituait une contradiction aussi flagrante des enseignements précédents, cette affirmation suscita de grands doutes dans l'assemblée. De même, aussi bien les enseignements provisoires que l'enseignement théorique du Sûtra du Lotus admettent le point de vue que Shakyamuni atteignit pour la première fois l'illumination en Inde, sous l'arbre bodhi, mais l'enseignement essentiel du Sûtra du Lotus révèle qu'il atteignit l'illumination dans un passé inimaginablement lointain. Cette révélation de l'illumination originelle du Bouddha éveilla à son tour des doutes chez les bodhisattvas de l'enseignement théorique, doutes qu'il fallut alors résoudre. De plus, parce que les notions des Deux Véhicules et de l'état de Bodhisattva, telles que les enseignent les sûtras provisoires contredisent la conception qui en est enseignée dans le Sûtra du Lotus, Nichiren Daishonin dit : “ Pendant quarante et quelques années, Shariputra, Maudgalyayana et les grands bodhisattvas firent en fait partie des grands ennemis du Sûtra du Lotus ”.  

37 Les successeurs du Bouddha : vingt-quatre successeurs qui reçurent l'héritage du bouddhisme de Shakyamuni et le propagèrent en Inde à l'époque de la Loi correcte.  

38 Quatre Rangs de saints : maîtres bouddhistes qui pratiquèrent et enseignèrent le bouddhisme après la mort de Shakyamuni. Ils sont classés en quatre catégories, en fonction de leur degré de compréhension.  

39 Aryadeva : voir p. (Ensei, Cap, temps, Pays), notre 37.  

40 Aryasimha : voir p. id, note 36.  

41 Buddhamitra : le neuvième des vingt-quatre successeurs. Il convertit les gens par des moyens habiles et vainquit au cours de débats quantités de Brahmanes. Le roi du pays dans lequel il vivait était attaché au brahmanisme et essayait d'éliminer de son pays toute infuence bouddhique. Décidé à vaincre les préjugés du roi, Buddhamitra, dit-on, fit les cents pas devant le palais pendant douze ans en portant un drapeau rouge. Finalement touché par sa détermination, le roi l'autorisa à débattre avec un maître brahmane. Buddhamitra réfuta les arguments de son adversaire et convertit ainsi le roi au bouddhisme.  

42 Ce récit se trouve dans le Daitô Saiiki Ki (Recueil des régions occidentales). A une époque où, grâce à ses talents en musique et en littérature, le bodhisattva Ashvagosha propageait le bouddhisme à Pataliputra dans le royaume de Magadha, le roi Kanishka conduisit son armée contre Pataliputra et exigea une somme énorme en tribut. Le roi vaincu livra Ashvagosha à la place. Par la suite, avec le soutien de Kanishka, Ashvagosha propagea le bouddhisme dans le nord de l'Inde.  

43 L'histoire est rapportée dans le Daitô Saiiki Ki. Manoratha était, pense-t-on, le maître de Vasubandhu. Le roi Vikramaditya, de Shravasti, qui avait une inimitié particulière à l'encontre de Manoratha, intrigua pour l'humilier, et réunit une centaine d'érudits d'autres écoles pour débattre avec lui. Quatre-vingt-dix neuf d'entre eux se rangèrent à ses arguments, mais le dernier, soutenu par le roi, refusa d'écouter la réfutation de Manoratha. Par conséquent, on dit que Manoratha se trancha lui-même la langue avec les dents et en mourut.  

44 Fa-yun : voir p. (Enscap), note  

45 Houei-kouan (368-438), Houei-yen (363-443), Seng-jou (431-494) et Houei-ts'eu (434-490) : moines qui vécurent à l'époque des dynasties du Nord et du Sud.  

46 Nichigatsu Tômyo : un bouddha que l'on disait apparu dans le passé inimaginablement lointain pour enseigner la Loi correcte. Le chapitre Jo (1er) du Sûtra du Lotus mentionne vingt-mille bouddhas qui apparurent l'un après l'autre par le passé, portant tous le même nom, Nichigatsu Tômyô (Eclat de la lune et du soleil). Le dernier bouddha Nichigatsu Tômyô enseigna le Sûtra du Lotus au bodhisattva Myôkô, incarnation du bodhisattva Monju dans une vie précédente.  

47 Allusion probable au Hokke Giki (Annotations sur le Sûtra du Lotus) en huit volumes de Fa-yun, bien que les deux citations reprises ici ne se trouvent pas dans ce commentaire.  

48 Cela signifie que le Hokke Gisho, un commentaire du Sûtra du Lotus attribué au prince Shôtoku, est basé sur le Hokke Giki de Fa-yun.  

49 Le quatrième volume du Kokusei Hyakuroku (Les cents recueils du Grand Maître T'ien-t'ai) énonce des formes de pratique, de jour et de nuit, adressées au bouddha Vairochana et à d'autres bouddhas.  

50 Les douze catégories des sûtra Hôdo : un terme qui englobe les sûtras exposés pendant la période Hôdo, la troisième des cinq périodes. En général, ces sûtras réfutent l'attachement aux sûtras du Hinayana.  

51 Sûtra Makahannya : Sûtra Makahannya Haramitsu. Traduction, par Kumarajiva, de l'un des principaux sûtras Hannya (skt., Prajna), sûtras de la Sagesse.  

52 Méditation de l'impression sur l'océan : sorte de méditation exposée dans le sûtra Kegon. Au cours de cette méditation, tous les phénomènes du passé, du présent et du futur apparaissent clairement à l'esprit, de la même manière que tout peut se refléter clairement sur l'océan lorsqu'il est calme et sans vagues.  

53 Sûtra du Lotus, chap. 12.  

54 On dit que le roi des ashura fut aveuglé par la lumière du soleil et de la lune lorsqu'il tenta de livrer bataille au dieu Taishaku.  

55 Roi de Han : Liou Pang (247-195 av. J.-C.) fondateur de la dynastie des Han antérieurs.  

56 Cinq régions de l'Inde : un terme de l'Inde ancienne désignant l'Inde tout entière. Les régions orientale, occidentale, sud, nord, et centrale de l'Inde.  

57 T'ai-tsong (598-649) : Deuxième empereur de la dynastie des T'ang.  

58 Sûtra Jimmitsu : sûtra en cinq fascicules traduit en chinois par Siuan-tsang. Texte de référence de l'école Hossô, il traite de sujets tels que les caractéristiques des dharmas, la conscience-alaya, etc.  

59 Yuga Ron  : voir p.  (Enscap), note 21.  

60 Yuishiki Ron  : Jôyuishiki Ron, un commentaire du Yuishiki Sanjû Ju de Vasubandhu écrit par Dharmapala (530-561), un éminent propagandiste de la notion de “ rien que conscience ”, et traduit en chinois par Siuan-tsang.  

61 Véhicule unique. L’enseignement exposé dans le Sûtra du Lotus. Le Sûtra du Lotus enseigne qu’aucun des trois véhicules — étude, éveil personnel et bodhisattva — n’est une fin en soi, contrairement à ce qui était enseigné dans les sûtras précédents. Leur but est de conduire au véhicule unique, c’est-à-dire celui du bouddha, qui englobe et enrichit les enseignements des trois véhicules. L’école Hossô soutient, au contraire, que les enseignements bouddhiques doivent s’accorder aux capacités des gens. En d’autres termes, pour les personnes qui ont la capacité de comprendre les trois véhicules, la doctrine des trois véhicules est le véritable enseignement et le véhicule unique n’est qu’un simple moyen.  

62 Les cinq natures. Doctrine de l’école Hossô qui divise les êtres humains en cinq groupes en fonction de leur capacité religieuse innée, qui ne peut être changée. Les trois premiers groupes contiennent les personnes prédestinées à l’étude, l’éveil personnel ou la nature de bodhisattva. Le quatrième possède deux ou plus de ces trois natures, et la nature qui se développe n’est pas prédestinée. Le cinquième groupe n’a pas la potentialité de l’éveil et est voué à se réincarner dans les six voies pour l’éternité. Cette doctrine, fondée sur les sûtras Ryogâ et Jimmitsu, soutient que, seuls, ceux qui sont prédestinés à la nature de bodhisattva et quelques personnes du groupe indéterminé peuvent atteindre la boddhéité.  

63 Wou. (624-705) Egalement appelée Tse-t’ien. C’était à l’origine la concubine de T’ai-tsong, deuxième empereur de la dynastie des T’ang. Elle devint l’épouse du troisième empereur, Kao-tsong, mais exerçait déjà le pouvoir depuis longtemps, avant son accession au trône en 690.  

64 Fa-tsang. (643-712) Troisième grand patriarche de l’école chinoise Kegon. Il en est souvent considéré comme le fondateur car il a grandement contribué à la systématisation de la doctrine Kegon. Il étudia cette doctrine avec Chih-yen et l’on dit qu’il commenta le sûtra Kegon à la demande de l’impératrice Wou.  

65 Une nouvelle traduction du sûtra Kegon. Le trentième fascicule du sûtra Kegon traduit par Shikshananda sous la dynastie T’ang.  

66 Sûtra Kongôchô : l’un des trois écrits de base du bouddhisme ésotérique avec les sûtras Dainichi et Shoshitsuji.  

67 Mudra et mantra : éléments rituels du culte Shingon. Les mudra sont des signes et des gestes faits avec les mains et les doigts, qui symbolisent l’illumination et les vœux des bouddhas et bodhisattvas. Les mantra sont des mots ou des syllabes secrets qui sont censés avoir un pouvoir mystique. Le Shingon ésotérique considère mudra et mantra comme un moyen de réaliser l’union avec le bouddha Dainichi (skt. Mahavairochana).  

68 Bodaishin Ron  : “Traité sur l’esprit qui aspire à l’illumination ”. Œuvre traditionnellement attribuée à Nagarjuna, bien que cela semble contestable. Traduit du sanscrit en chinois par Pou-k'ong, il pourrait, en fait, être de sa main car il contredit d’autres œuvres de Nagarjuna. C’était l’opinion de Nichiren Daishonin.  

69 Guketsu , Shakusen et Shoki : le Maka Shikan Bugyôden Guketsu, le Hokke Gengi Shakusen et le Hokke Mongu Ki, commentaires sur les trois grandes œuvres de T’ien-t’ai, chacun consistant en dix volumes.  

70 Kimmei : aujourd’hui considéré comme le vingt-neuvième empereur.  

71 Shôtoku (574-622) : deuxième fils du trente et unième empereur, Yômei, célèbre pour avoir appliqué l'esprit du bouddhisme dans ses principes de gouvernement. En tant que régent de l'impératrice Suiko, il réalisa diverses réformes. Il promulgua la constitution en dix-sept articles comme charte pour gouverner le pays en 604 et établit des relations diplomatiques avec la dynastie des Souei en Chine, en envoyant Wake no Imoko comme ambassadeur. Il révérait le Sûtra du Lotus et les sûtras Shrimala et Vimalakirti, et on lui attribue des commentaires sur ces écrits.  

72 Ce récit apparaît dans le Genkô Shakusho, une histoire du boudddhisme au Japon par Kokan Shiren (1278-1346) un moine de la branche Rinzai du Zen. La tradition voudrait aussi que, dans une vie précédente, Shôtoku ait été Nan-yue, le maître de T'ien-t'ai.  

73 Gyôhyô (722-797) : moine de l'école Sanron. Il fut ordonné moine au temple Yamashina-dera. Par la suite, il devint le supérieur du temple Sôfuku-ji, dans la province d'Omi, et fut nommé maître provincial par la cour impériale. En 778, il conduisit la cérémonie au cours de laquelle Dengyô, appelé aussi Saichô, reçut l'ordination.  

74 Kishin Ron  : abréviation du Daijô Kishin Ron (Eveil de la foi dans le Mahayana), qui énonce les principes fondamentaux du bouddhisme du Mahayana et tente d'éveiller la foi en eux. L'ouvrage est généralement attribué à Ashvagosha bien que les opinions diffèrent sur ce point.  

75 Ganjin (688-763) : (chin., Tsien-tchen). Moine de la dynastie des T'ang en Chine qui fonda l'école Ritsu au Japon. Il étudia les enseignements de T'ien-t'ai et Lu (jap., ritsu) à Lo-yang et Tch'ang-ngan. A la demande de l'empereur Shômu, il résolut de se rendre au Japon pour enseigner aux moines et aux nonnes les préceptes. Mais son départ fut retardé par onze ans d'épreuves. Il arriva finalement au Japon en 753, et l'année suivante, fit construire une plate-forme d'ordination au temple Tôdai-ji, conférant les préceptes à l'empereur Shômu et environ quatre-cents autres personnes. Il reçut le titre posthume de Kakai Daishi (le Grand Maître qui a traversé les mers).  

76 Sept temples principaux de Nara : voir p. (Kono-ama ), note 11.  

77 Allusion à la parabole des Trois Chariots et de la maison en flammes dans le chapitre Hiyu (3 e ) du Sûtra du Lotus. Pour inciter ses enfant à quitter une maison en flammes dans laquelle ils sont absorbés par leurs jeux, leur père, un homme fortuné, leur dit que dehors les attendent trois sortes de chariots qu'ils désirent depuis toujours : l'un tiré par un mouton, l'autre tiré par un daim et le troisième tiré par un bœuf. Mais lorsqu'ils sortent en courant de la maison, il leur offre un chariot beaucoup plus beau, tiré par un grand bœuf blanc, qui les attend devant la grille de la maison. L'homme fortuné représente le Bouddha ; la maison en flammes, ce monde saha ; et les enfants, toute l'humanité. Les trois sortes de chariots représentent les trois véhicules provisoires que constituent les états d'Etude, Eveil pour soi et Bodhisattva, tandis que le chariot tiré par le grand bœuf blanc symbolise le Véhicule unique, le Sûtra du Lotus.  

78 Première étape de sécurité : la onzième des cinquante-deux étapes dans la pratique de bodhisattva. A ce stade, on éveille l'aspiration à la boddhéité. Il est aussi considéré comme le stade de non-régression dans l'enseignement parfait. Autrement dit, celui qui y est parvenu ne reviendra jamais en arrière dans sa progression vers l'illumination.  

79 Wake no Hiroyo et son jeune frère Matsuna : deux fils de Wake no Kiyomaro, un personnage officiel du début de la période Heian (794-1185). En 802, sur ordre de l'empereur, ils réunirent, au mont Tako, quatorze moines savants des sept temples principaux de Nara pour débattre avec Dengyô. Par la suite, ils aidèrent Dengyô à fonder l'école Tendai.  

80 Ta-sou : le lieu où T'ien-t'ai étudia sous la direction de Nan-yue et où il se serait éveillé à la vérité du Sûtra du Lotus. Voir aussi p.(Ens prat et preuve)note 36.  

81 Unification des Trois Vérités : principe énoncé par T'ien-t'ai sur la base du Sûtra du Lotus, expliquant les trois principes de non-substantialité, d'existence temporaire et de Voie du milieu comme un tout, chacune contenant en elle les trois autres.  

82 Shinjô (mort en 742) : (cor., Simsang) : fondateur de l'école japonaise Kegon. Né dans le royaume de Silla, il se rendit dans la Chine des T'ang et étudia la doctrine Kegon sous la direction de Fa-tsang. Puis il se rendit au Japon, où il vécut au temple Daian-ji de Nara. En 740, il donna son premier cours sur le sûtra Kegon au Japon.  

83 Kanroku (cor., Kwalluk) : moine de Peakche au VIIe siècle. Il alla au Japon en 602, vécut au temple Ganjô-ji à Nara, et fit connaître les enseignements Sanron et Jôjitsu, ainsi que des ouvrages se rapportant au calendrier, à l'astronomie et à la géographie.  

84 Dôshô (629-700) : fondateur de l'école Hossô au Japon. En 653 il se rendit en Chine et étudia la doctrine Hossô sous la direction de Siuan-tsang. Au terme d'une période de huit ans d'études en Chine, il rentra au Japon et propagea l'enseignement Hossô.  

85 Tao-siuan (596-667) : fondateur de la branche Nan-chan de l'école chinoise Ritsu, qui vécut sous les dynasties Souei et T'ang.  

86 Le séjour de Chan-wou-wei au Japon est mentionné dans le Fusô Ryakki par Kôen (XII 9.e siècle), un moine du mont Hiei, et dans le Genkô Shakusho par Kokan Shiren. Bien qu'il n'existe aucune preuve concluante d'un effectif voyage de Chan-wou-wei jusqu'au Japon, cette notion était traditionnellement acceptée à l'époque de Nichiren Daishonin.  

87 Gembô (mort en 746) : moine de l'école Hossô. Après vingt ans d'études en Chine, il rentra au Japon, amenant avec lui des statues du Bouddha ainsi que des sûtras, des traités et des commentaires, au total cinq mille volumes.  

88 Enseignements shikan : système de méditation complet établi par T'ien-t'ai. Shikan signifie “ concentration et clairvoyance ”.  

89 Ecole Hokke. Autre nom de l’école Tendai, qui se fonde sur le Sûtra du Lotus.  

90 Sûtra Daibon Hannya. L’un des sûtras Hannya, qui expose la doctrine de la sagesse suprême et de la non-substantialité (ku) de tous les phénomènes.  

91 Ebyô Shu : écrit de Dengyô (813). Les treize chapitres de ce traité s’attachent à démontrer comment les lettrés bouddhistes, en Chine, fondèrent leur pensée sur la doctrine de T'ien-t'ai et, sur cette base, mettent en évidence les erreurs des écoles Shingon, Kegon, Sanron, Hossô, etc.  

92 Nagabodhi (dates incertaines). Originaire de l’Inde du sud, il fut le quatrième patriarche de la lignée ésotérique de l’école Shingon. On raconte qu’il hérita cet enseignement ésotérique de Nagarjuna, et qu’il le transmit à Tsin-kang-tche.  

93 Gonsô (758-827). Moine de l’école Sanron. Il figura parmi les moines des sept principaux temples de Nara qui furent vaincus au cours d’un débat par Dengyô, en 802.  

94 Houei-kouo (746-805) : moine de la dynastie T’ang, septième patriarche du bouddhisme ésotérique. Il fut le disciple de Pou-k’ong.  

95 Les deux mandalas du Shingon : le  mandala du Monde du diamant ” et le “ mandala du Monde de la matrice ”. Le “ mandala du Monde du diamant ”, fondé sur le sûtra Kongôchô, décrit le “Monde du diamant”, qui représente la sagesse du bouddha Dainichi. Cette sagesse est comparée à la dureté et à la pureté d’un diamant, qui peut réduire en poussière tout désir terrestre et toute illusion. Le “ mandala du Monde de la matrice ”, fondé sur le sûtra Dainichi, représente le principe fondamental de l’univers, c’est-à-dire le corps du Dharma (ou corps de la Loi) du bouddha Dainichi. Ce “ corps du Dharma ” ou “ dépositaire de la vérité ” est, croit-on, capable de susciter et de soutenir tout acte de compassion, tout comme la matrice donne et nourrit la vie.  

96 Tô-ji : temple principal de la branche Tô-ji de l’école Shingon, sis à Kyoto. Ce temple, construit par l’empereur Tammu en 796 pour être consacré à la protection de la nation, fut confié à Kôbô Daishi par l’empereur Saga et devint, dès lors, un centre d’étude des pratiques ésotériques.  

97 Ce fait est mentionné dans le “Hizô Hôyaku”, ouvrage de Kôbô Daishi.  

98 Ghee ou ghi. Le plus affiné des beurres affinés, la dernière des “cinq saveurs” (lait, crème, lait caillé, beurre et ghee), stades de la transformation du beurre en ghee. Le ghee est l’image utilisée par T'ien-t'ai et d’autres érudits pour désigner le Sûtra du Lotus, le plus parfait de tous les sûtras.

99 Gishin (781-833) : successeur direct de Dengyô et premier moine à la tête du temple Enryaku-ji, temple principal de l’école Tendai. Lorsque Dengyô alla en Chine en 804, Gishin y fut son interprète. En 827, il établit un centre d’ordination  du Grand Véhicule sur le mont Hiei, réalisant ainsi le souhait de Dengyô.  

100 Enchô (772-837) : second supérieur du temple Enryaku-ji. Il reçut la tonsure de Dengyô et, après la disparition de Gishin, il fut nommé grand prêtre de ce temple par la cour impériale.  

101 Les huit maîtres Shingon : ce sont, avec les deux maîtres mentionnés dans ce gosho, Tsong-jui, Ch’üan-ya, I-chan, Pao-Yüeh, K’an et Wei-chin.  

102 Tche-Yuan. (768-844) : moine de l’école Tendai sous la dynastie T’ang, qui résida au temple Houa-yen-sseu, situé sur le mont Wou-t’ai.  

103 Kouang-siou (771-843) : huitième patriarche dans la lignée de l’école Tendai en Chine, dont l’origine remonte à T'ien-t'ai. Il fut également le disciple de Tao-souei, qui enseigna la doctrine Tendai à Dengyô lorsque celui-ci était en Chine.  

104 Wei-tsiuan : un des grands disciples de Kouang-siou.  

105 Commentaire du sûtra Dainichi : le Dainichikyô Sho, recueil des commentaires oraux de Chan-wu-wei sur le sûtra Dainichi, compilés par son disciple Yi-sing. Nichiren Daishonin le mentionne comme une œuvre commune des trois maîtres Shingon parce que Tsin-k’ang-tche et Pou-k’ong souscrivirent également aux opinions de Chan-wou-wei telles qu’elles sont exprimées dans ce traité.  

106 Deux sûtras : les sûtras Muryôgi et Fugen, considérés respectivement comme l’introduction et l’épilogue du Sûtra du Lotus. Ces deux sûtras et le Sûtra du Lotus lui-même sont parfois désignés collectivement sous le terme de “ Triple Sûtra du Lotus ”.  

107 Cinquième veille : l’heure du Tigre (3 à 5 h du matin).  

108 Kôjô (779-858) : disciple de Dengyô qui s’efforça de réaliser le rêve de son maître : établir un centre d’ordination du Mahayana sur le mont Hiei, et qui en obtint l’autorisation impériale sept ans après la mort de Dengyô, en 822. Plus tard, il devint le bettô, ou administrateur en chef, du temple Enryaku-ji.  

109 La troisième année de Ninju (853) est la date retenue aujourd’hui pour le voyage de Chishô en Chine.    

110 Le sixième mois de la deuxième année de Ten’an (858) est la date retenue aujourd’hui.  

111 Juketsu Shû  : recueil des enseignements oraux confiés à Chishô, pendant son séjour en Chine, par Leang-siu, sur le mont T'ien-t'ai.  

112 Les deux disciplines : la méditation Shikan du Tendai et les pratiques de Vairochana, qui se fondent principalement sur le sûtra Dainichi (skt. Mahavairochana).  

113 Le mont Hiei : ce nom de lieu désigne ici le Enryaku-ji, temple principal de l’école Tendai, qui fut édifié sur cette montagne. Hiei se situe entre Kyoto et le lac Biwa.  

114 Daibibasha Ron ou Abidatsuma Daibibasha Ron : il s’agit du commentaire exhaustif des principes du Hinayana, en 200 fascicules compilés dans la région du Cachemire au II 9.e s. ap. J.-C. Il fut traduit en chinois par Siuan-tsang.  

115 Fa-pao : moine de la dynastie T’ang et l’un des principaux disciples de Siuan-tsang, qui participa à la traduction de textes bouddhiques. Il aurait plus tard critiqué la traduction du Daibibasha Ron faite par Siuan-tsang.  

116 Dharmaraksha (231-308 ?) : moine de Dunhuang qui se rendit en Chine sous la dynastie des Qin de l’ouest et traduisit des textes bouddhiques en chinois. Il est l’auteur de la plus ancienne version du Sûtra du Lotus, intitulée Shô-Hokke-Kyô. Le chapitre Zokurui (Transmission) est le 22e chapitre du Myôhô-Renge-Kyô, traduction du Sûtra du Lotus faite par Kumarajiva, mais Dharmaraksha plaça ce chapitre à la fin de sa version du 27 9.e chapitre.  

117 Un maître chinois : désigne ici Miao-lo, qui affirma, dans son Hokke Mongu Ki, que Kumarajiva avait eu raison de placer ainsi (cf. note 115) le chapitre Zokurui dans sa traduction du Sûtra du Lotus.  

118 Dans le Dainichikyo Sho, recueil de cours sur le sûtra Dainichi donnés par Chan-wou-wei, le fondateur de l’école ésotérique Shingon en Chine, Yi-sing s’appropria la doctrine d’ichinen sanzen du Tendai et l’interpréta comme appartenant à l’école Shingon.  

119 Fa-tsang établit une classification des sûtras bouddhiques, les divisant en cinq groupes selon leur degré d’enseignement : l’enseignement Hinayana, l’enseignement du Mahayana élémentaire, l’enseignement du Mahayana définitif, l’enseignement immédiat et l’enseignement parfait. Ce système des cinq enseignements était calqué sur la classification par T'ien-t'ai en cinq périodes.  

120 Concept de vacuité : la notion de ku, tantôt traduit comme non-substantialité, tantôt comme vide ou vacuité, qui enseigne que rien n’a d’existence indépendante. L'école Sanron enseigne la non-substantialité des dharma, partant du fait que les dharma, ou éléments de vie, naissent d'une production conditionnée (tirent leur origine de conditions interdépendantes),pour conclure qu'elles n’ont pas d’entité permanente propre. Très attachée à cette idée, l'école Sanron mettait exclusivement l'accent sur le principe de non-substantialité (l'une des Trois Vérités (non-substantialité, existence temporaire et Voie du milieu).  

121 Tandis qu’il donnait un cours, Kia-siang fut critiqué par Fa-cheng, un étudiant de 17 ans de l’école Tendai.  

122 La doctrine Hossô maintient que tous les dharma, ou phénomènes, émergent de la conscience alaya et ont une existence réelle. Préoccupée par les caractéristiques des dharma, parmi les Trois Vérités, Hossô met l’accent sur l’existence temporaire.  

123 Tsi-tcheou. (678-733) : troisième patriarche de l’école Hossô. Il vécut à P’ou-yang et écrivit un commentaire sur le sûtra Bosatsu Kai en se basant sur les enseignements de T'ien-t'ai.  

124 Leang-p’i du temple Ts’ing-long-sseu interpréta le sûtra Ninnô — le sûtra concluant les sûtras Hannya — en suivant les annotations de T'ien-t'ai sur le sûtra.  

125 La formulation originale a été un peu développée pour rendre la traduction de la citation plus intelligible.  

126 C’est en réalité une remarque de Miao-lo dans son Hokke Mongu Ki (vol. 10), que Dengyô cite dans son Ebyô Shu. “Lou”, dans ce passage, est le pays natal de Confucius en Chine. On disait que le peuple de Lou n’avait jamais été conscient de la grandeur de Confucius.  

127 Onjô-ji : le temple principal de la branche Jimon de l’école Tendai, situé à Otsu. Connu aussi sous le nom de Mii-dera.  

128 Cinq provinces : Yamashiro, Yamato, kawachi, Izumi et Settsu.  

129 Sûtra du Lotus, chap. 23.  

130 Dainichi désigne ici le bouddha Tahô. L’intention de Nichiren Daishonin, en se référant à Tahô de cette manière, est de marquer la supériorité du bouddha Shakyamuni du Sûtra du Lotus sur le bouddha Dainichi du Shingon. Dans le Hôon Sho Mondan, commentant le gosho “ L’acquittement des dettes de reconnaissance ”, Nichikan Shonin, le vingt-sixième grand patriarche de la Nichiren Shoshu, en donne une explication sous deux angles. Premièrement, afin d'appuyer son point de vue, Nichiren Daishonin emprunte la terminologie du maître Shingon Pou-k’ong lui-même. Le Hokke Giki de Pou-k’ong décrit le Dainichi du Monde de la Matrice et le Dainichi du Monde du Diamant escortant le Bouddha Tahô, portant le titre de “ Dainichi sans pareil ”. De ce point de vue, il est clair que le bouddha Dainichi du Shingon, qu’il soit celui du Monde de la Matrice ou celui du Monde du Diamant, est inférieur au bouddha Tahô qui, à son tour, est surpassé par Shakyamuni. Deuxièmement, Tahô représente le Bouddha dans son aspect objectif, en tant que Loi. Ici, nous trouvons une certaine similitude avec Dainichi, qui est un bouddha du point de vue de la Loi. Cependant, même sous cet angle, Dainichi, étant un bouddha des enseignements provisoires, est inférieur à Tahô, bouddha qui apparaît dans l’enseignement définitif.  

131 Le sud correspond ici à la gauche, comme la Tour aux Trésors fait face à l’ouest, la place sud est “ d’un rang inférieur ” parce que, selon la tradition indienne, la gauche est inférieure à la droite.  

132 Rivières Ching et Wei : rivières dans la province de Shanhsi, en Chine. La rivière Ching est toujours trouble, tandis que la rivière Wei est limpide.  

133 On dit que le hibou dévore sa mère, et que le légendaire Hakei, une bête ressemblant à un tigre, dévore son père.  

134 Quelque temps après la mort de Chishô, des polémiques motivées par des différends doctrinaux s'élevèrent entre ses disciples et ceux de la lignée de Jikaku. Elles culminèrent en querelle violente lors de la succession de Ryôgen, le dix-huitième patriarche du Enryaku-Ji. En 993, les disciples de Chishô quittèrent Enryaku-Ji et s’établirent au Onjô-Ji. Les moines des deux temples s’attaquaient mutuellement sans cesse.  

135 Kampyo (867-931) : empereur Uda, le cinquante-neuvième souverain du Japon. Après son abdication en 897, il prononça des vœux bouddhiques, et fut connu sous le nom d’Empereur retiré Kampyo.  

136 Trident de diamant : à l’origine, une sorte d’arme utilisée dans l’Inde ancienne. Il est appelé ainsi à cause de sa trempe, sugggérant la dureté du diamant capable de détruire n’importe quoi. Dans les rites du bouddhisme ésotérique, il symbolise la détermination à atteindre l’illumination qui peut détruire n’importe quelle illusion.  

137 Dix-huit voies : pratiques ésotériques du Shingon, consistant en dix-huit sortes de mudra.  

138 Le temple d’origine : le Kongobu-ji, temple principal de l’école Shingon, situé sur le mont Kôya.  

139 Shôkaku-bô (1095-1143) : autre nom donné à Kakuban, un moine du Shingon. En 1134, il devint le patriarche de Kongôbu-ji, mais ses tentatives de réforme rapide lui valurent l’inimitié des moines du mont Kôya. Lui et ses disciples furent contraints de s’enfuir sur le mont Negoro, où il fonda le temple Emmyô-Ji. Ses disciples fondèrent la branche Shingi (nouvelle doctrine) de l’école Shingon, par opposition aux enseignements traditionnels du mont Kôya et du temple Tô-ji.  

140 Cette anecdote est citée dans le Fuhôzô Innen Den (Histoire des successeurs du Bouddha). Le roi Kanishka passa par hasard devant le stûpa orné de sept sortes de joyaux que Nigantha Nataputta, l'un des six maîtres non bouddhistes et fondateur du jaïnisme, avait construit. Il le prit par erreur pour un stûpa bouddhique et le vénéra, après quoi le stûpa s’écroula. Nichiren Daishonin dit qu'Ashvagosha était responsable de l’écroulement du stûpa, probablement parce que le roi Kanishka s’était converti au bouddhisme grâce à Ashvagosha.  

141 Cette histoire est évoquée dans le Daitô Saiiki Ki. Il y avait en Inde un brahmane vaniteux, nommé “ Eloquence démoniaque ”, qui s’amusait à soutenir des théories paradoxales et vénérait les démons. Il vivait dans une forêt, à l'écart des gens. Parce qu’il parlait de derrière un rideau, personne n’avait jamais vu sa forme réelle. Un jour, Ashvagosha, accompagné du seigneur du lieu, le contredit publiquement au cours d'un débat et le réduisit au silence. Après quoi, il souleva le rideau, et chacun put voir que ce brahmane avait en fait l'apparence hideuse d'un démon.  

142 Uluka : fondateur de l’école Vaisheshika, une des principales écoles brahmaniques en Inde. Ce récit est relaté dans le Maka Shikan Bugyôden Guketsu (vol. 10), bien que le récit fait dans le Guketsu diffère légèrement de la version de Nichiren Daishonin.  

143 Kashyapa Matanga et Tchou-fa-lan : voir p. (Goro Taro) note 1.  

144 Tchao-kao (mort en 207 av. J.-C.) : ministre de Tche Houang-li, souverain de l’Etat de Ts’in et, plus tard, le premier empereur de la Chine réunifiée. Lorsque l’empereur succomba à une maladie, un ennuque ayant des fonctions officielles, Tchao-kao promulgua un édit plaçant le plus jeune fils de l’empereur sur le trône. Il occasionna la mort du fils aîné de l’empereur, ainsi que celle de nombreux généraux et ministres haut placés puis, enfin, celle du second empereur. Il manipula ainsi le pouvoir et tenta de s'emparer du trône, mais fut finalement tué par le troisième souverain, le petit-fils de Tche Houang-li.  

145 Wang Mang (45 av. J.-.C. - 23 ap. J.-C.) : officiel haut placé qui vécut vers la fin de l’ancienne dynastie Han et qui contrôla le trône en faisant élire à la succession l’empereur P’ing, âgé de neuf ans. Finalement, il fit jeter P’ing en prison et s'empara lui-même du titre d'empereur, créant une nouvelle dynastie, les Hsin.  

146 D’après le sûtra Butsuzô, dans le passé lointain, après la mort du bouddha Daishôgon, ses disciples se divisèrent en cinq écoles et le moine Fuji fut le seul à conserver correctement les enseignements du Bouddha. Les dirigeants des quatre autres écoles tinrent des propos hérétiques et persécutèrent Fuji. Pour cette raison, ces maîtres, ainsi que leurs disciples, tombèrent en enfer où ils souffrirent pendant très longtemps. Plus tard, ils purent rencontrer et pratiquer la vraie Loi du bouddha Issai Myôô. Malgré cela, en raison de la gravité des offenses qu'ils avaient commises par le passé, aucun d'entre eux ne put accéder au nirvana à cette époque et ils durent, à nouveau, endurer les souffrances de l’enfer.                 Le sûtra Butsuzô ne mentionne pas spécifiquement qu’ils renaquirent à l'époque des Derniers Jours de la Loi du bouddha Issai Myôô. Dans son commentaire, Nichikan Shonin suggère, sur la base de passages similaires dans d’autres gosho, que Nichiren Daishonin avait peut-être pour intention d’écrire “ l'époque des Derniers Jours de la Loi du bouddha Shishionno ” mentionné dans le sûtra Shohô Mugyô, lorsque le moine ignorant Shoi et ses disciples calomnièrent le moine Kikon qui, seul, défendait la véritable Loi.  

147 Allusion aux personnes qui persécutèrent le boddhisattva Fukyô après la mort du bouddha Ionnô, telles que les décrit le chapitre Fukyô (20e) du Sûtra du Lotus. Fukyô exprimait son respect pour tous les êtres humains parce qu'ils possédaient, de manière inhérente, l'état de Bouddha mais ces derniers le ridiculisèrent et l’attaquèrent à coups des bâtons et de pierres. Alors qu'il est dit dans le Sûtra que Fukyô apparut à l'époque des Jours de la Loi formelle du bouddha Ionnô, Nichiren Daishonin apporte, ici comme dans d'autres textes, une modification en disant qu’il s’agit des Derniers Jours de la Loi du bouddha Ionnô, probablement pour souligner le déclin du bouddhisme et pour faire un parallèle entre les persécutions du Pratiquant de la Loi correcte décrites dans le chapitre Fukyô, et la situation à sa propre époque.  

148 Sûtra du Lotus, chap. 3.  

149 L’exil d’Izu, de mai 1261 jusqu’en février 1263, et l’exil de Sado, d’octobre 1271 à mars 1274.  

150 Allusion à la persécution de Tatsunokuchi.  

151 Caste des Kshatrya.

152 Hôjô Tokisuke, demi-frère aîné du régent Tokimune, tenta de s’emparer du pouvoir mais échoua. De nombreuses personnes furent tuées dans les combats à Kyoto et Kamakura.  

153 Allusion aux prières pour la pluie conduites par le moine du Shingon Kaga Hôin, qui déclenchèrent non seulement la pluie, mais également une tempête de vent extrêment destructrice. Nichiren Daishonin décrit l’incident en détail dans “ Sur le comportement du Bouddha. ” (L&T, vol. 1, pp. 217-218)  

154 Taira no Kiyomori. Voir p. (ama gozen), note 8.  

155 Soulèvement de Jôkyû : un conflit qui éclata entre la Cour impériale et le Shogunat de Kamakura en 1221. L’empereur retiré Gotoba, ainsi que deux autres empereurs retirés, tentèrent de se libérer de la domination du régent Hôjô Yoshitoki. Mais les forces impériales furent vaincues et le shogunat détrôna l’empereur régnant, le remplaça par un autre, et exila les empereurs retirés dans des îles lointaines.  

156 Monobe no Moriya. Voir p. ama gozen, note 7.  

157 Quatre sortes de troupes. D’après les sûtras Jô-agon et d’autres sûtras, il s’agit de troupes voyageant à pied, à cheval, en éléphant et en chariot.  

158 Yaksha  : Au départ, des êtres qui servaient Kubera, le dieu de la richesse dans la mythologie indienne. Plus tard, ils furent incorporés au bouddhisme en tant qu’une des huit sortes d’êtres non humains qui contribuent à protéger le bouddhisme. Les Yaksha sont considérés comme des disciples du dieu Bishamon et on dit d’eux qu’ils protègent le Nord.  

159 Krita. Un roi du Cachemire, en Inde, qui s’opposa au bouddhisme. Après avoir accédé à la royauté, il fut vaincu par Kanishka, roi du Gandhara. Mais, après la mort de Kanishka, il reprit son trône et bannit les moines bouddhistes, détruisant le bouddhisme dans la région. Il fut finalement tué par Himatala, roi de Tukhara, et bienfaiteur du bouddhisme.  

160 Mihirakula. Un roi de l’ancien royaume de Cheka en Inde. Il s'attaqua au bouddhisme et bannit les moines bouddhistes. Plus tard, il tenta de conquérir le Magadha, mais il fut capturé par le roi Baladitya, un souverain bouddhiste.  

161 Hokke Mongu Ki, vol. 3.  

162 Ibid, vol. 8.  

163 On rapporte que Kia-siang portait T'ien-t'ai sur son dos pour le hisser sur l'estrade d'où il devait enseigner.  

164 Hokke Shûku .  

165 Empereur de la dynastie Souei : le deuxième, l'empereur Yang (5§9-618).  

166 Cela est mentionné dans le Sô Kôsô Den (Recueil de biographies de moines éminents écrit sous la dynastie Song). Shushô et Shôdai étaient originaires de l'Inde mais leur nom en sanskrit sont inconnus.  

167 Sûtra du Lotus, chap. 3.  Ce passage est suivi des mots : “ les êtres vivants qui s'y trouvent sont tous mes enfants. ”  

168 Sô Kôsô Den .

169 Une comparaison des dates semblerait indiquer que Pou-k'ong ne rencontra pas Tsin-kang-tche et ne devint pas son disciple avant son arrivée en Chine, mais cette information manquait peut-être à l'époque de Nichiren Daishonin.  

170 Shubin : moine de l'école Shingon. Il étudia les enseignements des écoles Sanron et Hossô et s'intéressa également aux enseignements ésotériques. En 823, l'empreur Saga lui donna le temple Sai-ji (littéralement, temple de l'Ouest) en même temps que le temple Tô-ji (Temple de l'Est) était donné à Kôbô.  

171 D'après le Genkô Shakusho, un dragon vivait dans un étang dans le jardin Shinsen'en à Kyoto. On disait que l'apparition du dragon faisait tomber la pluie. Les offrandes de Matsuna étaient faites à ce dragon.  

172 Kalpa de formation : la période correspondant au premier stade du cycle en quatre stades de formation, continuité, déclin et désintégration par lesquels passe un monde de manière ininterrompue. Ce kalpa dure vingt kalpa moyens, et c'est dans cette période qu'un monde prend forme et que des êtres vivants y apparaissent.  

173 Kalpa de Continuité : la période correspondant au deuxième stade du cycle en quatre stades, au cours duquel un monde et ses habitants continuent à exister. Au cours de ce kalpa, on disait que la vie des êtres humains passait par un cycle de changements, décroissant d'un an tous les cent ans jusqu'à ce que la durée de la vie humaine ne soit plus que de dix ans, puis augmentant au même rythme jusqu'à devenir de quatre-vingt mille ans. Elle décroît à nouveau jusqu'à ne plus être que de dix ans, et ainsi de suite. La période pendant laquelle la durée de la vie s'allonge est appelée kalpa de croissance, tandis que celle au cours de laquelle la durée de la vie diminue s'appelle kalpa de décroissance. Le “ neuvième kalpa de décroissance ” correspond à l'époque actuelle.  

174 Tcheou : un roi aux mœurs dissolues de l'antiquité en Chine qui fut vaincu par le roi Wou de la dynastie Tcheou. Selon le Che Ki, il avait fait sculpter un personnage humain et l'appelait dieu céleste, tout en forçant les gens à la traiter de manière méprisante. De plus, on raconte qu'il tirait des flèches dans une outre remplie de sang en prétendant qu'il avait transpercé le dieu du soleil.  

175 Nagasunebiko : un dirigeant local puissant de la région de Yamato. D'après le Nihon Shoki (Chroniques du Japon), Jimmu, le premier empereur légendaire, se mit en route vers le sud pour envahir la région de Yamato, lorsqu'il fut arrêté par Nagasunebiko qui lui livra bataille et le repoussa.  

176 Subhadra : la dernière personne convertie par le bouddha Shakyamuni. Selon le Daichido Ron, il rêva que tous les êtres humains avaient perdu la vue et restaient immobiles et nus dans l'obscurité, alors que le soleil tombait du ciel, la terre s'entrouvrait, les mers s'asséchaient et le mont Sumeru était abattu par un grand vent. Le matin, lorsqu'on lui annonça que le Bouddha ne passerait pas un jour de plus avant d'entrer au Nirvana, il se rendit auprès de Shakyamuni et entra dans la Communauté, et le soir même, parvint au stade d'arhat.  

177 Ming-cheng (dates inconnues) : moine de l'école Sanron sous la dynastie T'ang. Il fut un disciple de Fa-lang, et Kia-siang fut l'un de ses condisciples.  

178 Kannen Hômon  : le Kannen Amida Butsu Sôkai Zammai Kudoku Hômon, un ouvrage de Chan-tao définissant les pratiques et les bienfaits de la dévotion au bouddha Amida.  

179 Sûtra du Lotus, chap. 2.  

180 Ojo Raisan , vol. 1.  

181 Moine du Cloître du Saule : Chan-tao, que l'on appelait ainsi parce que l'on disait qu'il avait tenté de se suicider en se pendant à la branche d'un saule devant le temple dans lequel il vivait, en espérant monter au paradis de la Terre pure. Toutefois, ou la branche ou la corde rompirent et il tomba par terre. Il mourut une semaine plus tard, agonisant de ses blessures.  

182 Kannon et Seishi : deux serviteurs du bouddha Amida. Kannon et Seishi représentent respectivement la compassion et la sagesse.  

183 Roi faisant tourner la roue d'or : l'une des quatre sortes de roi faisant tourner la roue. C'est le roi qui règne sur les quatre continents qui entourent le mont Sumeru. Voir aussi p. (images peintes), note 11.  

184 D'après la doctrine Shingon, puisque Mahavairochana (ou le bouddha Dainichi) est omniprésent, tous les êtres constituent le corps mystique du Bouddha, tous les sons, la bouche mystique (c'est-à-dire la voix) du Bouddha, et toutes les pensées, l'esprit mystique du Bouddha. Le corps, la bouche et l'esprit du commun des mortels ne sont pas essentiellement différents de ceux du Bouddha, bien que leur nature de Bouddha soit obscurcie par les illusions. En terme de pratique, l'enseignement ésotérique définit le corps mystique comme la formation de mudra avec les mains, la bouche mystique, la récitation de mantra (mots mystiques), et l'esprit mystique, la méditation sur un mandala ésotérique ou sur l'un des motifs qui le constituent. Au moyen de ces pratiques, le corps, la bouche et l'esprit du commun des mortels s'unissaient, disaient les adeptes du Shingon, avec ceux du bouddha Dainichi, permettant ainsi de parvenir à la boddhéité sans changer d'apparence.  

185 Yuga  : (sk., yoga). Le terme yoga désigne l'union du soi individuel avec lk'esprit universel. L'école Shingon était appelée ainsi parce que le bouddhisme ésotérique insistait sur l'union du corps, de la bouche et de l'esprit du commun des mortels avec le corps, la bouche et l'esprit du bouddha Dainichi, au moyen de la pratique des Trois Mystères (mudra, mantra et méditation sur des mandalas).  

186 Dôshô (799-875) : moine qui étudia d'abord la doctrine Sanron mais devint par la suite disciple de Kôbô.  

187 Gennin (818-887) : moine qui étudia d'abord la doctrine Hossô mais ensuite l'enseignement ésotérique sous la direction de Shinga. En 885, il devint le supérieur du temple Tô-ji.  

188 Dôô (mort en 851) : moine qui étudia l'enseignement Hossô mais se convertit par la suite à la doctrine Kegon. Il devint le septième patriarche de l'école Kegon.  

189 Allusion à Agastya, Jinu, Sechi (noms sanskrits inconnus) et Kudon (skt., Gautama). Leur histoire apparaît dans le Sûtra du Nirvana, vol. 39. Voir aussi p. (Goro Taro), note 28.  

190 Illusions de la pensée et des désirs : voir p. (Chan-wu-wei), note 32  

191 Hokke Gengi , vol. 3.  

192 Hokke Gengi Shakusen , vol. 3.  

193 Ambroisie : en sanskrit amrita . Dans l’Inde ancienne c’était un deux philtres d’immortalité réservé aux dieux. En Chine, ce breuvage était censé pleuvoir du ciel et amener la paix et la sérénité dans le monde. Le mot amrita signifie immortel.  

194 Quatre-ving-dix jours : les quatre-vingt dix jours du premier jour du premier mois au dernier du troisième. Dans le calendrier lunaire, le premier janvier, premier jour du premier mois était considéré comme le premier jour du printemps, et les douze mois étaient divisés en quatre saisons.  

195 “ Historien de la cour ” était une fonction officielle du grand conseil d’Etat. Il y avait au total huit historiens : quatre de la gauche et quatre de la droite. Le devoir d’un historien de la gauche était d’enregistrer les événements alors qu’un historien de la droite enregistrait les paroles de l’empereur.  

196 Trois Recueils : ouvrages censés relater les actions des trois souverains légendaires de la Chine ancienne (Fou Si, Chen Wong et Houang Ti), qui établirent des gouvernements modèles .  

197 Les Cinq Canons : écrits des cinq empereurs (Chao Hao, Chouan Ssi, Ti Kao, T’ang Yao et Yu Choun) censés avoir reigné après les trois souverains.  

198 Allusion à la poétesse et dame de cour Izumi Shikibu (née vers 976 environ) et au moine Noin (998-1050) dont les œuvres comprennent des poèmes-invocations pour faire tomber la pluie.  

199 Shinzei (800-860) : un moine de l'école Shingon. Il obtint la position de dembô ajari qui confère la qualité de transmettre les principes secrets du Shingon ésotérique.  

200 Allusion à l'un des Trente-deux Traits caractéristiques, mentionnés dans le Daishido Ron, que l’on était censé acquérir en devenant bouddha, c’est-à-dire une touffe de cheveux blancs entre les sourcils d’où émanait de la lumière.  

201 Quatre Rangs de saints : voir p.(Chan-wou-wei), note 8.  

202 Goshila : un riche propriétaire de Kaushambi qui fit construire le monastère de Ghoshilavana pour inciter le bouddha Shakyamuni à venir enseigner sa doctrine.  

203 Trente-deux traits et Quatre-vingt caractéristiques : qualités physiques exceptionnelles d’un bouddha qui incitent les gens à suivre son enseignement et à aspirer à la boddhéité. Les Trente-deux traits ne sont pas seulement les caractéristiques des bouddhas, mais aussi des bodhisattvas, de divinités comme Taishaku et Bonten et des rois faisant tourner la roue, tandis que les quatre-vingt caractéristiques n'appartiennent qu'aux bouddhas et aux bodhisattvas.  

204 Gon no Tayu : Hojo Yoshitoki (1163-1224), le régent du gouvernement de Kamakura.  

205 Sannô est le nom du Roi de la montagne, divinité protectrice du mont Hiei. Kamo était révéré comme une divinité protectrice par la cour impériale après que l’empereur Kammu ait fait de Kyoto la capitale. Le sanctuaire de Kasuga était consacré à la divinité ancestrale du clan Fujiwara dans la province de Nara et était aussi révéré par la cour impériale.  

206 Gotoba fut exilé dans l’île d’Oki, et Juntoku dans l’île de Sado. Tsuchimikado fut exilé dans la province de Tosa, à Shikoku, et plus tard fut envoyé dans la province voisine d’Awa (différente de la province d’Awa où Nichiren Daishonin était né).  

207 Omuro : le titre d’un empereur ou d’un prince retiré entré dans les ordres et vivant au temple Ninna-ji de l'école Shingon à Kyoto. Egalement un autre nom du temple Ninna-ji. Ici, Omuro se réfère spécifiquement au prince Dôjo, un fils de l’empereur Gotoba qui avait choisi la vie religieuse.  

208 Setaka (mort en 1221) : aussi Seitaka. Un fils de Sasaki Hirotsuna, le connétable d’Omi, qui se rallia à la cause impériale pendant le soulèvement de Jôkyû. Il servit Dôjo au temple Ninna-ji mais fut tué après le soulèvement.  

209 Sûtra du Lotus, chap. 25.  

210 Selon le Che Ki, le roi Tsie s'adonna à une vie dissolue et rendit le peuple malheureux par sa tyrannie et ses excentricités. Il fit décapiter son loyal serviteur Lung-feng qui lui avait fait des remontrances.  

211 Tchou Tao-cheng (mort en 434) : moine chinois disciple de Kumarajiva qui affirma, en se basant sur son étude du Sûtra Daihatsunaion, la version chinoise de Fa-hsien du Sûtra du Nirvana, que même un icchantika [ une personne d'une incroyance incorrigible ] a la possibilité de parvenir à la boddhéité. Il fut pour cela exlu de la communauté des moines et exilé dans une montagne de la région de Sou-tchou. Plus tard, lorsque le Sûtra du Nirvana fut traduit en chinois par Dharmakshema sous le titre de sûtra Daihatsunehan, l’affirmation de Tao-cheng se révéla exacte.  

212 Fa-tao (1086-1147) : moine de la Chine des Song. Lorsque Houei-tsong, le huitième empereur de la dynastie Song, un taoïste fervent, essaya d’éliminer le bouddhisme, Fa-tao, qui lui fit des remontrances, fut marqué au fer rouge sur le visage et exilé à Tao-chou. Il fut pardonné en 1125 après l’accession au trône de l’empereur Ts’in-tsong.  

213 Sûtra du Lotus, chap.13.  

214 Kakutoku : un moine cité dans le Sûtra du Nirvana. Longtemps après la mort du bouddha Kangi Zôyaku, le bouddhisme était sur le point de disparaître, lorsque Kakutoku, seul, s’efforça de protéger les enseignements bouddhistes corrects. Il fut attaqué par plusieurs moines aux conceptions erronées et leurs disciples. Le bon roi Utoku se battit pour protéger Kakutoku et mourut dans la bataille. On rapporte que, en raison de leur dévouement à la cause du bouddhisme, le roi Utoku renaquit sous la forme du bouddha Shakyamuni et Kakutoku sous celle du bouddha Kashô.  

215 Rahula : un fils de Shakyamuni. L'un des dix principaux disciples du Bouddha, respecté comme le premier dans la pratique discrète.  

216 Deux-cent-cinquante préceptes : voir p. (Chan wou-wei), note 61  

217 Purna : l'un des dix principaux disciples du Bouddha. Connu comme le premier dans la propagation de la Loi, on rapporte qu’il convertit cinq cents personnes de son clan.  

218 Wei Cheng (580-643) : un ministre qui servit loyalement l’empereur T’ai-Tsong de la dynastie T’ang et lui donna des conseils de gouvernement.  

219 Fujiwara no Yoshifusa (804-872) : ministre de la gauche et grand-père du cinquante-sixième empereur, Seiwa. Ayant rempli très jeune des fonctions officielles à la cour, il jeta les bases de la prospérité de la famille Fujiwara.  

220 Hojô Tokiyori (1227-1263) : cinquième régent du gouvernement de Kamakura. On l’appela aussi le moine fondateur de Saimyo-ji, parce qu'il s'était fait moine dans ce temple, en ayant officiellement démissioné de ses fonctions. C'est à lui que Nichiren Daishonin fit parvenir le Rissho Ankoku Ron en 1260.  

221 Hôjô Shigetoki (1198-1261) : le troisième fils du deuxième régent Hôjô Yoshitoki. Il fonda le temple Gokuraku-ji à Kamakura et son fils, Nagatoki, le sixième régent, invita Ryôkan à en devenir le supérieur.  

222 Nichiren Daishonin veut dire ici que la période de son exil s’étendit sur quatre années du calendrier : 1271, 1272, 1273 et 1274.  

223 Cette tradition est mentionnée dans le Li-chi  (Livre des rituels), chap. 2.  

224 Selon le sûtra Urabon, Maudgalyayana s’aperçut, grâce à sa clairvoyance divine, que sa défunte mère Shôdai-nyo (nom sanscrit inconnu) endurait les souffrances du monde de l’avidité. Il tenta de lui envoyer de la nourriture par ses capacités surnaturelles, mais la nourriture se transforma en flammes qui la brûlèrent.  

225 Sunakshatra : moine mentionné dans le Sûtra du Nirvana. On pense qu'il était un fils conçu par Shakyamuni avant de renoncer au monde séculier. Il entra dans l’ordre bouddhique mais, par la suite, ayant cédé à des conceptions erronées, il est dit qu’il tomba en enfer.  

226 “ Ainsi ai-je entendu ” : mots d’introduction de presque tous les sûtras bouddhiques, indiquant que les enseignements notés à la suite ont été entendus directement de la bouche du Bouddha.  

227 Bouddha Nento : “ Brûleur de torche ”. Bouddha auquel Shakyamuni offrit des fleurs dans une vie antérieure alors qu’il pratiquait les austérités en tant que bodhisattva Judô. Selon le chapitre Jo (Premier) du Sûtra du Lotus, le bouddha Nento était l’un des huit fils d’un bouddha appelé Nichigatsu Tômyô (Eclat du soleil et de la lune). Il pratiqua le Sûtra du Lotus sous la direction d’un disciple de son père, le bodhisattva Myôkô, et atteignit l’illumination sous le nom de bouddha Nento.  

228 Bouddha Unraionno : Unraion-shikuo Kechi, ou “ Sagesse royale de la constellation du Nuage Son du Tonnerre ”. Bouddha qui apparaît dans le chapitre Myoshogonno (27 e ) du Sûtra du Lotus. Il y est décrit comme le précepteur du roi Myoshogon, le père de Jôzô et Jôgen.  

229 Traduction de Kai Ji Go Nyû. Sûtra du Lotus, chap. 2.  

230 Allusion à Jissô, le véritable aspect, ou véritable entité de tous les phénomènes, telle que la révèle le chapitre Hoben (2e ) du Sûtra du Lotus.  

231 Le Juketsu Shûde Chishô attribue cette phrase à Fa-yun.  

232 Hokke Mongu , vol. 1.  

233 Hokke Gengi , vol. 1.  

234 Hokke Gengi Shakusen, vol.  

235 Ces exemples sont peut-être tirés du Daitô Saiiki Ki.  

236 On lit soixante dans le texte original, bien que le Japon ait soixante-six provinces comme c'est indiqué dans un paragraphe suivant.  

237 La province de Dewa, au nord du Japon, était autrefois célèbre pour ses plumes d'aigles et de vautours.  

238 De l'or fut découvert pour la première fois au Japon à Oshû, dans la vingt et unième année de l'ère Tempyô (750).  

239 L'Œil divin : la deuxième des Cinq Sortes de vision. Il symbolise la capacité des êtres célestes à voir au delà des limitations physiques dues à l'obscurité, la distance ou les obstacles.  

240 L'Œil de la Loi : la quatrième des Cinq sortes de vision. Appelé aussi Œil du Dharma, il désigne la faculté de perception qui permet aux bodhisattvas de comprendre tous les enseignements afin de sauver les hommes. Voir aussi, p. (images peintes), note 24.  

241 Asanga : un maître de la doctrine “ Rien que conscience ”. Né dans une famille de brahmanes, il était le frère aîné de Vasubandhu.  

242 Eshin (942-1017) : appelé aussi Genshin. Moine de l'école Tendai connu pour avoir écrit le Ojô Yôshû, qui joua un rôle considérable dans la formation de l'école de la Terre pure au Japon. Par la suite, il semble que sa pensée ait évolué et il écrivit le Ichijô Yôketsu, en mettant l'accent sur l'enseignement du véhicule unique du Sûtra du Lotus.  

243 Yôkan (1032-111) : un précurseur de l'école Nembutsu. Il propagea l'enseignement de la Terre pure, en concentrant ses efforts à Kyoto.  

244 Souffrance, vide, impermanence et non-soi  : les vérités centrales des enseignements du Hinayana, qui ont pour but de libérer les êtres humains de l'illusion et de leur permettre d'atteindre l'illumination.  

245 Kanjin  : méditation, introspection tendant à percevoir dans les profondeurs de son être une vérité qui se situe au delà de toute explication verbale. Le terme est utilisé par opposition à Kyôsô, ou l'étude doctrinale.  

246 Dans le deuxième volume de son Hokke Gengi, T'ien-t'ai critique une interprétation doctrinale de Kumarajiva.  

247 C'est dans les temples Kannon-ji, Ono-dera (appelé aussi Yakushi-ji) et Tôdai-ji que se trouvaient les trois plate-formes d'ordination établies par Ganjin.  

248 Wou (543-578) et Wou-tsong (814-846) : empereurs qui interdirent le bouddhisme. Wou était un confucianiste convaincu et s'efforça d'abolir les enseignements bouddhiques. Malgré les remontrances du moine Houei-yuan, Wou fit détruire les sûtras bouddhiques et les statues, et contraignit les moines bouddhistes et les taoïstes à reprendre la vie laïque. Wou-tsong en vint à respecter le taoïsme après son accession au trône et en 845 imposa des mesures répressives à la communauté bouddhique, faisant détruire de nombreux temples et ordonnant aux moines et aux nonnes de retourner à la vie séculière.  

249 Siang Yu (232-202 av. J.-C.) et Kao-tseu (247-195 av. J.-C.) : Seigneurs de la guerre qui luttèrent pour le pouvoir, et utilisèrent la désordre qui suivit la mort de Tche-houang-ti, le premier empereur de la dynastie des Ts'in, pour lever une armée et tenter d'ôter le pouvoir à la dynastie régnante. Un lutte prolongée entre eux se termina par la victoire de Kao-tsou (Lieou Pang) qui fonda la dynastie des Han en 202 av. J.-C.  

250 Une dizaine d'années après être parvenu à l'illumination, le bouddha Shakyamuni établit une plate-forme d'ordination au monsatère Jetavana, à Shravasti. En signe de défi, Devadatta établit une plate-forme rivale sur le mont Gayashirsha.  

251 Le vénérable Shakyamuni de l'enseignement essentiel : le bouddha qui révèle l'enseignement caché dans les profondeurs du Sûtra du Lotus, qui à l'époque des Derniers Jours de la Loi se manifesta sous la forme de Nichiren Daishonin et exposa l'enseignement de Nam Myoho Renge Kyo, la Loi ultime cachée entre les lignes du chapitre Juryô (16e ) du Sûtra du Lotus.  

252 Le premier empereur : le souverain des Ts'in qui adopta le titre de Tche Houang-ti, le premier empreur de Chine. Il centralisa considérablement le gouvernement, mena une forme d'Inquisition littéraire appelée “ La destruction des livres par le feu ” et taxa lourdement le peuple, en mobilisant les hommes à la fois pour des campagnes à l'étranger et pour des projets de construction d'une ampleur sans précédent à l'intérieur du pays. Bien qu'il ait eu d'abord l'intention de fonder une dynastie qui dure “ pendant dix mille générations ” elle ne survécut à sa propre mort que de quatre ans.  

253 Cinquième période de cinq cents ans après ma mort : allusion à l'époque de conflits, commencement des Derniers Jours de la Loi. Voir aussi Cinquième période de cinq-cents ans dans le glossaire.  

254 Kumbhandas : démons qui sapent la vitalité humaine. Ils sont dirigés par Zôchôten, l'un des Quatre Rois du ciel.  

255 Sûtra du Lotus, chap. 23.  

256 Mahaprapati : jeune sœur de Maya, la mère de Shakyamuni. Quand Maya mourut, peu de temps après la mort de Shakyamuni, elle épousa Shuddhona, son père et éleva le jeune prince. Après la mort de Shuddhodana, elle renonça à la vie séculière et suivit les enseignements de Shakyamuni. Le chapitre Kanji (13e) du Sûtra du Lotus prédit qu'elle deviendra un bouddha appelé “ Vision qui remplit de joie tous les êtres sensibles ”.  

257 Yashodara : épouse de Shakyamuni et mère de Rahula. Douze ans après son Eveil, Shakyamuni revint à Kapilavastu et la convertit à son enseignement. Il est prédit dans le chapitre Kanji qu'elle deviendra bouddha à l'avenir.  

258 Huit enfers principaux : appelés aussi les huit enfers brûlants. Lieux de souffrance que l'on disait situés sous le sol du Jambudvipa. Ce sont (1) l'enfer de la régénération, (2) l'enfer des cordes noires, (3) l'enfer de l'écrasement, (4)l'enfer des lamentations, (5) l'enfer des grandes lamentations, (6) l'enfer de la chaleur brûlante, (7) l'enfer de la grande chaleur brûlante et (8) l'enfer des souffrances incessantes. Chacun de ces huit enfers principaux comporte seize enfers subsidiaires. Ces 128 enfers subsidiaires et les huit enfers principaux sont appelés les 136 enfers.

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